‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 148 sur 212 · DE§I MAI^ADES · texte numérisé non relu

DE§I MAI^ADES

Tous les observateurs savent quelle est l'importance des signes fournis par les gestes et les attitudes différentes des malades ; par le son de leur voix, par l'éclat et l'expression de leurs yeux, par l'expression et les mouvements de leur physionomie, par la coloration de leur visage, etc., signes qui ne trompent que bien rarement et qui permettent de juger à distance et d'un coup d'œil la nature et l'issue probables d'une maladie. Il est presque impossible de décrire les faits de ce genre, car ils échappent à l'analyse; on les voit mieux qu'on ne les raconte, et il faudrait les peindre au lieu de les raconter. Cependant, malgré les difficultés de l'entreprise, je vais de nouveau l'essayer, à l'exemple de Double, de Landré-Beauvais et de la plupart des auteurs modernes qui l'ont accomplie.

SIGNES FOURNIS PAR l'aTTITUDE DU MALADE.

L'homme en bonne santé se présente avec toutes les attitudes que nécessite l'accomplissement des fonctions de la vie. Debout et couché, droit ou assis, en repos ou en mouvement, ses mouvements sont libres et faciles, et ils ne traduisent, au dehors, que son génie, son caractère, ses instincts et ses besoins. Dans l'état de maladie, au contraire, ils révèlent souvent la nature de désordres cachés qui gênent l'exercice des fonctions.

L'attitude debout, langoureuse, molle, indique l'irrésolution, la faiblesse musculaire, et un état de maladie chronique plus ou moins

SIGNES FOURNIS V\l\ l' ATTITUDE DU MALADE. 761

avancé. La même attitude avec résolution des membres s'observe dans l'ivresse et dans les affections typhoïdes ou adynamiques. Lorsqu'en marchant les deux jambes sautent en fauchant sur le sol, on peut être sûr qu'il existe une maladie de la moelle épinière assurément mortelle. Si une seule jambe traîne dans la marche, le bras correspondant immobile et flasque le long du corps, c'est, au contraire, une maladie de l'hémisplière cérébral opposée à la paralysie. L'altitude debout, incessamment dérangée par des mouvements musculaires du visage et des membres, ou des doigts projetés en tous sens, est un signe de chorée. Une grande assurance d'attitude, jointe à l'énergie et à la mobilité des mouvements, est le signe d'une manie aiguë. Je reviendrai un peu plus loin sur ces différents phénomènes.

Au lit, l'attitude est également en rapport avec la nature des maladies, et suffit pour en caractériser un certain nombre. Le démhïtm dorsal s'observe dans l'obésité, dans les maladies aiguës graves et dans les maladies adynamiques et typhoïdes, dans certaines maladies douloureuses, comme le rhumatisme articulaire aigu, la péritonite aiguë, etc. Le décuhitus latéral est généralement d'un bon augure, quand il n'est pas imposé au malade parla nature des accidents qu'il éprouve, mais souvent il est le symptôme d'une situation grave. On l'observe dans la pleurésie aiguë avec épanchement très-considérable; il a lieu à droite si l'hydrothorax occupe le coté droit, et à gauche, au contraire, s'il occupe la plèvre gauche. Ce dernier décubitus se rencontre également dans les hypertrophies du cœur et dans l' hydropéricarde, dans les grosses tumeurs de la rate et dans les tumeurs du ventre, kystes ou autres qui se développent dans le côté gauche de l'abdomen.

L'attitude assise et permanente est le signe de l'asthme, de l'emphysème pulmonaire, de l'hydrothorax avancé, de la phthisie à sa dernière période et de toutes les graves maladies du poumon et du cœur. C'est ce qu'on appelle l'orthopnée.

