‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 120 sur 212 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

11 y a toute une classe de maladies caractérisée par un épanchement de sérosité dans les cavités séreuses, synoviales, et dans le tissu cellulaire. Ce sont les hydropisies, de v(îw/5, eau; , apparence. Il faut que la quantité de liquide soit assez considérable; sans cela, aucun symptôme n'en révèle la présence, et il n'y a pas maladie. Les principales hydropisies sont : l'ascite, l'anasarque, l'hydarthrose, l'hydrocéphale, l'hydrothorax, l' hydropéricarde, etc.

Le mot d'hydropisie a été appliqué par extension aux collections de sérosité, dans des kystes accidentels, ou des organes creux tapissés d'une membrane muqueuse, comme l'estomac, l'utérus; mais M. Rayer a fait observer que ces épanchements avaient des causes et des symptômes différents des symptômes et des causes derhydropisie,et qu'ils devaient en être séparés. Ainsi a-t-il fait dans un chapitre du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Cependant, s'il est vrai de dire qu'il n'existe pas d'hydropisie de l'estomac ou de l'utérus, on ne peut enlever de la classe des hydropisies celles qui se font dans les kystes, et en particulier celles qui ont l'ovaire pour siège. Les causes de l'hydropisie enkystée de l'ovaire sont celles d'un certain nombre d'hydiopisies, et les symptômes ressemblent si bien à ceux de l'ascite, qu'un médecin expérimenté peut s'y méprendre. L'épanchement de sérosité dans les kystes constitue donc une hydropisic, comme les autres collections de liquide dans des cavités closes.

Rien n'est fréquent comme l'hydropisie. Sa nature et ses causes

ont été parfaitement appréciées des anciens, qui ne nous ont laissé à faire qu'une détermination plus exacte, plus précise et plus scientifique des conditions de développement du phénomène. Hippocrate distinguait des hydropisies par infusion ouépanchement, exemple : Tascites; et des hydropisies par infiltration, exemple : l'anasarque. Il parle d' hydropisies qui viennent des maladies aiguës, des affections du foie et de la rate; il indique celles qui résultent de causes débilitantes, comme l'air des contrées humides et marécageuses; s'il avait parlé de celles que produisent les obstacles à la circulation veineuse, il aurait tout dit; mais l'ignorance où il était du mécanisme de la circulation du sang ne lui a pas permis de faire davantage.

Toute l'antiquité a vécu des idées d'Hippocrate, obscurcies par les uns, éclairées parla découverte des autres. Ainsi Asclépiades a le premier établi la division des hydropisies en rapides ou lentes, fébriles ou apyrétiques. Galien parle des maladies du foie, des intestins, du poumon, des reins 7 des pertes abondantes de sang, comme déterminant les hydropisies, soit d'une manière primitive par obstacle à la circulation, soit d'une façon secondaire par changement de la composition du sang. C'est au foie qu'il attribuait ce rôle principal dans la production des phénomènes. Sauf ce progrès réalisé par Cœlius Aurelianus, qui le premier a mis en usage la paracentèse, dont nous faisons journellement usage, l'histoire des hydropisies est restée stationnaire jusqu'au dix-septième siècle. Alors la découverte des lymphatiques et de la circulation changea tout. Un instant, avec Pecquet, Bartholin, Sœmmerring, on crut devoir rapporter les hydropisies à la rupture et aux maladies des lymphatiques ; mais cette théorie s'écroula devant les applications de la découverte deHarvey, et par les résultats d'une connaissance plus exacte de la circulation du sang. Une expérience inattendue devait en faire sortir une théorie nouvelle de l'hydropisie. En 1622, Lower pratiqua la ligature de la veine cave et des jugulaires sur un animal, qui mourut presque aussitôt d'hydropisie. Il n'en fallait pas davantage. Frédéric Hoffmann et Boerhaave s'emparèrent de cette expérience, et sur elle ils étabhrent leur théorie par obstacle à la circulation du sang. Tous ces faits étaient oubliés, on n'en parlait plus au commencement de ce siècle, lorsque M. Bouillaud, par des faits curieux, démontra de nouveau que les oblitérations veineuses amenaient fhydropisie dans les parties correspondantes. Cette théorie est maintenant généralement admise.

A un autre point de vue, l'étiologie des hydropisies par altération du sang, incertaine, comme tout ce qui n'est pas démontré, a reçu de nos jours le solide appui des découvertes de l'iiématologie pathologique.

o50 DES MALADIES EN GÉNÉRAL.

fiien que Vogel, Sauvages et Cullen, d'après les anciens, aient attribué <M3rtaines hydropisies à un état général de l'économie ou à une ca- •('hexie, on n'était pas très-avancé sur la nature de cette modification constitutionnelle. D'après cette idée, il y avait pour Cullen etBrown, •îles hydropisies sthéniques et asthéniques , c'est-à-dire par force et faiblesse de l'économie; pour d'autres, Breschet, Bouillaud, c'étaient des hydropisies actives ou passives; mais, si toutes ces dénominations représentent le fait général de l'hydropisie, elles laissent à désirer une connaissance précise de l'état du sang, dans ces conditions actives et passives déterminantes de l'hydropisie. MiM. Bright, Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, ont fhonneur d'avoir comblé le vide de nos connaissances à cet égard, car c'est à eux qu'on doit la découverte de ce fait important, que la diminution de l'albumine du sang amène rapi- -dement la cachexie hydropique.

