‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 115 sur 212 · DES FIÈVRES OU TYREXIES · texte numérisé non relu

DES FIÈVRES OU TYREXIES

mère, la syiioque et la lièvre typhoïde. On admettait jadis, parmi les lièvres contimies, à titre de pyrexies particulières, les fièvres inflammatoire, muqueuse, bilieuse, putride, maligne et adéno-nerveuse de Pinel; mais les travaux de Petit et Serres, Broussais, Louis, etc., ont démontré que toutes ces lièvres, considérées comme distinctes, n'étaient que les variétés d'une même forme fébrile et devaient être réunies sous la seule dénomination de fièvre typhoïde, généralement acceptée aujourd'hui.

Les lièvres éruptives sont celles qui sont produites par un virus inoculable ou par un miasme qui séjourne dans l'économie, sans donner signe de sa présence, et produit, au bout d'un temps variable, la fièvre, l'intoxication du sang et des humeurs, et l'éruption cutanée pustuleuse, exanthématique ou vésiculeuse. Elles ont une période d'incubation, d'invasion, d'éruption et de desquamation, et sont accompagnées de complications \iscérales variées, en rapport avec la nature de l'impression morbifique. Ce sont des fièvres qu'on n'a généralement qu'une fois, car il semble que l'organisme, saturé parle poison morbide, devienne insensible à une seconde impression morbifique. L'assuétude virulente est une condition d'immunité pour l'avenir.

Dans les fièvres pestilentielles, la nature de la cause spécifique est moins facilement appréciable, mais on en juge par les effets qu'elle produit. C'est une cause expérimentale dont l'existence ne peut être contestée. Les pyrexies régnent souvent à l'état épidémique et se propagent, tantôt par infection, tantôt par contagion. Il est rare de les rencontrera l'état sporadique. Les altérations matérielles qu'elles engendrent quelquefois n'ont rien de spécial ni de constant, et, dans le plus grand nombre des cas, il n'en existe point. Ce sont des congestions viscérales, des hémorrhagies, des gangrènes, etc. Dans cette catégorie se trouvent la fièvre jaune, le typhus, le choléra, le typhus lever, la grippe, la suette, la peste, etc.

Les fièvres continues proprement dites reconnaissent également pour cause une altération humorale, forte ou faible, avec ou sans altération organique secondaire, et elles sont assez ordinairement épidémiques dans notre pays. Ce sont la fièvre éphémère, la synoque ou fièvre muqueuse, et que l'on appelle aussi très-improprement l'embarras gastrique, la lièvre typhoïde dans toutes ses formes différentes, inflammatoire, bilieuse, adynamique, ataxique, etc. Quelques-unes n ont pas d'altération matérielle connue, c'est le cas de la fièvre éphémère, de la synoque, et, (juant à la fièvre typhoïde, le gonflement et f ulcération des follicules isolés ou agminés de l'intestin est moins une cause qu'un effet de la maladie.

Les fièvres intermittentes sont, par leurs caractères extérieurs, tellement différentes les unes des autres, qu'elles constituent presque des espèces différentes. On ne comprend même pas qu'une maladie de même nature puisse se traduire au dehors par des effets sympathiques si variés. L'état fébrile semble être la chose principale, car il constitue toute la maladie apparente, indépendamment des lésions secondaires, et c'est pendant l'accès de fièvre que la mort arrive, lorsque la maladie est très-grave.

Les fièvres intermittentes ont été, de tout temps, rangées dans la classe des pyrexies, comme maladies humorales produites par l'impression eflluvique, avec ou sans altération viscérale secondaire constante. Pinel les a rangées dans ses fièvres essentielles ; Mongellas, au contraire, pour obéir aux idées de l^roussais, en a voulu faire une variété de gastro-entérite, qualifiée d'intermittente, mais cette explication n'a eu aucun succès, et elles ont repris leur ancienne place au milieu des iièvres dans les cadres nosologiques.

Toutes sont caractérisées par des accès de lièvre revenant à des épo- (|ues variables, par l'altération spécifique du sang, et par la congestion de quelques viscères, principalement du foie et de la rate. Aux altérations du sang par les effluves des marais il faut réunir la tendance à la diminution de la fibrine, sa mollesse et la diminution des globules lorsque la fièvre est ancienne.

L'hypertrophie du foie et de la rate, quoique très-commune, ainsi que M. Piorry l'a démontré, n'est pas constante ni cause de la fièvre, et, s'il est vrai que l'hypertrophie accidentelle de la rate puisse occasionner la fièvre, il y a une foule d'exemples de tumeurs de la rate sans fièvre intermittente.

Les accès de fièvre de la fièvre intermittente reviennent à des époques variables, mais constantes dans chaque espèce de fièvre, et c'est ce retoui' qui en constitue le type.

Le type est quotidien, et il y a fièvre quot i il ienne \ov^(\ug les accès ont lieu tous les jours et sont tous semblables entre eux pour la durée, la violence et les principaux sym[)tômes qui les accompagnent. Dans le type tierce, les accès se renouvellent tous les deux jours, à la même heure, et dans le type quarte, les accès ont lieu de trois en trois jours, séparés les uns des autres par deux jours d'apyrexie.