Il est toujours fâcheux de voir les malades s'obstiner à changer l'attitude horizontale du lit pour se lever ou s'asseoir, et il est rare que ce ne soit pas là un signe de mort. Il en est de même de ceux qui, étant sur le dos, jettent souvent les bras loin du corps et tiennent les extrémités inférieures écartées ou fléchies en changeant perpétuellement de place. Ce phénomène, qui annonce une grande perversion des forces, est connu sous le nom de jactilalion. C'est encore une chose très-grave que de voir les malades placés dans le décubitus dorsal couler au pied de leur lit, quoi qu'on fasse pour les remettre sur leur oreiller. Quelques maladies modifient à leur manière ledécubitus dorsal; ainsi, dans la suffocation du croup et des autres maladies du

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larynx, les enfants couchés ont la tête renversée en arrière; dans la contracture essentielle, les malades restent couchés avec les mains sur le ventre, leurs doigts roides et rapprochés les uns des autres ; dans la catalepsie, ils sont immobiles, et, dans le tétanos, en môme temps qu'il y a contracture des mâchoires, ou tiisînus, de temps à autre de vives secousses douloureuses dans les membres donnent lieu à des roideurs musculaires très-prononcées.

Chez quelques malades, l'attitude est toute différente, et le décubitus a lieu sur le ventre. C'est ce qui arrive dans la colique de plomb, dans la colique sèche ou nerveuse, dans les violentes douleurs de la colique néphrétique, etc.; mais ce phénomène, assez généralement de courte durée, cesse avec les douleurs. On observe quelquefois, dans ces différentes maladies, l'attitude momentanément verticale, immobile, demi-fléchie, le haut du corps incliné en avant, avec application des mains sur le ventre.

L'attitude peut encore être modifiée par une foule de maladies et de difformités. L'inclinaison de la tête sur le cou s'observe dans le torticolis rhumatismal, et à la suite d'une carie des vertèbres. Les gibbosités annoncent le rachitisme, la carie vertébrale ou une simple rétraction musculaire; il y a une attitude horizontale particulière, dans laquelle le bassin, légèrement incliné sur le côté, et la cuisse correspondante à moitié fléchie, indiquentune maladie delà hanche, etc., etc.

SIGNES FOURiNIS PAR LE VOLUME DU CORPS.

L'augmentation de volume du corps peut avoir lieu d'une manière générale ou locale, par suite de l'accumulation de graisse, de gaz ou de liquides dans les tissus, et par suite de l'hypertrophie de certains organes.

L'accumulation de graisse, connue sous le nom d'obésité ou de polijsurcie, est une disposition bien commune, qui gêne la plupart des fonctions, et qui, dans certaines circonstances, peut occasionner la mort, ainsi que je l'ai vu sur une jeune iille de dix-sept ans couchée dans les salles de M. Rostan à l'IIôtel-Dieu. C'est une maladie dont on ne connait point les causes.

L'augmentation de volume du corps, produite par l'accumulation des gaz, a ordinairement lieu à la suite d'une communication accidentelle du ])oumon ou du larynx avec le tissu cellulaire sous-cutané, après une blessure ou une rupture de ces organes ; on l'observe également après certaines plaies gangreneuses, dont les liquides en fermentation produisent des gaz qui se répandent dans le tissu cellulaire du voisinage. H est facile d'en reconnaître la cause au moyen de la près-

SIGNES FOLTuMS l»AR U: VOLUNiE DU CORPS. 763

sion des doigts, qui détermine une crépitation fine très-abondante.

Lorsque l'augmentation a lieu par suite de rinfdtralion des liquides et principalement de sérosité, Yanasarque ou V œdème qui en résultent se reconnaissent à la mollesse et à l'empâtement des tissus, qui conservent l'empreinte de la pression des doigts sans faire entendre de crépitation. Ce sont des phénomènes de nature très-complexe. L^anasarque indique, soit un trouble de la perspiration cutanée, soit plus ordinairement la diminution de l'albumine du sang ou la présence d'obstacles considérables à la circulation dans le foie ou dans le cœur. Il s'observe dans la néphrite albumineuse, dans les cachexies, dans la comalescence de la scarlatine, dans les maladies du cœur et de l'aorte, dans la cirrhose générale, etc. L'œdème se rattaclie aux mêmes causes, et de plus s'observe dans les inflammations locales et dans les obstacles au retour du sang veineux vers le cœur. Il accompagne férysipèle, le pldegmon dans la variole, dans la phlegmatia alba dolens , dans les maladies des organes qui compriment les vaisseaux des membres, etc.

Dans certains cas enfin, l'augmentation de certaines parties du corps est le résultat d'une hypertrophie partielle des tissus, notamment de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. L'éléphantiasis tuberculeux des Grecs, et l'éléphantiasis des Arabes, quoique d'une apparence trèsdifférente, sont surtout caractérisés par l'augmentation considérable du volume des parties affectées.

