‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 121 sur 212 · CHAPITRE Yll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yll

DES! FlilJX

On a longtemps désigné, sous le nom de flux, toutes les évacuations abondantes ou insolites des humeurs naturelles ou morbides renfermées dans le corps. L'écoulement de sang au dehors, Fépanchementde sérosité dans une membrane séreuse, formant Thémorrhagie ou Fhydropisie, étaient considérés par quelques médecins comme des llux. On dit : le flux hémorrhoïdal, et le flux séreux. C'est un tort, car l'hémorrhagie n'est pas plus une sécrétion augmentée que l'hydropisie. Nul organe ne sécrète le sang, et le sérum qui s'en échappe à travers les séreuses n'est pas un produit de sécrétion.

Le nom de flux doit être réservé aux sécrétions exagérées ou altérées des membranes glandulaires et des glandes sécrétoires. M. Andral a proposé de lui substituer le nom à'hypercrînie ou àliétérocrime, M. Gendrin celui de diacrises, et M. Gintrac celui de nosocrinies ou de crinoses.

C'est une maladie des membranes muqueuses et de toutes les glandes isolées ou agglomérées répandues dans les diverses parties de l'organisme. Ainsi tous les écoulements mu queux de l'estomac et de l'intestin proviennent des follicules et des glandes cachés dans l'épaisseur de la muqueuse digestive. Les écoulements de la peau viennent des follicules cutanés et des glandes sudoripares. Le flux bronchique vient des innombrables glandes mucipares de la muqueuse pulmonaire, etc., etc.

Les flux sont donc des sécrétions plus ou moins abondantes d'un liquide normal ou morbide séparé par ces glandes. Ils se divisent tout

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naturellement en deux classes, d'après la nature du liquide sécrété. Dans la première se trouvent les flux (ilandulaires , caractérisés parla sécrétion exagérée du liquide glandulaire normal , exemples : la spermatorrhée, la polycholie, la galactorrhée, l'éphidrose, lapolyurie, etc., formées par une sécrétion plus abondante de sperme, de bile, de lait, de sueur, d'urine, etc. La seconde renferme les flux constitués par une matière anomale , ordinairement muqueuse et puriforme, plus ou moins abondante; ce sont les flux muqueux^ exemples : la bronchorrhée, le catarrhe vésical, la diarrhée, la leucorrhée, etc. A cette dernière classe se rapporte ce qu'on a dit du catarrhe, lorsque la matière sécrétée est remarquable par son extrême abondance.

Les lïuxsont quelquefois, commel'adit J. P. Frank, des maladies primitives, essentielles^ au delà desquelles on ne trouve aucun phénomène appréciable que la cause morbifique dont l'impression a produit la sécrétion glandulaire. Une grande frayeur produit la diarrhée, le dégoût amène les vomissements, etc. Ordinairement ce sont des maladies symptomatiques engendrées par une cause générale ou lo- <'ale souvent très-difficile à distinguer.

Les llux existent chez les enfants, comme chez les adultes et chez les vieillards ; ils résultent souvent d'une disposition congéniale. J. P. Frank a eu raison de faire remarquer qu'une certaine conformation héréditaire de la poitrine était une prédisposition à la bronchorrhée. La femme y est plus sujette que l'homme, mais il y a une circonstance qui explique la fréquence d'une espèce de flux chez elle, c'est la menstruation et l'activité génitale qui favorise l'apparition de la leucorrhée.

Les flux sont subordonnés aux divers degrés de riiypersthénie nerveuse, et les impressions morales ont une grande influence sur leur développement. On connaît l'effet de l'appétence sur la sécrétion salivaire ; de la tristesse et de l'hystérie sur la production des larmes ; il en est de même de la préoccupation sur la polyurie, de la frayeur sur la diarrhé(;, des contrariétés vives sur la leucorrhée, de l'ainidion sur le (lux de bile, des névralgies de la cinquième paire sur le ptyalisme etl'èpiphora, de l'hystérie sur le ptyalisme, etc. Ils sont produits par les congestions muqueuses glîmdulaires, et par les in-

flammations aiguës ou chroniques de ces parties. La bronchite, le coryza et l'entérite, sont souvent l'origine de la bronchorrhée, de la rhinorrhée et du flux de \ entre. Les maladies de la prostate produisent la spermatorrhée; l'urétrite aiguë est, comme on le sait, fort souvent suivie d'une blennorrhée durable, et il en est de même de l'inflammation du vagin, du rectum, de l'oreille, etc., etc.

