‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 170 sur 212 · TROUBLES DU MOUVEMENT. — DE L\ CONTRACTURE · texte numérisé non relu

TROUBLES DU MOUVEMENT. — DE L\ CONTRACTURE

être appréciée que par l'étude des autres phénomènes qui les accompagnent.

Dans la méningite, elles viennent à la dernière période, après des vomissements, de la constipation et une lièvre prolongée. Dans Fhémorrhagie cérébrale ou méningée, elles succèdent à une perte de connaissance ou à une paralysie musculaire de quelques heures ou de quelques jours, et, s'il y a fièvre, elles indiquent un commencement d'encéphalite. Celles qui accompagnent les tumeurs du crâne et du cerveau, les hydatides des méninges, etc., sont toujours précédées de troubles variables plus ou moins marqués de l'inteUigence, du sentiment et du mouvement, etc.

En résumé, les convulsions sont de trois espèces : essentielles, quand elles ne dépendent d'aucun trouble matériel appréciable ; sympathiques, quand elles signalent l'invasion d'une maladie ou d'un trouble organique éloigné du cerveau et de la moelle; symptomatiques enfin, quand une altération de l'appareil cérébro-spinal el nerveux les engendre.

Elles sont toniques ou doniques; qénéiales ou partielles; apyrétiques ou fébriles; intermittentes ou continues ; permanentes ou passayères^ suivant leur nature et l'intensité du trouble qui les produit; initiales et primitives ou secondaires : celles-ci sont infiniment plus dangereuses et dépendent généralement des maladies des méninges et du cerveau.

§ IV. De la contracture.

La contracture est une convulsion d'apparence toute particulière, caractérisée par la contraction tonique, permanente et douloureuse des doigts ou des membres chezl'adulte et chez les enfants. Elle existe comme névrose ou comme symptôme des maladies de l'encéphale et des nerfs. C'est une sorte de tétanos local signalée par tous les médecins; mais son étude, comme maladie essentielle, a été faite par Dance, Corvisart, Delpech, etc. C'est le symptôme d'un grand nombre de maladies.

Il y a des contraclures occasionnées par une lésion organique (hi cerveau, par une inllammation aiguë ou chronique des méninges, par une altération des troncs nerveux el des parties constituantes d'un membre, etc., ce sont les contractures symptomatiques. Quant aux contractures sans lésion appréciable de la substance nerveuse causées par un poison, par la maladie d'un viscère, par le froid ou par une cause entièrement inconnue, ce sont des contractures essentielles, sympathiques ou réflexes.

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Je parlerai d'abord de la contracture essentielle, afin de faire connaître les caractères de l'état convulsif.

La contracture idiopatliique, sympathique ou essentielle, c'est-à-dire celle qui se montre en dehors de toute altération du cerveau et des nerfs, se montre dans l'enfance, quelquefois chez l'adulte, comme je l'ai vu si souvent dans la convalescence du choléra, de la fièvre typhoïde et des maladies aiguës, ainsi qu'il résulte des observations de Delaberge, de Delpech et de Corvisart. Elle est plus commune dans les trois premières années de la vie que dans toute la période qui sépare cet âge de la puberté. Elle s'observe plus souvent chez les enfants que chez les lilles, et chez les enfants nés de parents nerveux, irritables, atteints eux-mêmes de névroses, ou en ayant eu dans leur enfance. Murdoch a vu deux enfants de la même famille atteints de contracture. Elle se développe en hiver et sous l'influence du froid, ce qui indique sa parenté avec le rhumatisme. Elle a des alternatives nombreuses, elle existe par moment et disparait, elle récidive même après être restée assez longtemps absente pour qu'on ait cru à sa guérison. Enfin, dans les cas où elle constitue une névrose sympathique, c'est pendant le travail de la dentition, chez les sujets atteints des vers intestinaux, de convulsions essentielles, de phréno-glottisme, de convalescence de la fièvre typhoïde, du choléra, de la rougeole et de différentes maladies aiguës qu'elle se développe; à cette classe appartiennent les contractures délerminées par certains poisons, et en particulier par ceux qu'on retire de la famille des strychnécs.

C'est quelquefois une névrose rhumatismale occupant un ou plusieurs muscles tléchisseurs des membres, de manière à déterminer leur contracture tonique, permanente et douloureuse. C'est une rétraction myogénique, bornée à quelques muscles isolés des membres, soit les interosseux, soit les flécliisseurs de la main, soit leurs extenseurs, ce qui donne aux membres un aspect tout particulier.