La diminution de volume du corps constitue l'amaigrissement ou l'atrophie des membres et de certains tissus. C'est également un phénomène général ou local.

L'amaigrissement constitué par la résorption de la graisse et l'atrophie du tissu musculaire est très-fréquent dans les maladies aiguës et chroniques. Quelquefois très-rapide, comme dans le choléra, à cause des abondantes évacuations gastro-intestinales, il est, chez d'autres malades, assez lent à se produire. C'est le signe d'un trouble profond de la nutrition causé par un état général grave.

Dans quelques circonstances, l'amaigrissement est localisé au tissu musculaire de certaines régions, principalement des mains et des membres supérieurs. C'est une atropliie des muscles qui les fait dispaïaître en grande partie. Cet amaigrissement plus ou moins marqué, signe d'une altération des nerfs et des racines racliidiennes, a été désigné par M. Cruveilliier sous le nom d'atropliie musculaire progressive. L'inspection seule des parties amaigries suffit pour faire reconnaître la nature de l'état morbide.

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SIGÎs'ES FOfHlNIS PAR l'ÉTAT GÉNÉRAL DE LA PEAU.

La coloration de la peau offre des nuances infiniment variées, dans l'état naturel, selon les climats, le sexe, l'âge, le tempérament, les passions, les occupations habituelles, etc., et il n'y a peut-ôlre pas chez l'adulte deux visages dont le teint soit absolument semblable. Cependant, à ces colorations diverses, en rapport avec l'état de santé, il faut en ajouter un certain nombre d'autres qui présentent des caractères particuliers propres à l'état de maladie.

La peau est généralement rosée dans la pléthore et dans l'état fébrile, dans la fièvre inflammatoire et au début des fièvres éruptives. Elle est uniformément rouge dans la scarlatine, rouge granité dans la rougeole et dans l'érythème simple; elle offre des taches rouges avec tuméfaction circonscrite dans l'érythème noueux, des surfaces rouges plus ou moins étendues dans le coup de soleil et dans l'érysipèle, des plaques rouges avec eynpâtejnent considérable dans le phlegmon, des taches rouges blanchâtres au centre dans l'urticaire et les piqûres de punaise, etc., etc. Ces rougeurs ont quelque chose d'aigu et sont accompagnées d'une certaine chaleur cutanée. Elles disparaissent momentanément sous la pression du doigt et reviennent aussitôt que la pression a cessé. Quelques-unes cependant, comme celle de la scarlatine, disparaissent pendant quelques minutes sous l'influence du frottement, et la rayure du doigt produit une raie blanche assez longtemps visible. J'ai pu écrire de cette façon, en traces blanches, le nom d'une malade sur la peau de l'abdomen. En règle générale, toutes les fois que, dans une éruption ou dans une maladie aiguë, la rougeur de la peau cesse subitement, sans cause apparente, le pronostic devient trèsgrave et il y a danger de mort.

La coloration rouge noirâtre partielle s'observe dans les ecchymoses, suite de contusion ou de scorbut, et dans les héinorrhagies, cutanées qui constituent les pétéchies des fièvres et les taches du purpura hemorrhagica.

Il y a une teinte rouge livide qu'on observe dans le frisson, dans le scorbut, dans certaines maladies adynamiques, dans les maladies du cœur et dans la plupart des affections chroniques de l'intestin. Lorsque cette teinte livide passe au bleu ou au violet bleuâtre, ce qui arrive dans certaines maladies du larynx, du poumon et du cœur, dans le choléra, etc., on dit qu'il y a cyanose. C'est une coloration qui est due, soit au mélange des sangs artériel et veineux, soit à la gène de la circulation pulmonaire ou à l'absence d'hématose, (^est à cette dernière influence qu'il faut rapporter la cyanose cholérique, qui a pour siège principal le visage et l'extrémité des membres.

SIG>E» FOURîsIS PAR l'ÉTAT GÉ.NÉRAL DE LA PEAU. 765

La coloration rouge du visage peut être intermittente, et, si l'on étudie avec soin la forme sous laquelle elle se présente, on verra qu'il est possible d'en tirer un signe important pour le diagnostic et pour le pronostic. Ainsi, dans les affections cérébrales aiguës de l'enfance, qui sont presque toujours mortelles, on observe une coloration subite, fugitive et intermittente, à courtes périodes, qui est très-caractéristique.