Les hydropisies sont générales ou partielles. Celles-ci annoncent presque toujours un obstacle à la circulation placé dans le voisinage. Il y •en a qui se produisent d'une façon primitive, sans qu'on puisse découvrir dans les solides ou dans les liquides aucune altération de nature à expliquer leur développement, exemple : les hydropisies subites, que produit l'impression du froid. Ce sont les hydropisies idiopathiqiies ou essentielles. D'autres résultent d'une altération du sang, appauvri ^le son albumine, exemple : l'hydropisie de la maladie de Bright et des maladies chroniques. Je les appelle hydropisies cachectiques. Un grand nombre résultent de l'inflammation ou de la subinflammation des séreuses et des synoviales, et forme la classe des hydropisies inflammatoires^ exemples : l'hydrothorax, l'hydrocèle, l'ascite, l'hydrocéphale aiguë, etc. Celles enfin qui dépendent d'un obstacle à la circulation dans le cœur, dans le foie ou dans les veines des membres, constituent (les hydropisies mécaniques, exemples : l'anasarque des maladies du cœur, l'œdème de la phlegmatia alba dolens, etc.

Les hydropisies essentielles et inflannnatoires peuvent également s'appeler actives, car elles ont généralement tous les symptômes attribués à cette classe; au contraire, les hydropisies cachectiques el mécaniques forment les hydropisies passives, quoique, d'après les auteurs, ce soient principalement celles que produisent les obstacles jMi cours du sang qui méritent ce nom.

11 y a donc quatre classes d'hydropisies : les hydropisies esscntiel- Jes, les hydropisies inflammatoires, les iiydropisies cachectiques, et les

DES ITÏDROPISIES. 551

hvdropisies mécaniques. Cette division, qui se rapproche assez de celle de MM. Andral, Monneret, Fleury, Grisolle, etc., comprend toutes les hvdropisies sans exception.

Les hvdropisies essentielles, que dans l'état actuel de la science on ne peut rattacher à une cause certaine et acceptée de tous, sont trèsrares et fort exceptionnelles. Leur nombre a déjà beaucoup diminué par suite des progrès de nos connaissances, et il diminuera encore. On peut même affirmer que cette classe d'hydropisies cessera d'exister. Quant à présent, il faut accepter comme telles celles que nulle inflammation ou irritation sécrétoire, nulle altération du sang et nul obstacle mécanique n'ont produites.

Une fille infirmière, rapporte M. Rostan, passait un jour sous une porte intérieure de la Salpêtrière ; on lui jette de l'eau froide sur le corps, alors qu'elle avait ses règles. La frayeur et l'impression de froid qu'elle éprouve amènent une suppression et un anasarque immédiat sans albuminerie.

Un homme couché dans les salles de M. AndraU est inondé d'eau pendant son sommeil par ses camarades, et il devient momentanément et subitement hydropique par anasarque, sans qu'il y ait eu albuminerie.

Des soldats d'Afrique, dont l'histoire est consignée dans les annales de la médecine militaire, ont été pris subitement et passagèrement d'anasarque, sans albumine dans les urines, après une nuit de bivac un peu fraîche.

J'ai vu des adultes, atteints de bronchites et d'emphysème pulmonaire, offrir en même temps de l'œdème et de l'anasarque, sans aucune autre complication; or, dans ces cas, il est impossible d'admettre, avec quelques médecins anglais, Abercrombie et Darwall, que l'hydropisie soit le résultat d'un obstacle à la circulation du sang dans les poumons. Hypothèse pour hypothèse, celle qui ne préjuge rien et qui ne fait pas d'erreur est préférable. Ce sont là des hydropisies essentielles.

Chez les enfants, au début des maladies aiguës, il se présente trèssouvent de l'anasarque, qui ne tient à aucun obstacle mécanique, à aucune inflammation ou irritation du tissu cellulaire, ni à aucune altération connue du sang, car cet anasarque n'est pas accompagné d'albumincrie, et il dure à peine quelques jours. J'ai vu un trèsgrand nombre de faits de cette nature, sans pouvoir en découvrir la cause.

Chez d'autres enfants très-jeunes, sous l'influence du froid, il se fait ce qu'on appelle le sclérème œdémateux, maladie dont la nature est encore peu connue, et qui est caractérisée par un œdème trèsétendu, joint à l'endurcissement de la peau. Quelle est la cause de cette hydropisie? Est-ce un obstacle à la circulation capillaire, comme je le crois? La question n'est pas résolue, et, pour beaucoup de médecins, cette hydropisie doit être considérée comme essentielle.

Haies rendait des animaux hydropiques en leur faisant boire une énorme quantité d'eau, et Broussais rapporte qu'au Val-de-Grâce un militaire, affecté d'urétrite, devint hydropique en vingt-quatre heures, après avoir bu, dans une nuit, la tisane destinée à douze de ses voisins. Il est difficile de trouver dans ces faits la preuve d'une maladie du sang, et on ne peut l'admettre que par hypothèse. Il vaut mieux attendre que des analyses concluantes permettent de se prononcer.

Rien n'est commun, chez des personnes bien portantes, mais faibles ou fatiguées par un fort exercice, chez les vieillards, comme l'œdème des membres inférieurs.

Les parties paralysées sont souvent le siège d'une infdtration séreuse considérable.

Plusieurs fois déjà, j'ai vu, chez des enfants affectés de maladies de la peau, telles que l'eczéma ou l'impétigo, le traitement mis en usage produire de l'anasarque. Des faits de ce genre ont été pubhés. L'un d'eux, relatif à un jeune garçon couché dans mes salles, offre un grand intérêt. Dans un impétigo des jambes et du bras, à la suite de bains de subUmé, il s'est développé un mouvement fébrile intense, sans localisation possible, suivi, au bout de quinze jours, d'anasarque, d'œdème du poumon, etd'ascite, sansalbuminerie. L'hydropisie a disparu sous l'influence de plusieurs purgations par l'huile de ricin. Dans tous ces cas, fort nombreux, il est impossible, sans liypothèse et sans dénaturer les faits, de rattacher les hydropisies observées à des causes évidentes, connues et démontrables. Jusqu'à nouvel ordre, ce sont des hydropisies essentielles.

