MOYENS D EXPLORATION. DE LA LOUPE ET DU MICROSCOPE
résulte la bont6 du microscope. La partie mécanique, quoique secondaire, pouvant varier à l'infini, doit pourtant remplir un certain nombre de conditions de solidité et de précision qui facilitent beaucoup l'observation. Elle se compose du pied (fig. 60, a), en forme de tambour, à base formée d'un disque de plomb et contenant un miroir mobile. La face supérieure du tambour est horizontale ; elle porte le nom de platine; elle est percée d'un trou qui laisse passer la lumière rélléchie par le miroir et frappant sur le porte-objet qu'on pose sur la platine [h). Au pied est annexée une colonne verticale {c) pourvue d'une vis micrométrique destiné à élever et à abaisser la planche horizontale de la colonne qui porte le corps, afin de rapprocher ou d'éloigner celui de l'objet. Le corps du microscope (o) est un tube de cuivre noirci en dedans qui porte en bas Vobjectif, et à l'autre extrémité V oculaire. Il glisse à frottement dans un anneau de la branche horizonlaie de la colonne. La partie optique du microscope se compose de deux appareils distincts : 1° Vobjectif, qui est tourné du coté de l'objet ; 2° Vociilaire, contre lequel est appliqué l'œil de l'observateur.
L" objectif est composé d'une seule lentille pour les faibles grossissements, et de deux ou trois placées à peu près au foyer l'une de l'autre pour les grossissements supérieurs. On l'appelle alors quelquefois indifféremment jeiC.de lentille ou objectif. Chaque lentille de l'objectif est achromatique, et, pour cela, formée de deux verres différents collés ensemble à l'aide de térébenthine sèche. L'un est piano-concave et de lïint-glass, l'autre biconvexe et de crown-glass, à moitié enfoncé dans la concavité de l'autre. 11 en résulte une lentille piano-convexe dont la face plane doit être tournée vers l'objet. Chacune d'elles est portée par une monture séparée, qui, dans les objectifs composés, se visse avec <-('lle des autres. Voculaire est toujours composé de deux lentilles simples pianoconvexes, à convexité tournée vers l'objectif et plus ou moins écartées l'une de l'autre, La lentille inférieure, la plus éloignée de l'œil, reçoit le nom de verre de champ (fig. 62, F C). La lentille supérieure, la plus rapprochée de J'œil, reçoit. le nom de verre oculaire ou supérieur, ou encore de verre de Vœil (LL), ou d^ loitpe de Voculaire. Ciiacune d'elles a une monture séparée, formée d'un anneau de laiton noirci. Un diaphragme (DD) arrête les rayons les plus divergents , (H restreint ainsi le champ du microscope à la portion de lumière qui est dépourvue d'aberration de sphéricité. L'objectif est vissé sur une pièce conique (fig. 61, h b), api)elée !e cône, fixée elle-même à l'extrémité inférieure d'un tube cylindri(jue de laiton [hh ), qui porte le nom de corps du microscope. L'objectif (^) se dévisse facileuHînt du cône avec le^ doigts, afin de pouvoir être leniplacé à volonté par un autre. L'oculaire est lormé d'un tube cylindrique de laiton qui entre exactement dans rextrérnité supérieure du toips du microscope, mais sans frottement, de manière à pouvoir êlie leuiplacc pai
Fiû. (M.