La pâleur de la peau n'est pas moins importante à étudier que les autres colorations de cet organe. Blême ou blafarde dans le frisson des fièvres intermittentes, la peau est pâle mate dans les scrofules, dans l'anémie hémorrhagique ou spontanée, dans certaines maladies chroniques; elle est pâle jaunâtre ou verdâtre dans la chlorose, et il y a en même temps décoloration des lèvres et des ongles. On la trouve pâle et sale, terreuse, dans les maladies chroniques de l'intestin ou des poumons, et cela résulte des matières salines déposées chaque jour à la surface du corps par la perspiration sensible ou insensible. A cette teinte pâle se rattache la couleur blanche mate, partielle, observée même chez les blancs dans une maladie appelée vitiHyo. Le pigment disparaît, et il en résulte des taches blanches plus ou moins étendues, trèsdifférentes par leur aspect de la coloration blanche rosée des téguments voisins. Si la maladie occupe une partie du corps couverte de poils, ceux-ci sortent blancs comme les cheveux d'un vieillard. J'ai ainsi connu un jeune homme qui avait les sourcils et la barbe du côté droit entièrement décolorés, tandis que les poils du côté opposé de la figure étaient noirs.

La coloration jaune connue sous le nom d ictère s'observe soit d'une façon passagère au début des maladies aiguës, soit d'une façon plus permanente dans la fièvre jaune, dans les maladies bilieuses, dans les maladies des conduits biliaires et dans les altérations organiques du foie. On en distingue la nature parce qu'elle occupe en même temps les conjonctives et la face inférieure de la langue. Elle est due au passage de la matière colorante de la bile dans le sang et se présente sous forme (\c jaune citron ou de jaune veixl dire foncé, tirant sur le vert.

Une coloration jaune, mais de nuance différente, est la ie'mle jaune paille des cachexies, et particulièrement du cancer à sa dernière période. Elle tient le milieu entre la pâleur de l'anémie et la teinte jaune de l'ictère : sa cause est inconnue.

Il y a enfin une variété de teinte jaune tirant sur la couleur du bronze, et qui a reçu le nom de couleur bronzée. C'est, d'après Addison, le signe d'une désorganisation des capsules surrénales, maladie toujours mortelle. Cette couleur, qui paraitêtre la conséquence d'une accu-

7()G DE LA SÉMÉIOLOGIE.

miilatioli considérable de matière piginentairc, s'observe mallieureiisement dans quelques cas de phthisie pulmonaire, et elle n'a pas d'importance séméiologique absolue.

La coloration noire de la peau, presque semblable à celle du nègre, a été observée par MM. Chomel et Rostan sur quelques personnes. C'est un fait excessivement rare, dont la cause est restée inconnue. 11 en est de même du seul exemple de coloration bleue avec sueur colorant le linge en bleu signalé par Billard, comme un exemple d'altération des sécrétions cutanées.

Reste enfin à mentionner une dernière variété de coloration des téguments, la teinte ardoisée, bleuâtre, des individus depuis longtemps soumis à l'usage intérieur du nitrate d'argent pour l'épilepsie ou quelque autre maladie nerveuse. C'est une coloration analogue à la cyanose. Elle est la fois superficielle et profonde, indélébile, quoi qu'on fasse pour l'enlever, et elle parait être la conséquence d'un dépôt général d'oxyde d'argent dans les tissus.

La fermeté de la peau augmente légèrement dans les maladies aiguës inflammatoires, lorsqu'il y a augmentation réelle de l'état des forces. Elle augmente d'une façon considérable dans une maladie singulière, de nature à peu près inconnue, désignée sous le nom de sclérème, et qu'on observe à la fois chez l'adulte et chez les enfants nouveau-nés. Alors la peau est pâle, blanchâtre, et dure comme celle d'un cadavre gelé. Un pareil phénomène, en rapport avec des causes différentes, s'observe quelquefois sur les membres inférieurs à la suite de l'inflammation chronique du tissu cellulaire qui environne les varices des jambes.

