‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 132 sur 212 · S*' DU CANCER · texte numérisé non relu

S*' DU CANCER

Le cancer est un néoplasme hétéromorphe, diathésique, caractérisé par la production d'éléments fibro-celluleux et vasculaires, détruisant les tissus au milieu desquels ils se développent.

C'est une nosorganie fréquente à l'état de tumeur, ou, au contraire, à l'état de matière diffuse, infiltrée. On y trouve une organisation parfaite ; des fibres, des vaisseaux, des cellules et des noyaux, de la graisse, des sels et de la matière pigmentaire. D'après M. Lebert, elle se présente sous plusieurs formes distinctes en apparence et qui sont : 1° l'encéphaloïde ; 2° le squirrhe ; S"" le colloïde ou gélatiniforme ; 4° le cancer hématode ; r>" le cancer mélanique ; et 6" le cancer dendritique. Mais la composition élémentaire de ces tissus est à peu de chose près la même : le siège anatomique ou la prédominance d'un élément sur l'autre engendrent ces modilications extérieures.

l^ourM. Lebert et quelques autres anatomistes, le cancer est un produit nouveau dû à la formation d'éléments spécifiques qui seraient des cellules de forme spéciale au milieu d'une trame organique vasculaire. Vogel, Virchow, Bennett, Delafond, Forsler, Velpeau et un grand nombre de médecins n'acceptent point cette doctrine exclusive et repoussent la spécificité de la cellule caru'éreuse, qui est Iransitoirci, et

appartient même à l'état normal. Elle est identiquement la même que celle de l'épithélium du bassinet et des calices du rein, et elle y ressemble à ce point, que les plus habiles microloguesne sauraient l'en distinguer. A cet égard donc, il ne faut pas exagérer l'importance des résultats anatomiques qu'on va lire et qui doivent être subordonnés comme toujours à l'étude clinique, c'est-à-dire au développement et à la marche naturelle des maladies.

Le cancer a été parfaitement étudié dans ses caractères extérieurs et dans sa marche par les médecins de l'école anatomique moderne et principalement par Bichat, llécamier , Laennec, Dupuytren , Cruveilhier, Andral, Yelpeau, etc. ; mais il restait quelque chose à faire, c'était d'indiquer la structure intime de ce tissu par l'analyse de ses éléments anatomiques. L'emploi du microscope a singulièrement favorisé cette recherche, et si l'on n'est pas encore arrivé à une solution satisfaisante, du moins faut-il dire que les résultats acquis sont d'une importance incontestable et, que le diagnostic du tissu cancéreux est aujourd'hui plus facile qu'il ne l'était avant ces nouvelles découvertes anatomiques. C'est à MM. Vogel et Lebert qu'il faut rapporter le mérite de ces recherches, depuis vérifiées par tous les médecins qui s'occupent d'anatomie pathologique.

Dans son magnifique ouvrage d'anatomie pathologique, M. Lebert étudie successivement les caractères physiques du cancer, sa composition microscopique, son développement et les désordres que sa présence amène dans l'économie. Je lui emprunterai par analyse une grande partie de ce qui est relatif à l'histologie du tissu cancéreux.

Le cancer est une maladie très-rare dans la première enfance. M. Lebert ^ dit en avoir observé un exemple sur un sujet de six mois et un autre chez le fœtus, mais ce sont là des exceptions. Il se développe oïdinairement chez l'adulte à l'époque de la maturité organique et au déclin de la vie. Beaucoup plus fréquent chez la femme que chez l'iiomme, il est impossible de lui assigner une cause positive et certaine. Souvent héréditaire, il a tantôt, comme point de départ, une irritation des tissus par des causes extérieures ou par une activité fonctionnelle très-grande; mais à ces causes prédisposantes il faut joindre l'état constitutionnel diathésique qui permet à leur action de s'exercer. Sans la diathèse, nulle cause locale n'a d'influence dans la production du cancer. Comme toutes les autres maladies générales, le cancérisme se conserve à l'état latent jusqu'au jour où une cause occasionnelle vient à le faire éclater.

Caractères physiques du cancer. — Le cancer renferme des parties

' Traité (Tanatomie pathologique gén. et spcc, Paris, 1850, t. I, p. oOlK

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liquides et des parties solides, dont il est important de connaître l'apparence et la composition ; car elles servent de base à l'exacte appréciation de la nature et des formes du tissu cancéreux. Il y a d'abord le suc cancéreux, et ensuite la disposition extérieure du cancer.

