‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 104 sur 212 · PRINCIPES DES MÉTHODES DE CLASSIFICATION. 4ÔO · texte numérisé non relu

PRINCIPES DES MÉTHODES DE CLASSIFICATION. 4ÔO

Si elles offrent des inconvénients, entre autres celui de disperser des affections qui devraient se trouver réunies dans la même classe, ou celui de ne pas comprendre toutes les maladies dans le cadre nosologique adopté, c'est qu'elles sont insuffisantes ou mal établies. Une bonne classification ne peut avoir que des avantages.

Principes des méthodes de classification. — Les qualités d'une classification médicale dépendent essentiellement de l'excellence delà méthode et des principes qui lui servent de base. Or ces principes sont nombreux; ils sont fournis par les caractères tirés de l'observation des maladies, caractères dont la nature, l'importance, la précision, la fixité, demandent la plus grande sévérité d'appréciation. Il importe de se montrer rigoureux dans leur choix, afin de n'établir d'analogies et de différences entre les affections morbides que sur des considérations solides et réellement importantes. Celles que fournit l'exploration directe au moyen des sens sont en tous cas préférables aux déductions de l'hypothèse : or, dans les maladies, les phénomènes principaux qui peuvent servir de caractère et de base à leur division méthodique sont fournis par la nature réelle ou probable de leurs causes morbides, par leurs symptômes, leur marche, leur durée, parle siège qu'elles occupent, parleurs altérations matérielles, leur traitement, etc., et il convient de n'utiliser que ceux dont on découvre facilement l'existence, et nullement ceux qui résultent de conjectures plus ou moins bien établies.

Dans la nosologie générale, comme l'a dit Boissier de Sauvages, la méthode e^^i sijnoptique ci systématique .

La méthode synoptique comprend toutes les méthodes particulières de classification à l'aide desquelles on divise les maladies en parties opposées, qui sont, àjeurtour, divisées successivement en différentes branches, comme si l'on partageait les maladies en intérieures et en extérieures ; les unes et les autres générales et particulières; les extérieures et intérieures particulières en maladies de la tète, de l'abdomen, des membres, etc. Dans cette méthode, ou dichotomie^ on procède par livres, par chapitres, par articles et par paragraphes. L'expérience, dit Sauvages, a appris que cette méthode n'est ni aussi claire, ni aussi aisée que la systématique.

Dans la méthode systématique de nosographie, on réunit dans le même groupe et dans la même classe les maladies semblables, d'après un ou plusieurs de leurs principaux phénomènes essentiels, de façon à les différencier des classes voisines établies sur des caractères différents. On réduit ainsi toutes les maladies individuelles à leurs espèces, il leurs genres, à leurs ordres, et ceux-ci à un petit nombre dechisscs.

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De cette méthode dérivent d'autres méthodes particulières, formant les divers systèmes et les classifications connues dans la science. Il y a des classifications qui reposent sur une idée toute théorique dépourvue du contrôle des faits et de la sanction de Texpérience; ce sont les systèmes hypothétiques. D'autres classifications sont établies d'après l'examen d'un seul caractère essentiel, ou d'un seul ordre des caractères essentiels arbitrairement choisi entre ceux que nous offrent les maladies : telle est, par exemple, la nosographie symptomatique de Sauvages; telle est la nosographie organique de M. Piorry. Ce sont là des systèmes artificiels. Une classification faite d'après l'examen rigoureux et attentif de tous les principaux caractères des objets à classer, convenablement utilisés d'ailleurs pour chaque division, constitue un système naturel ou une méthode naturelle. Telle est la classification que Laurent de Jussieu a instituée pour la botanique ; mais nous n'avons rien d'absolument semblable en médecine. La classification de Pinel, qui s'en rapproche le plus, ne saurait cependant lui être comparée, quant au principe fondamental du choix des caractères; elle est faite d'après les principes de la méthode mixte, comme je le démontrerai plus loin. Enfin les classifications mixtes sont faites d'après les principes d'une méthode, que j'appellerai syncrélïque ., parce qu'elle rassemble comme base et choisit pour point de départ de sa première division des classes plusieurs ordres de phénomènes morbides, au lieu de n'en prendre qu'un seul, comme l'ont fait Sauvages, de Jussieu, Piorry, etc. Ces phénomènes sont tous du premier choix, et l'on y trouve l'hémorrhagie, la phlegmasie, l'empoisonnement, etc., comme la caractéristique d'autant de classes morbides. C'est à cette méthode que nous devons les classifications modernes de MM. Gcndrin, Requin, Grisolle, Bouillaud, Hardy et Behier, Tardieu, etc.

