‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 111 sur 212 · DE LA KU:VJ{E. 4G · texte numérisé non relu

DE LA KU:VJ{E. 4G

I jours, elle offre des variations si grandes, qu'une description Irès-détaillée ne pourrait en retracer le tableau si on ne prenait un tvpe qui la représente dans ce qu'elle offre de plus ordinaire.

Les causes de la lièvre sont très-variées. Ce sont d'abord les nnpressions morbifiques directes qui l'engendrent sans lésion matérielle appréciable, et ensuite les causes de toutes les maladies dans le cours desquelles la fièvre se développe par le fait de la sympathie.

Les impressions morales très-vives, telles que le chagrin, la tristesse, l'ardeur au travail, les transports de l'amour non satisfait, etc., etc., impriment au cœur et aux artères une vélocité remarquable; elles augmentent la chaleur du corps et principalement de la tête; elles troublent la sécrétion de la salive, du suc gastrique et de la bile; elles amènent la dyspepsie et la fièvre immédiate, ou ultérieurement une fièvre lente moins bien caractérisée.

Hien que ces faits soient contestés par quelques personnes, ils reposent sur de nombreuses observations.

On dit qu'un homme est consumé par la jalousie, par l'ambition et par l'amour, qu'il est dévoré par de brûlants désirs : ce ne sont pas de vaines métaphores, ce sont des expressions qui expriment des faits ({ue la médecine aurait tort de négliger. Les transports d'un jeune homme aux pieds de sa première maîtresse, les mouvements accélérés de son cœur, la rougeur et le feu de son visage, la chaleur de tout son être et l'éclat de son regard, la soif qui le dévore, sont de la fièvre autant ([ue ces mômes phénomènes lorsqu'ils sont produits par une altéiation organique. Mais ici ce n'est qu'une fièvre éphémère qui tombe par le repos ou disparaît par le contentement du désir satisfait. Les ardeurs <lu génie qui compose son œuvre, la retourne et la corrige pour l'embeUir avant de la produire au grand jour; l'émotion des luttes du concours entre des jeunes gens réunis pour improviser une question écrite, sont autant d'accès de fièvre aiguë qu'on ne peut méconnaître. Jl en est de même de l'excitation qui s'empare des natures enthousiastes, avides de ce qui est beau et de ce qui est bien, qui s'animent, s'échauffent et s'exaltent à la lecture ou à l'audition d'un chef-d'œuvre musical, oratoire ou dramatique. Tous ces faits sont des exemples de fièvre aiguë, et, chez ceux qui vivent sans cesse au milieu de CCS impressions énervantes, il en résulte la fièvre chroni([ue avec dyspepsie, chlorose, et tout ce qui résulte de digestions mauvaises on incomplètes.

lîeaucoup plus souvent la hèvie l'ésnlte d'impressions morbi(i(pies Il — i'\ii!'ii (.r.N. ."()

4GG liES MALADIES E.N GÉNÉRAL.

indirectes, accompagnées d'altérations éphémères ou prolongées du sang. Les Ijoissons excitantes et alcooliques, les aliments excitants pendant leur digestion et avant l'élimination de leurs parties nuisibles, les miasmes, les eftki\es, les \enins, les \irus, etc., portés dans le sang, y déterminent primitivement ou secondairement des altérations d'où résulte sympatliiquement la lièvre.

L'ivresse produit une fièvre aiguë passagère comme les repas trop copieux, et il en est de même de tous les stimulants qui augmentent passagèrement l'action des forces vitales.

Les miasmes de l'érysipèle, de la suette, du choléra, de la fièvre typhoïde, du typhus, de la peste, de la dysenterie, de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, déterminent la fièvre, bientôt compliquée d'une autre fièvre, de nature dilTérente et appelée secondaire, parce qu'elle est en rapport avec les altérations locales propres à chacune de ces maladies.

Ainsi le poison de la variole détermine une fièvre primitive suivie de l'éruption de papules bientôt transformées en vésicules et en pustules ombiliquées. La fièvre tombe et le malade|entre dans un état de calme souvent trompeur. La suppuration des pustules commence, et, à leur suite, une fièvre secondaire s'allume, qui n'est plus la fièvre de la variole; et elle est souvent si forte, qu'elle fait^périr les malades.