Suc cancéreux. — Le suc cancéreux est un des éléments les plus importants au diagnostic de la structure du cancer. En effet, dans n'importe quelle partie du corps où il existe un cancer, une coupe fraîche laisse suinter par la pression un liquide trouble, lactescent, d'un blanc jaunâtre : c'est le suc cancéreux. Bien qu'il ait une certaine ressemblance avec le pus, il s'en distingue facilement par ses conditions de formation et l'examen microscopique, qui ne permet pas de confondre un globule de pus et une cellule cancéreuse. 11 est essentiel, pour ne pas amoindrir son importance, que le suc cancéreux soit aussi pur que possible, et non chargé de corpuscules solides. Aussi, en passant une lame de scalpel sur une coupe fraîche, l'obtient-on généralement assez pur. Mais il vaut mieux cependant le faire sourdre en comprimant légèrement la tumeur. Ce liquide, trouble et homogène, devient plus transparent dans l'eau, mais conserve son homogénéité. C'est un caractère précieux, car toutes les substances avec lesquelles on pourrait le confondre ne s'émulsionnent pas comme lui. Ainsi la matière tuberculeuse, délayée dans l'eau, se sépare en une foule de grumeaux. Le cancroïde épidermique présente un aspect feuilleté, et l'on rencontre une dissémination de parcelles régulières dans le liquide d'une hypertrophie mammaire et dans certaines tumeurs fibro-plastiques très-molles et finement grenues.

Le suc cancéreux est quelquefois jaunâtre approchant plus de la teinte blanche que de la couleur verdâtre du pus. Cette couleur jaune blanchâtre n'existe cependant pas toujours ; il peut aussi être rougeâtre, par suite de la présence d'une petite quantité de sang. Dans le cancer mélanique, sa couleur est brune et ressemble à delà sépia. S'il renferme beaucoup de graisse, le suc est plus épais et plus trouble. Dans le squirrhe, le suc est généralement plus terne que dans l'éncéphaloïde. Enfin, il en existe plusieurs variétés : soit un suc consistant rempli de petits grumeaux gélatiniformes où existe la cellule cancéreuse reconime à l'aide du microscope et où l'on dirait que le sérum de ce suc existe à l'état coagulé, soit un suc d'apparence ujuqueuse et que l'on a appelé pyine. Pour M. Lebert, le suc cancéreux, avec ses variétés, est presque un élément caractéristique du cancer. Aspect du tissu cancéreux sur une coupe fraîche. — Le tissu cancéreux offre de grandes variétés d'aspect, de consistance, de coloration et de vascularité, mais il est un dans son espèce ; et cela, à cause des

caractères aiiatomiques fondamentaux suivants : une trame molle plus ou moins dure, presque homogène, d'apparence fibreuse, généralement infiltrée d'un liquide trouble, lactescent et blanchâtre, ou fluide, ou mêlé à une substance molle et à demi transparente. Le tissu cancéreux mou, presque homogène, d'un blanc rosé ou pâle, et jaunâtre, forme ce que M. Laennec a appelé cancer cérébri forme, encéphalo'ide, et d'autres, sarcome médullaire. Lorsque le tissu, doué d'une plus forte consistance, offre une apparence légèrement fibreuse et réticulaire, il constitue un état intermédiaire entre le cancer mou ou encéphaloïde et le cancer dur ou squirrhe.

Le cancer, quelquefois très-dur, offre à la coupe un aspect franchement fibreux. Ce sont des réseaux irréguliers, d'un tissu ferme et blanchâtre, dans les interstices duquel se trouve un tissu mou, d'un gris jaunâtre, et dont suintent, par la compression, des gouttelettes de suc cancéreux. Sa vascularité est inégale; comme dans le précédent, on trouve des points ou des interstices plus étendus, d'un aspect jaune et terne, qui tranchent sur l'aspect ordinairement luisant du cancer. Ce tissu cancéreux, variant depuis la fermeté élastique jusqu'à la dureté du fibro-cartilage, constitue le cancer dur ou squirrhe. Un troisième aspect du tissu cancéreux est celui décrit sous le nom de gélatiniforme ou collo'lde. Beaucoup de productions morbides, d'apparence gélatineuse, ont été confondues avec du cancer, tandis qu'elles n'en étaient pas. Seulement il n'est pas rare de rencontrer dans le cancer quelques portions demi-transparentes, ayant de la ressemblance avec de la gélatine tremblotante ou plus ferme.