Ces hydropisies se montrent ordinairement sous forme d'œdème des membres inférieurs, autour des malléoles et sur le pied. Quelquefois il y a en même temps bouffissure du visage, principalement sur les paupières; mais l'anasarque est très-rare. J'en ai vu quelques exemples. Une; fois seulement, j'ai rencontré l'anasarque, l'ascite et l'œdème des poumons. Le gonllemcnt et la paleui' des parties iuliltrées, l'empreinte laissée par la pression du doigt, la fluctuation dans les cavités séreuses distendues par la sérosité, sont les signes de cette hydropisie. Son développement a lieu sans précurseurs, et le début,

quelquefois subit, comme dans les cas de MM. Andial et Rostan, est ailleurs lent et progresif. L'infiltration se fait par degrés, à la suite de la fatigue, d'une longue station debout, de l'influence du froid sec et humide, etc., et elle disparait par le repos et la chaleur du lit, par des bains chauds et sous l'influence de quelques purgatifs.

YI

Les hydropisies inflammatoires sont très-communes, et elles ont cela de particulier, qu'elles sont toujours partielles. L'hydrocèle, l'ascite, l'hydrotorax, l'hydrocéphalie, restent incluses dans les cavités séreuses qui ont été le siège de l'irritation inflammatoire, et elles ne déterminent jamais d'autres suffusions séreuses sur des points éloignés.

Désignées par Brown comme sthéniques, par Breschet comme actives^ par Stoll comme pléthoriques, par M. Rayer comme hydrophlegmasieSy par Vogel comme hijdropisies fihrineuses, les hydropisies inflammatoires sont celles qui résultent, dans le présent et dans le passé, d'une inflammation aiguë ou chronique, apparente, lorsqu'elle est accompagnée des symptômes ordinaires de l'inflammation; latente, lorsqu'elle succède à une irritation passagère dont la cause a disparu.

Une hydropisie inflammatoire peut être aiguë ou chronique, et par conséquent sans symptômes actuels d'intlammation. Dans le premier cas, la réaction locale et générale peut être intense, et la nécropsie montre une infiltration de sérum fibrineux, avec beaucoup de pus, de fausses membranes, d'adhérences, et une vascularité très-grande de la séreuse. Dans le second cas, au contraire, la réaction est faible, il n'y a souvent pas de fièvre ni de douleur locale, et on ne trouve qu'une infiltration de sérum sans vascularité des parois, sans fausses membranes, avec quelques globules de pus recueillis à grand'peine à la surface du foyer. Malgré ce peu de développement des altérations anatomiques, la nature inflammatoire n'en est pas moins évidente. Il est bien certain qu'une personne affectée d'hydrocèle, d'hydarthrose, pour s'être froissé longtemps auparavant le scrotum en montant à cheval ou le genou contre une chaise, sans avoir d'inflammation apparente, aune hydropisie inflammatoire produite par l'irritation inflammatoire et sécrètoire qui a succédé à la contusion. Dans ces cas, d'ailleurs, la nécropsie, faite à une époque avancée, montre des adhérences ou des plaques laiteuses, qui prouvent la réalité de l'ancien travail inflammatoire.

Les hydropisies inflammatoires aiguës ou chroniques peuvent être primitives, quand elles dépendent deliriitation primitive de la séreuse

affectée; mais elles sont secondaires quand elles succèdent à la maladie d'un organe recouvert par la séreuse, exemple : l'ascite des maladies du foie, l'hydrocéphale des maladies du cerveau, etc.

Toute irritation des parois ou des organes d'une cavité, tapissée par une membrane séreuse, amène une hypersécrétion plus ou moins considérable, dont la grande quantité forme une hydropisie. Que l'épanchement succède à une simple congestion vasculaire ou à une inflammation, peu importe : c'est un mécanisme impossible à démontrer, et d'ailleurs il n'y a là qu'une dispute de mots, car personne, jusqu'ici, n'a pu établir la différence anatomique de la congestion simple d'avec la congestion inflammatoire, surtout quand elles succèdent aune contusion.

Les hydropisies inflammatoires naissent de l'irritation primitive du tissu cellulaire ou des membranes séreuses, comme on le voit dans la suite d'un coup produisant l'hydrocèle et l'ascite, ou bien, au contraire, elles ne sont qu'un résultat secondaire de l'irritation des séreuses, par la maladie préalable d'un des organes qu'elles tapissent , exemple : l'ascite consécutive aux maladies du foie, de l'intestin, de l'utérus, la pleurésie concomitante de la pneumonie, etc.

Les causes de cette espèce d'hydropisie sont directes ou indirectes.

Une plaie, une contusion, la piqûre d'un insecte venimeux, la morsure d'une vipère, produisent de l'œdème; un coup sur le scrotum peut donner lieu à l'hydrocèle; le froid détermine la pleurésie; l'insolation sur la tête amène la méningite et l'hydrocéphale. Ce sont là des exemples de causes directes.

L'endocardite, suivie d'hydropéricarde , les inflammations et les différentes maladies du foie, de l'intestin, de l'utérus, des ovaires, de l'estomac, de la rate, amenant l'ascite; les tumeurs du testicule, suivies d'hydrocèle; les tubercules du cerveau occasionnant l'hydrocéphale; la nécrose des extrémités articulaires , qui précède le développement d'une hydarthrose, sont des causes indirectes à des hydropisies inflammatoires.