Les effluves produisent la fièvre intermittente, la fièvre pernicieuse et la fièvre larvée dans leurs formes les plus diverses.

Les virus de la morve, de la variole, dej la scarlatine, du claveau, etc., provoquent une réaction fébrile bientôt suivie du développement de la scarlatine, de la variole, de la morve, etc.

Tous les produits étrangers qui pénètrent dans le sang, le pus, les matières septi(pies, concourent au même résultat.

Ailleurs enfin la fièvre naît sympatliiquement du travail intérieur qui préside aux sécrétions exagérées, telles que le flux de saUve ou le flux de ventre; à l'établissement a'une fonction, exemples : la sécrétion lactée ou la menstruation; au développement des maladies aiguës dites inflammatoires, cdmme l'angine, la pneumonie, la méningite, la pleurésie, la péritonite, la néphrite aiguë, etc., etc.; à l'évolution de maladies organiques gi'aves, telles (pie les tubercules, le cancer de certains oi'ganes, et à la réparation des lésions traumatiques et des blessures de toute espèce.

liien n'est variabîe comme la [lièvre dans ses caractères extérieuis. Son intensité, sa forme, sa durée, sont en rapport avec la nature de rinipression moil)ili([ue, avec l'âge des sujets, avec la nature et l'éjio-

que de la maladie dans laquelle on l'observe. Elle est fagilive et dure à peine quelques heures; éjÂémère, lorsqu'elle se prolonge un ou deux jours; continue, intermittente ou rémittente, selon qu'elle persiste d'une manière soutenue pendant une ou plusieurs semaines, ou qu'elle cesse ou réparait à des époques intermittentes, ou qu'elle offre dans sa durée continue des rémittences et des paroxysmes marqués sous forme d'accès périodiques.

Dans toute fièvre, on observe, à des degrés divers etselon sa période, du malaise, du frisson, de la chaleur et de la fréquence du pouls.

Chez les sujets dont s'empare la fièvre, il y a une première période, plus ou moins marquée, dans laquelle il y a de la pâleur du tégument externe, del'horripilation, un faible sentiment de froid ou du frisson, avec petitesse du pouls, malaise général, courbature et perte subite des forces musculaires; c'est la période de concentration des forces, suivie d'une période dite d'expansion des forces, parce qu'alors le pouls se dilate, la peau perd sa pâleur et se colore, les frissonnements et le froid disparaissent, pour être remplacés par une chaleur générale, superficielle et profonde. Vient enfin une troisième période de détente ou de crise, dans laquelle les symptômes diminuent si la fièvre doit disparaître entièrement; il y a de la moiteur et les fonctions rentrent peu à peu dans leur ordre naturel.

Au début de la fièvre, et au moment de la concentration des forces, il se produit une sorte de spasme cutané, caractérisé par la pâleur de la peau et la contraction du derme, formant la cliair de poule. Il semble que les fluides se retirent de la périphérie vers le centre, et un faible sentiment de froid, ou un faible refroidisse ment, avec ou sans frisson, se fait sentir. Lorsque le frisson est violent, les muscles cessent d'être soumis à l'empire de la volonté; ils tressaillent malgré la résistance des malades ; les membres ne peuvent rester immobiles, et les dents claquent, rapprochées les unes sur les autres par le spasme intermittent des mâclioires. Ce sont de véritables convulsions. Le froid et le frisson durent plus ou moins longtemps; ils sont très-marqués dans la lièvre intermittente de l'adulte, dans la fièvre des maladies aiguës inllammatoires, dans quelques fièvres éruptives, etc.; ils manquent quelquefois et sont remplacés par le retrait du sang, ([ni produit la pâleur delà peau.

Ces premiers phénomènes sont accompagnés de malaise indéliuis-

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sable, d'une faiblesse plus ou moins grande, d'une véritable et d'une grande diliicnlté de se mouvoir. C'est à ce point qu'on se demande comment tant de forces et de vigueur peuvent si subitement disparaître, et comment il faut comprendre le mécanisme de la force musculaire, qu'un simple arcès de fièvre détruit plus complètement que plusieurs jours d'inanition ou de maladie. Quelle est l'altération si subite des muscles qui empêche la fonction musculaire? pourquoi la force revient-elle au bout de quelques heures, lorsque l'accès de lièvre est terminé? Il est impossible de le dire; mais, à coup sûr, ce n'est pas une altération du muscle, et c'est la force même du mouvement qui cesse d'arriver à l'organe chargé de la recevoir et de la mettre à protit .