La contracture des extrémités peut être continue ou intermittente. Elle commence ordinairement par l'intermittence; elle est d'abord passagère, fugitive, et c'est au bout de plusieurs semaines seulement qu'elle devient continue et reste permanente. Quand elle est intermittente, elle revient sous forme d'accès plus ou moins douloureux, fréquents et prolongés.

J'ai eu dans mon service, à l'hôpital des enfants(Sainte-Eugénie), une petite fdle qui avait six à huit accès quotidiens de contracture des doigts et des orteils, lesquels duraient une demi-heure, venaient le jour et la nuit, durant le sommeil, qui en était fortement troublé, et qui disparaissaient sans laisser de traces, en laissant l'usagecompleldcs mouvements.

TROUBLES DU MOUVEMENT. DE LA COINTRACTURE. 85i)

La contracture existe ordinairement seule, mais elle peut être accompagnée de tremblement du membre affecté, comme je l'ai vu sur le bras et l'avant-bras gauche d'une jeune fille placée dans mon service d'hôpital et qui n'avait qu'une simple contracture de l'index et du pouce.

Cet état convulsif débute par un ou par les deux membres supérieurs, et par les doigts, où elle peut rester limitée. Elle s'étend quelquefois aux poignets, aux coudes, et se manifeste aussi aux orteils de l'un ou des deux membres inférieurs, puis gagne les pieds, qui sont fortement portés en arrière, les genoux, et très-rarement la hanche. Dans ce cas, le mal, amenant la flexion de la cuisse sur le bassin, simule parfaitement une coxalgie. La contracture se montre quelquefois sur le tronc, qui est renversé, comme dans le tétanos, au cou, et forme le torticolis spasmodique, qu'il ne faut pas confondre avec celui qui détermine une affection ganglionnaire du cou, ou une maladie vertébrale. En effet, j'ai vu un exemple dans lequel on croyait à une contracture essentielle, et ce n'était pas moins qu'une ostéite des vertèbres du cou.

Là où existe la contracture des extrémités, qu'elle soit bornée à quelques muscles, à un seul membre, ou à un grand nombre de muscles sur plusieurs membres, il existe toujours de la douleur au début; cela est surtout évident dans les contractures intermittentes et passagères, i^lus tard, quand la contracture est permanente, la douleur disparaît complètement. Cette douleur augmente quand on veut redresser ces parties contracturées, ou si, quand elles ont disparu, on presse sur le trajet des nerfs du membre pour les faire revenir.

Les parties contracturées sont roides et les extrémités des membres toutes déformées. Les poignets sont demi-lléchis et les doigts rapprochés en pointe, tenant le pouce collé sur l'annulaire. Aux pieds l'extension est considérable et les orteils fortement ilécliis, ce qui rend la marche impossible. On comprend d'après cela combien la préhension des objets, la station et la marche, doivent être pénibles. La difficulté des mouvements est en rapport avec le degré et l'étendue de la contracture des doigts, des orteils et des pieds.

Sauf la déformation, les parties contracturées n'offrent généralement pas de modification extérieure appréciable aux sens. C'est par exception qu'il y existe du gonflement, de l'œdème, et une teinte h'gèrement ardoisée.

La petite fille dont je viens de parler et que j'ai eue dans mon sc!vice d'hôpital m'a présenté ce phénomène au pied droit. Le dos (hi pied, gonflé, douloureux, offrait une teinte bleuâtre, eccliymoticiue,

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évidemment due à l'extravasion du sang dans le lissu cellulaire. Je ne serais pas éloigné de croire que, dans la rétraction comulsive des muscles, l'effort et la pression exercée sur les \ aisseaux ne puissent en quelque point rompre leurs tuniques et occasionner des hémorrhagies sous-cutanées. C'est du moins ce qui a lieu chez ma petite malade.

La contracture essentielle des extrémités existe toujours sans fièvre, à moins de complications spéciales, sans trouble de rintelligence el des sens. Elle se termine par la guérison, sauf récidives, ou passe quelquefois à l'état chronique, devient permanente et définitive. Eile s'accompagne alors de paralysie, d'atrophie et de dégénérescence graisseuse des muscles, de difformités des surfaces articulaires et des articulations fléchies, ce qui est fort grave, en raison de la difformité extérieure qui en résulte.

De la contracture symptoYïiatîque. — La contracture symptomatique offre des caractères extérieurs tout semblables à ceux de la contracture essentielle. Sa cause seule est difficile à deviner. Elle s'observe dans la dernière période de la méningite aiguë, dans l'hémorrhagie du cerveau, lorsqu'une inflammation s'est produite autour du foyer sanguin; dans l'hémorrhagie des méninges, peu après la perte de connaissance et la paralysie, dans les tumeurs chroniques du cerveau, dans le ramxollissement cérébral chronique, dans la méningite cérébro-spinale, dans la névrite, dans les tumeurs qui compriment les nerfs, etc. — C'est un symptôme de signification douteuse et qui appartient, sans modification générique, à un très-grand nombre de maladies ayant pour siège le cerveau, la moelle et ses enveloppes.

