‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 116 sur 212 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE I.'IMFI.AII1IIIAT10M.

Le mot ïnflammatïon, ainsi que les mots phlegmasie et phlogose, dérivés de mflammutio , enflammer, et de «^pXéyw, j'enflamme, ou de fU^, flamme, sont des expressions métaphoriques désignant un état morbide qu'on retrouve à chaque instant dans l'élude de la pathologie interne et externe.

L'inflammation, parfaitement connue dans sa forme extérieure au temps d'Hippocrate, était considérée comme le second temps de la fluxion des organes. C'est même à la médecine grecque qu'il faut emprunter la définition la plus vraie de ce mot, dont Celse a pu dire : JSotx vero inflammationis simt quatuor, rubor et tumor mm calore et dolore ^ Si toute inflammation ne présente pas ces caractères, on peut dire au moins qu'ils rendent incontestable le fait de l'inflammation.

La médecine a longtemps vécu sur ces idées, sans faire autre chose que des théories sur la cause prochaine de l'inflammation : ici l'effervescence des sels organiques par les acides, ailleurs l'épine enfoncée dans les chairs, contre laquelle lutte l'organisme, plus tard la congestion et l'engorgement des vaisseaux, la stase sanguine produite par le spasme, l'obstruction des conduits vasculaires, etc. 11 faut arriver à Hunter, et à ceux qui, comme Thomson, Wilson Philips, Ch. Hastings, Gruithuisen, Kaltenbrunner, etc., ont appliqué le microscope à l'étude de l'inflammation, pour connaîtie d'une manière exacte les phénomènes locaux intimes de cet état morbide. On a vérifié depuis l'exactitude des faits annoncés par ces auteurs, mais c'est à eux qu'il faut rapporter l'honneur des découvertes anatomiques relatives au début de l'inflammation, à la constriction et à la dilatation des capillaires, à la stase sanguine, à la déformation des globules du sang, à la production du pus, à la formation de vaisseaux nouveaux, etc., phénomènes d'une extrême importance pour exphquer le mécanisme de l'acte inflammatoire. En ajoutant à ces faits nouveaux la connaissance des altérations du sang révélées par MM. Andral et Gavarret, on voit l'histoire de l'inflammation apparaître sous une face toute nouvelle, et c'est ainsi que nous allons la présenter.

* De rc medica, lib. 111, cai». xi, sect. vi.

494 ^^'^ MALADIES EÏN GÉI.ÉRxU..

L'iiitlammation est une maladie fébrile ou apyrétiquc, caractérisée par l'augmentation générale de la fibrine, et par la présence d'une exsudation séro-fibrineuse dans les tissus, où existent une chaleur, un oonflement, ime rougeur et une douleur quelquefois intenses. Elle existe à l'état aigu et à l'état chronique. C'est une maladie réflexe qui porte son action sur le sang et (jui détermine localement, ou dans tout le système vasculaire, l'exagération de la quantité normale de la fibrine. Dépôt séro-fibrineux dans les tissus, excès dans le sang, voilà ses caractères anatomiques primordiaux, autour desquels il faut grouper les autres phénomènes dynamiques susceptibles de révéler la présence du mal. Après l'impression morbifique qui engendre rintlammation, le sang est la première partie dont la quantité locale dans le parcours et la composition, modiliées, indiquent la réaction contre le nouvel état morbide. Cet état du sang domine l'acte inflammatoire, commande son développement ultérieur et la terminaison heureuse ou malheureuse. Suivant le sol où l'inflammation prend naissance, paraissent des produits inflammatoires variés, dont la nature est en rapport avec la bonne ou mauvaise qualité du sang. De là de nombreuses variétés d'inllammalions, réputées spéciales et spécifiques.

Les phénomènes et les effets de rintlammation sont si variés, qu'il est quelquefois difficile de les rapporter à leur véritable cause. Différents d'après la quantité de vaisseaux renfermés dans les tissus, d'après la nature de fimpression morbifique, d'après l'époque de la maladie, d'après l'âge et la constitution des individus, etc., ils représentent riidhicnce deces conditions spéciales.

Tantôt l'irillammation réunit, et tantôt elle sépare divers tissus ou organes; ici elle répare une perte de substance, ailleurs elle forme des lissus nouveaux, ou elle les détruit pour toujours; elle produit l'induration et le laujollissement ; elle engendre des flux, des hémorrhagies, des résorptions de liquides épanchés ; elle accompagne la formation de tous les pioduits morbides, et il n'en est aucun dont on ne lui ait attribué l'origine,

(]'est cette ap[)arerde diversité des phénomènes et des effets de l'inflannnation qui a porté plusieurs pathologistes à nier l'existence de cet état niorhid(\ et les a engagés à rayer le mot de la langue médi-

DE l/l>FLA.MMAT10>'. 495

cale, atin de le remplacer par la désignation anatomique des éléments réputés inflammatoires, qui ne préjugent rien sur la nature du mal. Lhyperémie, l'induration, le ramollissement, la suppuration, Tadhérence, la rupture, etc., etc., remplacent dans cette théorie l'ensemble (les phénomènes inflammatoires. Nous n'adoptons pas cette manière de voir, car les éléments isolés de l'inflammation ne constituent pas plus cette maladie que les os du squelette ne font un homme.

Le mot inflammation, consacré par l'usage, représente une série de phénomènes bien définis, ordinairement les mêmes, remarquables par la variété dans l'unité, et, comme le mot de fièvre, il mérite de rester dans la science.

Les causes de T inflammation sont très-nombreuses. Prédisposantes comme le sont celles qui résultent des professions, de l'âge et de la structure des organes, ou occasionnelles, comme peuvent l'être l'action des irritants, elles agissent souvent sans l'intermédiaire de la conscience, d'une façon réflexe, et produisent des réactions morbides spéciales dans les organes impressionnés par elles.

Quand une inflammation naît sans cause appréciable, on dit qu'elle est spontanée. Ce terme impropre, bon à témoigner de notre ignorance, signifie que l'impression morbifique, sans conscience, n'a pas été ressentie, car il n'y a rien de spontané dans les actes morbides, qui sont tous des réactions contre les influences délétères capables d'agir sur l'organisme. Quelquefois même ces inflammations, dites spontanées, sont fort graves et plus redoutables dans leur marche et par leur terminaison que des maladies inflammatoires produites par des irritants mécaniques et par des instruments tranchants, qui guérissent avec grande facilité.

Les causes de l'inflammation sont donc prédisposantes et occasionnelles. Les premières comprennent l'influence de l'âge, du sexe, de la constitution, de l'hérédité, de la structure locale, des professions, tandis qu'aux autres se rapportent les impressions morbifiques produites par l'action des irritants chimiques et mécaniques, des corps étrangers, de l'atmosphère, des agents spécifiques, etc.

Il y a très-certainement, dans beaucoup de familles, une disposition héréditaire à contracter telle ou telle maladie inflammatoire, de préférence à une autre. Chaque âge a ses phlegmasies particulières : l'enfance est exposée aux méningites, aux angines graves, au croup, à une forme spéciale de la pneumonie, à la pleurésie, à la péritonite; l'adolescence et l'âge adulte aux congestions, aux phlegmasies viscérales ;

la vieillesse à un manque de réaction inflammatoire très-reniai quabie, ou bien, si l'inflammation a beaucoup d'acuité, elle désorganise rapiment les organes et entraîne la mort.

Le sexe masculin prédispose aux phlegmasies, parce que, dans les pénibles travaux de leurs rudes professions, les hommes sont plus exposés que les femmes aux influences morbifiques du froid, de l'humide, etc. Les phlegmasies des organes génitaux sont beaucoup plus fréquentes chez les femmes que chez l'homme.

Les individus forts, robustes, sont très-sujets aux inflammations, mais il ne faudrait pas croire que les personnes affaiblies en soient exemptes. Il est même probable qu'elles sont au moins aussi sujettes à contracter des inflammations que les individus pléthoriques, par cela même que leur état de faiblesse les rend plus impressionnables, et moins en état de résister aux causes morbifiques. L'état pléthorique donne une grande énergie aux symptômes de réaction; l'état de faiblesse, le manque de résistance vitale, au contraire, aggravent l'état inflammatoire, en le laissant persister au delà des limites ordinaires.

Tous les organes n'offrent pas une égale aptitude à l'inflammation. Une grande richesse de nerfs, un haut degré de sensibilité, paraissent agir autant qu'une grande richesse vasculaire. Les organes qui fonctionnent le plus dans l'économie, tels que les poumons, sont aussi ceux qui sont le plus souvent malades. Enfin, les tissus qui reçoivent peu de nerfs ou point de nerfs ont une inflammation obscure ou se détruisent sans exciter de réaction organique, exemple : les cartilages.

L'impression du froid a toujours été reconnue propre à développer les phlegmasies. Si le froid est fixe, il agit moins que s'il est accompagné d'alternations de chaleur. Le froid sec prédispose aux phlegmasies viscérales, le froid humide aux phlegmasies des muqueuses, aux flux, au catarrhe.

Les oliments malsains provoquent, non-seulement des phlegmasies du tube digestif, mais quelques-uns ont une action spécifique. Les mollusques marins dounent une iirUcaire^ etc.

Les exercices violents sont une cause d'inflammation. La bronchite, la laryngite, résultent souvent de l'action de crier, de chanter trop prolongée.

Les causes directes de l'inllammation sont les violences extérieures pi'oduites par un corps qui froisse ou déchire les tissus, l'action des substances caustifjuesqui les détruit. Un agent mécanique peut, malgré sou petit volume, être une occasion puissante d'irritation inflammatoire, et chaque jour on voit la pointe d'une aiguille, une épine

DE l/l>FLAM.MATIO>'. 497

perdue dans les chairs, engendrer des suppurations aiguës fort dangereuses. Un corps étranger placé au milieu de nos organes est une cause active d'irritation, mais il ne produit pas toujours une inflammation permanente, malgré sa présence continuelle, exemple : les calculs biliaires et les calculs de la vessie.

Le calorique et la foudre agissent d'une manière spéciale en désorganisant les tissus; l'insolation cause l'érysipèle, la congestion cérébrale et la méningite.

