‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 127 sur 212 · De la production du tissu fibreux · texte numérisé non relu

De la production du tissu fibreux

Il se produit du tissu fibreux dans tous les organes affectés d'hypertrophie et de phlegmasie chronique, autour des kystes et des corps étrangers; mais il est alors peu abondant et n'a point tous les caractères qu'il présente dans certaines productions morbides accidentelles, lorsqu'il se trouve réuni en tumeur.

On connaît depuis longtemps les tumeurs fibreuses et les différentes phases de leur développement, mais leur structure et leur classification laissaient beaucoup à désirer. Les recherches des micrologues, et particulièrement celles de M. Lebert, ont jeté une vive lumière sur cette partie de la question.

D'après ce dernier auteur*, les tumeurs fibreuses forment une classe particulière bien distincte de toutes les tumeurs à fibres et particuhèrement des tumeurs fibro-plastiques, qui leur ressemblent beaucoup. Elles sont principalement composées de tissu fibreux, ayant des caractères particuliers que j'indiquerai plus loin. Il y en a quatre espèces : 1° les tumeurs fîbroïdes de la peau et des muqueuses ; T les hypertrophies du tissu fibreux normal ; S*' les fîbroïdes utérins ; 4° les tumeurs fibreuses libres dans les séreuses.

Malheureusement, il faut le dire, si ces différentes tumeurs renferment surtout du tissu fibreux, on y trouve aussi du tissu conjonctif, du tissu tibro-plastique, quelquefois du tissu musculaire, etc. Les pro-

* Traité (Vanatomie pathologique générale et spéciale, t. I, p. 149.

portions de ces différents tissus ne sont presque jamais les mêmes et rien n'est variable comme la composition de ces tumeurs, ce qui change beaucoup leur aspect, et les rapproche tantôt de l'état fîbroïde, de l'état fibreux ou de l'état fibro-plastique. Si la connais-* sance des éléments anatomiques est importante pour classer les tumeurs, elle ne donne point de résultats absolus, et ce serait chose fâcheuse que de s'en tenir exclusivement à elle pour établir des divisions nosographiques.

Les tumeurs fibreuses sont pbis ou moins volumineuses et peuvent offrir jusqu'à oO centimètres de diamètre. Elles sont mamelonnées, arrondies ou ovalaires, quelquefois pédiculées, souvent irrégulières, superficielles ou profondes, lâchement unies aux parties voisines par du tissu cellulaire ou attachées par du tissu fibreux. Elles sont dures, presque cartilagineuses, difficiles à couper avec le scalpel. Leur surface est lisse, blanc jaunâtre, quelquefois brillante, nacrée, parsemée de fibres phis ou moins apparentes et dures. Il ne s'en écoule à la pression qu'une petite quantité de liquide transparent, jaunâtre, ou du sang qui sort par les orifices des vaisseaux divisés.

Ces tumeurs paraissent composées de tissu cellulaire et de fibres résistantes irrégulièrement entre-croisées ou disposées en faisceaux concentriques, renfermant dans les intervalles de la matière amorphe, des granulations moléculaires de la graisse et une petite quantité de noyaux ou de cellules fibro-plasliques. Il y a en outre des vaisseaux en nombre variable qui leur donnent une teinte rosée plus ou moins apparente.

Dans certains cas, les noyaux fibro-plastiques abondent, et ailleurs ce sont les cellules. Ce sont des différences qui étabUssent la transition entre les tumeurs fibreuses proprement dites et les productions fibroplastiqucs dont j'ai déjà parlé.

Quelques-unes de ces tumeurs renferment au centre des cavités, véritables kystes remplis de sang ou de sérum, renfermant de la choleslérine ou du liquide transparent, jaunâtre, visqueux, comparable à de la synovie, selon I\l. Cruveilhier. Mais ce qu'il y a de curieux à connaître, ce sont les dégénérescences dont elles peuvent être le siège.

A une époque avancée, on voit certaines tumeurs fibreuses, devenues très-vasculaires, s'enllannner, s'ulcérer à leur surface, et, d'après Lebert, produire des héinoiTliagies. Cela est très-rare. Au contraire, il est plus commun de les voir infiltrées de matière calcaire, quelquefois de tissu osseux formant ces concrétions volumineuses, dures, singulières, dont j'ai parlé à propos des néoplasmes morbides inorgaui(jucs.

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La production du tissu fibreux, à l'état de tumeur, se fait ordinairement dans les tissus formés eux-mêmes de libres, dans le névrilème, dans l'utérus, dans l'ovaire, autour du périoste, dans la mamelle, dans le tissu cellulaire sous-cutané où elle forme des verrues et des tubercules douloureux, dans le tissu cellulaire sous-muqueux à l'état de polypes fibro-celluleux, etc., etc.

Le volume des tumeurs fibreuses est très-variable : tantôt grosses comme un pois, elles peuvent acquérir les dimensions d'une tête d'adulte. Elles sont simples ou multiples, et M. Lebert a lu à la Société de Biologie l'observation d'un bomme de soixante-six ans qui en présentait plusieurs centaines d'un petit volume à la tête, au tronc et aux membres. On les rencontre également dans les deux sexes, quelquefois sur les fœtus, mais cela est rare, car c'est une maladie de l'adulte qui, d'après M. Lebert, s'observe principalement entre la puberté et l'âge de retour.

Les tumeurs iibreuses ont une marche lente ; elles sont généralement peu douloureuses, sauf celles qui occupent le névrilème, et elles ne gênent les malades que par leur poids, et par la compression qu'elles exercent sur les organes voisins. Elles restent longtemps stationnaires et diminuent rarement de volume, si ce n'est lorsqu'elles occupent l'utérus. Il est rare qu'elles se détruisent d'elles-mêmes par intlammation, et leur évolution la plus heureuse consiste dans la transformation osseuse ou crétacée. Ces tumeurs guérissent généralement bien par l'extirpation, mais par exception elles récidivent sur place, et peuvent donner lieu, comme le cancer, à un état diathésique qui favorise le développement d'autres masses fibreuses dans les viscères.

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