Le pouls est alors fréquent, régulier, petit, dur, resserré, réduit à la moitié de son volume par suite du spasme des artères. îl bondit sous le doigt et reste ainsi pendant un temps variable, tout le temps que dure la période de concentration des forces. Dès que la chaleur arrive, sa fréquence restant la môme, ainsi que je le dirai un peu plus loin, il se dilate et offre une plénitude particulière.

L'intelligence n'est ordinairement pas troublée, mais l'esprit est incapable d'attention; le bruit cause de la fatigue; la tête est lourde; il y a de l'insomnie, de l'agitation, de la céphalalgie, de la soif, de la sécheresse de la bouche, de l'inappétence, quelquefois des nausées ou des vomissements, une diminution de la sécrétion urinaire, qui est formée d'un liquide pâle, transparent, peu chargé de sels ou de mucus. Toutes les fonctions sont modifiées et troublées dans leur exercice, les unes d'une manière facilement appréciable, et les autres à un plus faible degré, que l'observation permet néanmoins de découvrir. C'est le propre delà fièvre de troubler ainsi l'unité de la vie et de rendre tous les appareils fonctionnels solidaires les uns des autres.

La première période de la fièvre, plus ou moins bien caractérisée, dure de quelques minutes à quelques heures. A un faible degré, elle peut passer inaperçue; mais, lorsque le froid ou le frisson existent d'une manière très-appréciable, ce qui a lieu dans les maladies aiguës inlUnnniatoires, dans la fièvi-e intermittente, dans les fièvres pernicieuses et dans leclioléra, ce phénomène de la concentration des forces ne saurait échapper à aucun observateur.

A cette première période succèdent des pliénomènes un peu différents, qui contrastent beaucoup avec les premiers. Tandis qu'au début de la fièvre la petitesse (hi pouls, le refoulement du sang de la péii-

pliéne du corps vers le centre, et le froid, annonçaient la concentration des forces^ viennent, à la seconde période, la rongeur et la turgescence de la peau, l'ampliation du pouls et une calorification plus vive. C'est la période d'expansion des forces.

La peau cesse d'être pale ou livide, et la chair de poule disparaît; elle s'anime, se colore, se gonfle et s'échauffe, au point d'être brûlante à la main. La face rougit, les yeux brillent d'un éclat inaccoutumé, l'intelligence s'exalte et traduit ses volontés d'une voix brève toute particulière. Les mouvements du cœur, très-fréquents, sont moins nerveux, les contractions portent sur une plus grande masse de sang, et les grosses ou petites artères, très-dilatées, reçoivent une colonne sanguine plus considérable ; il y a évidemment là un mouvement d'expansion de la vie au dehors, qui se traduit par une plénitude plus grande des vaisseaux de tous les tissus, et spécialement des vaisseaux de la périphérie du corps. Le pouls est large, dur et résistant sous le doigt.

Le refroidissement, le froid , les frissons et les claquements de dents cessent pour être remplacés par une chaleur inégalement distribuée à la surface du corps. Cette chaleur est quelquefois très-vive et dépasse de quatre à six degrés la température normale.

La bouche reste sèche, faute de salive et de mucus; la langue se couvre d'un enduit blanchâtre, et les papilles linguales se hérissent, surtout chez les enfants. Il y a de l'inappétence, de la soif, et les urines commencent à être sécrétées en grande abondance. Elles sont alors rouges, épaisses, sédimenteuses, et laissent déposer des sels en grande quantité. La miction en est quelquefois douloureuse, principalement chez les sujets du premier âge.

La seconde période de la lièvre, toujours très-appréciable, se prolonge plus ou moins longtemps. Tantôt de courte durée, à peine de quelques heures, comme dans la fièvre intermittente, elle peut persister un ou plusieurs jours, comme dans les fièvres continues graves et dans les lièvres rémittentes. Elle cesse pour être remplacée par une troisième période de détente ou de sueur, que l'on considérait autrefois comme le résultat d'une crise.

