TROUBLES DU MOUVEME>T. — DE LA PARALYSIE
appréciables dans le cerveau; elle résulte également de troubles nerveux primilifs, dont la cause matérielle est inconnue, comme dans le cas d'impression morale ou de l'action des poisons sur l'économie. De là, différentes sortes de paralysies : les paralysies essentielles et sympathiques, les paralysies musculaires ou mijoijéuiques^ et les paralysies symptomatiqnes d'une lésion matérielle développée dans le cerveau et dans les nerfs.
Paralysie essentielle et sympathique. — Des paralysies sans altération matérielle appréciable se développent assez souvent à la suite des impressions morales, et de la frayeur en particulier, à la suite de l'épilepsie, dans l'hystérie, dans l'hypocondrie, dans l'aliénation mentale, principalement sous forme d'hémiplégie, de paralysie générale, de paraplégie, de paralysie faciale, d'anesthésie, etc.; et elles affectent tantôt le mouvement, tantôt la sensibilité, et, dans quelques circonstances, la sensibilité et le mouvement à la fois. Elles se présentent à l'état de paralysie généralisée occupant tous les muscles des membres et de la tête, ou à l'état de paralysie partielle bornée à la face, à un seul côté du corps frappé d'hémiplégie ou aux membres inférieurs avec le caractère des paraplégies. Simulant une maladie de la moelle, ces altérations du mouvement peuvent guérir et quelquefois elles disparaissent subitement comme elles sont venues, sous l'influence d'une grande émotion, frayeur, ou par le fait d'une confiance exagérée dans l'action de certains remèdes prônés avec enthousiasme.
Entre toutes, la paralysie générale progressive offre des caractères particuliers d'une haute importance. Bien qu'on ait cru devoir la considérer comme symptomatique et comme sous la dépendance de la méningo-encéphalite diffuse, elle me paraît devoir être rapportée aux paralysies essentielles sympathiques, car ce que M. Canneil a dit des altérations méningées a besoin d'être confirmé, et dans la plupart des cas on ne trouve, après la mort, aucune lésion appréciable du cerveau.
Cette forme de paralysie débute d'une façon particulière et caractéristique. Un embarras des mouvements de la langue caractérisé par la difficuluté de la parole est le premier symptôme de cette maladie grave, souvent incurable. Viennent ensuite, progressivement et lentement, de la faiblesse dans les membres et dans les organes dos sens, le trouble des facultés intellectuelles porté à l'état de folie aiguë, l'augmentation des phénomènes paralytiques, et, au bout de plusieurs années, la démence et la mort avec paralysie complète, inconlinerice des urines, des matières fécales, et tout ce qui résulte de celte dégoùlanie infirmité.
Les paralysies générales ou partielles, qui résultent de Vurliou
816 DE lA SÉMÉIOLOGIE.
des poisons, sont l'effet sympathique d'une altération du sang plutôt que d'une altération de la substance cérébrale et de la substance des tubes nerveux. En effet, les nécropsies n'ont jamais rien fait découvrir, dans ces circonstances, qui soit de nature à rendre compte des phénomènes paralytiques. Aucune déchirure, aucun tiraillement des fibres, aucun changement de texture, n'ont été signalés. Ces paralysies résultent d'un trouble dynamique essentiel des fonctions du système nerveux, qu'on pourrait attribuer également à l'effet sympathique de l'altération du sang, puisqu'il est certain que, dans les empoisonnements, ce liquide subit une altération plus ou moins profonde. On les observe dans les organes des sens et dans les muscles volontaires limités à un certain nombre d'entre eux. 11 y a une surdité produite par l'usage immodéré du sulfate de quinine. L'amaurose est la conséquence de l'intoxication par le plomb, et l'insensibilité de la peau, c'est-à-dire l'anesthésie, est produite passagèrement par l'éther, le chloroforme, l'oxyde de carbone, l'amilène, etc., ou d'une façon permanente par le plomb, l'arsenic, etc. Quant aux paralysies du mouvement occasionnées par les substances toxiques, ce sont : les paralysies des extenseurs de la main dans l'intoxication saturnine^ la paralysie déterminée par le phosphore et par l'arsenic, la paralysie spéciale du curare et de la nicotine, la paralysie incomplète des membres supérieurs sous l'influence prolongée de l'action du mercure, etc. On n'a guère étudié les paralysies produites par la nicotine, le curare et le phosphore que sur les animaux, mais les résultats n'en sont pas moins intéressants. J'ai plusieurs fois observé, sur des rats, une véritable paraplégie après leur empoisonnement par la pâte phosphorée, et, sur les animaux empoisonnés parle curare et la nicotine, on observe dans la contractilité musculaire et dans l'action nerveuse des modifications importantes. Claude Bernard Fa démontré : le curare éteint rapidement et complètement les propriétés sensitives et motrices du système nerveux. Cinq minutes après l'empoisonnement d'une grenouille, les mouvements réflexes sont abolis et Yexcitation yalvanique des nerfs ne produit aucune contraction musculaire, tandis que V excitation galvanique des muscles les fait contracter. D'autres phénomènes s'observent après la mort par nicotine; l'excitation galvanique ne peut rien sur les muscles, dont les mouvements sont abohs. 11 en résulte que le curare paralyse le système nerveux sans paralyser l'action musculaire, et la nicotine, au contraire, détruit à la fois la contractilité musculaiic et la force nerveuse.
La paraplégie produite par l'arsenic s'observe chez les animaux et