Un froid vif agit à peu près, par sa réaction, comme la chaleur intense, et il peut amener la gangrène. Souvent même son action reste inexplicable, et il est difficile par exemple de dire pourquoi le refroidissement des pieds occasionne l'angine, le coryza, le rhumatisme une pneumonie, ou toute autre maladie aiguë inflammatoire.

Les poisons et les virus de nature diverse, et surtout animale, déterminent des inflammations spéciales, et quelques-uns ont une action élective sur certains organes, exemple : les cantharides, le virus varioleux, le virus syphilitique, les miasmes scarlatineux, etc.

Le pus qui se résorbe, l'urine qui ne peut s'écouler, donnent également lieu à des phlegmasies spéciales.

Enfin, il faut ne point omettre ce point capital entre toutes les causes de phlegmasies, c'est que les diathèses déterminent, modifient ou compliquent cet état morbide d'une manière tout à fait caractéristique.

Lorsque, sous l'influence de l'une ou de l'autre des impressions morbifiques qui précèdent, la réaction est accompagnée de phénomènes inflammatoires, il se produit, au sein des organes et dans les tissus, un certain nombre de troubles dynamiques et matériels à peu près constants qui caractérisent l'inflammation. Difficiles à apprécier sur l'homme, autrement que d'une façon générale, d'après la rougeur, le gonflement, la chaleur et la rougeur des tissus, on les a étudiées avec soin et d'une manière très-complète sur les animaux qui offrent des parties transparentes, où l'on a pu suivre au microscope tous lesv changements de circulation occasionnés par l'apphcation des substances irritantes. Ce qui se passe dans le mésentère irrité d'un mulot ou d'une grenouille, sur la queue d'une salamandre, etc., indique, par analogie au moins, les phénomènes semblables de l'inflammation dans les tissus et dans les organes de l'homme. Il suffit, en effet, de reporter de l'un à l'autre les effets microscopiques locaux de l'inflammation, pour connaître les altérations matérielles de cet état morbide, auquel il ne manque plus, pour être complet, que l'étude des phénomènes dynamiques qu'il produit.

B. — PATJIOL. GÉS. î>2

Le premier phénomène matériel observé dans un lissu qui commence à s'enflammer est une grande accumulation de sang dans les vaisseaux capillaires, désignée sous le nom de congestion, de fluxion et d'hypérhémie.

Il se fait, dans la partie irritée où va avoir lieu la réaction inflammatoire un resserrement ou contraction des capillaires, dont le diamètre diminue sous les yeux de l'observateur. Cette action est incontestable. Elle est encore visible à l'œil nu, par la teinte momentanément plus

^ pâle de la partie excitée. En même temps qu'il y a resserrement des capillaires, on remarque l'augmentation de vitesse des globules sanguins qui les d parcourent en moindre quantité. Au bout d'un temps variable, quelquefois très-court, un phénomène inverse a lieu, les vaisseaux se dilatent, et les globules ralentissent leur course. Ils oscillent, avancent et reculent, et finissent par s'arrêter au centre des capillaires, ou sur les côtés, laissant encore

Fig. 1 . Resserreinent des artérioles et des veinules dans rinflamiiiation. — «, v, artérioles resserrées; c, rf, r, capillaires intermédiaires ; Z», superficie du tissu au inouienl de la résolution de l'iuilauima- a*< i j i

fion, alors que les oiobuies rouges sont uuc pctitc placc au passagc dc quclqucs

moins pressés dans les capillaires. globulcS rOUgCS Ct dcS globulcS blanCS.

Leur couleur reste la même, ou bien passe au brun par suite de l'altération qu'ils subissent. En effet, ils se dissocient, crèvent leur enveloppe en répandant leur contenu, qui s'échappe dans le voisinage, mais ils ne sortent jamais entiers des vaisseaux sans qu'une rupture vasculaire se soit produite.

Ces phénomènes, très-visibles dans les capillaires de premier ordre, ne le sont pas au même degré dans les vaisseaux plus petits, là où les globules ne peuvent s'engager qu'en se déformant, un par un, à la file les uns des autres, puisqu'ils n'y pénètrent pas dans l'état normal.

Après la transsudalion du sérum sanguin enllammé^ que beaucoup d'auteurs désignent sous le nom de jdasma ou de lymphe plastique^ on voit ce liquide prendre quelquefois la forme de membranes ou de masses solides (jui persistent ou se détruisent; mais ordinairement il s'y forme des granules, des noyaux et des cellules spéciales, dont l'ens(Mnble constitue le /)//.<?, liquide que je ferai connaître un peu plus loin.

Dans rinnamiiiatiori, lorsque tant de vaisseaux capillaires s'oblitèrent, par suite de la stase sanguine et de l'épanchement de lymphe plasticpie à l'intérieur, la mortidcation aurait lieu si des vaisseaux de nouvelle formation ne se prodaisaicnt rapidement, pour suppléer à

DE L'I^TLA]M^LlTlON. 499

l'arrêt momentané de la circulation. Gruithiiisen et Kaltenbrimner, qui ont fait connaître ce phénomène, expliquent la formation de ces vaisseaux d'une manière différente; le premier les fait naître des globules développés dans la partie malade, et l'autre les considère comme le résultat de globules égarés dans la lymphe plastique^ arrivant à un ancien vaisseau capillaire, en frayant un passage qui se transforme en canal. Ces vaisseaux se forment surtout dans les fausses membranes qui persistent. Ils sont, d'après M. Lebert, le résultat de l'expansion centrifuge de vaisseaux existant déjà, et formant de nouveaux cercles vasculaires toujours agrandis par des anastomoses nouvelles, de manière à constituer un réseau.

Quand l'inflammation est très-vive, et que tous les capillaires s'oblitèrent à la fois, sans qu'un nombre suffisant de vaisseaux nouveaux ait eu le temps de se former, la nutrition du tissu est impossible, et sa mortification a lieu. 11 est frappé de gangrène.

Au contraire, si l'inflammation n'est pas très-forte, les capillaires engorgés suivent, pour revenir à l'état normal, une marche inverse de la précédente. La stase sanguine disparaît, et la circulation se rétablit, ou bien, si la dissolution des globules a lieu avec épanchement de lymphe plastique, la réparation est plus lente, beaucoup de vaisseaux restent obKtérés, et, s'il y a eu formation de pus, un travail d'élimination devient nécessaire pour chasser ce produit au dehors

Les phénomènes microscopiques de l'inflammation, étudiés sur les animaux à sang froid et sur de jeunes mammifères, permettent de comprendre ce qui se passe chez l'homme dans l'inflammation de ses organes profonds et superficiels. Toute obscurité sur ce point a disparu, et, si l'on joint à ces importants résultats ceux de l'inspection ordinaire et de l'analyse chimique, on aura complété l'anatomie pathologique de cet état morbide.

Dès que s'accomplit l'hypérhémie phlegmasique, une exsudation de sérum et de librine a lieu dans les parties enflammées ; c'est le plasma ou la lymphe plastique de quelques auteurs. Localisée, cette accumulation de la fibrine dans les tissus caractérise leur inflammation, et elle précède toujours l'accumulation de ce principe immédiat dans le sang, qui n'a lieu que d'une façon tardive lorsque l'inflammation est assez forte. Un peu plus tard, l'altération générale du sang se prononce, et, comme l'ont établi MM. Andral et Gavarret, elle est surtout caractérisée par l'accroissement de la quantité générale de fibrine. De deux à trois millièmes, ce principe immédiat s'élève à quatre, cinq, six, huit et

500 DES MALADIES EN GÉrSÉRAL.

dix millièmes dans les maladies inflammatoires, et cela dans le sang artériel aussi bien que dans le sang veineux. Avec l'accroissement de la fibrine existent, d'après Becquerel et Rodier, la diminution de l'albumine et l'augmentation des sels et matières grasses, ou extractives du

sang.

En dehors de cesTaits, tirés de l'analyse optique et chimique, l'inflammation est encore caractérisée par des changements considérables dans la couleur, le volume et la consistance des organes affectés.

La coloration varie d'un rose tendre au rouge le plus foncé. Les tissus transparents, comme l'arachnoïde, le péricarde, sont opaques, épaissis, à peine rouges; mais la plupart acquièrent une rougeur plus vive qu'à l'état normal, et parfois très-foncée, sous forme de piqueté, de plaques, et de taches plus ou moins étendues. Cette coloration s'efface vite et disparait souvent peu après la mort, quand les phlegmasies sont récentes. Elle est le résultat de la congestion vasculaire et de l'imbibition, et le lavage ne peut la faire disparaître. On a voulu distinguer, d'après ce caractère, la coloration inflammatoire des colorations rouges cadavériques, formées par imbibition après la mort, au milieu de tissus non malades, et qu'un fort lavage peut quelquefois enlever; mais c'est une distinction plus théorique que pratique. En effet, ces deux espèces de colojation peuvent résister à tous les lavages, et leur nature est souvent impossible à préciser. D'une manière générale, on peut dire que la coloration rouge des tissus, prise à part, est un très-mauvais caractère anatomique de l'inflammation.

Le volume et le poids des parties sont très-ordinairement augmentés. Les tissus transparents acquièrent une plus grande épaisseur, et les organes vasculaires, conmie les membranes muqueuses et les poumons, se tuméfient d'une manière générale ou partielle, selon la quantité de l'exsudation séro-librineuse.

La consistance est toujours modiliée d'une façon notable. Ordinairement accrue au début de l'inflammation, elle diminue à une époque l)lus avancée, et s'accroît de nouveau dans l'état chronique. La diminution de consistance constitue le ramollissement, état anatomique qui s'observe dans tous les tissus, même les plus denses, comme les os, les cartilages, les tendons, etc., et qui est plus commun dans le cerveau, les muqueuses et les parenchymes. Ce ramollissement existe souvent avec une cohésion plus grande des tissus, qui sont plus consistants, mais plus friables. Le })oumon hépatisé est plus lourd, plus dur, mais en même temps facile à déchirer, comme le tissu du foie; il en est de même des membranes (Mifl;uiimées, qui sont plus épaisses, plus denses, et, malgré cela, d'une faible résistance à la pression ou à

DE l'i>tlam>iation. 501

la déchirure. D'une manière générale, on peutdn^e que T inflammation aiguë diminue la cohésion des organes, tandis que la phlegmasie chronique l'augmente.

