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De la production du lissu cartilagineux

On rencontre rarement des cartilages de nouvelle formation. Cependant le cal, avant de constituer un nouvel os, se présente à l'état transitoire de cartilage : il en est de même dans le tissu libreux naturel ou accidentel qui se transforme, dans le tissu cellulaire des valvules du cœur, dans les parois de certains kystes, dans la plèvre enflammée, qui peut avec le temps devenir cartilagineuse, etc.

En dehors de ces faits, le cartilage se développe quelquefois accidentellement sous forme de tumeurs isolées parfaitement distinctes, décrites pour la première fois par Mùller sous le nom d'enchondr ornes ^ et chez nous par M. Cruveilhiersous celui d' ostéochondrophytes .

D'après M. Lebert^, les tumeurs cartilagineuses ou enchondromes

* Loc. cit., p. 247.

sont constituées par des masses plus ou moins considérables, variant de la grosseur d'un pois au volume d'une tête d'adulte ; elles sont arrondies, mamelonnées, fort élastiques et quelquefois très-dures, quand une coque osseuse les entoure. D'habitude, leur enveloppe est fibreuse, et à l'intérieur on trouve du cartilage normal ou encore mal formé, à l'état de masses séparées par un tissu hyalin, fibroïde ou osseux. Il s'y montre aussi des kystes simples ou multiloculaires remplis de sang ou de sérum et des vaisseaux artériels et veineux en quantité plus ou moins considérable.

L'enchondrome est formé des éléments anatomiques ordinaires du

cartilage, seulement la forme et la disposition des cellules sont plus variées. Il y a une substance intercellulaire blanchâtre remplie de vacuoles k contours nettement délimités de 1/20*^ àl/10' de millimètre.

Elle est homogène ou traversée de fibres plus ou moins abondantes; tantôt cette substance prédomine et les cellules sont rares et écartées, tantôt il n'y a que des cellules et peu de substance intercellulaire. Les cellules sont ovoïdes, libres ou entassées (fig. '25) à contours ronds ou irréguliers de 1/60'' à 1/40'' de millimètre, garnis ou non de noyaux et de nucléoles et autour d'elles il y a un certain nombre de noyaux libres. L'enchondrome est en grande partie formé d'une gélatine spéciale désignée par Mûller sous le nom de chondrine.

Ce tissu conserve longtemps les apparences du cartilage sans éprouver de changement, mais à la fin il se transforme partiellement ou en totaHté. 11 se ramollit, s'ossifie ou passe à l'état crétacé. On y trouve quelquefois des fragments et des masses osseuses, spongieuses ou compactes avec des lamelles concentriques, des corpuscules osseux et des canaux médullaires formant des ostéoides. Le plus ordinairement tout se borne à un dépôt considérable de matières calcaires dans les cellules et dans la substance inlercellulaire, de manière à former des plaques calcaires ou une masse d'une apparence blanchâtre

Fig 28. Éléments microscopiques de l'endiondrome.

(Leukrt.)

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granitique. M. Lebert a donné à cette métamorphose le nom de calcification.

Quand l'enchondrome se ramollit, ce qui est rare, la tumeur devient élastique et fluctuante, friable, le tissu perd toute consistance, se remplit de vacuoles et même de kystes, et l'on trouve les cellules de cartilage inliltrées de graisse. M. Lebert signale enfin comme possible, d'après des observations de 31. Lenoir et de Lloyd, la terminaison par ulcération et gangrène de la tumeur.

L'enchondrome se développe de préférence dans les os et à leur voisinage, et il n'affecte que plus rarement les parties molles. D'après une statistique de M. Lebert faite avec des observations empruntées à différents auteurs, sur 125 cas d'enchondrome, il y en aurait eu 104 ayant pour siège le système osseux, surtout les phalanges et les doigts, le fémur, les côtes, etc. Il prend racine à la surface de l'os ou dans le canal médullaire, qu'il dilate outre mesure en l'enveloppant d'une coque osseuse.

Dans les parties molles, l'enchondrome a été observé dans la parotide, dans la mamelle, dans le testicule, dans le tissu cellulaire souscutané, dans les poumons, dans la rate, dans le nez et dans les glandes sous-maxillaires.

Il est quelquefois combiné avec d'autres néoplasmes morbides, tels que les tumeurs hématiques ou graisseuses, d'après M. Lebert ; avec le tissu fibro-plastique, cancéreux, d'après Mùller, Paget, etc.

Les kystes formés autour des corps étrangers, des tubercules pulmonaires, des hydatides du foie, etc., se transforment souvent en cartilage, alin de protéger les organes contre le développement de la maladie. Pareil phénomène se produit dans les anciennes pseudomembranes de la plèvre ou des séreuses produites par l'inflammation dans les valvules du cœur, sur la membrane interne des veines, etc. C'est là ce qui explique la formation de certains corps étrangers fibreux et cartilagineux trouvés dans les articulations, dans la poitrine, dans les vaisseaux, etc. Des fausses membranes ou des productions fibrineuses et fibreuses devenues libres se sont transformées et ont pris la forme cartilagineuse, osseuse ou calcaire.