§ V. De la carphologie.

La carphologie, de y.o^pnoloyioi^ cueillir le fruit, ou de y.àp^oç^ flocon, /îyr.», ramasser, est un trouble de mouvement caractérisé par les tentatives du malade, qui, avec ses mains, veut prendre dans l'air des corps qui n'existent pas ou veut arracher le duvet de ses draps. C'est un phénomène qui accompagne souvent le délire et le coma et qui n'a pas en diagnostic plus d'importance qu'eux. Sous le rapport du pronostic, au contraire, il en a une très-grande, et on peut dire que la carphologie accompagnée de fièvre est un signe certain de mort dans un temps assez prochain.

§ VI. Des crampes.

Les crampes sont des contractions douloureuses et fugitives des muscles donnant lieu, pendant une ou deux minutes, à une saillie résistante et dure des fibres musculaires affectées. C'est un phénomène qu'on observe très-souvent dans l'état de santé chez des per-

TROUBLES DU MOUVEMEiNT. DU TREMBLEMENT. 841

sonnes nerveuses. Elles occupent les membres inférieurs, principalement le mollet, quelquefois le génio-hyoïdicn. Elles se produisent dans le sommeil et pendant la veille à la suite d'une fausse position des membres ou du bâillement.

On les observe souvent chez les femmes enceintes à la suite de . la compression des nerfs du bassin par l'utérus très-développé, chez quelques individus atteints de tumeurs du cerveau ou de maladies de la moelle, enfin dans le choléra, dont elles constituent le plus douloureux symptôme. C'est un phéuomène qui n'a aucune importance sous le rapport du pronostic.

§ vu. Des soubresauts des tendons.

Les soubresauts des tendons sont le résultat des contractions fibrillaires des muscles, qui, de temps à autre, se roidissent sous le doigt et donnent lieu à un petit choc inappréciable et non douloureux pour le malade. On les observe dans un assez grand nombre de maladies aiguës fébriles, et principalement dans les maladies ayant une forme ataxique, a\ec délire, somnolence et prostration. A ce titre elles existent dans les fièvres typjioïdes graves, au poignet, sur les tendons des fléchisseurs des doigts, et c'est là où on les rencontre le plus habituellement.

§ VIII. Du tremblement.

Le tremblement est une convulsion fibrillaire générale ou partielle qui met un plus ou moins grand nombre de muscles en mouvement contre l'influence de la volonté. 11 est chronique ou passager, on l'observe dans une seule partie du corps, comme la tête, les mains, les mâchoires, ou dans tout le système musculaire; et alors, accompagné d'une sensation de froid, il caractérise le frisson.

Le tremblement général passager, avec froid, sans fréquence du pouls, s'observe quelquefois dans l'état de santé, dans le passage d'un endroit chaud à une basse température, et au moment de la digestion; mais, s'il y a fréquence du pouls, c'est le signe d'un accès de fièvre intermittente simple ou pernicieuse, de la fièvre d'invasion, d'une pneumonie ou d'une maladie aiguë. Il dure une ou plusieurs heures, et disparaît pourfaire place à une grande chaleur. Le tremblement partiel chronique a une grande importance diagnostique. Chez les vieillards, il annonce la décrépitude et la faiblesse musculaire générale. Chez un adulte, au contraire, c'est le signe d'une grande faiblesse d'esprit ou d'une altération de sang et du système nerveux. Le trcmbhMucnt de la tète chez un sujet encore jeune implique une faible intelligence ou l'alcoolisme chronique; le tremblement des mains indique toujours

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une nosohémie profonde el une altération du système nerveux. C'est le signe de F empoisonnement chronique par le mercure, et on connaît le tremblement des ouvriers doreurs, qui n'a pas d'autres causes. C'est le signe de l'alcoolisme chronique, de l'empoisonnement par le thé vert, etc.

§ IX. Du hoquet.

Le hoquet est un spasme convulsif et passager du diaphragme caractérisé par une respiration brusque, saccadée, bruyante et rauque, avec tension énergique et subite des parois du ventre.