L'influence épidémique détermine quelquefois leur apparition, exemples : la suette et le choléra. Dans cette dernière maladie, les glandes isolées de l'intestin sécrètent le mucus en abondance, et elles acquièrent en quelques jours un volume tellement considérable, qu'on les a crues altérées dans leur structure. Elles ne le sont cependant pas plus que ne l'est la glande mammaire hypertrophiée des nourrices, alors trois fois plus volumineuse que dans l'état ordinaire.

Certaines maladies virulentes ou diathésiques provoquent souvent des flux; ainsi les fièvres éruptives, la morve, la syphilis, amènent de la diarrhée, le catarrhe bronchique, l'otorrhée, la leucorrhée et d'autres écoulements muqueux. Il en est de même de quelques substances douées d'une action spécifique toute particulière, exemples : le mercure sur le ptyahsme, le nitrate de potasse sur la polyurie, l'iodure de potassium sur la rhinorrhée, etc.

Les diathèses ont surtout une grande influence, et, à part les causes occasionnelles qui peuvent naturellement produire les flux, différentes altérations du sang, telles que Fhydrémie et la diminution d'albumine observées dans les cachexies, la diathèse dartreuse et scrofuleuse, la goutte, ont une action très-marquée sur le développement des flux. Rien n'est commun comme de rencontrer la diarrhée ou la bronchorrhée, les fleurs blanches, l'otorrhée, etc., dans les cas de podagrisme, de scrofulisme, et chez des personnes ayant eu ou offrant encore des maladies de la peau, telles qu'eczéma, impétigo, lichen, etc.

Les flux dépendent toujours d'un vice général ou local, d'une diathèse ou d'un empoisonnement, d'une irritation passagère ou permanente des glandes et glandules de la partie fluente. Aigus ou chroniques, leur apparition est apyrétique ou fébrile. Dans ce cas, la fièvre est continue ou intermittente. Chose curieuse, l'état fébrile n'est pas toujours le phénomène primitif, et souvent, comme on rol)serve dans certaines diarrhées, la fièvre se présente dans le courant de la maladie comme élément secondaire. Ils n'existent pas toujours d'iiiie lacoii

permanente, habituelle, et ils apparaissent irrégulièrement à une saison ou à l'autre, quelquefois d'une façon périodique. Je connais une personne atteinte d'éphidrose périodique revenant depuis dix ans à la même époque, vers la lin de décembre et dans les premiers jours du mois de janvier, pour se prolonger environ trois semaines.

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Les symptômes des llux sont très-variables et tellement différents dans les deux classes des flux muqueux et des llux glandulaires, qu'il est difficile de les étudier d'une manière abstraite et générale. Ils ne se prêtent nullement à des considérations d'ensemble.

Les flux muqueux constituent, en grande partie, ce qu'on appelle des affections catarrhales; ordinairement provoquées par l'irritation ou l'inflammation des membranes muqueuses et des glandes qui s'y trouvent, elles sont, au début, accompagnées de fièvre, mais plus tard l'état fébrile cesse avec les phénomènes inflammatoires, et le flux n'en continue pas moins plus abondant que jamais. A la disparition del'éréthisme vasculaire et nerveux succèdent la pâleur et l'atonie des tissus, circonstances non moins fâcheuses qui entretiennent l'abondance des sécrétions anomales. Malheur à la personne atteinte d'herpétisme ou de scrofulisme, qui contracte une phlegmasie muqueuse lluente! elle ne s'en débarrassera qu'avec les plus grandes difficultés et au bout d'un temps généralement fort long.

Le liquide des flux muqueux est variable dans sa consistance, dans sa couleur, dans sa composition et dans sa quantité. Aqueux et incolore au début, il épaissit plus ou moins vite, se mélange à des flocons blanchâtres, jaunes ou verts, plus ou moins compactes. Il reste moitié acjueux, moitié purulent, ou bien il prend tout à fait les caractères laiteux du pus.

Sa saveur est salée ou amère dans la rhinorrhée et quelquefois dans le catarrhe bronchique; elle est acide dans quelques cas de gastrorrhée.

Sa réaction est neutre, tantôt acide et tantôt alcaline.