D'après M. Leberl V< la matière gélatineuse n'est pas par elle-même cancéreuse, mais elle est souvent combinée avec le cancer. Du reste, ce tissu colloïde est rarement liomogène, et la substance demi-transparente est ordinairement renfermée dans une trame fibreuse, aréolaire, fine; tandis que le colloïde, plus terne, affecte plus volontiers la forme iinemcnt lol)ulée. h

La vascularilé du cancer varie du plus au moins. Quelquefois nulle dans certaines tumeurs dures ou molles, irrégulière dans d'autres, c'est dans la forme molle qu'on la trouve plus uniformément développée. Lorqu'elle est uniforme et générale, elle constitue le co?<c^r hémalode ou fondus hematode, affection souvent confondue avec les tumeurs érectiles non cancéreuses.

Dans une cinquième forme, le cancer contient une matière sépiacée et mélanique, qui lui donne l'aspect des truffes. « Nous hésitons d'autant moins, dit M. Lebert, à regarder le cancer mélanique comme une * Loc. cit., p. '275.

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forme particulière, que la matière colorante brune ou noirâtre se rencontre d'emblée, et souvent dans des tumeurs de ce genre qui sont encore tellement petites, qu'on ne les apercevrait même pas sans cette nuance particulière V » Cette forme affecte par prédilection certains organes, tels que la peau, l'œil, l'orbite, etc.

D'après Gerlach, Rokitansky et Lebert, il existe une sixième forme de cancer, le cancer dendrïtlque^ qui se rencontre fréquemment sur les muqueuses vésicales de l'estomac et sur le col utérin. Elle peut exister dans d'autres cancers, sous la forme enkystée. Cette forme de cancer naît du stroma ordinaire du cancer, et la tendance aux excroissances en forme de massues, de tubes arrondis clos à leur extrémité libre, en forme le point de départ. C'est une végétation dendritiqiie, dans laquelle les éléments cancéreux cellulaires sont abondamment déposés. Ces excroissances peuvent s'enkyster, se vasculariser à divers degrés, et donner lieu à des hémorrhagies al)ondantes. La base de ces tumeurs est constituée par un stroma fibreux, caverneux et spongiforme. Il faut savoir cependant qu'il existe sur les muqueuses des végétations en tout semblables à celles de cette forme cancéreuse, mais ne renfermant pas les éléments du cancer, ce qui permet de les en distinguer.

Ainsi donc, dans ses diverses formes, le tissu cancéreux affecte l'aspect : l"" de cancer mon ou encéphaloide; ^^ de cancer dnr ou squirrhe; 3** de cancer gélatiniforme ou coUo'ide; 4" de cancer hématode; 5" de cancer mélanïqne; 6° enlin de cancer dendriiïque. Si l'on joint à ces principaux caractères deux altérations assez fréquentes du tissu cancéreux, l'hémorrbagie et l'apparence de matière tuberculeuse, qui a fiiit donner à certains cancers le nom de phymatoides, on connaîtra d'une manière complète les principales apparences du cancer. Restent à déterminer ses variations de volume, de surface et de consistance.

Le volume du cancer varie depuis une tète d'épingle jusqu'à une tête d'adulte, et môme davantage. Celui de la matrice ne dépasse guère la dimension de 5 à G centimètres; mais, dans les ovaires, il peut atteindre un volume énorme et remplir complètement la cavité abdominale; cela tient moins au développement du cancer en luimême qu'à la formation de kystes liquides dans son épaisseur. Le squirrhe produit généralement des tumeurs du sein moins grosses que lencéplialoïde, et, dans le testicule, son volume est généralement assez considérable. Il peut atteindre 10 à 15 centimètres en longueur sur la moitié en épaisseur et largeur, l.e tube digestif, dans toute son étendue, n'olTre pas de cancers à grandes dimensions. L'inliltralion sous-muqueuseyest fréquente: cependant, dans l'estomac et le rectum,

' Loc cit., ji. 275.

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peuvent se rencontrer d'assez gros champignons d'encéphaloïde.

Le foie contient soit des tumeurs volumineuses, soit des masses disséminées plus ou moins nombreuses. Dans le péritoine, le cancer existe plutôt sous forme de petites masses multiples, tandis que, dans le tissu cellulaire sous-cutané, c'est en agglomération qu'on le trouve. Le cancer des glandes lymphatiques est ordinairement multiple, et son volume est souvent considérable, de même que dans la parotide.

Dans le système osseux, les tumeurs sont petites et multiples, ou uniques et volumineuses.