C'est un spasme plutôt qu'une convulsion, à cause de son siège dans un muscle de la vie organique. Phénomène sympathique ou réflexe, il se produit dans l'état de santé, surtout chez les petits enfants, et au milieu des maladies, sans qu'on en sache la véritable cause. Chez quelques individus, au contraire, il dépend d'une maladie de l'encéphale, et il est sijmptomatique.

Dans l'état de maladie, il y a un hoquet aigu et un hoquet chronique durant plusieurs semaines, plusieurs mois, et même, dit-on, plusieurs années. Ces faits sont excessivement rares.

Le hoquet idiopathique et sympathique 's'observe dans l'hystérie et dans certaines névroses des voies digestives, dans l'indigestion, dans la péritonite, dans les hémorrhagies abondantes amenant la syncope, dans les fièvres typhoïdes graves, dans le typhus, dans le choléra, dans la pneumonie et les maladies aiguës graves. Il n'aide point le diagnostic et n'offre rien de grave dans les maladies nerveuses et dans lesnèvroses. Au contraire, dans les maladies aiguës fébriles, telles que les phlegmasies ou les lièvres, sa présence est toujours l'indice d'un grand danger, sinon d'une mort prochaine.

Le hoquet symptomatique a été observé, sinon d'une manière constante, du moins accidentellement, dans un grand nombre de maladies du cerveau. C'est quelquefois le symptôme de l'encéphalite; de l'hémorrhagie et du ramollissement du cerveau, des tubercules et des tumeurs cérébrales, desépanchementsventriculaires ou méningés, etc. Il n'a aucune signification précise dans le diagnostic.

Art. IV. — Troubles du sommeil.

Signes i'ournis par le soiTimeil.

Dans l'état normal, le sommeil est un temps de repos durant lequel les organes de la pensée, du mouvement musculaire et la sensibilité se remettent de l'épuisement causé par les fatigues de la veille. Sept à neuf heures par jour sufiiseiit en général pour cliaque individu. Les

TROUBLES DU SOMMEIL. — DE l'iNSOMMIE, DU COMA, ETC. 845

troubles de cette fonction constituent l'insomnie, la somnolence, le coma, le caïus.

De r insomnie. — Dans l'état morbide, quelques individus se plaignent de ne pouvoir dormir, ou d'avoir le sommeil agité par des rêves, des cauchemars; ils ont ce qu'on appelle de V insomnie. Cet état se rencontre dans la plupart des maladies aiguës fébriles, et en particulier au début de la lièvre typhoïde, dont il est un des symptômes habituels, dans le delirium tremens, dans la congestion cérébrale, dans les maladies douloureuses, telles que les névralgies, etc. L'insomnie est troublée par des songes et des cauchemars, par l'incube et les succubes dans certaines maladies, principalement dans la chlorose, dans l'anémie, dans la folie, dans les maladies du cœur et dans la période de germination de la méningite, dans le sommeil provoqué par l'opium, parla belladone, etc.

De la somnolence. — La somnolence et Y assoupissement sont des états morbides dans lesquels l'individu accablé paraît être entre l'état de veille et de sommeil. On les observe souvent dans les maladies du cerveau, avec la fièvre, quelle qu'en soit la nature, mais surtout dans la fièvre typhoïde.

Du coma. — Le coma est un profond sommeil d'où il est difficile de tirer les malades. L'inteUigence, la sensibihté et le mouvement paraissent abolis; mais ce n'est là qu'un engourdissement. En effet, de violentes sollicitations déterminent quelquefois de faibles témoignages de sentiment et d'intelligence, il y a plusieurs espèces de coma : le coma vigil, accompagné d'un peu de délire; \e coma somnolentnm^ dans lequel les malades répondent par monosyllabes lorsqu'on les interroge, puis retombent assoupis; enfin le carus, qui est le plus haut degré de l'assoupissement et dans lequel on ne peut rien tirer des individus. C'est également ce qu'on appelait autrefois léthargie ou mort apparente.

Le coma est donc caractérisé par un sommeil profond, dans lequel l'intelligence, la sensibilité et le mouvement sont plus ou moins diminués. Il y a une sorte de résolution générale des membres, sans paralysie, et de temps à autre quelques mouvements spontanés, quelques contractions des membres aprè^ l'irritation de la peau, et enfin quelques mots inintelligibles après de pressantes sollicitations. Le visage exprime l'abattement; les paupières sont demi-closes elles pupilles dilatées ou inégales, ce qui distingue le coma du sommeil j)iiysiologique, dans lequel il y a toujours contraction des pupilles, ha respiration est lente ou profonde, souvent accompagnée (fun ("înbl<! ronflement produit dans la gorge ou sur le bord des lèvres. Lesbatto