La chaleur de la peau tend à diminuei', et elle est moins désagréable pour le malade. Elle diminue en effet, ainsi que le démontre l'usage du thermomètre, qui annonce une température normale. Elle est moins sèche, et la peau s'humecte, devient moite ou se couvre d'une sueur plus ou moins abondante. Dans quelques cas, la transpiration est véritablement excessive.

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La salive reparaît clans la bouche, qui est moins sèche, ce qui rend la soif moins fréquente ; les urines augmentent de quantité, restent un instant encore rouges, sédimenteuses, puis deviennent claires, jaunâtres, tenant en suspension un nuage de mucus opalin, connu sous le nom d'énéorème.

L'excitation se calme par degrés, le bien-être et l'appétit reviennent, et, à moins de complication ou d'un nouvel accès, tout rentre à l'état normal.

xni

Les trois périodes de la fièvre, caractérisées par le froid, la chaleur et la sueur, ne sont bien dessinées que dans la fièvre intermittente de Tadulte, dans la pneumonie et dans les phlegmasics, dans quelques lièvres éruplives, principalement dans la variole. Elles sont, au contraire, incomplètes et mal caractérisées dans la fièvre intermittente des petits enfants, et dans une foule d'états morbides et de maladies fébriles. La première et la troisième sont celles qui offrent le plus d'irrégularités dans l'intensité, dans la forme et la durée; la seconde, au contraire, est toujours la môme, et ne diffère, d'un cas à l'autre, que par la violence de ses symptômes. Ce ne sont pas là des différences assez importantes pour autoriser la division de la fièvre en espèces distinctes. Ce sont tout au plus là des variétés à signaler en décrivant les différentes fièvres.

Le froid et la chaleur de la fièvre ont été l'objet de bien des controverses et ont donné lieu à des recherches d'une grande importance. Dans ces alternatives de frisson et de chaleur, ou môme dans l'existence simultanée d'une chaleur dévorante, profonde, avec un froid intérieur très-vif qu'on observe chez quelques malades, on s'est demandé si les sensations éprouvées par eux sont bien réelles et si elles sont confirmées ou infirmées par l'examen du thermomètre. Les réponses ont été contradictoires; quelques médecins ont soutenu que la température était toujours augmentée par la fièvre même, au moment du frisson et (hi froid les plus intenses, tandis que d'auties ont, au contraire, avancé qu'il y avait diminution de la température dans la période de froid vX augmentation au moment de la chaleur. Ces o})inions différentes peuvent être conciliées, car elles sont également vraies. Tout dépend de la manière de s'en assurer. Dehaen, Bouiilaud, Gavarret, Andral, ont eu raison de dire que, dans les fièvres, la température animale est augmentée. M. Gavarret a même fait de cette élévation de température une loi, parce que, ne s'occupant que de la température