Le cancer du sein peut acquérir des dimensions considérables ; il en est de même dans la vessie, mais là le cancer existe ordinairement à l'état d'infiltration. Au contraire, dans les organes respiratoires, on trouve de grosses tumeurs cancéreuses placées soit dans le médiaslin, soit dans le poumon et dans les plèvres.

La forme extérieure du cancer est très-variable, et diffère selon l'organe affecté. Quand le cancer est infdtré, il prend la forme des parties. Celui qui se présente à l'état de tumeur offre souvent des inégalités et des bosselures plus ou moins considérables, mais il n'en est pas toujours ainsi. Le cancer du testicule est lisse et uni à la surface; il en est de même de quelques tumeurs cancéreuses du sein et des glandes lymphatiques. Dans la plèvre, ce sont de petites tumeurs plates semblables à des gouttes de cire fondue, et dans le foie il se présente tantôt avec des bosselures superficielles ou avec une dépression centrale. Pour les cancers appréciables au toucher, cependant, l'inégalité et la bosselure des surfaces est un caractère à ne pas négliger; seulement il n'est pas constant et n'est pas entièrement propre au cancer. Généralement cette nosorganie a des limites diffuses; elle s'insinue et s'irradie partout dans les parties qui l'entourent.

La consistance du cancer varie à l'infini depuis la diflluence presque li({uide jusqu'à la dureté fibro-cartilagineuse. Sa consistance provient en général de sa charpente fibreuse et de la quantité de tissu fibreux qu'il renferme; tandis que sa mollesse résulte de la prédominance du suc cancéreux et des vaisseaux sanguins de son tissu.

Étude microscopique des tissus cancéreux. — D'après M. Lebert, le tissu cancéreux renferme des éléments essentiels et des éléments transitoires, variables, sans forme particulière propre.

Cellule cancéreuse. — L'auteur que nous venons de citer admet l'existence d'une celluh; spéciale et spécifique du cancer, et il pose la question en ces termes ^ : « linc cellule isolée étant donnée, peut-on toujours reconnaître, par l'examen microscopique, si elle appartient à un

' Loc. cit., p. '278.

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cancer ou non? Nous n'hésiterons pas à répondre que cela n'est pas toujours possible. Mais la question que nous avons toujours cherché àrétsoudre est celle-ci : Un tissu morbide étant donné, peut-on reconnaître, au moyen de l'inspection microscopique, s'il est cancéreux on non? Sur ce point nous n'hésitons pas à répondre par r affirmative, tout en faisant d'abord une réserve en faveur des •circonstances exceptionnelles que nous indiquerons plus tard, et dans lesquelles l'examen microscopique peut rester insuffisant. »

D'après cette manière de raisonner, notre conclusi(m serait toute différente de celle de M. Lebert. Si, d'après cet observateur, il n'est pas toujours possible de savoir qu'une cellule appartient au cancer; si l'examen microscopique peut, dans des circonstances exceptionnelles, rester insuffisant pour établir le diagnostic de cette maladie, il est évident que le tissu cancéreux n'a pas d'élément caractéristique <'t que la celhilc appelée cancéreuse n'est pas spécifique. Vogel,Virchow, Bennett, Delafond, Forster, ont donc raison de n'accorderqu'une importance secondaire aux résultats fournis par l'inspection de cette cellule En voici la d<'scriplion d'après son type le {)kis ordinaire.

l"uj. ô". 1, 1, noyaux canciheu.v; 2, 2, colluies lypc^ ilc caiicori ri, 5, cellule? ramiliées dites en raquetle; -4, 4, cellules fusifonnes à un ou plusieurs noyaux; 5, 5, cellules excavées dont la cavité rentonne des amas granuleux, des corpuscules sphériqucs ou une autre cellule avec .-es noyaux; IV\ cellule eii;^lobaiit à inoitiiî wnti plus petite (xlluic, et à côlé un noyau énorme avec un gros nucléole; G, plaques ou lamelles ù noyau\ multiples. ((jiai;i.i:s Uouix.)

« La cellule du tissu cancéreux, quand sa paroi est complète, a une dimension dont la moyenne varie entre 00'""', 0^ et (1™"'.U25. En comparant cette moyenne de la cellule avec la moyenne des noyaux, on trouve qu'il existe une proportion particulière entre la dimension du noyau et celle de la cellule.