Ce qui modifie la consistance et la texture des tissus enflammés, c'est la présence des fluides infiltrés dans leur épaisseur. Le sang, le sérum, la lymphe, en augmentent le poids et la dureté, tandis que le travail inflammatoire les ramollit et les rend plus friables. Plus tard, dans l'état chronique, leur résistance et leur cohésion réelles dépendent de l'organisation de la lymphe et de la présence d'une quantité plus considérable de tissu fibreux et fibro-plastique dans leur épaisseur.

Tout le réseau vasculaire des organes enflammés est le siège d'une congestion assez vive, et les grosses artères, ou veines du voisinage, sont ordinairement dilatées. Les nerfs ne subissent aucun changement appréciable, et leur part dans l'acte inflammatoire est matériellement insaisissable.

Quel que soit le siège de l'inflammation, à l'extérieur du corps ou dans la profondeur des organes, dans les différents tissus, ses effets anatomiques, appréciables au microscope et à l'œil nu, sont, à peu de chose près, les mêmes. Ils n'offrent de différences que celles qui résultent de la contexture organique. Vascularité plus grande avec rougeur, dilatation des capillaires; stase sanguine, avec augmentation de consistance et de poids; exsudation séro-fibrineuse, ramolhssement et friabilité des tissus ; formation de globules pyoïdes et purulents ; induration fibreuse et fibro-plastique; voilà ce qu'on trouve à divers degrés dans toutes les parties affectées d'inflammation aiguë et chronique.

En même temps que s'accomplissent les désordres matériels de l'inflammation, des phénomènes dynamiques, locaux et généraux, annoncent la souffrance de l'organisme. De la douleur, du gonflement, de la rougeur et de la chaleur, différents troubles fonctionnels dans l'organe enflammé, de la fièvre et quelques phénomènes sympathiques, a[)paraissent aux yeux du médecin.

La douleur varie depuis la plus légère exaltation de sensibilité jusqu'aux plus atroces souffrances. Elle est ordinairement très-aiguë dans l'inflammation des séreuses; sourde, gravative, dans celle des viscères intérieurs. Des parties peu sensibles ou insensibles dans Tétat de santé, comme les tendons et les ligaments, possèdent, dans l'état phlegmasiquc, une sensibilité fort vive. Il est rare que la douleur

manque dans les phlegmasies, excepté dans les parties du corps paralysées.

La douleur n'est pas en rapport avec le nombre ou le volume des nerfs de la partie phlogosée. Elle ne s'explique qu'imparfaitement par la pression, la distension des filets nerveux qui accompagnent les vaisseaux sanguins; il existe probablement un changement encore inconnu dans la substance nerveuse, en un mot, un désordre de Tinnervation .

La douleur n'est tantôt qu'une simple oppression, et ailleurs un picotement, une cuisson, ou une sensation de piqûre et de fourmillement. Parfois elle est aiguë, lancinante, déchirante, et térébrante.

La sensibilité propre des organes enflammés diminue ou s'abolit. On sait que la muqueuse nasale ne perçoit plus les odeurs dans le coryza. En outre, la douleur s'aggrave lorsque les organes entrent en fonction, les mouvements sont douloureux dans le rhumatisme ; les inspirations qui font entrer l'air dans les bronches enflammées provoquent la toux ; la déglutition est pénible dans l'angine, la miction dans l'inflammation vésicale, etc., etc.

La souffrance des principaux viscères se traduit par des signes assez distincts et dignes d'être signalés.

Le plissement du front, rabattement des traits, la tristesse du regard, témoignent souvent de la souffrance de l'encéphale ; les yeux saillants, les narines dilatées, le visage coloré, font redouter celle des organes ttîoraciques; les traits étirés, crispés, les ailes du nez serrées, accompagnent les vives anxiétés produites par l'inflammation du ])éritoine et des viscères de l'abdomen.

La chaleur se développe constamment dans les parties enflammées et jusque dans la profondeur du corps, si l'inflammation est très-violente.

Appréciable à l'aide de la main, sèche et quelquefois très-élevée, elle diminue quand la sueur arrive, ce qui lui a fait donner les noms de chaleur forte, acre, mordicante^ ou bien de chaleur douce ou halitueusc. Ilunter, et, à son exemple, Tweedie, Becquerel, Andral et Gavarret, etc., ont vérifié ces faits à l'aide du thermomètre, et ont établi que, locahîment, si la température des parties enflammées ne s'élevait que de un à trois degrés, la température profonde pouvait, au contraire, s'accroître de quatre à six degrés centigrades.

C'est avec raison que Uobert-Latour a considéré l'augmentation de chaleur comme le phénomène essentiel de l'inflammation, et, en effet, c'est le caractère constant de toutes les inflammations aiguës superficielles et profondes.

DE L'lISFLAM>fATION. 505

Une rougeur anomale se montre dans tous les tissus enflammés ; elle est d'autant plus apparente que l'organe est plus vasculaire, et qu'il est habituellement moins foncé en couleur. La couleur rouge varie depuis le rose jusqu'au rouge violacé, et chaque organe a une rougeur inflammatoire particulière. La rougeur du panaris n'est pas celle de la stomatite, ni celle de la conjonctivite, ni celle de la scarlatine, ni celle des bronches phlogosées, etc. Parfois uniforme, cette coloration est souvent plus foncée sur quelques points du corps ; elle forme des arborisations, du piqueté, des marbrures ou des zones rougeâtres. Elle diminue ou s'efface momentanément sous la pression du doigt, mais revient aussitôt. On s'accorde à la rapporter à la distension des capillaires par les globules sanguins. Les vaisseaux se vident sous la pression du doigt, pour se remplir aussitôt. C'est un des symptômes de- l'inflammation qui persistent le plus longtemps après la disparition des autres.

11 existe de la tuméfaction avec changement de consistance dans les organes enflammés. Ce phénomène est surtout apparent dans les organes superficiels, et il tient à la vascularisation augmentée, à l'exsudation séro-fibrineuse, et plus tard à la production d'un produit nouveau, le pus. Les parties enflammées présentent, avec cette tuméfaction, un aspect luisant, et elles sont plus résistantes qu'à F^at normal, tout en étant le siège d'un ramollissement assez prononcé. Dans les parties profondes, ce gonflement a également lieu, mais il est plus difficile à reconnaître, et on ne le pourrait faire sans le secours de la percussion.

Il s'accompagne toujours, dans les parties superficielles, de pulsations incommodes, quelquefois douloureuses pour les malades, dues à la contraction plus énergique des artères, et que l'on peut considérer comme une sorte de fièvre locale.

Différents troubles de sécrétion se manifestent dans les organes enflammés. Au début de l'acte inflammatoire, il y a souvent diminution des liquides sécrétés, comme on le voit par la sécheresse des narines et delà gorge dans l'angine et le coryza, par la suppression de l'urine, etc.; les sécrétions peuvent, au contraire, être augmentées, et il arrive parfois qu'il s'en forme de nouvelles. Le mucus, les larmes, la bile, la salive, etc., coulent avec abondance dans laphlegmasie (les muqueuses, dans l'ophthalmie, dans la stomatite, et ces liquides sont alors plus irritants que d'habitude. Ailleurs, c'est au pourtour et à l'intérieur des parties enflammées qu'il se fait une exsudation de sérum avec ou sans globules, de plasma ou de lymphe plasticiuc, véritable fibrine spontanément coagulable, qui établit les adhérences, forme

r,04 DES MALADIES EN GÉNÉRAL.

les fausses membranes, les productions fibreuses et fibro-plasliques. Enfin, un liquide entièrement nouveau se produit et s'infiltre, ou se rassemble en foyer; c'est le pus, à la présence duquel se rattachent de nouveaux accidents morbides d'inflammation et d'ulcération.

Il ne s'établit pas d'intlammation un peu étendue, sans que desphénomènes généraux, sympathiques et réflexes, en indiquent la présence.

La fièvre, avec ou sans frissons, continue ou rémittente, caractérisée par des malaises, de la courbature, de l'anorexie, la fréquence, la force ou la petitesse du pouls, et par l'augmentation de la température profonde du corps, se montre presque toujours avec cet état morbide. D'autant plus violente que les individus sont plus jeunes et hors de proportion avec les lésions locales, elle est assez en rapport avec ces lésions chez l'adulte; mais, chez le vieillard, la force de réaction diminue, et des désordres inflammatoires graves peuvent se produire sans fièvre. On en voit un exemple dans la pneumonie latente des personnes avancées en âge.

La syncope, le délire, les convulsions dans l'enfance, les vomissements, l'agitation, le tremblement, etc., signalent souvent, avant tout autre phénomène, l'apparition des inflammations viscérales. Les forces de l'organisme, gravement compromis, traduisent ainsi par cette action réflexe et sympathique le désordre dont elles sont l'objet. Les fièvres éruptives de l'enfance débutent souvent par des convulsions; la pneumonie de l'adulte commence quelquefois par du délire, par un tremblement, par une syncope; des vomissements annoncent une méningite, etc.

Enfin le sang s'altère, et l'état inflammatoire, qui produit à l'instant un excès de fibrine dans les tissus malades, engendre aussi un excès de fibrine dans le sang, appréciable par la couenne du caillot, et plus exactement par l'analyse chimique. La couenne résulte de la coagulation de la fibrine à la partie supérieure du caillot et de la précipitation des globules à la partie inférieure, à cause de leur poids spécifique plus considéiable. Elle n'apparait pas dans toutes les inflammations. liidép(mdammcnt de la forme étroite ou large du vase qui reçoit le sang , et de la rapidité du jet, ce qui modifie l'épaisseur de la couenne, elle est épaisse, dure, abords relevés dans la pneumonie, le rhumatisme, la pleurésie et les inflammations franches. Elle est, au contraire, plus mince et moins dure dans les inflammations mal caractérisées, dites catarrhalcs.Oi'dinairement peu épaisse au début des

DE L'lNFLAi>mATION. 505

phlegmasies, elle s'accroît avec l'état inflammatoire, et le sang d'une seconde saignée est plus couenneux et plus riche en fibrine que celui de la première.