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profonde pour la mesurer dans Taisselle pendant la fièvre, même à sa période de froid, il a trouvé que le thermomètre accusait constamment une élévation de un à plusieurs degrés au-dessus du cliiffre normal fixé par la moyenne à trente-six. Dans les fièvres, la température profonde est donc augmentée. En est-il de môme de la température super ticielle de la peau? Non. Borsieri l'a déjà dit et démontré, le thermomètre à la main. Partout où, dans le froid de la fièvre, il a appliqué le thermomètre à la surface du corps, il a constaté un notable abaissement de température. Ce fait est vrai, et, dans les expériences que j'ai faites, j'ai trouvé, comme Borsieri, un abaissement notable de la température cutanée dans le froid de la fièvre. Chez des sujets atteints de fièvre intermittente, au moment du frisson, l'baleine est froide et le souffle des malades glace les mains; le nez, les mains et les pieds sont froids, la peau est froide, et le thermomètre, mis sur la peau des membres, indique de vingt-quatre à trente-deux degrés, alors que dans l'aisselle il dépasse la température de l'état normal, et que dans la période de chaleur il reviendra sur les membres à un chiffre de quatre à six degrés supérieur à celui qu'il était dans le frisson. 11 en est de môme dans le choléra pendant la période algide et au moment de la réaction. — Si <lonc la température, prise chez un malade sur la cuisse ou entre les genoux durant le froid de la fièvre, indique un chiffre inférieur au chiffre normal et au chiffre obtenu dans la période de chaleur, c'est que la température superficielle se sera abaissée dans la première période de la fièvre. C'est là un résultat important et incontestable contre lequel il n'y aipas d'objection possible, et il oblige désormais le médecin qui voudrait apprécier la chaleiu^ fébrile à étudier en môme temps la température superficielle et la température profonde du <:orps. On peut donc concilier les opinions contraires des médecins qni ont soutenu que, dans la fièvre, la température animale s'élevait de (juelques degrés, tandis que pour d'autres elle était notablement diminuée. La différence des résultats tient uniquement à la différence du mode de recherche. Appréciée dans l'aisselle, qui est le lieu du corps où la température, à son chiffre le plus élevé, représente bien la chaleur profonde, cette température s'élève constamment dans la fièvre, môme dans le frisson et le froid fébriles. L'accroissement est de un à six degrés. Au contraire, lorsqu'on étudie comparativement la température à la surface du corps, aux pieds, aux mains et aux genoux, dans la période de froid et au moment de la chaleur, il y a diminution de plusieurs degrés dans la première période et augmentation dans la seconde, ce qui est conforme à fimpression subie par la main et aux sensations éprouvées par le m;dade.

Clicz des malades qui avaient trente-six degrés dans l'aisselle à l'état normal, M. Gavarret a trouvé, dans la période de froid et de frisson de la lièvre, quarante degrés, et un peu plus tard quarante et un ou quarante-deux degrés durant le stade de chaleur. C'est un fait général confirmé par tous les observateurs; il se produit de même dans la période algide et dans la période réactionnelle du choléra.

A la surface du corps, dans les mains, la température étant normalement de trente-quatre degrés chez un malade, elle tombait à trente pendant les frissons, et se relevait à trente-six dans la période de chaleur. — J'ai môme trouvé dans le choléra un abaissement de température des mains exprimé par les chiffres de vingt-six, vingtquatre et vingt-deux degrés.

La température animale n'a pas de foyer unique d'où elle se répande dans l'économie. Elle s'engendre sur tous les points du corps où s'accomplit un travail actif dénutrition m.oléculaire et de combustion des tissus. Elle n'a pas sa source exclusive dans le poumon, et elle se développe dans la profondeur des membres avec plus ou moins d'activité, selon l'état de la force nerveuse et de la nutrition. Claude Bernard a démontré que l'arrachement du grand symphatique du cou d'un animal développait dans ce côté de la face et de l'oreille une température supérieure de un ou deux degrés à la chaleur normale. — Dans l'agonie, d'après M. Doyère, lorsque les phénomènes chimiques de la respiration sont suspendus et que, d'après l'analyse faite, l'air atmosphérique sort des poumons comme il y est entré, il y a une augmentation considérable delà température animale, qui cesse brusquement au moment de la mort. Si la température n'a pas son foyer dans le poumon, et si des causes locales de décomposition dans les tissus peuvent la produire, elle peut varier dans les diverses parties du corps sous l'influence de causes particulières. On cite comme telles l'état uci'veux, la paralysie, et il n'y a rien d'étonnant à ce que, dans une certaine période de la fièvre, il y ait abaissement de la chaleur sur un point et accroissement sur un autre.

L':ippar(Mlcirculatoire est un des plus fortement troublés paila lièvre, on (hi moins les troubles qu'il sid)it sont-ils facilement ap])réciables.

Au début, dans ce l'risson, le cœur et les artères sont le siège d'un spasme contractih» évident, les artères se contiactent, les capillaire snperlicicls se videid de leur matière coloiante, et la systole de ces dilTèrents réservoirs est inconquuabiement i)kis petite que de cou-

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lume. Les balleinents du cœur sont réguliers, sourds et quelquefois ont un timbre métallique qui disparaît avec l'apparition de la chaleur fébrile. Le pouls est petit, dur, serré, ordinairement très-fréquent, h moins de spécificité dans la nature de la fièvre, et il s'élève et s'emplit en même temps que la chaleur se produit.