La flaccidité, la mollesse et la perte d'élasticité de la peau s'observent, au contraire, dans les maladies adynamiques, dans les cachexies et dans les flux de ventre, cholériques ou autres, qui déterminent un amaigrissement rapide. Ce sont en particulier les caractères de la peau chez les enfants atteints d'entéro-colite aiguë ; leurs chairs s'amollissent, et le ph qu'on fait à la peau reste longlemps visible avant de s'effacer.

Des taches et des éruptions variées de couleur différente se produisent dans le cours de certaines maladies.

Des taches miliaires noires, véritables petites ecchymoses, formées de sang inflltré dans la peau, a|)])araissent souvent dans le cours du scorbut, du typhus et de la fièvre typhoïde : ce sont des pétéchies. Klles se développent également à la fin des maladies aiguës, et alors leur présence annonce toujouis une moit prochaine. Elles varient d'ini volume d'une tète d'épingle au volume d'im pois, et, dans quelques cii'constanccs, au heu de taches noires bien circonscrites, ce sont de véri-

SIGNES FOURNIS PAR l'ÉTAT GÉNÉRAL DE LA PEAU. 767

tables ecchymoses brunâtres profondes qu'on observe. 11 faut les rapporter à une altération moléculaire profonde de la librine et des globules du sang.

D'autres taches d'apparence ecchymotique s'observent également, dans les fièvres continues et dans les maladies adynamiques, à la surface du ventre et des cuisses. Ce sont les taclies bleues, ou bleuâtres, généralement assez petites , à peine apparentes et accompagnées d'une légère dépression de la peau.

Il y a aussi des taches rosées, dites lenticulaires à cause de leur petite dimension, et qui sont formées par une petite tache rougeàtre, sans élevure, disparaissant sous la pression du doigt pour revenir aussitôt qu'on a cessé la pression. On les observe sur le ventre, sur la poitrine et plus rarement sur les cuisses dans le cours de la fièvre typhoïde entre le'dixième et le quinzième jour : c'est un des principaux caractères de la maladie.

On observe enfin des sudamina, ou vésicules transparentes, miliaires, excessivement petites, sans changement de couleur à la peau ou avec une petite auréole inflammatoire à la base. Ces vésicules s'observent souvent dans la scarlatine, dite mUïaire, dans la fièvre typhoïde, et dans les maladies aiguës accompagnées de sueurs abondantes. Elles résultent du soulèvement de l'épiderme par la transpiration cutanée.

Les éruptions de la peau sont des plus variées, et, d'après leur forme anatomique, constituent un certain nombre de classes, dans lesquelles on range toutes les maladies cutanées. Ce sont : 1° les exanthèmes, T les vésicules, 3° les bulles, 4° les pustules, o"" les papules. G'' les squames, T les tubercules, et S° les macides.

Les exanthèmes sont des taches rouges plus ou moins étendues, disparaissant sous la pression du doigt , exemples : la roséole, la scarlatine, la rougeole, etc. Dans les vésicules se trouvent les petits soulèvements de l'épiderme par de la sérosité limpide ou purulente; exemple : les sudamina. Les bulles ou phlyctènes se rapprochent beaucoup des vésicules, mais elles en diffèrent par le volume, qui est infiniment plus considérable. Ce sont des vésicules très-volumineuses, exemple : le pemphigus. Les pustules sont de jietites tumeurs liquides remplies de pus, formées à la surface de la peau enflammée, exemple : les pustules de variole, d'acné, etc. Les papules se présentent sous forme de petites élevures solides de la peau, pouvant donner lieu à une petite ulcération, exemple : le prurigo. Les squames sont des accumulations plus ou moins considérables de lamelles épideruiicpies juxtaposées ou accunnilécs les unes sur les autres, exemple : le psoriasis. Les tubercules de la peau sont de petites tumeurs cutané(^s pcr-

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manentes, plus ou moins volumineuses, susceptibles de s'ulcérer au sommet, exemple : l'éléphantiasis des Grecs, les tubercules syphilitiques, etc. Les macules enfin sont des colorations anomales rouges ou blanches du derme, sans trouble général de l'économie, exemple : le leucoma, lesnsevus pigmentaires ou taches de vin, etc. Ces différentes classes de maladies de la peau reposent exclusivement, comme on le voit, sur la forme extérieure , et elles comprennent un très-grand nombre de genres, d'espèces et de variétés, que l'étude approfondie de la matière seule peut faire connaître, sans qu'il soit nécessaire de les indiquer ici.

