TROUBLES DU MOUVEMENT. DE LA SYNCOPE
(( Tant que le cœur est en mouvement, le corps sera en vie, cela est incontestable. Aussi la première recherche que l'on doit faire auprès d'un homme réputé mort, c'est, d'après Louis, de lui tàter le pouls, cl j'ajouterai, pour compléter la pensée, d'ausculter son cœur.
« C'est en vain qu'on chercherait dans la science un seul
fait avéré, capable d'étabUr la possibilité de la persistance de la vie après la cessation des battements du cœur à l'oreille. Je n'en ai point trouvé, et j'oserai préjuger assez de l'avenir pour croire à l'impossibihté d'une pareille découve rie ^ »
A l'appui de notre manière de voir, nous ne voulons seulement citer <|ue deux exemples cliniques ; mais ils sont très -bien tranchés. Dans la nuit du 17 avril 1842, 1^1. le docteur Pidoux vint me demander assislance pour sauver un homme, jeune et vigoureux, qui avait l'artère brachiale entièrement divisée, et qui était menacé de périr d'hémorrhagie. Nous ne pûmes réussir à faire la ligature des deux extrémités de l'artère dans la plaie. Un seul bout fut lié, mais il nous fut impossible de trouver le bout supérieur, rétracté dans les chairs. Pendant ces recherches, et après une perte de sang considérable impossible à apprécier^, il y eut plusieurs syncopes fort graves. Le blessé était l)rivé de coimaissance, insensible aux excitants, blanc comme le marbre, presque entièrement refroidi, sans respiration, les pupilles contractées connue dans l'agonie, dans un tel état enfin, que la mort paraissait imminente à nos yeux, et probable pour les assistants, dont les murmures commençaient à se faire entendre. Inquiet du résultat de cette situation, j'examinai le cœur; ses pulsations étaient imperceptibles à la main, mais il continuait à se mouvoir et à se faire entendre à de longs intervalles dans la profondeur de la poitrine.
La vie était conservée, mais il n'y avait pas de temps à perdre. Notre parti fut aussitôt pris, et, sans consacrer plus de temps à la recherche de l'ouverture supérieure du vaisseau divisé, nous fîmes en quelques secondes la ligature de l'artère brachiale, au niveau du tiers inférieur du bras. Celle opération fut aussi facile que sur un cadavre, où l'on reconnaît chacun des tissus qu'on divise, sans être gêné par le
' Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les entcrremoils prémiilurés, par E. liouclmt, 1849, pages OU et GO. Ouvrage couronné par l'Institut de France.
* Le sang avait successivement imbibé la cliemise du malade, qu'on ;:vait serrée autour de sa blessure, une chemi.se de femme, un jupon de toile blanche, les grands rideaux de peicalo de deux fenêtres et un drap de lit qn(; Ton avait surajoutés. Le poids de tous ces linges ensanglantés était énorme et peut donner une idée de Tabondance de cette hémoniiagie.
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sang. Ici nul écoulement sanguin ne vint contrarier notre recherche, nous n'eûmes pas même besoin d'éponger la plaie ; le blessé était blanc, ses capillaires étaient vides, et il n'y avait plus de sang que dans les gros vaisseaux artériels. Le malade a guéri, et il a été visité dans sa convalescence par M. le professeur Moreau, qui avait quelques relations avec lui et qui a été comme nous fort surpris de ce résultat.
Quoi qu'il en soit, on peut dire que jamais une syncope ne fut plus complète ni mieux caractérisée que chez le malade dont il vient d'être question; il est même rare d'en observer d'aussi graves ^
Cliez tous les malades pris de syncope qu'il m'a été donné d'observer, les mouvements du cœur étaient ralentis et a valent perdu leur impulsion et leur force habituelles.
a Les uns conservèrent le pouls, extrêmement réduit, et l'on pouvait saisir à la région précordiale, avec la main et avec l'oreille, les mouvements des ventricules. D'autres, dont le pouls avait disparu, conservaient encore les battements précordiaux faiblement appréciables avec la main. Enfin, un bien petit nombre ne m'a offert ni pouls ni impulsion précordiale sensible au toucher, mais seulement des contractions du cœur perceptibles à l'oreille. Lorsque la syncope est complète, comme chez les malades de cette dernière catégorie , et nous n'en avons observé que deux, les pulsations du cœur sont très-faibles et très-sourdes, elles sont ralenties et se répètent à des intervalles inégaux; on n'entend plus qu'un simple battement toutes les deux ou trois secondes, mais enfin ce mouvement existe, et il empêchera toujours de prendre l'état de mort apparente de la syncope pour la mort réelle ^ »
Le deuxième exemple est celui-ci; je le dois à l'obUgeance d'un de mes amis, M. Routier. Il est relatif à une jeune fille qui eut une violente attaque d'hystérie, et qui tomba dans un état syncopal fort grave. Il a été recueilli à l'hôpital Beaujon, dans le service de Martin-Solon.
Cette jeune fille, âgée de dix-neuf ans, mal réglée, ayant habituellement un léger bruit de souffle dans les carotides, avait déjà eu plusieurs pertes de connaissance de courte durée. Ce jour-là, sans aucun symptôme précurseur, elle tomba sans mouvement et sans cris sur le carreau de la salle, les traits non altérés, la peau du corps insensible à tous les excitants, de même que la conjonctive et la muqueuse nasale, les membres dans la résolution la plus complète, et les sens entièrement fermés aux impressions extérieures.
* Ouvrage cité, p. 05, 04 et 05.
- Loc. cit., ]). 00 et 07.