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un autre avec facililc. Un objet assez petit pour être examiné étant placé au-dessous de robjectif , la lumière réfléchie par les nuages (en a 7n), ayant ou non traversé un diaphragme (D), est dirigée sur lui de bas en haut à Taide d'un miroir concave ou d'un prisme (a) ; Ce faisceau de lumière traverse Tobjet (après avoir ou non traversé un éclairage composé de plusieurs lentilles, o, d, x). Si Tobjet {c z) était au foyer même, les rayons, après avoir traversé Tobjectif [b), sortiraient parallèlement ou ils divergeraient, s'il était entre robjectif et le foyer, et Timage serait indéfinie. Il est par conséquent placé un peu ;iu delà du foyer [c z). Alors les rayons lumineux qui le traversent, quand il est vu par réflexion, sont rendus convergents par les lentilles de robjectif (^), et s'entre-croisent presque immédiatement au-dessus de lui, de manière que ceux de droite [z] passent à gauche (eu m'), et réciproquement de [c en 71' ). En recevant sur un verre dépoli le faisceau lumineux au-dessus du croisement des rayons,, ou aurait une image renversée [m' u') de l'objet [c z), et d'autant plus grandi qu'on la recevrait plus loin au-dessus de l'objectif. Mais, comme cette image serait très-vague et irisée sur les bords, parce que l'entre-croisement de tous les rayons ne se fait pas précisément au même point, un premier diaphragme [p] est placé au niveau de la jonction du corps et du cône du microscope et arrête les rayons les plus divergents. Le verre de champ (fig. 02, FC) de l'oculaire a pour but de recueillir les rayons divergents les plus centraux (E, N), que laisse passer ce diaphragme (fig. 61 , p). Il les rapproche et les fait entre-croiser i)lus tôt : ce qui rend le grossissement deux ou trois fois moins considérable (c'est-à-dire fig. 62, R' R' < RR); mais, par le rapprochement des faisceaux et par la conccntnition di> la hunière qui en résulte, l'unnge devient bien plus nette. Les
rayons E', qui vont frapper le verre de champ en C c, s'y décomposent; car ce verre n'est pas achromatique : les rayons rouges se dirigent en dehors, en c E et C «,. les violets plus en dedans en ce, et c e' . Or, si les rayons n'étaient pas ainsi séparés eu différentes couleurs à leur ai^rivée au verre de l'œil ( LL), celui-ci n'étiuitpas achromatique non plus, ils se chromatiseraient et sortiraient en direction non parallèle, de manière à aller rendre sur la rétine des images (olorées. Mais la séparation même, effectuée p;;r \(\ verre de champ, fait que les rayons ponc tués violets (C e et c e') tombent plus près (lu centre du verre oculaire (L) que les rouges [c E et c a). Or, comme le pouvoir réfringent (le cette lentille, à cause de sa courbe, est ])lus petit vers le centre qu'au bord, et que les rayons violets sont justement les plus réfningibles, il en résulte que l'action du verre d(î ru'il (L) comi)ense exactement la di.spersion produite par le verre de cliamp, et que les rayons E et ^, a et e' sortent sensiblcmcîit parallc'les. Ils peuvent ((inséquennrent rencontrer tout l'astre optique [ao] trèspr(;s l'un de l'aulic, cl ils agissent sur la rétine comme un seul point lumineux. Ce qui se passe ici j)our un seul faisceau et pou;' h^s couleurs extrêmes rouge et violet se passe aussi de la même nunière | our les faisceaux et les couleurs intermédiaires. L'image se
lis. (i!2.
MOYENS d'exploration. — DE LA LOUPE ET DU M CROSCOPE. 757
peint renversée dans Toeil (comparez fig. 61, cx'd m n\ et fig. 62, U'R') telle qu"on peut la recevoir au-dessus de Tobjectif. Tous les mouvements qu'on veut faire exécuter dans une direction donnée à Fimage vue dans le inicioscope ne sont par conséquent ollenus que par un mouvement en sens inverse de l'objet lui-même, ce qui offre du reste peu d'inconvénients, car on en prend ^ite Thabitude. Un objet, ainsi examiné, n'esl. aperçu que parce que la lumière qui passe autour de lui, n'étant arrêtée par rien, vient impressionner vivement la rétine, qui, do lui, ne reçoit que son ombie, ou mieux les rayons moins nombreux qu'il a laissés passer. Si le corps est opaque, on ne distingue que les bords, et sa masse se peint en noir. S'il est transparent, on voit dans son intérieur toutes les parties qui ont une densité et un pouvoir réfringent autres que ceux de la masse. — C'est à l'aide du microscope qu'on peut mesurer la forn;e et la structure des éléments anatomiques, et, à cet égard, son usage est absolument indispensable dans l'étude de l'anatomie et de la médecine. (Dictionnaire deMédecinede Nystcn, par I^obin et Littré, pages 807, 808 et 809.)