La peau offre encore un certain nombre d'altérations visibles à l'extérieur, et qui peuvent fournir un certain nombre de signes diagnostiques. Ce sont les plicatiires, les tumeurs, les gerçures, les excoriations, les ulcères, dont les apparences variées méritent d'être examinées avec soin. On y trouve quelquefois des caractères d'une haute importance. Ainsi les plicatures permanentes de la peau, produites par les plis des draps, indiquent la bouflissure des téguments ; les tumeurs dures ou fluctuantes annoncent l'état solide ou liquide de leur contenu ; les tumeurs pulsatiles ou animées d'un mouvement vibratoire dépendent d'une maladie des artères; la forme d'un ulcère révèle en partie sa nature, etc., etc.

La température de la peau est très-variable dans l'état de santé et dans l'état de maladie. Elle n'est pas toujours en rapport exact avec la température des parties profondes, et elle diffère, chez le même individu, pour les différentes régions du corps et d'après la température extérieure.

Il y a, comme on sait, une température profonde et une température superficielle du corps, l'une assez constante, que l'on mesure à l'aisselle ou dans la bouche et dans le rectum ; l'autre, au contraire, trèsvariable, et qui est facilement modifiée par les changements de la température extérieure. La première a été fixée en moyenne à 37^ centigrade, par MM. Andral et Gavarret, tandis que l'autre varie selonles différent(;s régions du corps, et ne s'élève guère au delà de 50^ et o2".

Ainsi que l'ont démontré M3L Bouillaud, Andral et Gavarret, la température profonde s'élève constamment dans l'état fébrile, et elle atteint les chiffres de oS\ & et même 47)'^ centigrade. (Test un fait général confirmé par toutes les observations ultérieures, et ou l'observe dans toutes les inflammations, dans toutes les lièvres, même dans le clioléra, dans le frisson le plus intense des fièvres intermittentes, et, d'après M. Doyère, dans toutes les agonies jusqu'au moment de la mort. La température s'abaisse, au contraire, dans les cachexies

non fébriles, dans les entérites et dans les pneumonies atoniques, sans fièvre de l'enfance, dans le sclérème, et alors elle tombe à oF, 28" et même quelquefois jusqu'à 22" centigrade.

La température superficielle s'élève aisément par l'action de la chaleur artificielle, sous l'influence de l'excitation du système nerveux, et sous l'influence de l'inflammation des tissus. Hunter a constaté une notable augmentation de la chaleur des parties enflammées, et c'est une observation que chacun a pu faire dans l'érysipèle, dans le phlegmon et dans les phlegmasies des organes creux. Une \ive émotion, l'ardeur au travail, l'excitation amoureuse, exagèrent de beaucoup la température superficielle de la peau, sans doute par suite de la surexcitation nerveuse. Ce qui le prouve, c'est que certaines opérations faites sur le système nerveux du grand sympathique augmentent la température des parties voisines; ainsi Claude Bernard, coupant sur des animaux le filet du grand sympathique qui joint le ganglion cervical supérieur à l'inférieur, détermine dans tout le coté correspondant de la face et dans l'oreille une élévation de 5 à 5 degrés centigrade qui dure plusieurs jours. La piqûre de la moelle à Torigine du pneumo-gastrique produit un semblable résultat sur la température des reins et du foie. La blessure des nerfs de la vie de relation produit un effet contraire, et elle abaisse la température des parties correspondantes.

La température superficielle de la peau s'abaisse sous l'influence du froid, et d'une façon naturelle spontanée chez tous les sujets débiles, pâles et affaiblis. Alors les extrémités sont toujours froides et impossibles à réchauffer par les moyens ordinaires. Elle s'abaisse également, dans l'agonie, aux extrémités des membres et sur le visage; au début de la gangrène des membres, dans le frisson des maladies aiguës et des lièvres intermittentes, chezles enfants nés avant terme, etc. M. Edwards a trouvé une température de 25 à 26 degrés sur un membre dont l'artère principale venait d'être liée pour un anévrisme, la température à 27 degrés tomba, dix minutes après l'opération, à 24, et à 25 au bout d'une demi-heure. Dans le choléra, le thermomètre peut descendre, placé dans la main, à 18, 20 et 26 degrés centigrade. On retrouve le pareil phénomène, mais beaucoup moins sensible à la surface des membres paralysés où la température est de un à deux degrés inférieure à celle des membres sains.