D'après l'apparence de la couenne, on a prétendu reconnaître la quantité de fibrine du sang, et, en conséquence, l'intensité de l'inflammation. Quelques médecins ont admis un sang très-inflammatoire^ un sang inflammatoire, et subinflammatoire. Ce sont des observations que l'expérience n'a pas confirmées. Il n'y a qu'un seul moyen d'apprécier d'une manière exacte la quantité de fibrine du sang, c'est l'analyse chimique, et chacun sait les résultats qu'elle a fournis dans l'étude de l'inflammation. Le chiffre normal de deux à trois millièmes s'élève rapidement à mesure que s'accroît la maladie, et parvient successivement à cinq et six millièmes. Dans quelques maladies, et particulièrement dans la pneumonie et dans le rhumatisme articulaire aigu, MM. Andral et Gavarret l'ont vu arriver à sept, neuf et même dix millièmes. Ce dernier chiffre n'a jamais été dépassé.

Les symptômes de l'inflammation se succèdent en général d'une façon régulière. Locaux ou généraux, leur marche est à peu près la même dans tous les cas, et, sauf de rares exceptions, elle peut être prévue et indiquée d'avance.

L'effort et l'acte inflammatoires sont l'effet réflexe d'impressions morbifiques déterminées, et se montrent après un intervalle de temps qui varie de quelques heures à un ou plusieurs jours. 11 semble qu'il y ait ici, comme pour les maladies virulentes, une période d'incubation de courte durée, dans laquelle l'organisme prépare ses moyens de réaction contre le mal près d'éclater, et que signalent déjà quelques prodromes, tels que des malaises, un peu de lassitude, d'inappétence, etc.

Ordinairement l'inflammation éclate par une sensation plus ou moins marquée de froid, accompagnée de tremblement musculaire caractéristique des frissons. Alors commence dans la partie enflammée, à l'extérieur ou intérieurement, une hypérhémie avec douleur plus ou moins vive, et gêne des fonctions de l'organe malade, avec chaleur et gonflement du tissu, avec fièvre et les troubles généraux qui en résultent. L'exsudation séreuse et séro-fibrineuse s'opère, puis le ramollissement, la suppuration, l'ulcération ou la gangrène, et enfin la disparition du mal. Chez certains malades , il y a prédominance des troubles généraux qui ouvrent la marche de l'effort inflammatoire, tandis qu'ailleurs, au contraire, ces accidents viennent un peu plus

tard, accompagnent ou suivent seulement les accidents locaux. La pneumonie aiguë et les phlegmasies internes débutent très-souvent . par un frisson, des malaises, une indigestion, etc.; et les panaris, les ophthalmies, les intlammations traumatiques et autres phlegmasies superficielles, primitivement dépourvus de phénomènes généraux graves, n'offrent ces accidents que plus tard, lorsque les désordres matériels sont assez étendus.

L'inflammation, une fois développée, reste ordinairement circonscrite ou diffuse dans le tissu primitivement occupé, sans envahir les parties voisines ou intermédiaires, et ce n'est que très-rarement qu'on la voit s'étendre, de proche en proche, aux organes voisins. Ainsi la pneumonie reste limitée dans un point du poumon, le phlegmon dans une partie du tissu cellulaire, et sur ce point il y a des lois que l'observation a dictées. En général, comme l'a dit Bichat, la phlegmasie se borne aisément, quand les tissus voisins ne sont pas de même nature que le tissu affecté. Les maladies de la muqueuse bronchique et oculaire ne gagnent point l'œil ni l'extérieur des bronches; l'inflammation du péritoine ne s'étend point à la muqueuse de l'intestin, et ainsi des autres.

Ailleurs l'inflammation s'étend et se propage avec une rapidité surprenante, soit à des parties semblables, soit à des parties différentes, le tissu cellulaire ou connectif, renfermé dans la trame organique, servant, comme l'a dit Bichat, de moyen de transport à l'inflammation. Ainsi marchent l'érysipèle, dit ambulant, le phlegmon et les abcès qui fusent dans les interstices musculaires et dans les gaines tendineuses, la carie vertébrale, qui jette ses produits le long du psoas; certaines ophthalmies, qui pénètrent dans le crâne; l'eczéma, qui produit l'entérite; le coryza, qui passe dans le larynx; la phlegmasie gastrique, qui se communique au foie ; les tubercules pulmonaires, qui produisent la pleurésie ; les abcès qui s'ouvrent à l'extérieur en perforant les tissus, etc., etc.

Dans quelques cas, la propagation des phlegmasies s'effectue par un procédé tout différent, et en quelque sorte dynamique. Le même effet réflexe qui a produit sur un point la réaction contre l'impression morbifique se produit sur d'autres; ainsi la réaction rhnmatismale accomplie sur une articulation j)eut se produire sur d'autres et sur le cœur, l'oplithalmic d'un seul œil passe aisément à l'autre, les abcès métastiques se forment à la fois dans les viscères et dans les muscles, les phhîgmasies muqueuses intérieures résultent souvent d'une affection cutanée trop rapidcMuent disparue, etc.

Chez quelques malades, les phlegmasies se succèdent les unes aux

DE l'i>tla>diation. 507

autres à titre d'effets secondaires, ternaires ou quaternaires. Ainsi la pneumonie résulte de la rougeole des bronches ; la variole produit des furoncles, ceux-ci Térysipèle et le phlegmon, etc., etc.

L'inflammation est un état morbide dont la marche est ordinairement continue, n'offrant d'intermittence et de rémittence que dans ses phénomènes généraux, essentiellement dynamiques et mobiles, comme tout ce qui dépend de la sensibilité. Une fois établie, elle parcourt nécessairement quelques-unes de ses périodes, en s' arrêtant plus ou moins tôt, suivant l'énergie et l'efficacité de la médication. Quant aux inflammations intermittentes se reproduisant à intervalles réguliers et rapprochés, elles sont très-rares.

11 n'y a d'inflammations intermittentes que celles qui s'arrêtent à la première période, dite d'hypérhémie, pour revenir le lendemain ou le surlendemain sous l'influence des causes ordinaires de l'intermittence, car, à une période plus avancée, lorsque l'inflammation a déterminé l'exsudation séro-lîbrineuse et purulente, avec ramollissement des tissus, son cours ne peut être arrêté par aucun agent naturel ou dynamique. Elle ne saurait cesser en quelques heures.

Les terminaisons de 1" inflammation sont très-variées. Quand l'effort et l'acte inllamm.atoires ont produit les désordres matériels si connus de l'hypérhémie, du ramollissement et de l'exsudation séro-fibrineuse locale, avec troubles dynamiques intenses et altération du sang, le retour à l'état normal ne se fait pas à la minute, et il s'opère par des procédés différents, suivant les individus et selon la nature des phlegmasies. Ces procédés sont la délitescence, la résolution, la suppuration, l'ulcération, la gangrène, l'induration, le passage à l'état chronique et la mort.

La délitescence est la disparition rapide des phénomènes généraux et locaux de l'intlammation, soit lorsque après ce résultat le malade revient à la santé, soit, au contraire, ce qui est plus fréquent, lorsque la phlegmasie se reproduit ailleurs par métastase.

La délitescence résulte toujours d'une violente impression morale ou physique de froid, de vide opéré sur un point du corps, de soustraction de sang, etc. Une forte saignée arrête quelquefois une phlegmasie à son début, et il en est de même d'une grande ventouse Junod appliquée sur un membre, ou de l'aspersion méthodique d'eau froide sur une partie. Malheureusement, quand ces moyens ne réussisscn! pas, ils augmentent souvent le mal qu'ils devaient enlever, et le ren-

(lent infiniment plus dangereux qu'il n'eût été sans leur emploi. Il y a très-rarement lieu d*y recourir.

La résolution entraîne par degrés, d'une façon naturelle et toujours heureuse, les produits séro-fibrineux de l'exsudation inflammatoire. En même temps que décroissent les phénomènes généraux, la rougeur, la chaleur, le gonflement et la douleur des tissus disparaissent; un travail de résorption enlève lentement la sérosité et la fibrine épanchées, et tout rentre dans l'état normal, sauf un léger empâtement des parties où a eu lieu l'exsudation. Cet état résulte d'une hypérhémie, qui persiste encore quelque temps après la guérison.

I.a suppuration est une termhiaison ordinaire, mais non pas constante de l'inflammation. Plus fréquente dans les tissus vasculaires, tels que la peau, les séreuses, les muqueuses et les parenchymes, que dans les tissus fibreux, musculaire et osseux, elle dépend en grande partie de l'acuité et de la nature intime de l'effort inflammatoire. — L'inflammation aiguë donne lieu à la formation rapide d'abcès dans la profondeur des organes, tout comme les phlegmasies diathésiques puerpérales, morveuses, catarrhales, etc. Il en résulte des abcès aigm ou abcès chauds, des flux ou des catarrhes, et dos abcès froids^ chroniques, parce que l'inflammation qui les a précédés n'a rien d'appréciable et a persisté, sous forme latente ^ pendant un plus ou moins grand nombre de mois.

C'est aux dépens de l'exsudation séreuse et séro-tibrineuse inflammatoire que se forme le pus, par suite d'une transformation singulière de ses éléments, d'où résulte la production de cellules spéciales. — Sans pouvoir rien préciser sur les causes intimes ni sur le méca-' nisme de cette génération cellulaire, il faut se contenter de dire que dans le plasma inflammatoire se développent des corpuscules d'une extrême ténuité, qui se rapprochent pour former des noyaux, lesquels' s'entourent rapidement d'une enveloppe plus ou moins granulée. — ("est du moins ainsi, fuj. 3, que le microscope permet d'apprécier la formation du pus.

A mesure que se forme le pus, il s'infillre dans la trame organique et y séjourne plus ou moins longtemps jusqu'à la réunion en foyer, en abcès, ou jusqu'à son rejet au dehors, s'il est formé sur la peau ou à la siu'face des membranes séreuses et uiu(|ueuses. — Dans un foyer ou sur des surfaces muqueusc^s et cutanées dépourvus d'épiderme et d'épilhélimu , le pus sort d'une in(Mnbi'aue accidentelle rapidement formée, plus ou moins épaisse, mamelonnée, qui a reçu le nom de membrane jijjofiénifjue. On la trouve à l'intérieur des abcès, dans les trajets fisluhîux et sur toutes les solutions de continuité de la

DE l'ikfi-ammation. 509

peau et des muqueuses, (^est uu moyen naturel d'isoler le pus des parties restées saines. Couverte d'inégalités, de bourgeons charnus, essentiellement celluleuse et vasculaire, elle sécrète le pus avec plus ou moins d'abondance, et avec des qualités variables selon la nature du sujet et l'essence de la phlcgmasie. — Elle est douée d'une grande faculté d'absorption et laisse passer l'iode, l'arsenic, la quinine, l'opium qu'on dépose à sa surface. Elle peut absorber la partie la plus liquide du pus de manière à faire disparaître entièrement des abcès. Enfin, très-sensible aux irritants, elle sécrète davantage, sous leur influence, soit du pus, soit une lymphe coagulable qui s'organise et rapproche les parois d'un foyer. — On utilise cette dernière propriété en médecine, lorsque après avoir évacué par ponction le liquide d'un kyste, d'un épanchement séreux ou d'un abcès froid, on injecte sur toutes les parties du foyer de l'eau bromée, de la teinture d'iode, de l'alcool, etc., pour amener leur rapprochement au moyen d'une inflammation adhcsive.