Les enchondromes ordinairement isolés peuvent exister en assez grand nombre chez le même individu, puisqu'on en a trouvé 15 à 20 sur le même sujet. Leur marche est lente et ils sont rarement douloureux; cependant, chez quelques personnes, le mal a, par exception, une activité très-grande et il acquiert son maximum de développement en quelques mois.

L'enchondrome ne produit généralement d'autre gêne que celle

d'nn corps étranger de même volume, et les troubles qu'il détermine dépendent surtout de son siège et de la compression qu'il exerce sur les organes \oisins. Son influence générale sur l'organisme est presque nulle, et ce n'est qu'après l'ulcération que, donnant lieu à une suppuration abondante, il produit des accidents dus à l'épuisement des malades.

C'est une maladie qui reste presque toujours locale; mais cependant, pas plus que le cancer, les tumeurs épithéliales et fibro -plastiques, elle n'est à l'abri de récidive et d'infection générale après l'extirpation des tissus malades. MM. Benoist et Richet ont publié des faits d'enchondromes opérés s'étant reproduits sur place, et à l'intérieur, dans les poumons, de manière à faire périr les malades. Cela est très-rare comparativement à l'infection qui succède aux ablations du cancer; mais, puisque ces faits existent, il faut les connaître, afm de bien établir qu'il n'y a pas à proprement dire de maladies locales, et que toujours l'organisme entier participe aux désordres survenus dans les parties les moins impressionnables.

12 De la production du tissu osseux.

Il se produit accidentellement du tissu osseux dans un grand nombre de circonstances, au milieu de néoplasmes particuliers engendrés dans les parties molles ou au voisinage des os. C'est ce qu'on appelle des concrétions ossi formes, des ostéoides ou des ostéophytes.

Les ostéoïdes, très-fréquents chez les vieillards, se développent par exception dans la jeunesse; ils résultent : V del'inflammationde certains tissus, exemples : les concrétions ossiformes delà face interne des côtes à la suite des pleurésies, celles du cœur après l'endocardite ; 'i'' de la dialhèse goutteuse syphilitique, scrofuleuse ; o'' de la diathèse osseuse. En effet, Lobstein et Kuhnholtz \ Morel Lavallée-, ont signalé chez le même individu des exostoses et des ostéophytes multiples, qu'on ne pouvait rapporter à aucune des causes connues et qui dépendaient évidemment d'une disposition organique spéciale. A cette diathèse se rattachent les ostéophytes de l'état puerpéral. On sait que M. Ducresf* a découvert, chez un grand nombre de femmes mortes en couche, à la face interne du crâne et du bassin, des lames osseuses, minces, assez étendues : d'abord peu résistantes, ensuite épaisses et dures, donnant une épaisseur plus grande aux os du cranc. La production de ces ostéophytes commence au troisième mois de la grossesse et continue

* iVm. sur la diathèse osseuse, Mont|)ellicr, 1854-.

- Mém. de la Soc. de chirui'gie, Paris, 18i7, t. I, )). 75.

'• Mnn. de la Soc. d'observation, Paris, 1845, t. II, p. 581.

DES NOSORGA>sTES.

jusqu'au terme de l'accouchement. C'est, comme je l'ai dit, une forme particulière de la diathèse osseuse.

On \oit les ostéoïdes se développer là où un os détruit est remplacé par un os nouveau, soit dans le cal des fractures simples et comminutives, soit à la suite de la nécrose, lorsque le séquestre a pu être

éliminé. Il se produit également dans le tissu fibreux et fibro-plastique ancien, dans les cartilages normaux ou accidentels, dans les corps fibieux libres des séreuses, etc., etc.

Les ostéoïdes ne sont pas des os véritables avec la disposition exacte des éléments de l'os normal, mais ils en contiennent les éléments principaux épars dans une gangue fibro-plastique et calcaire. Ils se présentent sous forme de granulations, de lames ou de masses amorphes, plus ou moins volumineuses, et on y trouve les corpuscules osseux et les canalicules caractéristiques de l'os normal, mélangés à une assez grande quantité de sels.

Les ostéoïdes sont d'autant mieux formés et rappellent d'autant plus la structure du tissu osseux, qu'ils naissent sur un os ou dans son voisinage immédiat. Ainsi les exostoses et les périostoses, l'ostéophyte puerpérale du crâne, renferment plus de corpuscules osseux que les ostéoïdes développés dans les parties molles.

Fig. '■iO. Substance des os, percée de canalicules représentés par les points noirs irréguliers, garnis de prolongements capillaires. Ce sont les canalicules qu'on appelle les corpuscules des os, ou des ostéoplastes; ils ont de O""",!!) à 0""".U de diamètre.

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