Les hyclropisies injlammaioires aiguës sont accompagnées de malaises, de fièvre et de douleur, dans la partie qui est le siège del'épanchement. Leurs autres symptômes sont en rapport avec les fonctions des organes infiltrés, submergés ou comprimés par la suffusion séreuse. Dans la peau, il n'y a que de la tension, de l'empâtement, avec ou sans rougeur, et l'impression du doigt y laisse momentanément son empreinte; si l'épanchement a lieu dans le péritoine, il distend les parois du ventre, qui acquiert un grand volume et devient fluctuant, il aplatit l'intestin et embarrasse la digestion; il comprime

les vaisseaux de l'abdomen et amène l'inliltration des jambes ; enfin, il refoule le diaphragme et fait périr les malades. Si la suffusion se produit dans la plèvre ou dans le péricarde, le liquide comprime les poumons, étouffe le cœur et chasse ces organes de leur position, en attendant qu'il fasse périr les malades; dans le cerveau, enfin, il détermine la compression de l'organe, et avec elle la perte de connaissance ou le délire, le coma, les convulsions, la paralysie et la mort.

Cette forme d'hydropisie a une marche rapide et ascendante. Elle aboutit à la résolution, c'est-à-dire à l'absorption du liquide épanché, au passage à l'état chronique ou à la mort. Sa guérison spontanée n'est pas rare. Cela dépend des séreuses qui sont affectées ; l'hydrotlîorax aigu, l'ascite, l'hydarthrose, guérissent, tandis qu'au contraire l'hydrocéphalie aiguë ne guérit presque jamais. Outre les différentes terminaisons dont je viens déparier, il se fait quelquefois une évacuation spontanée du liquide au dehors, de la pleurésie par les bronches, de l'ascite par la paroi du ventre, etc.; mais ces faits sont très-rares.

Sauf les phénomènes de douleur, de fièvre et de réaction générale, les hydropisies inflammatoires chroniques ou hydropisies dont la cause inflammatoire a disparu sont accompagnées des mêmes symptômes locaux. Quelle quesoit la nature de l'épanchement, c'est un corps étranger nuisant, par compression, aux fonctions des organes avec lesquels il se trouve en rapport, et les symptômes delà compression d'un or- ^^ane sont évidemment toujours les mêmes. Cette variété d'hydropisie a une très-longue durée. Elle guérit quelquefois d'une manière spontanée, par une hémorrhagie critique ou par une évacuation abondante. Des épistaxis, l'établissement d'hémorrhoïdes tluentes, une diarrhée considérable, ont guéri des ascites fort anciennes. Ce sont des succès sur lesquels il n'y a pas à compter. Ordinairement on ne guérit de ces hydropisies que par l'intervention de l'art, soit à l'aide de purgatifs drastiques répétés, soit plus sûrement par la ponction simple des cavités séreuses, pour évacuer le sérum, soit par la ponction suivie •d'injection irritante, destinée à enllammer les parois du foyer et à Jes rapprocher au moyen d'adhérences nouvelles.

Les hydropisies cachectiqnes sont le résultat d'un certain nombre d'altérations du sang, encore incomplètement connues, mais parmi lesquelles il faut placer en première hgne la diminution de l'albumine.

Ces hydropisies ont été autrefois désignées sous le nom iVasthéniqnes par Brown, de passives par Breschet, et de froides ou chroniques par un grand nombre de médecins.

La diminution des globules rouges, l'augmentation des globules blancs, ou leucocythémie, l'hydrémie, sont les altérations du sang qui existent dans les hydropisies cachectiques.

La diminution de l'albumine du sang est le fait important à signaler. Ce serait même, d'après MM. Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, le seul qui méritât d'être indiqué, car il serait seul la cause de l'infiltration séreuse. La quantité normale de soixante-dix millièmes d'albumine tombe chez les hydropiques à soixante-cinq, soixante, ou cinquante millièmes, et la diminution coexistante des globules, et l'hydrémie, ne seraient pour rien dans le développement de l'hydropisie; car, lorsque ces modifications existent sans perte d'albumine, comme on le voit dans certaines chloroses, il n'y a pas de suffusion séreuse. Le fait est vrai pour la diminution des globules, mais il n'est pas aussi bien démontré pour l'hydrémie, et ce point d'hématologie demande de nouvelles recherches.

Chez quelques enfants atteints d'anasarque sans albumine, et dont Thydropisie ne pouvait être attribuée à aucune cause appréciable, j'ai examiné le sang au microscope, et j'y ai trouvé des globules blancs, dans la proportion d'un vingtième ou d'un trentième. Sans affirmer qu'il existe un rapport entre cette altération et l'anasarque, puisqu'il aurait fallu connaître en même temps les changements de proportion de l'albumâne et de l'eau renfermées dans le sang, je me contente de signaler le fait. Pour que cette altération ait une importance étiologique réelle, il faudrait que sa présence, isolée de toute autre, fût bien établie, et cela n'a pas été fait, les conditions dans lesquelles se trouvent de petits enfants malades ne permettant pas de faire ces expériences.