Tout système de classification qui prétend réussir doit être complet et comprendre dans ses cadres les maladies externes ou internes, car il n'existe entie elles îmcune ligne de démarcation bien tranchée, et l'on ne comprend pas ([ue plusieurs nosographes aient supprimé certains grouj^'s de maladies, par ce motif qu'elles reçoivent ordinairement les soins d'un chïrnrifien. Les classifications sont le seul endroit où la médecine et la chirurgie peuvent ètie confondues av(!C avantage pour la science et pour l(!s malades. Chaciue système ou méthode renferme un certain noml)r(' d'ordres, de classes, de genres, d'espèces, etc., suivant les besoins du nosographe et les exigences du sujet, de marière à faciliter la dénomination pailiculière des maladies. Ce sont autant d'abstractions utiles et (jui aident singulièrement, à condition

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qu'on ne les multipliera pas trop. En clinique, il n'y a en effet ni classes, ni ordres, ni genres, ni espèces, il n'y a que des malades.

La méthode 7nixte ou syncrétique a cela d'avantageux, que, s'affranchissant des règles absolues de toutes les autres méthodes qui ont rendu défectueuses certaines classifications médicales, elle fait la fusion de tous les ordres d'éléments nosographiques, pour former, soit des classes, soit des ordres ou des genres, etc., et permet entin d'arriver à des résultats, imparfaits sans doute, mais plus satisfaisants que par tous les autres systèmes. Bien que cette méthode n'offre rien de très-entraînant aux esprits réfléchis, rigoureux et sévères, elle parait cependant remplir mieux que toute autre le but d'une classification médicale. En prenant ainsi pour base de la première série principale des grandes divisions nosographiques, et pour point de départ des autres groupes, quelques-uns des principaux ordres de phénomènes fournis par l'observation attentive des maladies, elle permet de réunir d'une façon assez naturelle des affections semblables, quant à leur nature présumée, quant à leur symptôme dominant, quant à leur lésion matérielle, quant à leur siège, leur traitement, etc. Les fièvres, les hémorrhagies, les tlux, les névroses, les lésions organiques, les empoisonnements, etc., sont des groupes très-bien formés par ces caractères fondamentaux dénature différente, et ils forment la première série des divisions nosographiques. Tout le monde les accepte, et chacun peut vite apprendre à les connaître.

Les divisions secondaires, soit des ordres, des genres et des espèces, et autres encore, car on peut les multipliera l'infini, sont fondées sur le même principe de syncrèse ou de fusion entre tous les ordres de caractères principaux des maladies comprises dans chaque classe. On prend alors en considération, soit le type de la lièvre, soit le siège anatomique par régions ou par tissus, soit le genre de fonction troublée, comme, par exemple, pour les divisions des névroses, ou enfin tout autre caractère important consacré par l'observation. Ainsi les genres de la classe des fièvres peuvent être établis d'après le type de l'étal fébrile, d'où résultent les fièvres continues et les fièvres intermittentes; au contraire, les genres de la classe des phlegmasies sont formés [d'après la nature du tissu affecté, et constituent les groupes suivants de Pinel : phlegmasie des muqueuses, plilegmasie des séreuses, phlegmasies viscérales, etc. 11 en est différemment encore dans la classe des lésions de nutrition et des lésions-organiques; là les genres sont établis d'après une autre circonstance, qui est la nature de la lésion : d'où les hy[)crtrophies, l'atrophie, le ramollissement, h) cancer, le tubercule, etc. Pour la distinction des espèces, les difiicul-