Bien que la fréquence du pouls puisse se produire en d'autres circonstances, c'est le phénomène le plus constant de l'état fébrile. Signalée dans ses variations de la manière la plus complète et la plus explicite par Galien, elle a été mdiqiiée depuis ainsi que tous les autres caractères du pouls parRufiis d'Éphèse, Solano, Nihell, Bordeu, Fouquet et par tous les observateurs; ce caractère a une telle importance, qu'on le retrouve dans presque toutes les définitions qui ont été données de la fièvre.— La fréquence du pouls n'a rien d'absolu; quant à l'existence de la iièvre, elle estrelative à la vitesse normale du pouls chez les individus, ce qui varie beaucoup suivant les âges et selon les idiosyncrasies.

Au-dessus de cent pulsations par minute, chez les enfants à la mamelle endormis, il y a iièvre ; il en est de même lorsque, chez un enfant éveillé de même âge, le pouls dépasse cent dix et cent vingt. — On sait, en effet, que le passage du sommeil à l'état de veille produit une différence de quinze à vingt pulsations par minute au profit de la veille.

Chez les enfants plus âgés, dans la seconde enfance, le pouls d'un sujet endormi qui s'élève au-dessus de quatre-vingt-quatre ou quatrevingt-huit, est un pouls fébrile, tandis que, lorsqu'ils sont éveillés, il n'y a vraiment fièvre qu'au delà de cent pulsations. x4u reste, c'est dans l'enfance que la signification de la fréquence du pouls offre le plus d'incertitude ; le moindre mouvement, la réplétion de l'eslomac, la plus petite émotion, la présence du médecin, augmentent sa fréquence et peuvent facilement faire croire à un état fébrile qui n'existe pas. Les mêmes circonstances agissent bien aussi chez l'adulte, mais à un degré moindre ; néanmoins, chez quelques femmes, chez les sujets très-nerveux et chez les hypocondriaques, le pouls acquiert une fré- (luence qui peut induire en erreur si on le considère comme un pouls fébrile.

Chez l'adulte, la moyenne de fréquence du pouls à l'état normal est (le soixante-douze ou quatre-vingts. — Au delà de ce chiffre, une nccélération permanente des battements, si elle est accompagnée de chaleur, est un indice de fièvre.

Des difficultés analogues d'interprétation se présentent dans la vieillesse. L'état normal du vieillard est caractérisé par une lenteur assez i:riMide du pouls, vniinnt de soixante à soixanlcî-douze pulsations, d'où

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résulte qu'au-dessus de ce chiffre la fréquence du pouls est une présomption en faveur de l'état fébrile.

L'accélération du pouls, quand elle n'est pas excessive et portée de cent vingt à cent quarante pulsations par minute, ne saurait donc avoir toute seule une importance absolue relativement au diagnostic de la fièvre. Malgré les moyennes de la fréquence normale du pouls, qui ont été publiées pour l'enfance, l'adulte et la vieillesse, afm de servir de base à l'exploration du pouls, toute déduction rigoureuse et absolue tirée du chiffre des pulsations est mensongère, car les moyennes sont faites d'après des maxima ou des mïnïma physiologiques qui peuvent jeter le doute dans l'esprit du médecin placé devant ce cas particulier. Une moyenne n'est donc pas individuellement applicable; en médecine surtout, cela est impossible, car il n'y a que des faits particuliers vis-à-vis desquels il faut avoir une opinion et prendre un parti, indépendamment des résultats précis de moyennes fournies par la statistique. Le chiffre du pouls, s'il n'est pastrès-élevé, ne peut donc avoir de signification précise et irrécusable dans le diagnostic de la fièvre; il faut ajouter à ce premier renseignement ceux qui résultent de la calorification et des autres troubles fonctionnels.