Les causes de cette variété d'hydropisie sont toutes celles qui amènent la diminution de l'albumine du sang, l'hydrémie et la leucocythémie, c'est-à-dire les conditions débilitantes de toute espèce, qui produisent les cachexies. Ce sont : la privation des aliments, et les aliments de mauvaise qualité, conséquences de la misère, de la famine, de la séquestration dans un camp ou dans une ville assiégée, et la mauvaise élaboration des aliments dans le cancer de l'estomac; l'affaiblissement produit par des lésions organiques, comme le cancer de l'utérus et de l'intestin, la dysenterie, la phtliisie pulmonaire, etc.; l'action prolongée du mercure, dans le cas de syphilis; rinllnencede l'intoxication paludéenne, avec ou sans lièvre intermittente ; la grossesse à une é})oquc assez avancée; leshémorrhoïdcs, les pertes utérines, les saignées abondantes et trop répétées; certaines fièvres éruptives; la maladie de Ihight, dont l'albuminerie entraîne à cliaquc instant une nouvelle déperdition d'albumine, etc., etc.

Il ne faudrait pas croire que la diminution de l'albumine du sang, qui favorise l'apparition des hydropisies, soit toujours le résultat de la perte d'albumine par les urines; car cela ne serait pas \rai. Il y a des œdèmes et des anasarques cachectiques dans lesquels il n'y a eu, dans le passé ni dans le présent, aucune déperdition d'albumine par les urines. La diminution de ce principe est alors spontanée, comme peut l'être celle des globules. Toutefois, dans la grande majorité des cas, comme l'a montré M. Andral, l'albumine du sang se perd évidemment par l'urine; car plus la quantité renfermée dans ce liquide est grande, moins il en reste dans le sang; et, réciproquement, si la quantité diminue dans l'urine, celle du sang augmente en proportion considérable.

Quel rapport y a-t-il entre l'hydrémie ou la diminution de l'albumine du sang et l'hydropisie? c'est ce qu'on ne saurait dire d'une manière précise; mais, s'il m'était permis de faire une hypothèse à cet égard, je dirais que le sang ainsi appauvri perd une partie de sa densité et devient plus aqueux, ce qui lui permet de sortir facilement à travers le feutrage celluleuxdes parois des capillaires. Soumis aune pression égale du côté du cœur, la diminution de densité favorise la sortie du sérum hors des vaisseaux, tout comme dans un tuyau de terre poreuse une même force déterminée fera sortir de l'eau sans pouvoir faire traverser du sirop. Il n'y a là qu'un effet de la pression du cœur et de la résistance des vaisseaux, comparée à la diminution de densité du liquide.

Les hydropisies cachectiques se présentent à tout âge, et elles sont caractérisées par la pâleur des tissus et par la coloration blanc mat de la peau. Elles sont- plutôt froides que chaudes, parce que généralement elles sont sans fièvre. La pression du doigt laisse son empreinte à leur surface, et ceux qui les portent sont abattus, sans force et dans un état de prostration considérable.

Elles sont rarement locales; car, si elles commencent ainsi, leur généralisation est rapide, et elles s'étendent à différentes parties du corps. C'est un des caractères de ce genre d'hydropisies. Elles débutent souvent par l'affaiblissement de la vue, la bouffissure des paupières •et l'œdème des membres inférieurs, auxquels succèdent l'anasarquc, l'ascite, l'hydrothorax ou l'œdème du poumon, l'œdème du cerveau. Les chairs sont molles, flasques; il y a de la dyspnée, des palpitations au moindre mouvement, et le cœur ou les carotides sont le siège de souffles intermittents ou continus plus ou moins marqués. Quelquefois il y a des convulsions éclamptiques, mais alors l'œdème a gagné le cerveau et en a modifié les fonctions.

Chez ces malades, le pouls est rarement fébrile, si ce n'est quelquefois au début de l'hydropisie ou lorsqu'il existe une altération organique viscérale profonde, la phtliisie pulmonaire, par exemple. Ordinairement la fièvre tombe et le pouls reste sans fréquence, petit et mou pendant presque toute la durée de la maladie. Il ne redevient fébrile qu'aux approches des complications qui entraînent la mort.

Les hydropisies cachectiques, dans lesquelles l'altération du sang est la seule qui existe, disparaissent assez rapidement par les efforts de la nature, aidée de l'intluence d'un bon régime alimentaire. C'est ce qui arrive chez les enfants qui ont souffert de privations, chez les personnes convalescentes, chez celles qui ont naturellement perdu beaucoup de sang ou qui ont été trop saignées. Elles augmentent, au contraire, lorsque avec la diminution de l'albumine du sang il y a des causes organiques, comme la néphrite albumineuse ou la phthisie pulmonaire, qui en empêchent la disparition. Alors l'œdème est remplacé par l'anasarque, auquel succèdent des épanchements dans les cavités séreuses et des intiltrations dans le parenchyme des organes, qui rendent la vie impossible.

Les hydropisies mécaniques sont celles dont la production est favorisée par un obstacle au cours de la circulation, et principalement de la circulation veineuse.

Il ne faut pas croire que l'action physique et mécanique soit toute la cause de l'épanchement séreux, ce serait une erreur; cette action aide à la production du phénomène contre lequel luttent les forces de la vie et la tonicité des vaisseaux; la preuve, c'est que l'obstacle, au retour du sang, restant le même, on voit l'hydropisie disparaître pour revenir un peu plus tard, et il y a des malades chez lesquels existe un obstacle considérable, sans que la suffusion séreuse se produise.

Ces hydropisies ont été appelées à bon droit, par M. Bouillaud, des hydropisies jMssives. En effet, il est difficile de trouver un cas où l'activité de la vie soit plus complètement aux prises avec la force physique.

Elles se produisent de deux façons : ou par plénitude du système circulatoire, le cœur poussant par les artères une colonne sanguine qui distend les veines outre mesure et presse trop fortement sur leurs parois; ou parce qu'un obstacle, placé dans les veines et au cœur, empêche le sang de rentrer dans cet organe, ce qui favorise la sortie du sérum à travers les porosités du feutrage des parois vasculaires.

