TROUBLES DU MOUVEMENT. — DE LA SYNCOPE
La pupille était légèrement dilatée et insensible à la lumière. L'éther et Fammoniaque ne produisaient aucun effet sur la muqueuse olfactive, les sons ne parvenaient plus à l'oreille, et la douleur que durent causer des piqûres, des pinçons, et l'excitation de la peau par des sinapismes, ne put réveiller le système nerveux engourdi. La malade ne poussait aucun cri et ne faisait aucun mouvement. On l'aurait crue morte, si de temps à autre une inspiration presque imperceptible (8 par minute) et la persistance de battements du cœur à l'auscultation (08) n'eussent démontré la persistance de la vie dans ce corps privé d'intelligence, de mouvement et de sensibilité.
Au bout d'une heure, la malade n'avait pas encore fait de mouvement, et 10 centigrammes de tartre stibié, qu'on fit alors couler dans l'estomac, ne produisirent aucun résultat. On attendait toujours, lorsqu'un assistant s'avisa de porter le doigt dans l' arrière-gorge, ce qui occasionna des nausées, des vomissements et le retour à la vie.
« Enfin, quand, sur des animaux, on détermine, par la soustraction du sang, les symptômes de la mort apparente par syncope, on arrive à diminuer le nombre et la force des battements du cœur, mais on ne peut réussir à les suspendre et à faire disparaître leurs bruits sans occasionner la mort ^ »
L'invasion de la syncope est tantôt soudaine et tantôt annoncée par des signes prodromiques, tels que : malaise, anxiété, vertiges, tintements d'oreilles, obscurcissement de la vue, obtusion des idées, bâillements, nausées, efforts de vomissement, perte du sentiment et du mouvement et diminution de la force et de la fréquence des battements du cœur.
A ces premiers symptômes "succèdent la pâleur de la face, la décoloration des lèvres, le refroidissement des extrémités, l'anéantissement de la mémoire et de l'intelligence, l'apparition d'une sueur visqueuse sur la peau, le défaut de contraction musculaire, l'affaissement du corps. Dans quelques cas assez rares, il y a émission involontaire de l'urine et des matières fécales.
La syncope n'a, dans la très-grande majorité des cas, qu'une durée éphémère. En effet, à peine quelques secondes ou une ou deux minutes se sont-elles écoulées, que les malades rouvrent les yeux et recouvrent le plein exercice de leurs fonctions physiques et morales, mais ils conservent encore pendant quelques instants de la stupeur, de la courbature et de l'oppression. On a parlé de l'inexprimable bienêtre et des sensations délicieuses qu'éprouvaient certains individus en reprenant, après une syncope, l'usage de leurs sens, et on a eue a
* E. Boiichut, ouvrage cité, p. 09.
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l'appui de celte assertion le récit de Montaigne^ et la narration de J. J. Rousseau*; mais nous nous contenterons ici de signaler le fait sans y ajouter d'importance.
La terminaison de la syncope est très-rarement mortelle. Le professeur Récamier a rapporté dans sa Clinique l'observation fort intéressante d'une jeune femme qui, après avoir été affectée d'une syncope longtemps prolongée, parfaitement bien revenue à elle-même pendant quelques heures, s'affaissa tout à coup et mourut. A l'autopsie, on trouva un gros caillot lîbrineux dans le ventricule gauche. Rouet et d'autres auteurs ont cité des cas analogues.
JjB syncope peut revenir périodiquement. C'est ainsi que Bacon était une fois par mois sujet à cet accident. On l'a vue aussi constituer l'une des formes les plus graves de la fièvre pernicieuse, et Winslow, cet anatomiste que l'on a prétendu avoir été enterré deux fois vivant, a fourni un exemple de fièvre pernicieuse syncopale.
Chez les individus morts par syncope, on trouve d'abord toutes les lésions dépendant des maladies dans le cours desquelles elle s'est produite, puis de l'affaissement et de l'engouement des poumons, ainsi que quelques caillots dans le cœur et dans les vaisseaux.
Les causes de la syncope sont extrêmement nombreuses. Parmi les causes prédisposantes, nous citerons la faiblesse générale, l'adynamie qui succède à une longue maladie, les circonstances morbides qui abattent les forces, le sexe féminin, le tempérament nerveux, la grossesse, les maladies du cœur, des prédispositions particulières de nature inconnue, l'état puerpéral. En 1852, M. Robert a rai)porté, dans \e Bulletin général de thérapeutique, trois cas de syncope mortelle chez des femmes nouvellement accouchées.
Si nous examinons maintenant les causes occasionnelles, nous voyons ([uc Sauvages n'en admet pas moins de trente-deux espèces, et encore les lypothimics forment-elles un ordre à part; que CuUen divise la syncope en idiopatkique^ ou cardiaque, et en symptomatique d'une affection d'un autre organe que le cœur ou d'un état général; que J. P. Frank la fait dépendre d'une altération locale (cœur ou gros vaisseaux), ou d'une affection générale, soit asthénique, soit hyperslhénique; que Sénac enfin décrit trois ordres de causes, suivant qu'elles ont leur siège : l"" dans le cœur, 2^ dans les vaisseaux, 3° dans les nerfs, <nixquels il ajoute, comme appendice, des circonstances particulières 'troubles de l'estomac, lésions du foie]. 11 est très-vrai que la syncope
' Essais, p. 153. 1588.
"^ l-cs Rêveries, deuxième pionicnadc.