Mais, si cette membrane, organisée à la surface des plaies, desvésicatoires, etc., fournit la suppuration, elle l'arrête lorsque les bourgeons charnus moins vasculaires se recouvrent d'épithélium. Dans ce dernier cas, la suppuration se tarit au pourtour de la plaie et dans la profondeur des tissus, qui reviennent graduellement à leur état normal. Les parois du foyer s'agglutinent de la profondeur à la surface, une cicatrice muqueuse ou cutanée se fait de la circonférence au centre, et bientôt il ne reste plus rien de l'ancien état phlegmasique qu'une cicatrice plus ou moins apparente.

Le pus formé dans la profondeur et à la superficie des tissus enflammés varie singulièrement d'aspect et de composition, d'api^ès la texture des organes et d'après la nature de l'état inflammatoire. Ainsi le pus et le mucus, si longtemps séparés, sont des produits inflammatoires semblables, provenant l'un des muqueuses, et l'autre de n'importe quel tissu enflammé. Le pus d'une phlegmasie franche, blanchâtre, épais et crémeux, diffère du pus grisâtre, séreux, des phlegmasies cachectiques, et cependant ces deux produits ont une même origine, qui est l'inflammation.

11 diffère également, dans les premières heures, de ce qu'il sera plus tard, lorsqu'il aura acquis une maturité complète. Ses éléments sont mal formés et difficiles à recomiaître, comme on peut s'en assurer dans ce qui est représenté par la fUj. 3.

Le pus des parties atteintes de phlegmasie aiguë franche est liquide, blanc, jaunâtre, opaque, crémeux et consistant. D'une saveur douce, son odeur est nulle, à moins qu'il ne soit putréfié. 11 a une pesanteur

Fig.'i. Élémen(s du pus au premier et au deuxième jour — «, fi, «, pelits noyaux ; //, 0, b, noyaux plus développés; c, c,c, jeunes cellules autour de plusieurs noyaux; d, </, d, grandes cellules avec noyaux dont quelques-unes renferment un nucléole; e, e,e, globules de sang. ^D'après Lebert).

spécitique de 1,050 à 1 ,055. C'est une émulsion formée de sérum tenant en dissolution et en suspension un très-grand nombre de matières solides. — Il renferme huit à neuf parties d'eau^ et le reste est constitué par de l'albumine, une petite quantité de fibrine, del'osmazome, de la cholestérine, une matière particulière découverte, et nommée pyine par Gueterbock, du la€tate, du phosphate et du chlorure de soude, enfin du phosphate de chaux et des traces d'oxyde de feF.

Abandonné à lui-même et au repos, il se divise en deux parties : Tune solide, formée de globules qui se déposent, et l'autre liquide, constituée par le sérum qui surnage. En général, les globules ou cellules de pus ifig. 2, 5 et 4) sont arrondis, frangés sur les bords, ondulés à la

surface et d'un diamètre de 1/80' à 1/120' de millimètre. Formés d'une enveloppe transparente, ils contiennent un à trois noganx de 1/200^ à 1/400" de millimètre rendus plus transparents par l'acide acétique [fuj. 4), et rarement ces noyaux renferment des nucléoles. Autour des noyaux existent un certain

l'ig. 0. Pus des premières douze i j i , • i ' i •

heures. Petits giobiilins qui of- Hombrc de grauulatious moleculam^s.

jVent en a, a, a des contours ^ ^^^^ J^g cellulCS bicU fonuéCS du pUS,

lonces et un aspect nucléaire b, , r '

i-, * et c, c, c, noyaux entourés îl y a souvcut d'autrcs ccllulcs aualogucs,

d'un limbe pâle qui devient leur ri . i- o > n

enveloppe. (LEUEriT.) cgalemcut arroudics, Irangees comme elles,

mais ne renfermant pas de noyaux dans l'intérieur (/I^. 5). Ce sont les corps granuleux d'inflammation appelés cellules pyoides par 31. Lebert.

Toutes ces cellules, solublcs dans l'acide acétique, résistent à l'action de l'eaii, de l'ammoniaque, de l'urine, et ne disparaissent qu'avec difliculté. On les a considérées, mais à tort, comme caractéristiques du pus. Outre la ressemblance de certaines jeunes cellules épithéliales avec l(î pus, d'après M. Lebert , il y a encore impossibilité absolue, d'après Ch. Robin, de les distinguer de certains fy/oWé^^ blancs du sang, si variables, comme on le sait, dans leur forme et dans leur

DE l'i]nflammatio>'. 511

volume. En effet, il n'est pas de sang normal qui ne contienne quelques globules blancs absolument semblables, par leur dimension, par leur apparence extérieure, par les noyaux et par les différentes réactions chimiques, aux cellules de pus. Ici , comme partout ailleurs en médecine, il ne faut accorder qu'une importance secondaire aux données du microscope, qui doivent toujours être subordonnées aux résultats de l'analyse clinique.

Avec les cellules de pus il y a toujours une plus ou moins grande quantité de graisse sous forme de gouttelettes d'huile, et quelquefois de cris'taux de cholestérine. On y a également trouvé des vibrions de différentes espèces (/j^. 6), mais cela est assez rare.

Le pus offre de nombreuses variétés. Il y a un pus normal, louable^ qui est blanchâtre, épais et crémeux; un pus séreux^ ou sanie purulente, grisâtre, claire, ©©^ © ® dont les cellules sont rares et mal conformées; un pus infect, corrompu par son mélange avec de l'air dans l'intérieur du corps; un pus san- Ê?)^ (jumolent; un pus tuberculeux mêlé à de la matière tuberculeuse, et un pus muqueux ou f»?- ^ mucus exclusivement sécrété par les membranes muqueuses. Longtemps on a cru que le mucus était un produit particulier distinct du pus, parce que, d'une part, le mucus mêlé à l'eau surnage, tandis que

Fig. 4 Cellules de pus à divers grossissements de 3 à 50O diamètres. A, B, leur aspect naturel; C, cellules rendues transparentes par l'acide acétique ; a, paroi cellulaire ; b, noyau; c; nucléole. (Lebert.)

Globules (Lebekt.

pyoïdc.'

KY

.im^''

le pus se précipite au fond

du vase, et, de l'autre,

parce que les cellules

du mucus sont beaucoup

moins bien formées que

celles du pus. Malgré ces

différences, il y a complète

identité de nature entre

les deux produits, et la dissemblance résulte de la texture du tissu

chargé de la sécrétion.

l'ig. 6. Infusoires du pus. (Lebert.)

Le pus s'altère d'une façon notable lorsqu'il reste enfermé dans la profondeur du corps à l'abri du contact de l'air. Les cellules peuvent disparaître, et il ne reste qu'un liquide granuleux, ou elles se remplissent de granules moléculaires de nature graisseuse, et, la partie liquide étant résorbée, il ne reste plus qu'une masse caséeuse plus ou moins compacte. C'est ce que j'ai observé dans quelques abcès froids et dans les abcès tuberculeux des ganglions ou de la colonne vertébrale.

Le retour des parties à l'état normal, après la suppuration, est toujours plus difficile et plus lent que dans la terminaison par résolution, à cause du travail secondaire accompli dans la trame organique sur la quantité d'exsudation séro-fibrineuse qui s'y trouve. Il faut un temps, en général, très-long aux organes suppures pour reprendre leurs fonctions avec toute leur activité naturelle; mais, avec cet inconvénient, cette terminaison de l'acte inflammatoire est encore une des meilleures pour entraîner hors des tissus ce qu'ils renferment de nuisible.

Si l'inflammation est très-violente ou causée par une impression morbilique spéciale, la gangrène peut en être la conséquence. Des portions de tissus et d'organes infiltrées de lymphe plastique n'admettent plus une suffisante quantité de sang dans leur intérieur pour suffire aux besoins de la nutrition, et il se produit une mortification lente ou rapide, suivant les cas, et qui produit des escharres plus ou moins étendues. Une fois cette gangrène étabhe et hmitée, il y a dans les tissus un corps étranger organique dont l'élimination est indispensable au rétablissement de la santé, et un travail inflammatoire commence pour séparer ce qui est mort des parties restées vivantes. Autour de l'escharre l'inflammation sécrète du pus, et une ulcération suivie de cicatrice se fait peu à peu autour et au dessous d'elle. La gangrène entraîne donc à sa suite l'ulcération et une suppuration très-prolongéc. C'est une des plus mauvaises terminaisons de l'elfort et de l'acte inflammatoires.

]j ulcération résulte souvent de l'inflammation lorsqu'à la surface des meirdjranes enflammées l'épiderme ou l'épithélium , ramollis par l'aclc inflanunatoire, se détachent et laissent à nu la surface muqueuse ou cutanée sur laquelle transsudent le sérum, la fibrine et le pus; lorsqu'il se fait un travail semblable dans les follicules muqueux et cutanés; lorsque, enfin, une [)hlegmasie profonde s'étend à la surface du coips pour y verser le pus qu'elle a formé. Alors des solutions de continuité superdcicllcs plus ou moins larges, avec ou sans bords apparents, sont le siège de l'exsudation librineuse et purulente jusqu'à ce que la cicatrisation se soit opérée. L'ulcération, fort avan-

DE l'iinflaîhmation. 515

taiieuse au malade lorsqu'elle donne passage à des produits inllamnialoires renfermés dans la profondeur des tissus, est quelquefois nuisible et devient la source d'accidents graves lorsqu'elle ne veut pas se fermer, ou quelle creuse les tissus au point d'amener leur perforation. Cela dépend de sa nature et de sa cause déterminante. En cas d'ulcération inflammatoire franche chez un sujet bien constitué, sa guérison est rapide; mais, chez les individus cachectiques, dans les grands hôpitaux et avec les diathéses syphilitique, scrofuleuse, scorbutique, etc., qui modifient si profondément la crase des humeurs, les ulcérations sont difticiles à guérir et constituent l'un des accidents les plus fâcheux de l'acte inflammatoire.