Les causes les plus évidentes de cette espèce d'hydropisie sont les

oblitérations subites des veines, comme 31. Bouiilaud en a publié des exemples sur l'homme malade, et comme on le voit dans la phlegmatia alba dolens; la compression des veines par des tumeurs qui empêchent le retour du sang, exemple : les tumeurs de l'aisselle pour l'œdème du bras, l'utérus distendu par un produit de grossesse, et les tumeurs du voisinage de la veine cave inférieure pour l'ascite et l'œdème des membres pelviens ; celles qui avoisinent la veine cave supérieure et les veines du cou pour l'œdème de la face et du bras, etc.; la constriction de la partie moyenne des membres par une ligature ou par un bandage trop serré ; les maladies du foie, telles que la cirrhose , qui compriment les radicules hépatiques de la veine porte et déterminent l'ascite; certaines maladies de poumon, la bronchite, l'emphysème pulmonaire, les anévrismes de l'aorte, et enfin les maladies du cœur, avec rétrécissement des orifices ventricul aires.

Parmi ces causes, il en est dont l'action est plus évidente que d'autres. Ainsi la compression et l'oblitération des veines manquent trèsrarement leur effet.

La clinique l'a démontré journellement, mais le fait peut encore être établi par des expériences sur les animaux. On n'a qu'à imiter Lower et pratiquer la ligature de la veine cave et des jugulaires sur un animal vivant, et on déterminera l'hydropisie des parties comprises entre la ligature et les capillaires .

La cirrhose a une action très-évidente sur la production de l'ascite, et les maladies du cœur, à leur dernière période, sont toujours accompagnées d'hydropisie. Quel que soit l'orifice malade, vient un moment où l'embarras de la circulation sanguine se transmet de proche en proche à des parties plus éloignées, de manière à produire la suffusion séreuse. Seulement il y a des maladies du cœur qui, plus que d'autres, amènent cette complication. Ce sont les rétrécissements de l'aorte et de l'orifice auriculo-vcntriculaire gauche; puis viennent l'insuffisance auriculo-ventriculaire, l'insuffisance aortique, et à droite le rétrécissement de l'artère pulmonaire.

L'influence des maladies du poumon sur la production des hydropisies mécaniques est plus contestée. Elle est moins évidente. Il est difficile d'affirmer, avecAbercrombie, Darwal, Monneret, etc., que la bronchite chronique, Temphysème pulmonaire et l'engouement des poumons, considères comme obstacles au cours du sang, aient une influence réelle sur la production de l'hydropisie. 11 doit exister, avec ces maladies, des auxiliaires puissants dont on ignore la nature; car ce sont des maladies très-communes dans lesquelles l'Iiydropisie est un fait absolument exceptionnel.

Les symptômes des hydropisies mécaniques sont ceux de toutes les infdtrations de sérosité dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses. A part les phénomènes généraux qui sont produits par le siège de l'obstacle dans un organe important, phénomènes variables suivant la nature de l'organe affecté, les signes de Thydropisie sont : le gonflement partiel ou général des tissus, leur mollesse, leur rénitence, la dépression que laisse l'empreinte du doigt, et, dans quelques circonstances, la fluctuation. Il faut, pour cela, que le liquide soit épanché dans l'intérieur d'une séreuse ou d'une membrane synoviale.

Parmi les autres symptômes des hydropisies mécaniques, les uns sont l'effet de la suffusion séreuse; ce sont: la faiblesse des membres et l'impossibilité des mouvements, la dyspepsie et la constipation, lorsque l'intestin est comprimé par un ascite; la dyspnée, si l'épanchement du ventre refoule le diaphragme, ou s'il y a de l'œdème pulmonaire et compression des poumons par hydrothorax ; les convulsions et la paralysie, si l'œdème gagne le cerveau, etc.; les autres appartiennent aux maladies qui font obstacle à la circulation et engendrent l'hydropisie. Ce sont les symptômes des maladies du cœur, de l'anévrisme de l'aorte, de la cirrhose, de la grossesse, des tumeurs de la rate et du ventre, qui compriment la veine cave, de la phlébite adhésive et de la phlegmatia alba clolens, etc. , etc.

Cette hydropisic a une marche croissante, tant que persiste l'obstacle à la circulation du sang. Partielle quand l'obstacle est éloigné du centre et siège sur des veines de second ordre, elle est générale, au contraire, quand la compression veineuse et l'embarras de la circulation occupent de grosses veines ou les orifices du cœur. Elle disparaît très-rapidement quand on peut enlever ou déplacer l'obstacle, ou lorsque, sans toucher aux solides, on diminue, parla saignée ou par des excrétions et des purgations très-abondantes, la masse du sang et du sérum renfermés dans les vaisseaux.

Les effets matériels des différentes espèces d'hydropisie sont l'épanchement jnirtiel ou géueral de sérum dans le tissu cellulaire ou dans les cavités tapissées par des membranes séreuses. De là Yœdème, Vayiasarque, et, suivant le siège del'èpanchcmentdansles articulations, dans la tunique vaginale, dans la tète, dans les plèvres, dans le péritoine et dans le péricarde, l'hydarthrose, l'hydrocèle, l'hydrocéphale, l'hydrothorax, l'ascite et l'hydropéricarde.

La sérosité, infiltrée ou épanchée, offre des qualités et des proprié-

iies solides. Mali

ère animale.