SIGNES FOURNIS PAR l'eXAMEN DE LA FACE EN GÉNÉRAL.

Si l'étude de la physionomie des malades est de la plus haute importance pour le diagnostic, elle ne sert pas moins au pronostic, car

I). — UTIIOI.. CÉN. 41)

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un coup d'œil suftît souvent pour juger les changements heureux ou funestes opérés d'un jour à l'autre dans les maladies. Sous ce rapport, la couleur du visage, sa température, l'expression et l'embonpoint de cette partie, méritent d'être signalés.

La coloration rouge couvrant également toute la face s'observe dans la pléthore, dans l'état fébrile intense, dans les fièvres inflammatoires, dans les angines, et dans les maladies des organes respiratoires où se montre la dyspnée. Bornée aux deux pommettes, elle est souvent le signe d'une inflammation lente des poumons, et, limitée à une seule des joues, elle indique ordinairement la pneumonie du côté où existe la rougeur. Son aspect luisant annonce l'érysipèle, et son intermittence à courte période est généralement le signe d'un grand danger. On sait, en effet, que la coloration subite, fugitive et intermittente du visage résulte d'une affection cérébrale aiguë presque toujours mortelle. Il y a enfin la coloration rouge tachetée de l'exanthème morbilleux, la coloration framboisée générale diffuse de la scarlatine, et la couleur rouge violacée des maladies du cœur, dont les caractères ne peuvent être méconnus.

Au lieu d'être rouge, la peau du visage peut être;;a/^, par suite de l'anémie et de l'appauvrissement du sang. Elle offre ce caractère dans la période de froid des fièvres, dans les cachexies et dans les maladies chroniques, principalement celles des voies digestives; dans la chlorose, dans l'intoxication saturnine ou maremmatique; à la dernière période des maladies cancéreuses, etc.

Elle est jaune dans l'ictère, dans la fièvre et dans les maladies dites bilieuses, à cause du passage d'une certaine quantité de matière colorante de la bile dans le sang. La teinte bronze, au contraire, appartiendrait, d'après Addison, à la cachexie produite par les maladies des capsules surrénales, mais sa cause est inconnue. C'est un fait à vérifier, car il souffre d'assez nombreuses exceptions.

La chaleur du visage est généralement accompagnée de sa rougeur. Jointe à la fièvre et à l'injection vasculairc du globe de l'œil, elle annonce le délire ; au contraire, avec la rougeur et le gonflement des téguments sans fièvre, elle doit faire craindre l'hémorrhagie cérébrale. [.e refroidissement de la face n'a d'importance que s'il est accompagné d'autres phénomènes généraux graves. Alors c'est un des signes précurseurs de la mort.

Le volume de la face augmente dans l'érysipèle, à la période de suppuration de la variole (ît dans l'anasarque. Il se produit, mais d'une façon partielle, dans les fluxions, à la suite de certains polypes des fosses nasales, par les oreillons, etc. Son amaigrissement a lieu dans les maladies cluoniciucs et dans les maladies aiguës, à la suite

d'une diète prolongée ou d'évacuations intestinales très-abondantes.

L'expression de la face dans les maladies est extrêmement \ariable. Elle dépend à la fois de la nature du mal et de la force des individusaffectés. On ne saurait la consulter a\ec trop d'attention, tant sont précieux les indices qu'elle fournit à la science. Malheureusement sescaractères sont aussi difficiles à observer qu'à écrire. Quelques essaisont été tentés par Hippocrate, Stahl, Quelmatz, Thomas Fieni, Cabuchet, Jadelot, et presque tout ce qu'il y avait à dire sur ce point a été dit. Il y a une physionomie ou face vultueuse^ une physionomie typhoïde, une ph'^sïonomie sardonique^ convulsive, imbécile, paralytique, cérébrale, une physionomie grippée^ abdominale, mourante, une phvsionomie cardiaque, pulmonaire, hépatique ^ etc., etc. Comme les passions, la plupart des maladies se révèlent sur le visage par des modifications qui n'échappent pas à un médecin exercé, et que tout le monde, avec le temps, parvient aisément à connaître. Expression, volume, couleur, il y a, dans les modifications de cet ensemble, une foule de caractères dont la signification est de la plus haute importance.