Il renferme des sels en plus ou moins grande abondance, un peu d'albumine, dos lilcts de sang, des cellules d'épithélium et des globules de mucus ou de pus. Dans certains cas, il est entièrement compacte, sous forme de la matière albiimineusc de l'œuf ou de filaments blanchâtres ou de membranes jaunâtres très-minces, exemple : le catarrhe chronique de l'intestin alternant de la diarrhée. On y trouve quelquefois des vibrions, exemples: le choléra, la leucorrhée. Il est doué de

propriétés irritantes plus ou moins prononcées, et, chez quelques personnes, il est tellement acre, qu'il écorche les parties de la peau avec lesquelles il se trouve sans cesse en contact. Ainsi les larmes n'écorclient pas la joue, mais le fluide muqueux de l'ophtlialmie détermine l'excoriation du derme. Il en est de même du fluide de l'otorrhée sur la peau du cou, de la leucorrhée et de la diarrliée sur le pourtour de l'anus et des parties génitales, etc., etc.

Enfin, son ahondance dépasse quelquefois tout ce qu'il est possible d'imaginer. Tantôt le flux est modéré, tantôt, au contraire, il est excessif et mortel. On a vu, dans la rhinorrhée, le flux muqueux évalué parMorgagni à cinq ou six cents grammes par vingt-quatre heures, dans l'entérorrhée à vingt livres; c'est plus qu'il n'en faut pour faire périr les malades. Chacun sait l'état dans lequel tombent les cholériques après les abondantes évacuations dont ils sont l'objet. Leur sang perd son sérum et se coagule, faute de l'élément liquide qui tient les globules en suspension.

Les flux glandulaires sont plus rares que les flux muqueux, et l'élément inflammatoire prend moins de part à leur développement. Ils sont plus soumis que les autres à l'influence nerveuse, et on ignore presque entièrement les conditions premières de leur apparition. Ils sont généralement faciles à reconnaître, car, sauf le flux de bile, qui peut avoir lieu dans l'intestin sans fournir de signes évidents de son existence, les autres, tels que le plyalisme, la spermatorrhée, l'éphidrose, la galactorrhée, la polyurie, s'annoncent par des phénomènes aisément appréciables. Une sécrétion exagérée de sperme, de salive, de lait, d'urine, etc., les caractérisent. Le liquide, très -abondant, conserve ses qualités normales ; il sort par les voies ordinaires el les conduits excréteurs, et, dans les cas où il est trop chargé de sels, il forme quelquefois dans les conduits des dépôts de matières solides connues sous le nom de concrétions ou calculs. Il y a des calculs salivaires, des concrétions rénales, des pierres biliaires, pancréatiques, etc.

Les flux glandulaires épuisent les forces et appauvrissent le sang. Leur prolongation détermine l'anémie, la dyspepsie, ramaigrissemcnt, la fièvre et la mort par épuisement des forces, par hydropisie ou tuberculisation pulmonaire.

Les flux peuvent être la cause ou le remède des maladies les plus graves. En effet, par leur intensité et leur prolongation, ils jettent les malades dans un élat de faiblesse et d'épuisement dont il est souvent

difficile de les guérir. Leur passage aux ouvertures cutanées provoque de l'érythème et des ulcérations fréquentes. La bronchorrée ulcère le larynx. Dans l'intestin, la diarrhée qui se prolonge y engendre des lésions organiques secondaires qui n'existaient pas au début de l'hypersécrétion. La spermatorrhée détermine l'hypocondrie, et souvent aussi l'aliénation mentale. D'une autre part, leur suppression brusque peut amener dans les viscères des métastases mortelles.

A côté de ces inconvénients, les flux ont quelquefois des avantages. Lne diarrhée habituelle enlève une maladie de la peau fort désagréable à montrer, et ailleurs une angine et une bronchite anciennes. Que d'ascites et d'anasarques guéries par une bronchorrée dans certains cas de goutte, ailleurs par un flux de ventre excessif et subit, comme s'il y avait rapport entre la sécrétion intestinale et l'absorption du liquide anciennement formé par l'hydropisie.

Le traitement des flux repose sur la connaissance de leur cause, de la nature du mal qui a précédé, de l'habitude et des symptômes actuels. On est souvent embarrassé pour reconnaître la cause; mais enfin, s'il existe un corps étranger ou une cause d'irritation appréciable qu'on puisse enlever, le flux disparaîtra promptement.

Quand les flux résultent d'une activité vitale très-grande des solides, les antiphlogisliques et les débilitants doivent être mis en usage. Malheureusement ce fait est des plus rares, et on observe, au contraire, bien plus souvent l'atonie des tissus, qu'il faut exciter par le froid, par les astringents et par les toniques de toute espèce. Dans ces cas, le fer est un adjuvant des plus utiles.

Si le flux dépend d'un état de faiblesse général avec diathèse scrofuleusc ou herpétique, comme cela est si commun, c'est encore aux remèdes fortifiants et aux moyens spécifiques qu'il faut recourir.

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