\j induration, caractérisée par la dureté permanente des tissus atteints d'inflammation, indique soit l'accroissement des molécules normales d'un tissu, ce qui constitue riiypertropliie, soit la présence d'une exsudation de lymphe plastique, qui ne peut être absorbée et au milieu de laquelle se forme du tissu fibreux et fibro-plastique. C'est l'indice du passage de l'inflammation à l'état chronique, et alors, quoi qu'on en ait dit, une foule de produits morbides nouveaux peuvent prendre naissance. Dans ces tissus atteints d'induration, de la graisse, des éléments cartilagineux, osseux, calcaires, des concrétions de toute sorte se développent d'une façon plus ou moins évidente. Ces productions ne sont pas nécessairement le résultat d'une inflammation antérieure, mais il est certain que l'inflammation peut les produire, et chaque jour l'étude clinique en fournit la preuve.

Le passage à l'état chronique est une terminaison très-fréquente de l'acte inflammatoire à ses différentes phases. Il y a des hypérhémies inflammatoires qui durent très-longtemps à un degré d'intensité varinble. La suppuration chronique est très-commune sur les muqueuses et constitue le catarrhe chronique ; elle existe également sur la peau recouverte d'ulcères, dans les organes profonds ouverts à l'extérieur par suite d'abcès ou de productions morbides suivies de suppuration. C'est l'induration dont la présence caractérise surtout la phlegmasie chronique d'un organe, et, en effet, c'est elle qui survit le plus longtemps à tous les autres phénomènes inflammatoires.

Au reste, le passage à l'état chronique n'est pas seulement caractérisé par la prolongation exagérée des phénomènes anatomiques locaux de l'acte inflammatoire, il se traduit encore au dehors par l'absence ou la diminution des phénomènes de chaleur, de douleur et de (ièvre qui accompagnent ordinairement l'inflammation aiguè. C'est la persistance des phénomènes locaux, jointe à la disparition des troubles

B. — r\TiioL. ctx. 35

chiiamiqnes, qui spécifie le passage de l'inflammation à l'état chronique.

La mort est enfin la conséquence possible de l'inflammation, lorsque, par la malignité de sa nature, son étendue et son siège dans un organe important, elle s'attaque aux sources de la vitalité, qu elle opprime ou dont elle suspend l'exercice.

C'est à propos des terminaisons de l'inflammation qu'on a soulevé la question de savoir quel est le degré d'influence de cet état particulier dans la génération ultérieure des nosorganies hypertrophiques, fibreuses, fibi'o-plastiques, tuberculeuses, épithéliales, cancéreuses, chondroïdes, osseuses, etc. Les uns soutiennent, avec Broussais, que l'inflammation est la cause des maladies organiques, tandis que les autres rejettent cette influence dans le domaine des hypothèses.

A ne juger la question que d'après les apparences, il est évident que l'inflammation ne précède pas toujours la production des tubercules, des hypertrophies, des cancers et des autres maladies organiques, car un grand nombre des malades affirment n'avoir jamais rien éprouvé qui ressemble à des symptômes d'inflammation; mais, il faut le dire, les renseignements de cette nature ne sont pas toujours fort explicites, et ce n'est pas sur eux qu'on doit s'appuyer pour établir une doctrine nosologique.

L'inflammation offre tant de degrés et de variétés, depuis la simple hypérhémie, avec ou sans exsudation séro-fibrineuse, jusqu'à l'induration; de l'état aigu à l'état chronique; de l'évidence à la forme latente insaisissable, qu'il faut être très-réservé pour se prononcer sur les transformations dont elle peut être Forigine. Dire, comme tant de médecins, que l'inilammation n'engendre pas ultérieurement de dégénérescences organiques, parce qu'on n'a pas assisté au début du mal, parce que nul phénomène morbide n'a été signalé, ou parce qu'on trouve tous les jours des nosorganies exemptes d'inllammation, cela n'est pas concluant, car d'autres peuvent soutenir, avec non moins de raison, (pie des inllammations aiguës passent à l'état ciironique, et s(^ translbrment en nosorganies hypertrophiques, tuberculeuses, cancéreuses, osseuses, etc. Personne, en effet, n'est en droit de considérer comme chiméri([ue riniluence de finllammation sur les transformations organicjues, et l'on peut citer un très-grand nombre de faits qui établissent, an contraire, la réalité de cette influence. L'exsudation (ibrineuse de la pleurésie aigué, qui tapisse les parois des côtes, se transforme (|uel(iucfois en cartilage et en tissu osseux ou calcaire. 11

DE LIÎSFLAMMATION. 515

en est de même de l'exsudation inflammatoire du péricarde, du péritoine, de l'arachnoïde, du périoste, etc. L'hypérhémie permanente des tissus amène leur hypertrophie, c'est ce qu'on voit dans les muscles, dans la peau, dans le foie, dans les amygdales, etc. Les oblitérations capillaires consécutives à l'inflammation produisent l'atrophie et la transformation graisseuse ; l'inflammation superficielle d'un point de la peau, ou d'une \errue, est souvent suivie d'épithéliomaou de cancer, ce qu'on voit sur les lèvres des fumeurs atteints de cancroïde, dans le cancer du scrotum, dans les verrues cancéreuses. L'hypérhémie inflammatoire latente du poumon et la bronchite occasionnées par les poussières, etc., produisent souvent les tubercules, et il en est de même dans les ganglions lympathiques des scrofuleux enflammés à la suite d'une irritation des parties voisines. Il n'est pas de produit morbide, hypertrophie ou atrophie, épithélioma ou enchondrome, ostéophyte, tubercule ou cancer, etc., qui ne puisse être la conséquence d'une phlegmasie antérieure, et dont le développement n'ait pu être attribué d'une manière positive à l'état phlegmasique. En est-il toujours ainsi? On ne saurait le dire, puisque très-souvent le début de ces maladies organiques reste ignoré; mais il suffit d'un certain nombre de faits bien avérés pour établir la part de l'inflammation dans les dégénérescences organiques; et il est infiniment probable que, dans tous les cas où son intervention n'a pu être constatée, elle n'en a pas moins joué un rôle important.

En effet, outre les phlegmasies aiguës, qui sont impossibles à méconnaître, il y a des phlegmasies chroniques et des phlegmasies latentes, qui passent inaperçues, et dont l'intluence sur le développement des maladies organiques est immense. Cela dépend surtout de a constitution et de l'idiosyncrasie des individus sur lesquels elles se développent. L'hypérhémie et l'exsudation fibrineuse ont des conséquences différentes et des transformations spéciales chez les pléthoriques, chez les scrofuleux, chez les syphihtiques, chez les dartreux, etc: Ici, elles engendrent l'hypertrophie, là les tubercules, ailleurs le cancer, répithéhoma, le fibroïde, l'enchondrome, etc , selon la nature du support et de la diathèse qu'elles viennent féconder. Quoique latenteSy leur existence est rendue incontestable par l'analyse cadavérique, et il y a certainement beaucoup moins de motifs pour nier que pour aliirmer leur inlluence.

Au reste, si l'inflammation n'engendre pas les productions morbifles, elle est souvent un des effets de leur développement. C'est un effet qui s'ajoute à sa cause et qui s'augmente en l'aggravant. Le tubercule produit par l'inflammation dans les poumons ou dans ure

5i6 DES MALADIES EN GÉNÉRAI..

glande y détermine à son tour une phlegmasie plus violente, qui esl la source d'accidents plus ou moins graves. C'est la loi commune des productions morbides. Quelle que soit leur origine, elles provoquent tôt ou tard, dans leur voisinage, une hypérhémie et une intlammation plus ou moins vives, qui troublent les fonctions de l'organe affecté, et engendrent quelquefois de nouveaux produits morbides de la même espèce.

Bien que les caractères essentiels de l'inflammation soient, à peu de chose près, toujours les mêmes, il y a une foule de circonstances qui les font varier, et qui donnent à cet état morbide une physionomie toute différente de son apparence habituelle. Ces différences tiennent à l'intensité et à la durée du mal, à la nature des tissus qu'il affecte, et à l'action spécifique des causes morbides.

L'inflammation se présente à l'état aiyuei à l'état chronique, d'une façon apparente et latente.

Les inflammations aiguës sont celles qui ne durent pas au delà de quarante jours, et qui sont accompagnées de phénomènes locaux et généraux bien évidents. La lièvre, la douleur, le gonflement, la chaleur et la rougeur des tissus malades, s'y trouvent à un degré variable, mais impossible à méconnaître. Elles sont plus ou moins violentes, et, d'après leur degré, forment des inflammations aiguës, suraiguës et snbaignës. Les inflammations chroniques, au contraire, sont celles qui se prolongent au delà de plusieurs septaines, et dont les phénomènes locaux ou généraux offrent peu d'intensité. Elles succèdent à une inflammation aiguë ou elles débutent d'emblée par l'état chronique, mais dans leur cours il y a souvent des symptômes plus ou moins ft'équents de réaction aiguë, alternant avec l'état chronique.

L'hypérhémie, l'exsudation séro-fd^rineuse, la suppuration, l'ulcération et l'induration, sont les formes matérielles ordinaires de l'inflammation chroni(]ue, et il faut en retrancher les tubercules, le cancer et une foule d'autres productions morbides n'ayant, avec cet état, que des rapports éloignés, rendus presque méconnaissables par la métamorphose du produit. 11 y a en outre du gonflement, peu de chaleur, si ce n'est dans les rcciudescences aiguës, quelquefois de la douleur, lors(prun nerf est comprimé ou enveloppé par les tissus malades, peu ou point de lièvre, à moins de désoidres matériels très-étendus , et «nlors la réaction fébiile est inlermiltentoj enfin, il n'y a pas d'excès de fibrine dans le sang, mais un état (ï hijdrliémie et (ïaglobulie plus (»n moins caractérisé.