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merils du cœur persistent avec leurs caractères naturels, différence importante avec l'état de syncope, où ils sont rares et affaiblis ; avec la mort, où on ne les entend plus du tout. Ce sont des exemples de coma et de syncope qui ont été pris très-souvent pour des cas de mort, suivie de préparatifs d'inhumation. Au temps où l'on ignorait l'auscultation, de semblables erreurs pouvaient être commises; mais, à présent que l'on connaît les conditions matérielles de la vie dans le jeu du cœur et la possibilité d'apprécier ses battements au moyen de l'oreille, il est impossible de commettre de semblables fautes. Dans la somnolence, le coma, le carus, la léthargie, sauf obstacle situé audevant du cœur, on entend toujours à la région précordiale des battements faibles, rares, éloignés, qui disparaissent dès que la vie a cessé. L'absence prolongée des bruits du cœur sous l'oreille est, comme je l'ai démontré*, un des signes certains et infaillibles de la mort.

Le coma dure plus ou moins longtemps, suivant la nature de la cause qui lui a donné naissance. C'est un phénomène dont l'importance diagnostique n'est pas très-considérable, car il se rencontre dans une foule de maladies différentes. Néanmoins il fournit quelques lumières au diagnostic et au pronostic. Ainsi la manière dont il s'établit est fort utile à considérer.

Le coma survenu d'une manière secondaire et progressive à la fm d'une maladie résulte toujours d'une maladie cérébrale. Au contraire, le coma primitif est plutôt la conséquence d'un état nerveux, d'une maladie dynamique, d'une fièvre pernicieuse apoplectique, etc., bien qu'il ne faille pas faire de cette assertion un principe général.

On observe le coma comme symptôme d'un très-grand nombre de maladies du cerveau, dans la méningite, après les vomissements, la constipation, le délire, les convulsions et la contracture ; dans V encéphalite aiguë, après les autres phénomènes de la maladie; dans la compression du cerveau, par des épanchements de sang, de sérosité, par un enfoncement des os du crâne et par les tumeurs de la duremère; dans la congestion cérébrale et dans Vhémorrhagie du cerveau; mais alors le coma arrive subitement et s'accompagne de phénomènes de paralysie très-marqués.

Ce i)hénomène s'observe en outre dans un grand nombre de maladies qu'il est dil'ficile de rapporter à une altération matérielle du cerveau et de ses enveloppes. 11 succède à la syncope subite produite par imc impr(!ssion morale vive, une grande frayeur et un profond chagrin.

* Traité des signes de ta mort et des moyens d'empêcher les enterrements prrmalurés, ouvrage couronné par l'Institul <le France. Paris, 1849, in-Ti.

DES SIGNES FOUUMS l'AR l' APPAREIL CmCUIATOIRE. 845

11 est le symptôme constant des attaques d'épilepsie après leur période convulsive, et il dure de quelques heures à un jour entier. On l'observe après certaines attaques d'hystérie; c'est le symptôme capital de la lièvre pernicieuse apoplectique : mais alors il revient d'une façon intermittente, régulièrement périodique, fait capital que le médecin ne doit pas ignorer pour prévenir la mort en administrant le sulfate de quinine aussitôt la lin du premier accès. Le coma s'observe encore dans l'anémie des centres nerveux produite par une hémorrhagie considérable et par l'inanition. C'est le symptôme capital de la congélation et de la mort par le froid ; car, ainsi que l'a dit Solander : Quiconque s assied s endort, et qui s endort ne se réveille plus . Enfin, tout empoisonnement et toute asphyxie peuvent le produire, comme on peut le voir dans l'ivresse, dans Fétiiérisation par l'éther et par le chloroforme, dans l'intoxication par le plomb, par l'opium, par les solanées vireuses et dans l'asphyxie.

CHi^PlTRE IV

DES §iIG^i:§» FOURIl'I§i PAR liAPPAREIIi CIRCUIiATOlHE.

L'appareil de la circulation est le siège de troubles nombreux dont la connaissance est de la plus grande importance pour le diagnostic en général, et pour le diagnostic des maladies de cœur en particuHer. Ce sont : 1° des troubles généraux, sympathiques, tels que la force, l'énergie et la rapidité du courant sanguin, ou, au contraire, la lenteur, la faiblesse et la suspension de ce môme courant dans plusieurs névroses et dans un certain nombre de maladies chroniques; ^ï" des troubles partiels observés dans le cœur et les vaisseaux veineux ou artériels. Mais, pour bien connaître ces désordres, il faut avoir déterminé d'avance ce qui concerne la physiologie des mouvements et des bruits du cœur. C'est par cette exposition succincte que je vais commencer, sans avoir la prétention d'indiquer tout ce qui a été fait à cet égard. La théorie que j'adopte et qui me paraît être le mieux établie par l'expérience et l'observation est celle qui rapproclieles appréciations de 3131. Hope,P)Ouillaud, Rouanet, Barth et Roger, Monneret, Faivre el Chauveau, etc. Elle repose sur le fait du choc avec systole venlriculairCj formant le premier bruit du cœur, et du redressement des valvules comme cause de ce bruit. C'est la théorie ancienne cond)Mlluc par MM. Beau, Hardy (;t Béhier, Valleix et quelques autres méckîciiis.

