CHAPITRE I
On peut définir la fjdngrèiic : la mort partielle d'un organe ou d'un lissu, ou bien l'extinction de la vie dans une partie du corps. Quelques auteurs n'attribuent à ce mot que l'idée plus restreinte d'une diminution de l'action vitale; mais c'est une erreur, car la gangrène n'existe que lorsqu'il y a mortification. Le mot de sphacèle, ordinairement employé pour indiquer le dernier degré de la gangrène, n'est pour nous qu'un synonyme. Toutefois on s'accorde à désigner ainsi une gangrène très-étendue, celle d'un membre, par exemple, lorsque tous les tissus sont mortifiés. La nécrose est la gangrène du tissu osseux. On désigne enfm sous le nom d'escliarre la masse des parties molles privées de vie, qui rentrent sous l'empire des lois physiques et chimiques; elles perdent leur température naturelle et ne tardent pas à éprouver un mouvement intérieur de décomposition, qui change leur couleur, leur consistance, leur structure, véritable putréfaction comparable à la décomposition cadavérique.
La gangrène affecte tous les tissus, et se montre dans tous les organes, à la peau, dans le tissu cellulaire, dans les os à l'état de nécrose, dans la bouche, sur les amygdales, aux organes génitaux, dans les poumons, dans le cerveau, dans les membres supérieurs et inférieurs, etc., et elle mérite une attention toute particulière, si l'on veut bien connaître les phénomènes qui la caractérisent.
La gangrène résulte de causes locales ou (générales, directes ou indirectes. Les premières renferment tous les agents mécaniques ou chimiques, délétères ou autres, qui désorganisent imjnédiatement les tissus, ou qui les privent d'éléments indispensables à la nutrition moléculaire. On y trouve :
Les corps dont le poids et le volume écrasent et broient une partie de l'organisme, de façon à réduire les tissus en masse où le sang, extravasé, n'a plus sa liberté de circulation;
Les agents chimiques et le feu, qui produisent le même résultat, quand leur action a une suffisante énergie;
L'action prolongée d'un froid intense, produisant l'arrêt des liquides par congélation;
L'inten iiption accidentelle de la circulation sanguine, son arrêt détinitif, ou même une gène excessive apportée au cours du sang. C'est ce qu'on voit dans les maladies du cœur et des artères, lorsque naturellement, par ligature, par compression sur le trajet des artères, par une tumeur quelconque, par artèrite, suivie de production pseudomembraneuse et de caillots, par embolies ou concrétions polypiformes détachées du cœur et poussées dans les artères, par concrétions ossitbrmes des parois artérielles, etc., il y a obstacle temporaire ou permanent à la circulation sanguine dans les tissus;
La faiblesse de la circulation dans les organes et dans les tissus paralysés ou affectés d'œdème , exemples : la perte de l'œil après la section du trifacial; les escharres des parties molles dans les membres paralysés; les gangrènes spontanées des membres sans oblitération artérielle chez les aliénés; les gangrènes de la verge et du scrotum œdématiés, etc.;
L'inflammation aiguë; lorsque l'exsudation fd)rineuse qui en résulte l'emplit ou comprime un assez grand nombre de capillaires pour suspendre le cours du sang et entraver le mouvement nutritif. C'est ce qu'on observe dans les furoncles, dans l'angine gangreneuse, dans la gangrène de la bouche et de la vulve, dans la gangrène du poumim, etc. 11 faut alors que l'obstruction des capillaires soit complète, et que des vaisseaux capillaires de nouvelle formation, ceux qui se développent toujours dans les tissus atteints de phlegmasie, n'aient pas eu le temps de se former;
L'iullammation subaiguë, ayant pour siège des tissus frappés d'asthénie, ou des parties paralysées, œdématiées, atteintes d'engelures ou d'inliltration sanguine, cntiu, l'intlammation produite par des principes délétères ou par des venins , exemple : les gangrènes produites dans la pustule maligne, et après l'inoculation de matières septiques empruntées à des cadavres, ou à la suite d'infiltration d'urine, (le matières fécales, etc.
Les causes (jénérales de la gangrène sont inliniment plus obscures (juc les pi'écédentes dans leur manière d'agir. C est le sang altéré dans son essence, par des causes inconnues, infectieuses ou autres, par des poisons, par une diathèse qui semble être la cause principale de la mortilication des tissus. L'intoxication lente et chronique produite par le i)hospIiorc détermine la nécrose des os maxillaires; celle du mercure se révèle par la gangiène des gencives, et on connaît les terribles effets de Yerfjotisme, lors([ue des gangrènes multiples sur les membres succèdent à l'îdimenhdion par un pain l'enfermant une quantité Irès-grande d(i seigle ergoté.