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tés sont les mêmes et sont résolues de la même manière : on les établit dans chaque genre, tantôt d'après les caractères tirés du siège anatomique, tantôt par d'autres caractères empruntés à la forme çiigué ou chronique de la maladie, ce qui est très-important; tantôt à sa forme extérieure, à sa cause probable^ etc. Ainsi, pour prendre un exemple, dans le genre hypertrophie, ramollissement, cancer, etc., appartenant à la classe des lésions de nutrition, les espèces se distinguent d'après le siège de l'altération organique : d'où les hypertrophies du foie, du cœur, de la rate; les ramollissements du cerveau, de l'estomac, des os; le cancer du poumon, de la vessie, des lèvres, etc. L'écueil, dans ces classifications nosographiques, c'est la multiplication des espèces à l'infini, ce qui embarrasse la science. On ne saurait trop s'en garantir, et il n'y a d'autre moyen que celui qui consiste à ne jamais prendre pour base de ces distinctions d'espèces que des caractères d'une certaine importance et tirés principalement du siège, de la forme, de la cause ou de la nature des maladies.

Division des méthodes de classification. — Les principales méthodes de diviser particulièrement les maladies sont assez nombreuses, mais toutes n'offrent pas le même intérêt, et il en est même quelques-unes qui ne méritent pas d'être citées, soit à cause de leur peu d'importance, soit parce qu'elles n'offrent rien de scientifique et digne de l'école. Ces méthodes particulières sont : la méthode alphabétique, la méthode synoptique ou dichotomique, la méthode étiologique , la méthode symptomatique ^ la méthode anatomo-topoyraphique , la méthode a7iatomo-physiologique , la méthode organique^ et la méthode mixte ou syncrétique. A mon avis, dans l'état actuel de la science, et quelle que soit l'importance de la méthode organique, qui deviendra peut-être un jour la méthode de tous les nosographes, c'est la méthode mixte ou syncrétique , tout insuffisante qu'elle soit, qui me paraît devoir être préférée.

Dans la nosographic spéciale d'un organe ou d'un tissu, les classilications sont aussi utiles que dans la grande nosologie pour coordonner des matériaux que l'étude minutieuse des spécialités multiplie loujours à l'infini. Toutefois ces classifications changent un peu de caf'actère et se rétrécissent comme le champ de leur observation. Elles ont moins de difficultés à vaincre pour rassembler en groupes les états morbides de leur compétence, puisque déjà ces états morbides sont réunis dans un môme tissu, comme la peau, ou dans un même appa- 1 eil, celui de la vision, par exemple. Il parait cependant que la tache n'est pas facile, car elles se multiplient avec une sorte d'acharnement. Chaque spécialiste veut avoir la sienne. Toutes ces classifications ont

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pour base les mêmes principes que ceux de la nosologie générale. Le spécialiste fait sur un embranchement de la médecine la même œuvre que le nosographe sur l'ensemble des connaissances médicales.

Méthode alphabétique. — Des médecins nombreux et recommandables ont adopté l'ordre alphabétique dans la description de nos différentes maladies. La polyalthée de Manget, le Dictionnaire de James, les diverses encyclopédies, les répertoires, les compendiums et les dictionnaires de médecine, ont consacré cette manière, très-vivement critiquée par quelques nosographes, par cette raison que la disposition alphabétique n'est pas une méthode. En effet, la disposition que règle la lettre initiale d'un mot n'a rien qui se rapproche des principes élevés qui doivent servir de base aux systèmes et aux méthodes de nosologie. C'est un rapprochement extraordinaire, théoriquement parlant, que celui de l'apoplexie et de l'ascite, du choléra et de la chlorose, de la méningite et de la ménorrhagie; et cette manière est bien, en effet, comme on l'a dit, la négation de toute classification méthodique. Mais les médecins qui adoptent l'ordre alphabétique n'ont jamais prétendu que ce fût là une méthode ; c'est pour eux un ordre de classification dépourvu de toute idée théorique ou systématique. Il est évident qu'on ne peut se faire d'illusions à cet égard, et, quand on prend pour ordre de description la lettre initiale du nom des maladies, ce qui peut varier selon les médecins, d'après les nomenclatures et jusque dans les pays où l'on observe, on décline tacitement le périlleux honneur d'un succès de systématisation. C'est peut-être une manière de dire qu'il vaut mieux n'avoir pas de méthode nosologique que d'en avoir une qui soit incomplète ou mauvaise, et dont les conditions soient une gêne plutôt qu'un secours utile. Ce sont des maladies qu'on range, mais qu'on ne se charge pas de classer et de catégoriser.