L'anatomie normale doit au microscope la connaissance exacte de la structure des tissus et des différents organes. Les éléments anatomiques du cerveau et des ganglions nerveux, ceux des glandes hépatiques, rénales, mammaires, etc.; ceux des muscles, des cartilages et des OS; certains éléments du sang, du lait, du sperme, etc., ont pu être appréciés d'une manière si complète, que ce sont des découvertes aujourd'hui vulgaires et qui ne doivent être ignorées de personne.
De pareils résultats ont fait espérer (ju'on rencontrerait aussi dans les productions morbides des éléments particuliers dont la connaissance pourrait être, en anatomie pathologique, ce que l'étude des éléments anatomiques normaux avait été pour l'anatomie normale. En Allemagne et en France, un grand nombre de médecins, parmi lesquels nous citerons Donné, Vogel, Kœllicker, Lebert, Ch. Robin, etc., se sont livrés avec ardeur à ce genre de recherches, et il en est presque résulté une science nouvelle, la micrologie médicale, branche incomplète de l'anatomie pathologique, et dont les résultats ne sont pas encore généralement acceptés des médecins.
En effet, tandis qu'en anatomie normale la micrologie fait connaître des éléments anatomiques permanents, caractéristiques, toujours les mêmes, en anatomie pathologique les éléments constitutifs des productions morbides n'ont rien d'aussi constant ni d'aussi caractéristique. Us sont transitoires, changent de forme selon leur âge, et on les retrouve dans des productions morbides les plus opposées. Ces éléments ne caractériseraient positivement aucune maladie, si l'on lu.» pouvait en même temps consulter d'autres phénomènes physiques ou dynamiques absolument nécessaires pour établir une diagnose exacte. Ainsi les globules de pus ressemblent à s'y méprendre aux globules blancs du sang. Leséléments du tubercule peuvent être confondus avec la matière blanche des plaques intestinales de la fièvre typhoïde. I.a
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cellule cancéreuse est identique aux cellules épitliéliales de certains organes, particulièrement des calices du rein et de la \essie. Le cancroïde cutané, maladie mortelle, est formé d'épithélium , élément anatomique qu'on retrouve dans le cor aux pieds, etc.
Au point de vue micrologique, l'étude des éléments constitutifs des différentes productions morbides n'a donc pas toute l'importance que l'on s'est cru en droit de lui accorder. Intéressante comme toute étude nouvelle des objets de la nature, elle pourra peut-être fournir ultérieurement des résultats plus nets et moins sujets à contestation; mais aujourd'hui elle ne peut encore servir de base solide à une reconstitution de la médecine, comme le prétendent les plus renommés d'entre les micrologues. Malgré ces embarras de la science qui marche, ceux qui l'étudient ne doivent pas se borner à voir faire les maîtres, ils se doivent à eux-mêmes de prendre parti pour ou contre les idées nouvelles; mais pour cela il faut se mettre à l'œuvre en jugeant les choses par elles-mêmes. Il s'agit ici de l'importance des applications du microscope à la médecine, c'est par la pratique de cet instrument qu'il faut le juger. Tout clinicien doit faire son apprentissage sur ce point, afm d'apporter le poids de son autorité personnelle dans la lutte ouverte entre les médecins. La micrologie n'est devenue un système que par l'abstention des maîtres qui pouvaient la juger. Un contrôle sévère l'eût réduite à ce qu'elle devait être, c'est-à-dire à un précieux moyen d'analyse, fort utile à employer pour la recherche de certains éléments morbides.