Matières saline:

100 grains

yo,8

DES HYDnOPlSlES. o61

tés toutes différentes, suivant l'espèce de l'hydropisie, et d'après sa nature inflammatoire ou cachectique. Malheureusement ces qualités n'ont pas été appréciées par l'analyse, et on ne peut guère en parler que d'après les apparences extérieures. En fait d'analyses chimiques, il n'y a que celles de Marcet ; elles sont relatives à la composition du liquide des hydropisies dans les différentes cavités séreuses, mais il n'a pas été tenu compte de la nature inllammatoire ou cachectique du mal; il faut y ajouter celles de MM. Andral et Gavarret, sur les proportions d'albumine renfermées dans le liquide.

Voici les analyses de Marcet :

Poids spécifique.

Sérum du Sang. . 1029,5

Hydrocèle. . . . 1026,3

Ascite 1015,0

Uydropéricarde. . 1014,5

Hydrothorax. . . 1012,1

Hydrocéphale. . . 1006,7

Hydrorachis . . . 1064,0

D'après MM. Andral et Gavarret, l'eau varie de 906 à 986 millièmes, et l'albumine de 4 à 76 millièmes, en offrant les chiffres intermédiaires de 12, 20, 40, oO et 60 ; mais, pour que ces analyses aient une signification importante, il faudrait qu'elles fussent classées par ordre d'iiydropisies, afin qu'on sache quelle est la composition du sérum épanché dans chacune des classes d' hydropisies essentielles, inflammatoires, cachectiques et mécaniques.

La sérosité épanchée dans les hydropisies est généralement limpide, jaunâtre, transparente, alcaline, mêlée à une plus ou moins grande quantité de fibrine, d'albumine, de sels, et quelquefois de globules sanguins et de globules de pus. Sa quantité est très-variable, selon les sujets et selon le siège de l'hydropisie. Il est impossible d'apprécier la quantité qui se dépose dans le tissu cellulaire, par suite de l'anasarque; mais, dans la plèvre et dans le péritoine, on en trouve quelquefois plusieurs litres. Plus la cavité de la membrane séreuse est grande, et plus aussi la quantité de sérum épanché peut être considérable.

Il y a des sérosités épanchées qui sont très-fibrineuses, spontanément coagulables. Ainsi j'ai fait plusieurs thoracentèses pour des pleurésies aiguës avec épanchement considérable, et tout le sérum retiré par la ponction s'est pris en gelée demi-transparente, facile à couper au couteau. C'est ce qui arrive dans la plupart des hydropisies inflammatoires à la période suraiguë,

B. PATIIOL. CtN. 56

Il V a (les sérosités qui renferment des fausses membranes, des f^loljules de sang et quelques globules de pus. On les rencontre dans les hydropisies inflammatoires. Ordinairement, il n'y a pas de fibrine dans le liquide des hydropisies. C'est du sérum plus ou moins chargé d'albumine. Quelquefois il se coagule en masse, par la chaleur ou l'acide azotique, exemple : les hydropisies inflammatoires aiguës ; le précipité est moindre et la quantité d'albumine plus faible dans les livdropisies cachectiques et dans les hydropisies mécaniques.

Ailleurs, il n'y a, dans le sérum épanché, que de l'eau, des sels, et une faible quantité de matière animale; c'est ce que j'ai vu dans l'hydrocéphalie chronique d'un jeune enfant.

Dans quelques circonstances, le sérum des hydropisies renferme de l'urée, exemple : l'hydropisie de la néphrite albumineuse chronique ; des matières grasses en émulsion, exemple : l'hydrocèle lactescente; de la matière colorante de la bile dans l'ictère; du caséum, dans Tascite des fièvres puerpérales ; quelquefois du sang, ce qui lui (,lonne une couleur i ougeâtre plus ou moins prononcée.

Une chose curieuse, annoncée par M. Andral, c'est que, chez un individu qui a plusieurs épanchements de sérosité dans les différentes membranes séreuses, la composition de ces épanchements varie, et la quantité d'albumine qu'ils renferment n'est pas la même chez les uns et chez les autres. La nature de l'hydropisie étant identique, il semble (jue le produit doive l'être. Il n'en est rien. Les séreuses ont des éléments anatomiques communs, mais chacune d'elles a ses éléments particuliers en rapport avec des fonctions spéciales, de sorte qu'elles sécrètent dans le genou, dans les méninges et dans la plèvre, un liquide qui n'est pas identiquement le même, bien que sa cause générique soit semblable. Cela tend à prouver que, non-seulement chaque tissu, mais encore chaque variété de tissu, a ses propriétés spéciales en rapport avec la fonction qu'il est appelé à remplir; en d'autres termes, l'organe n'est pas tout dans la fonction, et la spécificité vitale, qui le dirige, change son mode d'exercice sans altérer sa structure.

De même que varie dans sa composition le liquide épanché, dans chaque hydropisie, de même aussi les séreuses, qui le séparent du sang, changent-elles d'aspect d'après la nature du mal.

Dans les hydropisies essentielles, les séreuses ne présentent aucune altéiatioii matérielle appréciable; mais, dans les hydropisies inflammatoires aiguës, elles sont le siège d'une injection vasculaire trèsgraudo, accompagnée d'exsudation pseudo-membraneuse, assez souvent cause d'adhéreiices avec les parties voisines, et d'un dépôt sanguin

el purulent plus ou moins considérable. Dans les hydropisies inflammatoires chroniques, la séreuse est souvent un peu épaissie, légèrement opaline, renfermant quelquefois des brides celluleuses ou d'anciens dépots fibrineux altérés; quelquefois elle ne présente rien de semblable, et on peut la considérer comme étant revenue à l'état normal. L'inflammation a disparu et l'hydropisie est restée. Il en est de même dans les hydropisies cachectiques et mécaniques. Les séreuses sont ordinairement peu altérées, mais on y trouve quelquefois des adhérences et de petits flocons fibrineux libres, qui sont évidemment le résultat d'une inflammation légère concomitante.