« L'épaisseur de la paroi cellulaire varie entre 0™"\015, chiffre le plus faible, elC"™, 04, qui indique la dimension la plus grande. La cellule cancéreuse se présente sous la forme d'une petite sphère régulière avec un noyau elliptique excentriquement placé, occupant près de la moitié et renfermant un ou plusieurs grands nucléoles (fig. 58). Mais cette forme peut varier, et les cellules sont ovoïdes, allongées, triangulaires à angles aigus ou émoussés, fusiformes, etc. Jamais on n'observe une diversité semblable de la paroi cellulaire dans aucune autre espèce de cellules ; leurs contours sont généralement pales et minces ; ils contrastent avec les contours fortement accusés des noyaux. Ces cellules contiennent ordinairement des molécules fines et ternes ressemblant aux molécules fibro-albumineuses, et quelquefois de la mèlanose infiltrée ou granuleuse.

« Dans le cancer mélanique, le pigment se présente sous deux formes : dans l'une il existe en dehors des cellules cancéreuses, dans l'interstice de ces cellules, sous forme de granules fins de 0""",002 et de petits globulins de 0'"'",004 à 0'"'",005 ; dans l'autre il est déposé à l'état de vrais globules mélaniques de ()""", 01 sans noyau ni nucléole, exclusivement rempli de pigment. Ordinairement ce pigment est contenu dans l'intérieur des cellules cancéreuses sous forme de granules ou de globulins qui existent en quantité variable. Ces cellules pigmentées sont un peu distendues et plus grosses que les autres cellules cancéreuses, d'un quart, d'un tiers et au delà. Elles peuvent atteindre 0""',05, et même 0""",04.

« Le noyau de la cellule cancéreuse est l'élément constant et le plus durable, car quelquefois, soit que les parois cellulaires se détruisent ou palissent, on n'aperçoit plus que les noyaux qui restent. Ce noyau de la cellule est rond, à l'état de développement incomplet; entièrem.ent formé, il affecte la forme ovoïde ou elliptique. Ses contours sont toujours très-accusés. Sa dimension moyenne est de 0""", 01 à 0""",Oir). Rarement il a une dimension au-dessous de 0""",01 .

((Dansl'élat normal, il renferme toujours un nucléole, grand, terne, cl plus volumineux que celui de toutes les autres espèces de cellules. Le3 nucléoles sont rarement au-dessus de trois. Leur dimension moyenne varie entre 0""",(J()2r) et()""",0035. A côté de lui se trouvent souvent quelques granules très-pales. »

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Après avoir décrit la cellule cancéreuse noiinale et ses principales formes, M. Lebert décrit deux antres variétés également normales, et dont l'une surtout est trés-fréquente dans le cancer ; ce sont les cellules mères el les cellules à parois concentriques. D'après cet auteur, les premières sont caractérisées par la multiplicité de leurs noyaux, qui, en outre de leurs caractères ordinaires, s'élèvent de trois à quatre, dix. quinze et au delà. Les dimensions de cellules mères, dont les parois sont toujours bien délimitées, varient de ()""", 04 à 0""",06 et au delà. On y trouve (jnelquefois des cellules complètes entremêlées avec des noyaux. Quant aux cellules cancéreuses concentriques, leur paroi cellulaire est entourée d'une autre paroi tout aussi régulière et plus grande, ou bien la concentricité consiste dans plusieurs membranes d'enveloppes superposées et lamelleuses. C'est dans le cancer colloïde que se rencontrent surtout les cellules concentriques.

L'examen microscopique peut être quelquefois insuffisant et laisser des doutes dans l'esprit. Tel est le cas où la cellule est incomplètement développée, où la paroi cellulaire n'existe pas, et ceux où le noyau assez petit, de 0"'"',005 à 0""",006, ne renferme qu'exceptionnellement un nucléole caractéristique. Il faut encore citer la diffluence des cellules, l'épaississement de leurs parois, leur infiltration granuleuse et graisseuse, leur dessèchement avec déformation des noyaux, etc. Mais 3J. Lebert soutient que, dans ces cas embarrassants, il existe, à côté des cellules anomales, des cellules types qui doivent empêcher de commettre une erreur.

D'après cet observateur, la diffluence consiste en ce que les cellules perdent leurs contours et deviennent un amas informe de granules moléculaires. Ce phénomène s'observe à des degrés divers, depuis la formation d'un globe régulier ou irrégulier dans l'intérieur du noyau, jusqu'à un amas de granules avec ou sans contour régulier.

L'épaississement des parois cellulaires est fréquent; il atteint jusqu'à O'"'",0or) et au delà. Dans cette paroi épaissie se trouve tantôt une substance granuleuse, tantôt une substance terne et homogène. D'après Virchow, on rencontre dans ces cellules des noyaux incomplètement hyalins, ressemblant à de petites vésicules.