DE l'inflammatiOiN. 517

Outre ces phénomènes matériels et dynamiques de l'inflammation chronique, il y a, chez les malades, des troubles qui varient, selon les fonctions de Forgane affecté ; ici l'amaurose, dans les phlegmasies de l'œil; ailleurs la surdité, dans les phlegmasies de l'oreille ; chez d'autres, la dyspepsie, la constipation, la diarrhée, l'ictère, etc., dans les maladies chroniques des voies digestives et du foie; les vomissements, les convulsions, la paralysie, dans les affections cérébrales chroniques, etc., etc. Ce sont des choses qu'il suffit d'indiquer pour les faire comprendre.

Les inflammations chroniques durent plus ou moins longtemps, suivant leur nature et l'idiosyncrasie des sujets affectés. Dans l'état le plus simple, elles cessent au bout de quelques mois par les soins bien entendus de l'hygiène et du régime; mais, liées à la scrofule, au syphilisme, à l'herpétisme ef aux différentes diathèses, elles se prolongent indéfiniment, sans qu'il soit possible de les arrêter. Un état perpétuel d'hypérhémie, qui entretient des ulcérations et des suppurations de mauvaise nature dans les or ganes s'y oppose ; la fièvre détruit les forces et l'embonpoint; le sang s'altère, et il en résulte, avec le temps, un état cachectique grave, pouvant aller jusqu'au marasme et à la mort.

Il y a, dans les inflammations aiguës et chroniques, de nombreux degrés, depuis fétat inflammatoire très-aigu, jusqu'à l'inflammation subaiguë j dont les caractères peu tranchés établissent en quelque sorte la transition à l'état chronique. Quelques-unes, par leur intensité, sont intermédiaires à l'état aigu et à l'état chronique, et elles n'offrent que des symptômes locaux ou généraux peu appréciables, ce qui arrive souvent dans certaines ophthalmies, dans quelques cas de rliumatisme, etc. Leur courte durée seule permet de les classer dans les inflammations aiguës; mais, avec des phénomènes semblables, quand elles se prolongent, il faut les considérer comme des phlegmasies chroniques. C'est à cette variété qu'on a donné le nom de subinllamr mat ion.

Dans quelques cas eniin, l'inflammation ne détermine point de phénomènes dynamiques appréciables, et, si elle est profonde, elle parcourt la plupart de ses périodes sans donner lieu à aucun symptôme. C'est un fait rare que j'ai déjà signalé dans la première partie de cet ouvrage, à propos des maladies latentes, et qu'il est très-important de connaître. 11 existe des in (lamm allons latentes; c'est là ce qui a autorisé la plupart des systématiques à soutenir que l'inflammation était la cause de toutes les nosorganies cancéreuses, libro-plastiques, tuberculeuses, etc. Quoi qu'il en soit de cette question, précédemment trai-

518 DES MALxVUIES EN GÉKÉRAL.

lée,riivpérhémie, l'exsudation séro-librineuse, la suppuration et l'induration peuvent se produire dans la profondeur des tissus, sans se révéler au dehors par des symptômes très-appréciables. La pleurésie suppurée existe à l'état latent. Il en est de même de la pneumonie et (le riiépatisation grise purulente chez quelques vieillards, de l'hépatite, de l'inflammation gastro-intestinale, du ramollissement cérébral, des hypérhémies et des tumeurs viscérales, etc., etc. Sans être trèsmultipliés, ces faits sont assez nombreux pour établir l'existence des inflammations latentes, et personne aujourd'hui ne pourrait les conlester.

L'inflammation revêt des apparences anatomiques spéciales, qui lui donnent des caractères secondaires assez nettement tranchés pour servir de base à des classifications de détail. Elle se présente sous la forme énjthémateuse, caractérisée par la rougeur, le gonflement des surfaces cutanées et muqueuses, avec peu de douleur et peu de phénomènes généraux; sous la forme papuleuse et granuleuse^ avec saillies papillaires comparables aux rugosités de la peau de chagrin; sous forme de vésicules, de huiles et de plihjctènes, lorsque l'épiderme est soulevé par de la sérosité; sous la forme pustuleuse^ quand il y a du pus renfermé dans les saillies de la peau, et enfin sous la forme tuberculeuse, lorsque des tumeurs non purulentes, plus ou moins grosses, se dével()[)pent à l'extérieur.

La structure des tissus modifie toujours, plus ou moins, les phénomènes locaux et généraux de l'inflammation. La rougeur, le gonflement, la douleur, la chaleur, la fièvre, etc., diffèrent dans la peau enllannnée, dans les muqueuses, dans les séreuses et les synoviales, dans les tissus fibreux, osseux, dans le tissu cellulaire, etc.

Malgré leur analogie, les phlegmasies des muqueuses s'éloignent des phlegmasies de la peau par la fréquence de l'exsudation fibrineuse pclliculaire ou pseudo-membraneuse, par la fréquence de l'ulcération, et par les flux nniqueux et purulents dont elles sont le siég-e. Connue les maladies de la jieau, elles traduisent l'influence des impressions mlasmaticjues, virulentes et contagieuses; mais les maladies épidémiques frap[)ent plus souvent sur le tissu muqueux que sur le tissu cutané.

L'inflammation des séreuses est remarquable par l'exsudation séreuse, séro-j)urulente qui se fait dans leur cavité, et par l'exsudation,

DE l'inflammation. 519

à leur surface, d'une lymphe coagulable, dont l'organisation produit des adhérences et des plaques cartilagineuses et calcaires. Cette inflammation est essentiellement adhésive, plus ou moins rapide dans sa marche et rarement suivie d'ulcération ou de gangrène.

Dans le tissu fibro-séreux des articulations, Finflanimation est trèsmobile et la suppuration extrêmement rare. Les os enflammés ne suppurent jamais et ne se gonflent guère, ils se nécrosent ou se carient, et tombent par séquestre ou en poussière. Les parenchymes seuls présentent tous les caractères locaux de l'inflammation, à peu près de la même manière, à cause des éléments anatomiques semblables dont ils sont composés en proportions différentes.

L'inflammation varie dans ses actes, dans sa marche et dans sa terminaison d'après les causes qui la déterminent. Celle qui résulte d'une action traumaiïque simple donne souvent lieu à des phénomènes particuliers, différents des phénomènes de l'inflammation spontanée, de cause intérieure. Hunter a fait connaître les différences qui séparent ces deux variétés d'inflammation, en indiquant les propriétés adhésives de l'une, par opposition aux propriétés siippnratives de l'autre. Une plaie simple, dont les bords sont lavés et rapprochés avec soin, se cicatrise souvent après une légère hypérhémie, accompagnée d'exsudation de lymphe plastique adhésive, qui s'organise en quelques jours et rétablit la continuité des tissus sans suppuration, sans douleur, sans gonflement, sans chaleur et sans fièvre. Cette réunion par première intention de la nature est le plus merveilleux résultat qu'on puisse voir à la suite des plaies, et eUe sera toujours un objet d'ambition pour les chirurgiens qui s'appliquent à l'obtenir après les ablations de tumeurs et dans les amputations. Diflicile à réaliser, elle n'a pas toujours lieu d'une manière complète, et elle peut même échouer entièrement. Alors la plaie change d'apparence, les bords rougissent, gonflent, suppurent et deviennent douloureux, des bourgeons charnus se forment, et la réunion s'accomplit par seconde intention, comme on le dit, au bout de plusieurs septaines, selon l'étendue et la profondeur de la solution de continuité. Cette différence résulte de l'action nuisible de l'air. La précaution de réunir avec soin les bords d'une plaie, qui se couvrent de fibrine, les soustrait à l'influence de cet agent, cl la guérison est innnédiate, sans suppuration, tandis que, en dehors de ce procédé , la plaie, irritée par le contact de l'air atmosphérique, suppure inévitablement et ne guérit jamais qu'après suppuration

O^O DES MALADIES E?s GÉNÉRAL.

Dans Vexposition et la non-exposition des plaies à l'air, il y a toute une méthode thérapeutique, facile à mettre en usage. Son auteur, M. J. Ciuérin, lui a donné le nom de méthode sous-cutanée, et il a pu mille fois pratiquer des ponctions dans les séreuses, dans les articulations, dans le tissu cellulaire, pour couper des muscles et des tendons, sans produire d'inflammation appréciable ni de suppuration. Il suffit de faire un pli à la peau, de pénétrer avec un instrument spécial trèsétroit dans le lieu où l'on veut opérer, et, après avoir fini, d'abandonner la peau à elle-même, en pressant vivement sur la petite ouverture extérieure avant de la fermer avec du taffetas gommé. De cette manière, l'ouverture de la peau ne communique pas avec l'endroit opéré, et s'en éloigne de quelques centimètres par un trajet trèsétroit, où l'air ne peut s'introduire. On a ainsi une plaie profonde, ne communiquant pas avec l'atmosphère, soustraite à son influence et guérissant toujours très-vite, sans phénomènes inflammatoires et sans suppuration, si l'opération a été convenablement faite. C'est à cette méthode que se rattachent les succès de l'orthopédie, dans le redressement des pieds' bots, de l'œil affecté de strabisme, de la déviation du rachis, etc. On l'a employée pour le traitement des hernies, des corps étrangers articulaires, de l'hydarthrose, etc.

La spécificité est la cause qui produit le plus grand nombre des variétés de l'inllammation. En effet, cet état morbide, comme la fièvre, précède ou suit une foule d'autres maladies. Quand elle naît sous l'influence de causes traumatiques et irritantes simples, elle varie dans ses phénomènes extérieurs, d'après Fâge, la constitution, le tempérament ou l'idiosyncrasie des personnes, et elle se termine d'une façon différente dans ces différentes circonstances, carelle peut engendrer des maladies secondaires plus ou moins graves. Dans les cas où elle résulte d'une cause spécifique virulente ou autre, et quand elle se développe chez un sujet atteint de diathèse goutteuse, syphilitique, scrofuleuse, herpétique, (itc, les variations de sa forme extérieure ne sont pas moins grandes.

Les innammalions rhumatismales produisent delà rougeur, delà douleur, du goidlement, de la chaleur, mais sécrètent rarement du pus et produisent beaucoup de fibrine dans le sang. Elles sont mobiles et disparaissent avec une grande rapidité.