Les organes situés dans les cavités des membranes séreuses affectées d'hydropisie sont toujours altérés en réalité ou en apparence. Quelquefois aplatis, comme le poumon, dans l'hydrothorax, ou l'intestin dans l'ascite; dilatés, au contraire, comme le cerveau, dans l'hydrocéphalie ventriculaire, ils ont un aspect blanchâtre, laiteux, formé par l'épaississement de la séreuse et du tissu sous- séreux: ils offrent souvent, à leur surface, des plaques blanches laiteuses, comme on en voit à la surface du cœur malade et du foie atteint de cirrhose, plaques qui sont le résultat d'anciennes phlegmasies partielles, terminées par résolution incomplète. Cela montre la part qu'une inflammation, même restreinte, peut prendre dans le développement des hydropisies.

Rien n'est variable comme la marche d'une hydropisie, et il serait puéril de prétendre l'indiquer d'une manière générale.

Les hydropisies n'étant pas toutes de même nature, et pouvant être occasionnées par des causes différentes et opposées, il en résulte que chaque espèce s'annonce, se développe et disparait d'une manière qui lui est propre.

Il y a des hydropisies inflammatoires aiguës qui se terminent par résolution et par l'absorption spontanée du liquide infdtré dans le tissu cellulaire, ou épanché dans les cavités séreuses, exemples : l'hydrothorax, l'hydartln^ose, l'hydrocèle, l'hydropéricarde, etc. C'est un fait qu'on observe aussi, mais plus rarement, dans quelques hydropisies inflammatoires chroniques, exemples : la pleurésie chronique , l'ascite, etc. Cette espèce d'hydropisie est plus souvent partielle (jueles hydropisies cachectiques ou mécaniques. Elle est aussi plus locale ; en elTet, quand l'état inflammatoire a complètement disparu, et qu'il ne reste plus qu'un épanchcment dans une cavité séreuse, c'est une affoc-

tion locale, et le sérum joue dans l'organisme le rôle d'un corps étranger. 11 en résulte que sa marche est lente et sa guérison plus facile, car il y a moins à se préoccuper de l'état général, qui est satisfaisant, et de la cause cachée d'hydropisie à détruire. Ces hydropisies se <niérissent quelquefois spontanément, non plus par résolution, à la manière des hydropisies intlammatoires suraiguës, mais par évacuation naturelle ou par révulsion. Tantôt les cavités remplies par l'hydropisie s'ouvrent au moyen d'une ulcération des tissus, à l'extérieur, sur la peau, ou à l'intérieur, dans les bronches, dans l'intestin, exemples : l'ascite, l'hvdrothorax, etc. Tantôt une diarrhée abondante, une diurèse excèssive, une sueur très-prononcée, se déclarent, et l'hydropisie disparaît. Quelque étrange que paraisse ce phénomène, il n'a rien qui doive surprendre, car, en voyant l'état d'émaciation si rapidement produit chez les cholériques des évacuations alvines nombreuses et abondantes, on comprend qu'un accident analogue, développé chez un hydropique, puisse amener l'absorption rapide du liquide épanché.

>'otre art, qui cherche à imiter le plus souvent possible la nature, pour arriver au même résultat qu'elle, provoque, non sans succès, à l'aide de drastiques, des superpurgations ou des sueurs excessives, qui guérissent des hydropisies de cette espèce. Par des ponctions simples, il évacue habilement le liquide de certaines cavités séreuses, et, si cela ne léussit pas, il combine l'injection irritante de teinture d'iode à la ponction, dans le but de provoquer une phlegmasie aiguë, et consécutivement des adhérences entre les parois du foyer, ce qui fait disparaître à jamais l'hydropisie.

Les hydropisies cachectiques ont une marche lente, en rapport avec la dilliculté de reconstituer le sang, pour lui donner rapidement la quantité d'albumine qui lui manque. Cependant, s'il n'y a pas de diatlièse grave, ni d'altération organique profonde, et que le changement de composition du sang soit la cause primitive de l'hydropisie, le mal peut guérir très-facilement. Un bon régime alimentaire, les toniques et les préparations ferrugineuses , suffisent à faire disparaître ces hydropisies.

Les hydropisies mécaniques persistent tant que dure la cause qui gène le cours du sang. C'est quelquefois l'affaire d'un moment ou de quehpies mois, si l'œdème est produit par un bandage serré, ou par 1 utérus en état de gestation. La maladie se prolonge beaucoup, lorsqu'il y a oblitération ou compression de grosses veines, à moins qu'une circulation veineuse collatéiale, ce qui arrive souvent, ne vienne suppléer à l'absence des veines oblitérées. Elles ne guérissent que de cette manière, ou par la disparition de l'obstacle à la circulation.

Les hydropisies cachectiques ou mécaniques, dont la cause ne peut disparaître, et qui augmentent chaque jour, ne tardent pas à devenir générales. Elles amènent presque nécessairement la mort; ou bien, il y a suffocation et asphyxie, le poumon étant considérablement gêné par Toedème de son tissu, par un double hydrothorax et par le refoulement du diaphragme en haut, par l'ascite; ou bien, il se développe des phénomènes cérébraux graves, comateux ou éclamptiques, provoqués par la suffusion séreuse de l'encéphale et de ses cavités intérieures.

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