La face est vultueuse lorsqu'elle offre, avec l'éclat des yeux, la chaleur, la rougeur et une faible tuméfaction des téguments. Cela s'observe dans l'état fébrile, dans la fièvre inflammatoire, dans l'ivresse alcoolique, dans la manie aiguë, etc.

La face est typhoïde, c'est-à-dire accompagnée d'une expression de stupeur, lorsque, sans gonflement des tissus, avec un faible degré de rougeur à la peau, elle présente un état réel d'abattement réuni à l'absence de tout éclat dans le regard. C'est la physionomie du typhus, de la fièvre typhoïde et de la plupart des maladies adynamiques.

Le faciès sardoniqne^ convulsif, imbécile, paralytique ou cérébral, traduit au dehors certaines maladies des nerfs ou du cerveau. Le rire sardonique non justifié appartient à la démence et au délire aigu de l'alcoolisme chronique. Les convulsions de la face indiquent la méningite aiguë ou chronique et les tumeurs du cerveau; accompagnées de vives douleurs, elles caractérisent le tic douloureux. 1/hébétude et rimbécillitédes traits annoncent la démence et l'idiotie. On y trouve la paralysie générale ou partielle hémiplégique dans l'hémorrhagic et le ramollissement du cerveau, dans les tumeurs de la durc-mérc et dans certaines affections rhumatismales de la septième paire de nerfs. Toutes ces modifications appartiennent, pour la plupart, à des mahidies céiébrales, et par ce motif constituent en quelque sorte le l'acies cérébral.

La face yrippée se reconnaît à la concentration des traits qui s'ellilent, à la pâleur et à l'abaissement de température des téguments, à l'excavation des yeux et à l'expression d'une profonde soulfiance. Ou

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l'obsene dans la péritonite aiguë, dans le choléra et quelques maladies de l'abdomen, dans les maladies graves aux approches de F agonie, etc. Cette physionomie particulière se rattache à ce que Ton connaît sous le nom de face hippocratique^ justement considérée comme l'indice d'une mort prochaine. « Le nez pincé, les yeux caves, les tempes creuses, les oreilles froides, contractées et retirées ; la peau du front sèche, dure et tendue ; la teinte noirâtre, livide ou plombée du visage; le relâchement des lèvres, » tel est, d'après Hippocrate, l'ensemble des signes qui révèlent l'imminence d'un grand danger.

La pltysionomie cardiaque est caractérisée par la couleur rouge violacée du visage, principalement des conjonctives, du nez, des lèvres et des oreilles, avec dilatation évidente des vaisseaux capillaires cutanés. On l'observe dans la communication du trou de Botal, et dans les maladies du cœur et des gros vaisseaux.

Les maladies aiguës et chroniques des poumons, les maladies delà gorge, les maladies du foie, celles des capsules surrénales, se révèlent aussi par une expression particulière de la physionomie, que l'habitude des malades apprend à connaître et qu'il est assez facile de saisir.

M. Jadelot a prétendu qu'on pouvait établir, d'après l'inspection du visage, des signes suffisamment certains des maladies de la tête, de la poitrine et du ventre; mais, tels qu'ils sont formulés, aucun de ces signes n'a d'importance absolue. Ainsi pour cet auteur il y aurait, dans la physionomie, trois lignes séméiologiques spéciales ou traits morbides principaux. Le premier part du grand angle de l'œil, va se perdre au-dessous de la saiUie formée par l'os de la pommette ; c'est le trait oculo-zygomalique^ indicateur des affections du cerveau ou des nerfs ; le second, nasal, commence à la partie supérieure de l'aile du nez, embrasse dans un demi-cercle plus ou moins complet la ligne externe delà commissure des lèvres, et sur lui vient quelquefois tomber un trait génal venant de la joue : ce trait et son accessoire indiquent les maladies des viscères abdominaux. Enfin un troisième trait, dit labial^ commence à l'angle des lèvres, se perd sur le bas du visage et annonce les maladies du cœur et des organes respiratoires. Ce sont là des assertions encore à démontrer.

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