Il y a aussi des fièvres quintanes, septunes, octanes, nonanes, mensnellen, annuelles, qui reviennent tous les cinq, sept ou huit jours, tous

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"fès mois et tous les ans; mais ce sont des faits excessivement rares.

Les types quotidien, tierce et quarte, offrent plusieurs variétés. Il y a une fièvre double quotidienne quand les accès reviennent régulière- [nent deux fois par jour; dans la double tierce, les accès reviennent tous les jours, avec cette particularité que les accès des jours pairs, c'est-à-dire des deuxième et quatrième, se correspondent pour la durée et l'intensité, qu'd en est de même pour les accès des jours impairs,' c'est-à-dire pour le premier et pour le troisième. Dans la fièvre double quarte, il y a un accès deux jours de suite, suivi d'un jour d'apyrexic, et les accès s'enchaînent de façon que le quatrième corresponde au premier, le cinquième au second, et Tapyrcxie du sixième jour à l'apyrexie du troisième.

Il y a des fièvres tierce-doublée, parce qu'il y a tous les deux jours deux accès dans les vingt-quatre heures ; quarte- doublée, avec deux accès en un jour, après deux jours d'apyrexie, et enfin des fièvres quinte-doublée, lorsqu'il y a trois accès les premier, septième et dixième jours, avec apyrexie dans les jours intermédiaires. Ce sont ) encore là de ces faits qu'il est très-rare de rencontrer.

Chaque accès est formé de plusieurs stades; T le froid, ou période de concentration des forces ; ^'^ la chaleur, ou période d'expansion des forces, et 5*" la sueur au moment de la détente et du déclin, ou de la crise.

Il y a des lièvres intermittentes simyles^ pernicieuses et anomales.

Les intermittentes simples offrent tous les types que je viens d'in- I diquer, principalement les types quotidien, tierce, quarte et double quotidien, double-tierce et double quarte, les autres types étant fort j exceptionnels.

La lièvre pernicieuse se montre ordinairement sous le type tierce et double -tierce. Elle est excessivement grave et tue au second ou au troisième accès, si la nature du mal n'a pas été devinée par le méde- 1 cin et combattue par les moyens convenables. Ses formes sont trèsvariées, et on les qualifie d'après le symptôme dominant. Il y a des fièvres pernicieuses algides, diaphorétic^ues, syncopales, convulsives. délirantes, comateuses, cardialgiques, pneumoniques, cholériques, dysentériques, etc., selon qu'il y a dans les accès des phénomènes ' exagérés de froid, de sueur, de syncope, de convulsions, de délire, de coma, de douleur épigaslrique, de pneumonie intermittente, etc., etc.

Dans les fièvres intermittentes anomales, les accès ne sont pas complets comme dans la fièvre intermittente régulière. Tantôt le stade de froid manque, ce qui est très-commun chez les jeunes enfants, et il n'y a que de la chaleur et de la sueur; tantôt il y a accès de froid, sans

chaleur ni sueur consécutives, et tantôt enfin les différents stades desj accès sont renversés, comme on l'a vu dans l'épidémie de 1700 qui a régné à Varsovie, où la chaleur, signalant le début de l'accès, se trouvait être suivie de la période de froid. Il y a enfin des maladies intermittentes sans fièvre, caractérisées par un symptôme : la douleur, par exemple, revenant par accès réguliers quotidiens, tierces, quartes, etc . et que l'on a considérées comme des fièvres sans accès fébriles. Elles reconnaissent aussi pour cause l'impression de l'effluve des marais. On les désigne sous le nom de fièvres larvées.

Les fièvres rémittentes joignent à un mouvement fébrile continu des accès ou paroxysmes intermittents fort distincts.

Elles offrent de grandes analogies avec les fièvres intermittentes, car, nées dans les mômes conditions, sous l'influence de la même impression effluvique, elles se succèdent chez le même individu, offrent des accès semblables, et elles guérissent par le même agent spécifique, qui est le quinquina.

Ce sont des maladies humorales avec ou sans lésion anatomique consécutive, car on ne trouve pas après la mort d'altérations matérielles constantes. Il y a souvent congestion et augmentation de volume du foie et de la rate; mais, dans la double épidémie décrite par François Home, ces altérations n'existaient même pas.

Ce sont des maladies déjà décrites par Hippocrate et fort communes dans le climat de la Grèce et des pays chauds. On ne les observe queti'èsrarement dans nos contrées, et il ne faut pas prendre comme telles une multitude d'affections fébriles indigènes qui n'appartiennent pas aux fièvres périodiques ou paludéennes, et dans lesquelles on observe une diminution plus ou moins régulière de la fièvre, à certaines époques de la journée. Toutes les maladies aiguës sont accompagnées d'un état fébrile qui varie d'un moment du jour à l'autre, et elles offrent ordinairement un paroxysme marqué vers le soir. Ce ne sont pas là les accès intermittents d'une fièvre rémittente, mais bien de simples exa^ cerbations fébriles.

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