En même temps que le pouls acquiert de la fréquence, il change souvent de caractère sous l'influence de l'état fébrile. Il est vite, lorsque la contraction artérielle est rapide, et s'éteint rapidement ; il est ordinairement régulier, faible ou fort, quelquefois dicrote, inégal ou intermittent, selon l'âge des sujets et la nature du mal qui engendre la fièvre. Si l'on en croyait les assertions de Bordeu, ce qui est impossible, car la vérification les infirme, chaque organe malade, en produisant sympathiquement la fièvre, produirait aussi une modification sympathique correspondante du pouls, appréciable pour les adeptes. Jl y aurait un pouls capital, thoracique, abdominal, et dans chacun de ces pouls une modification pour les maladies de l'estomac, de l'intestin, de la matrice, etc. Mais ce sont là des observations plus ingénieuses que vraies, et d'ailleurs l'expérience, souverain juge en pareille matière, les a condamnées.

La respiration, dans ses mouvements extérieurs, n'est que peu troublée par la fièvre. Si, pendant la période de concentration des forces, les mouvements r(;spiratoires sont un peu plus fréquents que de coutume, et s'il y a quehjue chose de pénible dans leur accomplissement, <yest tout ce qu'on y observe. Dès que la chaleur s'élève, la respiration devient plus ample, moins laborieuse et plus facile. Ce qu'il serait

Irès-ciirieux de connaître d'une manière précise, ce soiit les modifications apportées aux phénomènes chimiques de la respiration par la lièvre. Maliieureusement on n'a sur ce point que des résultats incomplets et insuffisants.

Dans la fièvre provoquée par une action musculaire exagérée et par un exercice poussé jusqu'à la fatigue, il y a, d'après Collard de Martigny, beaucoup plus d'acide exhalé par la respiration que dans l'état normal. Il en est de même dans l'état fébrile ordinaire, d'après >'ysten. Au reste, ces résultats doivent varier avec la période de la fièvre. Il est évident que l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique ne peuvent être les mêmes dans le frisson de la fièvre et dans la période réactionnelle. On l'a vu ailleurs pour le choléra, etDoyére, en signalant les cas algides où l'air sortait à peine altéré de la poitrine, malgré une température de quarante degrés dans l'aisselle, a montré du môme coup les effets variables de la fièvre sur l'acte chimique de la respiration, et l'impossibilité de rattacher exclusivement la température animale à la combustion pulmonaire. En effet, dans la période algide du choléra, la proportion d'acide carbonique exhalé diminue comme la quantité d'oxygène exhalé, et ce n'est que plus tard, dans h période de réaction, que les phénomènes chimiques de la respiration se rétablissent, et que la quantité d'acide carbonique rejeté dépasse le chiffre normal. Ces résultats sont intéressants, mais il n'y a rien à en déduire, quant à présent ; il faudrait un plus grand nombre d'analvses, faites dans des conditions différentes et variées.

11 est rare que les fonctions digestives ne soient pas altérées par la lièvre. La diminution de toutes les sécrétions, qui amène la sécheresse de la bouche par l'absence de mucus buccal et de saHve, prive également l'estomac d'une partie des sucs sécrétés à sa surface. Il en résulte du dégoût des aliments, de la dyspepsie ou une indigestion, si, voulant passer outre le dégoût, les malades introduisent dans l'estomac des matières alimentaires qui font l'office de corps étrangers et provoquent la nausée ou le vomissement.

La fièvre, quelle que soit sa nature, lors même qu'elle ne résulte pas d'une maladie des voies digestives, produit donc toujours la dyspepsie. Cependant, dans les maladies chroniques, lorsque l'organisme s'est habitué à l'état fébrile, la dyspepsie diminue, et les malades, autant par idée que par besoin, peuvent manger. Toutefois l'appétence est médiocre, les aliments ingérés ne profitent guère, et souvent iriêine ils fatiguent ceux qui les prennent.