La diffusion est le résultat d'un phénomène d'endosmose et d'imbibitions de la cellule par un liquide ambiant moins épais que le contenu cellulaire. Elle prodiiit plusieurs effets; la paroi cellulaire s'agrandit et devient plus claiie, quelquefois on croit y voir des gouttelettes pâles ou des vésicules; d'autres fois la substance de la celhde paraît séparée en deux lamelh^s par un espace transpaient. (-le soulèvement peut être général ou partiel, et, dans ce deinierc^s, il affecte

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la forme d'un verre de montre. La paroi cellulaire, dans tous les cas, conserve un assez grand degré de transparence.

L'infiltration granuleuse et graisseuse, altération fréquente dans toutes les cellules, consiste dans le développement de molécules granuleuses qui finissent par remplir à un tel point la cellule du cancer, que bientôt le noyau et le nucléole en sont complètement cachés.

C'est dans les tumeurs d'aspect phymato'ide que se trouvent surtout ces infiltrations granuleuses et graisseuses.

Le dessèchement et la déformation des cellules cancéreuses s'observent quelquefois dans certains cancers atrophiques qui, après avoir été très-volumineux, se sont en partie llétris et desséchés. Ce dessèchement consiste en une perte des contours réguliers de la cellule, avec contenu granuleux dans son intérieur.

Des éléments secondaires du cancer. — l*' Il y a toujours dans les cancers une notable quantité de tissu fibreux, et, lorsqu'il est surabondant, sa présence constitue le squii^rhe. Ce tissu de nouvelle formation est disposé en réseaux blanchâtres, d'apparence fasciculaire, composés d'un tissu fibroïde dans lequel les fibres sont indépendantes, en faisceaux fibres ou contenues par une substance intermédiaire. Ces fibres diminuent dans le cancer à mesure qu'il perd de sa consistance. Dans rencéphaloïde, elles sont pâles, fines et rares, elles peuvent faire défaut, et alors les cellules cancéreuses sont réunies entre elles par un blastème granuleux et amorphe.

2*^ Les éléments fibro-plastiques existent aussi dans le cancer. Toujours distincts des cellules propres, ils ont l'aspect de corps fusiformes longs, à noyaux plats, elliptiques et étroits. Les cellules cancéreuses fusiformes se distinguent toujours de ces fuseaux fibro-plastiques par leur plus granile largeur, l'épaisseur de leurs parois, leurs grands noyaux à contours fortement accusés, et leurs nucléoles volumineux.

3° La graisse se rencontre très-fréquemment sous forme de granules, de vésicules, de cristaux, soit de cholestérine, soit d'acide margarique. Cette infiltration graisseuse déforme les cellules et donne au cancer l'apparence phymatoïde.

4" Le pigment déjà signalé plus haut se trouve dans le cancer mé- Luiique.

rV La substance gélatiniforme est celle qui donne une apparence spéciale au cancer colloïde; elle est tantôt mêlée aux celhiles cancéreuses, et tantôt seule, dépourvue de tout élément cellulaire. Quand elle renferme des cellules cancéreuses, ce sont des cellules mères, de préférence aux autres.

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G" Parties minérales. On trouve quelquefois dans le cancer des <3oncrétions amorphes et granuleuses; du véritable tissu osseux, surtout si le cancer provient du squelette.

7" Le pus n'existe dans le cancer que s'il y a des abcès.

8*" Des éléments hématiques se rencontrent dans le tissu cancéreux à la suite des épanchements sanguins. On y reconnaît de la fibrine plus ou moins altérée, des globules sanguins, des cristaux d'hématine, etc.

0° Des vaisseaux artériels et veineux de nouvelle formation peuvent se développer dans le cancer. Leur existence a été démontrée par 31M. Lebert et Cli. Robin. Au moyen d'injections bien réussies, ces auteurs ont pu voir que la vascularité du cancer était bien variable et inégale : tantôt limitée à une partie du tissu, tantôt générale et formant des réseaux tellement riches et abondants, que ces tumeurs ont été appelées fongus vasculaire ou hématodes. Dans quelques cas, les artères sont si volumineuses, qu'elles lancent du sang, par un jet saccadé, à une très-grande distance. C'est ce que j'ai vu plusieurs fois sur un encéphaloide du sein donnant lieu à de fréquentes hémorrhagics.