846 DE LA SÉMÉIOLOGIE.

Art. I. — Étude physiologique des mouvements et des bruits du cœur.

Depuis Harvey et Haller, on a beaucoup fait pour découvrir le rhvthme des mouvements du cœur et pour faire connaître la cause des bruits qu'il engendre; mais les expériences entreprises à cet égard n'ont pas eu tous les résultais désirables, et elles n'ont pas dissipé l'incertitude qui environne ce double sujet. Si quelques points semblent acquis à la science, il en est un grand nombre sur lesquels on n'est point d'accord. Cela résulte de la difticulté qu'on éprouve à observer le cœur sur des animaux dont la poitrine est ouverte et qui sont dans les plus fâcheuses conditions qu'il soit possible d'imaginer. En effet, la mort est si rapide chez les coqs, chez les lapins, chez les chiens et chez les mammifères auxquels on enlève le sternum, qu'il est impossible de rien saisir du véritable rhythme des mouvements du cœur, si l'on ne pratique l'insufflation pulmonaire. Les poumons s'affaissent et l'asphyxie se produit en quelques minutes. Pour obtenir un résultat convenable, il faut continuer l'hématose par la respiration artificielle durant toute l'expérience, et choisir un mammifère dont les battements ordinairement peu rapides peuvent faciliter l'étude. Le cheval adulte, qui a 20 à 40 battements du cœur par minute et dont la vitalité se rapproche assez de celle de l'homme, offre toutes les conditions favorables à ce genre d'expériences. Son cœur est anatomiquement semblable à celui de l'homme, et c'est sur lui qu'il faut opérer de préférence. L'ane a été souvent mis en expérience dans le même but.

Une autre cause d'erreur résulte de ce que plusieurs physiologistes ont choisi pour sujets d'expérimentation la grenouille, animal à sang froid, dont le cœur n'a qu'un ventricule et qu'une oreillette, et dont les battements ont été pris pour modèle des battements du cœur humain. Sans doute, elle peut vivre quarante-huit heures la poitrine ouverte et le cœur à nu continuant à fonctionner, ce qui facihte beaucoup l'examen; mais est-il possible de remonter d'un être si inférieur à l'homme? Je ne le crois pas. La conformation anatomique des deux cœurs est trop différente pour que leurs mouvements soient analogues et comparables. Il y a entre eux une telle dissemblance de structure et de fonction, que toute comparaison est impossible, et la théorie des mouvements du cœur de l'homme déduite de l'aspect des mouvements du cœur de la grenouille ne peut être que fausse ou entachée d'erreurs.

J'ai répété toutes ces expériences sur la grenouille, sur le lapin, sur les chiens, et aucune ne m'a paru donner des résultats satisfai-

DES MOUYEMEiSTS DU CŒUR. 847

sants. Il faut préférer celles qui ont été faites sur des chevaux adultes, dont on a coupé la moelle entre l'occiput et la première vertèbre ou à la région altoïdo-axoïdienne, et chez lesquels on a entretenu l'hématose et les mouvements réguliers du cœur par la respiration artilicielle, comme Tout fait iMM. Chauveau et Faivre à l'École vétérinaire de Lyon.

j5 I. Mouvcniciils du cœur.

Dans la poitrine de l'homme, au niveau de la mamelle gauche, la main et l'oreille perçoivent des mouvements réguliers accompagnés d'un bruit de tic tac plus ou moins rapide, variant de 60 à 80 par minute. Ce sont les mouvements et les bruits du cœur. Les uns ont pour cause la contraction musculaire de différentes cavités cardiaques, et les autres résultent du redressement des valvules parle choc du sang à leur surface. Ce tic tac forme un double bruit, séparé par un vrai silence, et le premier son qui frappe l'oreille est sourd, prolongé, coïncidant avec le choc de la pointe du cœur sur la poitrine, entre la quatrième et la cinquième côte; tandis que le second bruit, plus clair, plus bref, s'entend mieux un peu plus haut vers la troisième côte, au-dessus et à droite du mamelon. C'est encore ce que l'on a appelé bruit supérieur par opposition à l'épithète de bruit inférieur donnée au premier bruit. Ces deux bruits réunis par couples se répètent d'une façon régulière de la manière suivante : premier bruit sourd avec choc de la pointe du cœur et battement des artères ; petit silence, et second bruit clair suivi d'un grand silence, qui est le repos de l'organe. Il en résulte une mesure à trois temps dans laquelle le premier bruit peut être représenté par une noire; le petit silence et le second bruit, chacun par une croche; et le grand silence par une noire.