Au reste, la question débattue entre la micrologie et les médecins est double : il s'agit à la fois de l'importance des résultats fournis par le microscope et de l'importance de l'anatomie pathologique en général, comme base de la médecine. Pour ceux qui croient, avec M. Velpeau, qu'on ne part pas de l'anatomie pathologique, mais qu'on y arrive, la micrologie et l'anatomie pathologique sont jugées et placées au milieu des différents moyens d'analyse dont dispose la clinique. Ceux, au contraire, qui, avec les organiciens, matérialisent toutes les maladies sans exception, par une locahsation réelle ou hypothétique, ceu.\-là n'ont aucune raison de repousser la micrologie qui leur vient en aide, et l'anatomie pathologique est le point de départ de leur nosographie. Il ne nous est pas possible à présent d'aborder cette question de doctrine à propos de l'usage d'un instrument de physique; mais, si je la signale sans la résoudre, c'est pour montrer toute l'importance qu'il faut accorder aux recherches microscopiques, et pour prévenir du danger qu'il y aurait à se'laisser guider exclusivement par elles.
MOYENS d'exploration. — ANALYSE CHIMIQUE. 759
DE l'a>'alyse chimique.
On en peut dire autant de l'analyse chimique appliquée à la médedecine que de l'analyse optique, ou micrologie. C'est un excellent moyen d'apprécier les effets que produisent les maladies dans la structure du corps, et il faut y recourir toutes les fois que cela est possible. Malheureusement la chimie, aussi bien que la micrologie, ne se bornent pas à donner des résultats, elles formulent aussitôt des lois, et l'analyse chimique prétend être pour son compte le point de départ d'une nosographie spéciale, qui n'est qu'une absurde chimiatrie. Ainsi l'eau diminue dans le sang des cholériques, et le cliimiâtre s'imagine pouvoir les guérir en injectant de l'eau dans les veines.
Mais, en ne prenant l'analyse chimique que pour ce qu'elle doit être, un moyen à réunir à ceux dont la science dispose déjà pour éclairer la nature de certains changements organiques produits par les maladies, elle a une importance qu'on ne saurait méconnaître. Nysten, Thénard, Berzélius, Becquerel, Liebig, Orfila, Simon, Andral, etc., ont jeté les fondements de la chimie pathologique. Bien que leurs résultats soient souvent contradictoires, en raison de la difliculté des analyses organiques, ils montrent ce qu'on pourra retirer plus tard d'une chimie bien faite et plus siire de ses procédés d analyse. C'est à leur suite qu'il faut marcher, et, sans être arrêté par les incertitudes du présent, s'appliquer à éclairer l'avenir. L'analyse chimique a fait connaître en partie la composition normale des solides et des liquides de l'économie : les os, les muscles, les cartilages, le sang, le lait, l'urine, la bile, etc., etc., ont été analysés; il en est de même de certaines productions pathologiques et de quelques tissus ou liquides altérés par la maladie. Les altérations des os dans le rachilisme, les productions cancéreuses et tuberculeuses, les altérations du sang, de la lymphe, du lait, ont été recherchées avec le plus grand soin, et l'on a obtenu des résultats, sinon entièrement exacts, du moins assez approximatifs pour que la science en ait pu tirer parti. C'est à l'analyse chimique qu'on doit la connaissance des altérations de l'urine par l'alimentation et les maladies de la vessie, des reins ou du système nerveux; la connaissance plus complète des modifications de composition du sang, devenue, par les soins de MM. Andral, Gavarret, Becquerel, une science à part, désignée sous le nom d'hématologie. Partout, sur chaque point d'analomie pathologique, l'analyse chimique est nécessaire, et, s'il n'est pas toujours possible de l'employer à cause de la diffii ulté des analyses et de la petite quantité de substance à décomposer, dans des circonstances opposées il ne faut jamais omettre de s'en servir.
760 DE LA SÉMÉIOLOGIE.
A la chimie pathologique qui se fait, il faut joindre les importants résultats de l'analyse chimique appliquée à la médecine légale et à la toxicologie. Ici un succès considérable a couronné l'activité du créateur de cette science, et Orfila a bien mérité de la science et de T humanité, en montrant que l'analyse chimique pouvait toujours reconnaître, dans les changements organiques produits par un poison ou dans les organes non altérés, la substance minérale ou végétale. La toxicologie est aujourd'hui une science toute faite, qu'il ne s'agit plus que de perfectionner dans les détails en y ajoutant les résultats des nouvelles découvertes que pourront faire d'autres chimistes.