Développement du cancer. — On ignore entièrement aujourd'hui quelles sont les conditions premières de l'apparition du tissu cancéreux ; mais il est évident, d'après la nature et l'évolution du mal, que la production du tissu cancéreux dépend d'une altération générale de la vitalité des tissus suivie d'une sécrétion locale de blastème qui est l'origine des modifications de la nutrition moléculaire. Comme il arrive dans toutes les maladies générales, le sang prend sa part de l'état morbide et offre des modifications spéciales qui, pour n'être pas reconnues par l'analyse, n'en sont pas moins appréciables par leurs •effets.

Sous l'influence d'impressions morbitiques souvent inconnues, irritantes ou autres, il s'opère dans les travaux des tissus un changement caractérisé par une exsudation séro-fibrineuse amorphe qui se résorbe en partie ou reste à cet état et devient la gangue du tissu cancéreux. Dans quelques cas, il semble que ce soit au miheu de sang coagulé et décoloré que se produit le cancer.

Des cellules se développent en même temps qu'une trame fibreuse et des vaisseaux sanguins; elles ont une forme variable, transitoire, et quelques-unes offrent d(!Jà les caractères du cancer. Leur nombre s'accroît rapidement, par endogénèse, à mesure que se dépose un nouveau blastème, et le néoplasme morbide augmenter aux dépens des tissus voisins, qui disparaissent et se transforment en tissu cancéreux.

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Plus lard, quand le cancer est bien développé, il subit des métamorphoses qui dépendent de troubles particuliers survenus dans la nutrition. Quand il n'offre pas d'emblée une grande mollesse, il peut se ramollir par suite d'une plus grande vascularité et d'une grande abondance de suc cancéreux. S'il est superficiel, il ulcère la peau et donne lieu à des plaies de mauvaise nature, recouvertes d'excroissances fongueuses, vasculaires, ou à des ulcères fongueux, dont le fond gris, noirâtre, est inégal, résistant, ou dont les bords sont durs, épais, calleux et renversés. M. Lebert conteste la spécificité de ce genre d'ulcères réputés cancéreux par tous les médecins; mais c'est peut-être à tort, I car les ulcères de cette nature offrent presque toujours les caractères dont je viens de parler.

Le cancer produit des hémorrhagies quelquefois très-considérables à l'extérieur ou à l'intérieur de son tissu : les unes sont facilement appréciables, mais les autres ne se reconnaissent qu'à l'autopsie par les épanchements sanguins renfermés dans l'épaisseur du tissu cancéreux.

D'après M. Yirchow et M. Lebert, on trouve quelquefois, dans le tissu cancéreux, la trace d'une inflammation aiguë qui peut aller jusqu'à la gangrène, et c'est accidentellement un moyen de guérison naturelle sur lequel il ne faudrait pas compter, car il est excessivement rare.

Enfin il arrive quelquefois que le cancer s'atrophie, par suite de la destruction des cellules et de la production de graisse et de tissu fibrocelluleux nouveau. Les tumeurs se dessèchent, s'amoindrissent et restent stationnaires , au grand avantage de ceux qui les portent. C'est cette forme de cancer nommé rétrograde que Meckel, Boschdalek^ Oppolzcr et Yircliow ont considérée comme la guérison naturelle d'une maladie réputée incurable par un grand nombre de médecins et encore aujourd liui par M. Lebert.

Le cancer exerce sur les individus qui le portent une inHuenco locale de douleur s'il est au voisinage de cordons nerveux importants ou s'il empi'isonne accidentellement un nerf dans son épaisseur; de trouble fonctionnel, s'il comprime un organe important tel que le cerveau, une grosse veine, un conduit excréteur, etc. ; de nutrition, s'il appuie sur une os de IVicon à empêcher sa réparation par la nutrition moléculaire, etc., etc.; il épuise les forces par la perle du sang s'il est accompagné d'hémorrhagie; mais son infUience la plus fâcheuse est générale et l'ésnlle de sa propagation aux parties voisines, de sa généralisation dans l'organisme et de l'infection bumoialc qui empoisonne les individus. A mesure (|u'augmcnle le cancer, il marche vers la

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pôripliérie des organes ou s'étend dans le voisinage ; il ulcère la peau ou les vaisseaux profonds, lymphatiques :. veines, artères, aucun ne résiste, et le suc cancéreux pénètre dans le sang et dans la lymphe pour circuler dans toutes les parties du corps et empoisonner les malades. Chez quelques-uns, le cancer se retrouve dans les veines érodées, et on voit les lympalhiques du poumon, du foie, du mésentères, remplis de matière cancéreuse sous forme de traînées jaunâtres, bien facile à recomiaître, et comparable à une injection artificielle de ces vaisseaux. En même temps se forment de nombreuses tumeurs cancéreuses secondaires dans les organes profonds, et principalement dans le foie et les poumons. C'en est assez pour caractériser une infection générale, bien connue d'ailleurs sous le nom de cancérisme ou dedialhèse cancéreuse.