Méthode synoiAïque . — A l'époque où la médecine était encore incertaine dans sa marche et très-pauvre de détails; lorsqu'on s'occupait plus de l'ètiologie, de la nature et des formes extérieures générales des différentes affections morbides que du diagnostic anatomique,les médecins divisaient grossièrement les maladies d'après leurs principaux phénomènes. Ils ne cherchaient pas aies classer, dans la véritable acception de ce mot, et ils se bornaient souvent à de simples divisions dichotomiques. Le groupe des maladies aiguës et chroniques d'Arétée et de Cœhus Aurelianus, établi d'après la durée du mal; la division des maladies en intérieures et extérieures; les unes et les autres en générales et particulières, disposées à la tête, sur le corps et sur les membres, n'est pas autre chose qu'une analyse assez grossière de quelques-uns des caractères et de quelques formes de nos lïialadies.

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Cette méthode, que Sauvages appelle i^m/joraire lorsqu'elle s'applique à la division de Cœlius, est au contraire désignée dans l'autre cas sous le nom de synoptique ou dichotomique, par Requin. Elle me paraît être aujourd'hui sans application. Elle a pu rendre quelques services au début de la science, mais en aucun cas elle ne doit à elle seule servir de base à une classification nosologique.

Comment, en effet, pouvoir séparer en deux classes les maladies, selon qu'elles se présentent à l'état aigu ou à l'état chronique, caractère qu'une même affection peut offrir successivement? Une pneumonie aiguë ou chronique n'en est pas moins une pneumonie, et ce serait un véritable non-sens aujourd'hui que de placer dans deux classes différentes ces deux formes de la phlegmasie pulmonaire. Il n'est d'ailleurs pas toujours facile de déterminer le moment précis où une affection aiguë se change en maladie chronique, et, comme les préceptes d'Hippocrate sur la détermination des maladies aiguës n'ont plus cours à présent, ce principe de la durée des maladies a perdu toute importance nosologique.

Méthode étiologique. — Le principe de la méthode étiologique, adopté en nosologie, est peut-être le plus séduisant et le plus élevé de tous les principes connus de classification médicale. Il est malheureusement d'une application embarrassante. Il oblige à rassembler et à grouper dans la même classe les maladies, d'après la nature de leurs causes premières, ce qui est toujours impossible à savoir, ou de leurs causes dites secondaires, dont il est déjà fort difficile de préciser Tinfluence. Les causes des maladies sont des choses sur lesquelles on discutera éternellement sans jamais s'entendre ; c'est la voie de l'hypothèse et le chemin des plus extravagants systèmes. Quelques nosographcs n'ont pas reculé devant les difficultés et les dangers de cette tâche, et, soit audace ou illusion de leur esprit, la recherche des causes et la classification des maladies d'après cette considération est restée l'objet constant de leur étude. Puisse le succès couronner leurs efforts 1 Rien ne serait plus heureux pour la médecine que la réalisation de cet admirable problème, et, si loin que nous puissions être de sa solution, je puis dire que, le jour où il sera résolu d'une manière satisfaisante, notre science ne laissera plus rien à désirer.

Dans les premiers temps de la médecine, quand on ne songeait guère à classer les affections morbides, et qu'on se bornait à établir de simples divisions entre elles, pour l'intelligence générale de la pathogénie, les circonstances étiologiques avaient la plus grande importance. Ilippocrate, sans avoir fait rudh^, part de classement régulier des maladies, laisse cependant entrevoir la division qu'il y établirait

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