Les mouvements du cœur qui donnent lieu à ces bruits intérieurs sont très-variables dans leur force, dans leur fréquence et dans leur régularité, d'après l'âge, le sexe, l'idiosyncrasie, les mouvements, l'exercice, etc. Forts, fréquents et réguliers dans l'enfance, ils varient de 120 à 140 par minute dans le premier mois de la vie, de 100 à 120 pour les deux premières années de l'existence, et ils diminuent progressivement jusqu'à la puberté. Leur nombre décroît et leur régularité s'altère avec l'âge; ils tombent de 70 et 80, chiffres ordinaires de l'adulte, à 00, 50 et même encore au-dessous chez les vieillards. Ils sont un peu plus fréquents chez la femme que chez l'homme, et on rencontre de jeunes sujets chez lesquels ils ont une lenteur naturelle extraordinaire, chiffrée entre 40 et 50 par minute. L'exercice les augmente, ainsi que certaines impressions morales vives, et il en

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est de même de l'alimentation, car, après les repas, il y a toujours une notable accélération des mouvements du cœur.

Produits par les contractions des oreillettes et des ventricules, on ne peut les étudier d'une façon convenable et pour en déterminer le rhvtbme que sur le cœur mis à nu chez un animal vivant dont on entretient la vie par la respiration artificielle. L'âne et le cheval, souvent mis à contribution pour ces expériences, doivent toujours être préférés aux petits mammifères, dont la circulation est trop rapide, et aux grenouilles, dont le cœur essentiellement différent de celui de l'homme ne saurait lui être comparé.

Parmi les médecins qui ont fait des recherches dans cette direction, il faut citer principalement Harvey, Haller, Hope, Corrigan, Pigeaux, MM. Bouillaud, Piorry, Magendie, Carswell, Beau, Ch. Vilhams, les Comités de Londres et de Dubhn, MM. Faivre et Chameau, etc.

Entre toutes, les observations de ces derniers auteurs se distinguent par leur grand nombre, par leur netteté, et elles sont de nature à entraîner la conviction.

Sur un cheval adulte ou âgé mis en expérience après la section de la moelle et l'établissement de la respiration artilicielle, le cœur à découvert paraît être le siège de forts mouvements alternatifs réguliers de contraction et de relâchement dans ses oreillettes et dans ses ventricules.

Au moment du repos du cœur, ses parois restent molles et chacune de ses cavités est toujours remplie d'une certaine quantité de sang, à laquelle s'ajoute celui qui arrive par les veines cave et pulmonaire. C'est dans cet étal de plénitude que commence le double mouvement alternatif des oreillettes auquel correspond le tic tac perçu par l'oreille.

Comme l'ont vu Hallep, Hope, Turner, Bouillaud, Faivre et Chauveau et la plupart des physiologistes qui ont observé sur des mammifères au lieu d'expérimenter sur la grenouille, il se passe :

i" Une contraction des oreillettes qui refoule le sang dans les ventricules et sollicite leur conlracl ion ;

^° Une contraction subite des ventricules qui envoie le sang dans les artères aorte et pulmonaire, pendant que les oreillettes relâchées reçoivent une nouvelle ondée sanguine;

5" Un repos du cœur avec relâchement et dilatation de ses cavités par le sang qui continue d'y affluer.

Dans les expériencx^s si nombreuses de MM. Faivre et (Chauveau sur le cheval, au moment où le cœur sort de son repos et de son état de relâchement, on a toujours vu les oreillettes commencer le mou-

DES MOUVEMENTS DU CŒUPx 849

vement, et leur contraction brusque, appréciable par la rigidité, le plissement de leur surface et leur rétrécissement, constitue le premier temps de révolution cardiaque.

A la contraction des oreillettes succède par une sorte d'ondulation la contraction des ventricules, qui bondissent et frappent la poitrine, et passent de l'état de flaccidité à une tension remarquable, en se raccourcissant et en donnant lieu à un mouvement de recul (Hiffelsheim) et de tension très-prononcé. C'est le second temps d'une évolution du cœur, auquel succèdent le relâchement ventriculaire, l'aftlux sanguin des ventricules et le temps si court du repos de l'organe.