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XYIIÎ

La lièvre a luie immense influence sur les produits de sécrétion. (]hacun sait qu'elle diminue la quantité de salive, à moins qu'elle ne soit entretenue par une maladie des gencives ou des glandes salivaires. Le lait des nourrices se tarit et change de caractère : outre ses altérations vitales, il perd sa partie aqueuse ; le poids des parties solides, sels, beurre et caséum, augmente, tandis que le sucre diminue dans la même proportion ; il se concentre, et quelquefois, si la lièvre est trèsforte, la sécrétion cesse entièrement. Le suc pancréatique, d'abord abondant et naturel chez les animaux que l'on opère dans le but d'expérimenter sur ce lluide, diminue et perd ses qualités dès que Finflammation et l'état fébrile consécutifs à l'expérience sont allumés. La sécrétion du suc gastrique, chez les chiens qui ont une fistule stomacale, cesse à peu près entièrement dès qu'on les rend malades par une opération grave. Chez l'homme, les plaies et les vésicatoires qui suppurent abondamment se sèchent dès qu'une maladie entièrement fébrile se déclare. Les urines enfin, comme je l'ai déjà dit, se suspendent momentanément au début de la fièvre ; elles perdent une partie de leiu" eau et sortent un peu plus tard très-chargées de sels. Cependant, à la fin des maladies aiguës fébriles, ou lorsque la fièvre est devenue en quelque sorte une habitude pour l'économie, les urines ne sont pas sensiblement diminuées dans leur quantité, et elles sortent toujours chargées d'une plus ou moins grande quantité de matières salines.

La fièvre annonce toujours un état morbide éphémère ou permanent développé chez un individu; phénomène sympathique produit par l'excitation nerveuse, par les altérations du sang et par les troubles matériels survenus dans la structure des organes; il faut chercher son point de départ dans les solides, dans les liquides et dans les impressions nerveuses. Sa marche et sa durée sont très-variables. Elles dépendent, comme ses principaux phénomènes, de la cause qui lui a donné naissance; mais, avecunpeud'liabitude des malades, on parvient assez oi'dinairement à prévoir ce qu'elle deviendra, par les caractères de son début et de son développement. Elle a, comme on sait, des périodes d'invasion, d'état et de déclin, qui sont plus ou moins marquées, et de leur durée respective ressort tout naturellement la nature de la fièvre.

Un frisson violent avec fièvre, cliez un opéré ou chez lUie femme nouvellement accouchée, armonce une maladie du sang, ordinairement mortelle.

Un frisson brusque, suivi de fièvre, chez nu adulte, indique très-

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communément une maladie interne, et plus souvent une pneumonie. La fièvre commençant par des frissons, avec claquement de dents, suivis de chaleur et de sueur, revenant par accès, indique une fièvre paludéenne, etc.

Dans toute fièvre il faut donc chercher à établir, d'après la marche des phénomènes, sa continuité, son intermittence ou sa rémittenc(V. d'où résultent différents groupes morbides assez naturels, qu'on nomme fièvres intermittentes, fièvres continues et fièvres rémittentes. La lièvre intermittente revient par accès, et elle a ses trois périodes ordinairement bien caractérisées, depuis le frisson avec tremblement, jusqu'à la chaleur et à la sueur finale. Il n'y a d'exception que pour la première enfance. La fièvre continue est éphémère quand elle résulte d'impressions morbifiques sans importance, ou permanente quand elle est un effet sympathique d'une altération du sang, comme les typhus, ou de phlegmasies, comme la méningite, la pneumonie, etc. Dans ce cas, les périodes sont moins tranchées que précédemment, et la première peut échapper à un examen superficiel. Ce genre de fièvre aune durée qu'on ne peut déterminer d'une manière générale, et qui est tout à fait en rapport avec la violence du poison morbide introduit dans le sang ou avec la nature et l'étendue de la lésion locale.

La fièvre est ordinairement très-vive chez les enfants et hors de proportion avec sa cause occasionnelle ; chez l'adulte, au contraire, elle marche de pair avec cette cause, sauf des circonstances individuelles particulières, et chez les vieillards la fièvre est généralement faible, relativement aux causes graves qui en sont le point de départ. (]cla veut dire que les sympathies organiques sont très-vives chez les jeunes sujets, modérées chez l'adulte, et presque nulles chez les vieillards. La vieillesse est en effet l'âge de la tolérance organique et des maladies latentes.

La durée probable et le traitement qu'exige la fièvre ne sauraient être indiqués d'une manière générale. En effet, la science ayant pu rattacher son développement à des troubles nombreux et variés, de manière à en faire un phénomène sympathique, c'est à la connaissance de ces troubles qu'il faut arriver pour estimer sa durée et prescrire le traitement qu'elle réclame. Or celte recherche est entièrement (hi domaine de la pathologie spéciale, et l'étude de la fièvre doit être hinitéeà la connaissance des phénomènes qui la font reconnaître.

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