Les irdlarnmations puerpérales engendrent peu de fibrine dans le sang, mais elles sécrèlenl, en quehpies heures, un pus de mauvaise nature, qui empoisorme ordinairement les malades.

DE l'i>flammation. 521

Les inflammations scrofuleuses produisent peu de chaleur, et arrivent lentement à suppuration; mais, en revanche, la suppuration ne tarit pas, et les ulcérations qui lui donnent passage durent indéfiniment. La chronicité est leur caractère habituel.

Les inflammations syphilitiques ont une rougeur différente de l'hypérhémie habituelle; elles suppurent vite et longtemps, par suite d'ulcérations destructives difficiles à guérir, et elles produisent aisément l'induration.

Les inflammations diphthéritiques occupent de préférence les muqueuses, et quelquefois la peau dégarnie de son épiderme. C'est à elles que se rapporte cette production de fausses membranes fibrineuses dont la présence dans le larynx constitue le croup. Elles ne produisent ni ulcération ni gangrène, et on ne les observe jamais à l'état chronique.

Les inflammations catarrhales n'affectent que les membranes muqueuses et les tissus subjacents; elles n'y produisent qu'une exsudation séro-fibrineuse peu coagulable, suivie d'une sécrétion muqueuse, purulente ou séreuse plus ou moins abondante. Epidémiques, quelquefois contagieuses, ce sont des maladies souvent meurtrières, dont la gravité relative résulte un peu de l'organe affecté. La muqueuse de l'œil, celle du larynx, des grosses et des petites bronches, de l'intestin, etc., sont le siège très-fréquent d'inflammations catarrhales.

Les inflammations charbonneuses ont un caractère tout particulier très-grave, c'est celui d'arriver, en quelques heures, à une gangrène considérable, susceptible de détruire une grande étendue de parties molles. On peut le voir chez les individus atteints de charbon et de pustule maligne.

On en pourrait dire autant de toutes les inflammations spécifiques : celles qui accompagnent la variole, la scarlatine, la rougeole, la morve, lefarcin, etc., ont toutes leurs caractères particuliers, plus ou moins distincts, dans leur forme anatomique, dans la rapidité de leur marche, dans leur durée, dans la nature des produits sécrétés, dans la terminaison des caractères généraux et locaux de l'inflammation. C'est là une loi qu'on peut vérifier par l'étude des faits de détail, et que démontrent les exemples précédemment cités, sans qu'il soit nécessaire d'en augmenter le nombre.

L'inflammation n'est pas toujours d'un diagnostic facile. Très-appréciable quand elle existe à l'extérieur du corps, ses caractères sont inliiiiment plus obscurs lorsqu'elle se développe au milieu d'organes

522 DES MALADIES E>' GÉKÉRAL.

profonds. Ce n'est point avec un seul d'entre eux que l'inflammation peut se reconnaître, mais bien a\ecleur ensemble. Ainsi la chaleur, la rougeur, peuvent manquer; il en est de même de la douleur qui accompagne également les névroses; la lièvre n'existe pas toujours, l'exsudation fibrineuse locale est souvent peu appréciable ; la suppuration n'a pas toujours lieu, et l'augmentation de la fibrine du sang, variable, n'existe point dans les phlegmasies légères, de courte durée, ni dans les phlegmasies chroniques. On ne saurait mettre trop de soin à leur recherche, si l'on veut donner au diagnostic toute la précision désirable.

Différentes circonstances secondaires, telles que la connaissance des causes irritantes et traumatiques, les troubles généraux fébriles, la débilité qui s'observe concurremment avec le développement d'états morbides graves, peuvent mettre le médecin sur la voie et l'aider dans ses recherches. Malgré cela, dans un certain nombre de cas, tout diagnostic est impossible, et la nécropsiene fournit même aucune lumière. On sait, en effet, que la plupart des signes locaux de l'inflammation disparaissent sur le cadavre. Il ne faut regarder, comme atteints de phlogose, que les tissus où la rougeur persiste après le lavage, et lorsqu'il s'y trouve une certaine quantité d'exsudation plastique et purulente.

L'inllammation est un acte organique que la nature et l'art emploient souvent pour amener la guérison de maladies antérieures plus ou moins graves. Véritable action providentielle, qui dirige l'élimination des corps étrangers et des produits morbides intérieurs, elle sert encore à la cicatrisation immédiate ou consécutive des plaies, et elle est souvent très-utile. C'est au médecin de la provoquer lorsqu'elle est nécessaire pour un résultat avantageux au malade, et de la diriger ou de la combattre s'il en est besoin.

Malheureusement l'inflammation n'est pas toujours un acte salutaire, et, lorsqu'elle liait sous l'influence de causes intérieures peu connues, ou lorsqu'elle se développe avec une trop grande intensité, elle produit des désordres locaux et généraux fort graves, qui peuvent être suivis de désorganisation et de mort. Sa gravité dépend à la fois de son degré, de son étendue, de la nature des causes et de l'importance des organes frap|)és. Les phlegmasies suppurées, et les phlegmasies chroniques, sont infiniuKMit plus sérieuses que les autres. 11 en est de même de celles qui sont très-étendues et qui occupent des organes très-importants, comme le cerveau, le foie ou les poumons; de celles

DE L'lISFLA!kmATIOIS'. • 525

qui reconnaissent pour cause un agent spécifique ou épidémique, etc., circonstances que fait connaître l'étude de la pathologie spéciale.

L'inflammation, mise au service de la nature, s' efforçant de guérir un mal profond, par l'élimination d'un corps étranger susceptible d'exciter les tissus; l'inflammation provoquée par le médecin, pour taire disparaître certains états morbides antérieurs, comme l'iiydrocèle, l'ophthalmie, etc., doit être surveillée et dirigée avec soin, si l'on veut en obtenir de bons résultats. C'est vraiment alors que le chirurgien mérite de s'appeler ministre de la 7iatiire. Dans un cas, il applique un collyre irritant sur une cornée malade, pour provoquer unephlegmasie de bonne nature, destinée à remplacer celle qui existe, et dont le résultat sera la perte de l'œil; ailleurs, il produit, par des injections irritantes, l'inflammation de l'arachnoïde, de la plèvre, de la tunique vaginale, des parois d'un abcès froid, pour guérir l'hydrocéphale, la pleurésie chronique, l'hydrocèle, etc.; chez d'autres malades, il tranche les tissus pour en extraire des produits morbides, sachant bien qu'après son intervention la phlegmasie va s'emparer de la plaie pour en réunir les bords par une cicatrice résistante ; plus loin, il brûle la peau par un moxa, soulève l'épiderme par la vésication, produit des flux gastriques et intestinaux au moyen de purgatifs, alin de révulser ou de dériver une phlegmasie portée sur une partie plus importante. L'art de provoquer des inflammations dérivatives, révulsives, traumaliques , substitutives, est une des parties les plus importantes de la thérapeutique, et il faut l'apprendre, afin de s'en servhsans jamais dépasser le but, et pour arriver, dans le plus grand nombre des cas, à la guérison des malades.

En dehors de l'intlammation, considérée comme acte thérapeutique, il y a l'état morbide inflammatoire, qui, selon son étendue, et d'après son siège dans tel ou tel organe, amène des troubles généraux graves, et des troubles fonctionnels variables, auxquels il est nécessaire de remédier pour empêcher de graves désorganisations et même la mort.

Les moyens de combattre l'inflammation sont très-nombreux, et généralement connus sous le nom d' antiphlogistiques . Ils s'emploicnl avec les moyens hygiéniques, spécifiques, etc.

La diète absolue, végétale ou lactée; les boissons émollientes, gommcuses, acidulés, féculentes; un air pur; le repos physique et moral; les applications froides extérieures, dans les phlegmasies superficielles et traumaliques ; les applications émollientes et mucilagineuses ; les

bains tièdes, sont les premiers moyens à mettre en usage. Viennent ensuite les émissions sanguines générales ou locales, proportionnées, dans leur fréquence et dans leur quantité, à F âge et à la constitution des sujets, à l'état du pouls et à l'intensité de la phlegmasie; l'application des grandes ventouses de Junod, et les différents moyens destinés à opérer, soit la dérivation ou la révulsion, soit la dissolution de la fibrine, soit enfin une action spécifique sur les phlegmasies.

Le bicarbonate de soude, le nitrate et le chlorate dépotasse, l'iiydrochlorate d'ammoniaque, et tous les sels alcalins, le calomélas et les préparations nierciirielles, ont été conseillés comme antiplastiques et dissolvant la librine.

Ailleurs, on a mis en usage les diurétiques, les purgatifs, les diapliorétiques et les vésicants, à cause de leur action dérivative et révulsive; on administre enfin les spécifiques, tels que : l'opium, la digitale, l'aconit, la vératiine, l'antimoine, le sulfate de quinine, etc., dont l'action variable est différente pour cliaque phlegmasie, et qui agissent, l'un contre les maladies du cœur, l'autre contre les phlegmasies purulentes infectieuses, le rhumatisme, la pneumonie, etc. Ce sont des remèdes d'un maniement difficile, et dont f emploi exige une très-grande expérience.

En général, l'inflammation peut être combattue par des moyens semblables, presque toujours les mômes; ses variétés, la nature des tissus qu'elle a pour siège, ses complications, obligent quelquefois à recourir à des moyens différents. Le traitement antiphlogistique par les émissions sanguines ne convient que dans les phlegmasies aiguës, et nullement dans les phlegmasies chroniques ou dans les inflammations latentes. Encore utile dans les phlegmasies séro-fibriueuses des parenchymes, et des membranes séreuses, muqueuses, etc., il réussit inoins dans les phlegmasies dites catarrhales et dans les maladies chroniques de la peau. 11 en est de même dans les phlegmasies qui accoirq)agnent les fièvres, et particulièrement dans celles qui se développent avec la fièvre pernicieuse, dans les phlegmasies compliquées (Y asthénie ou de diatlièse goutteuse , syphiUtique, scrofuleuse, etc.; c'est alors que les moyens spéciaux, dits spécifiques, doivent être mis en usage, et ils triomphent j)lus rapidement d'une inllammation que toutes les émissions sanguines auxcjuelles on pourrait recourir.

DES GANGRÈNES. 525

Page 1