Cette contraction des ventricides s'accompagne d'un rétrécissement très-notable de leur moitié inférieure, tandis qu'à la base le changement est à peine sensible. A ce moment, il y a par la même cause raccourcissement de l'organe et torsion des ventricules de gauche à droite et d'avant en arrière, en mémo temps qu'il se fait un léger redressement de la poitrine, donnant lieu, d'après MM. Magendie, Bouillaud et la plupart des observateurs, au choc de la poitrine. C'est aussi ce qu'on nomme le mouvement spiroïde du cœur.

Sauf Burdach, M. Beau et quelques autres médecins qui admettent que le choc de la poitrine par le cœur a lieu au moment de la diastole des ventricules, la plupart des physiologistes, au contraire, reconnaissent avec raison que ce choc a lieu au moment de la systole ventriculaire. En effet, le choc du cœur coïncide avec le premier bruit ou bruit sourd ; celui-ci accompagne la systole des ventricules, donc il y a le plus parfait isochronisme entre cette systole et le choc précordial.

Ce choc s'explique, selon les uns, par la projection du sang dans les artères aorte et pulmonaire, qui, pendant la systole ventriculaire, amènerait un redressement de la courbure de ces vaisseaux, et l'impulsion du cœur contre la paroi thoracique; selon les autres, par le redressement du cœur sous l'inlluencc de ses fibres unitives antérieures; par l'influence d'un mouvement de recul au moment de la systole ventriculaire (HilTelslieim), mouvement de recul produit par la différence delà force de contraction des ventricules, comparée à la résistance que le sang éprouve à passer dans les artères, et enfm, d'après M. Chauveau, par le changement de forme et de consistance des ventricules dans leur passage instantanédu relàchementà l'état de systole.

Reste à savoir quel est le rhytJnne, c'est-à-dire la succession et la duréedcs mouvements du cœur. D'après M.M. Faivre et Chauveau, chez le cheval, chaque évolution du cœur peut être notée au moyen d'une mesure à quatre temps. V temps, contraction des oreillettes: *2*' temps, contraction des ventricules et relâchement des oreillcllcs: "' ni

ïi. — l'ATIlOL. CtN. ^*

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^ temps, relâchement général. Mais, dans ce cas, le temps d(i la contraction des oreillettes est toujours un peu moins prolongé que celui de la contraction des ventricules .

Chez l'homme, le rhythme se fait d'après une mesure à trois temps, la durée du repos du cœur étant beaucoup moins longue que chez le cheval. D'après cette donnée, le premier temps des mouvements du cœur est rempli par la systole des oreillettes, le second par celle des ventricules, et le troisième par le relâchement et le repos des cavités cardiaques. Mais, si l'on pense que la contraction des oreillettes est moins prolongée que celle des ventricules, il en résulte que chez l'homme le rhythme des mouvements du cœur peut être noté comme il suit :

SA S jr D

(^cla étant établi, je vais faire connaître en peu de mots la théorie des mouvements que M. Beau oppose à l'ancienne théorie de llaller, de Laennec, et à toutes celles qui leur ressemblent par l'assentiment donné au synchronisme du choc du cœur dans la poitrine et de la systole ventriciilaire.

L'observation du cœur de la grenouille mis à découvert montre, dans chaque évolution du cœur, une contraction de l'oreillette suivie de la diastole du ventricule, qui se colore en rouge et saute en avant contre la poitrine ; puis de la contraction du ventricule, qui pâlit et revient sur lui-même pendant que l'oreillette se dilate et se remplit de sang. Après un instant de repos, la contraction auriculaire recommence, elle envoie le sang dans le ventricule, qui se dilate et se contracte aussitôt, pendant que s'accomplit la diastole auriculaire, et il y a une nouvelle pause. Tels sont les mouvements du cœur de la grenouille, et, d'après M. Bcau\ tels sont aussi les mouvements du cœur de l'homme.

La contraction des oreillettes et des ventricules n'alterne pas ; elle connnence dans les oreillettes et se propage aux ventricules, de manière à ne former qu'un seul mouvement. Le choc du cœur ne coïncide plus, ainsi qu'on l'a toujours pensé, avec la systole des ventricules; il serait au contraire le résultat de leur dilatation et de la projection en avant qui a lieu au moment de cette diastole. Enfin, d'après M. Beau, les mouvements du cœur notés par une mesure à trois temps

* Traité clinique el expérimental d'auscultation, Paris, 185G.

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