La diathèse cancéreuse est le terme le plus élevé de l'état morbide générateur du cancer. Elle résulte évidemment d'un empoisonnement des humeurs par les parties liquides et solides du néoplasme. Accompagnée ou non de productions multiples et de même nature dans les viscères, son influence est à peu près la même; elle imprime au sang une modification profonde qui se traduit sur la peau par une teinte jaune paille, souvent caractéristique, par un amaigrissement marqué, suite de digestions imparftntes, par une faiblesse excessive, par de l'œdème et par un état cachectique très-prononcé aux approches de la mort.

Quelques malades succombent sans arriver à cet état de marasme, et sans offrir les caractères d'une diathèse cancéreuse très-prononcée, mais cela est rare et dépend en grande partie de la marche très-rapide des accidents et de la vascularité des organes où se trouve le cancer. Ainsi le cancer de l'utérus donne souvent lieu à des hémorrhagies et à des accidents locaux qui précipitent la marche de la maladie et amènent la mort, sans que la diathèse ait eu le temps de s'établir d'une manière complète. Au contraire, dans certains organes très-vasculaires, tels que le sein, les glandes lymphatiques, le foie, etc., le cancer produit plus rapidement la diathèse à cause de la résorption plus facile des éléments cancéreux.

En outre des modifications générales imprimées à l'organisme par la présence du tissu cancéreux, il y a chez les malades des phénomènes morbides spéciaux, dus à leur état anémique et au siège particulier du cancer. Les premiers sont des névralgies, des palpitations, avec bruit de souffle artériel ou cardia(iue; la phlegmatia alba dolens, etc., et les autres s'expliquent par la présence du néoplasme dans tel ou tel viscère, dont la destruction ou la compression engendre sur un

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point des accidents qui ne sont pas ceux qu'on observe dans le cancer d'une région différente.

Quelquefois le cancer existe a\ec d'autres maladies, telles que l'entérite, les plîlegmasies pulmonaires, le muguet et d'autres productions hétéromorphes; mais la plupart de ces maladies sont secondaires, et, comme il arrive dans toutes les cachexies, quelle que soit leur nature, elles se produisent à une époque assez avancée du mal primitif, dont elles activent les progrès ultérieurs.

Parmi les productions hétéromorphes, il en est une, le tubercule, dont Baylc a indiqué la présence comme incompatible avec le tissu cancéreux; mais cette régie générale souffre quelques exceptions. M. Lebert a plusieurs fois rencontré des tubercules crétacés anciens et des tubercules de formation récente chez des individus cancéreux; mais il incline à penser que cette tuberculisation est secondaire, car on la trouve plus souvent dans le cours de l'évolution cancéreuse qu'on ne rencontre le cancer venant compliquer l'affection tuberculeuse. Sous ce rapport, il y aurait donc encore une sorte d incompatibilité entre les deux maladies.

La fréquence du cancer dans les organes ne peut être déterminée que d'après une étude parfaite de la structure du tissu, et personne autre que M. Lebert ne pouvait mieux faire une statistique de ce genre. Bien que, selon lui, elle laisse quelque chose à désirer, il n'y en a point d'autre dans la science, et nous allons la reproduii'e. On verra qu'elle indique le cancer des voies digestives, de l'utérus et de ses annexes, y compris la mamelle, comme étant deux à trois fois plus nombreux que les autres.

Cancor du sein 62

— de restoinac 57

— de rutcrus h"2

— du cen'cau et de ses en-

veloppes -48

— des os 55

— des inteslin*^ 21

— de l'œil 25

— de la peau 20

— du testicule 18

— du foie 15

— des ganglions lyni|»liali-

ques 12

— des reins 12

A reporter. . . 578

Ikport 578

Cancer du péritoine tO

— de rœsoph:ige 9

— de la glande tliyroïtle. . 7

— de la moelle épinière. . 7

— de la vessie 7

— de la langue G

— du jtalais, des amygdales. I>

— des voies respii'aton-es. 0

— des ovaires 4

— du tissu cellulaire sons-

cutané 4

— do la glande parotide. . 5

ToTAI. . . . Ail

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