DES BRUITS DU CŒUR
seraient : 1" temps, contraction des oreillettes, dilatation des ventricules et contraction des ventricules; 2' temps, dilatation des oreillettes; o' temps, repos du cœur, puis nouvelle évolution, et ainsi de suite. Tout cela est vrai sur la grenouille dont le cœur est récemment mis à découvert; mais, au bout de quelques heures, cela n'est plus exact, car le rhytlime des mouvements du cœur change et se renverse quelquefois complètement. Cela n'est pas plus exact chez l'homme, et l'examen du cœur dans les monstruosités par ectopie cardiaque, ou dans la division congéniale du sternum, invoqué comme preuve à l'appui de la théorie nouvelle, n'offre rien de concluant. A cette systématisation des mouvements du cœur se rattache une théorie des bruits dont je parlerai plus loin; mais, comme la première, elle est sujette à contestation et ne saurait être acceptée.
§ H. Bruits du cœur.
Déterminons à présent la cause du double bruit, tic-tac, que l'on entend à chaque évolution du cœur.
Les expériences de Haller sur les mouvements du cœur, confirmées par tant d'observations ultérieures, ne laissent aucun doute sur la réaUté des inductions qu'on en a tirées; mais elles seraient insuflisantes si, en même temps, elles ne faisaient connaître la cause des bruits cardiaques. Beaucoup d'erreurs et de théories fausses ou trop exclusives ont été publiées. Je ne les reproduirai pas; mais, je signalerai seulement celles que les expériences d'autrui m'ont en quelque sorte contraint d'adopter.
Je dirai seulement, pour rendre hommage au génie de Laennec, que cet auteur est le premier qui ait imaginé les applications que l'on peut faire de la notion des bruits du cœur.
Il y a deux choses à établir dans la question des bruits du cœur : V le rapport des bruits et des mouvements ; 2° la cause de ces bruits.
A. Rapport des bruits et des mouvements. — La plupart des physiologistes ont compris qu'il n'y avait pas moyen de séparer la théorie des bruits du cœur de la théorie de ses mouvements, et de la solution du dernier problème dépend, en grande partie, la solution de l'autre.
En suivant, d'après les expériences de Haller, de Laennec, de Ilope, de Bouillaud et de la plupart des physiologistes, ces mouvements du cœur avec le tic-tac naturel de cet organe, on voit que le premier bruit ou bruit sourd se fait entendre à l'instant de la contraction des ventricules et de leur choc contre la poitrine, c'est-à-dire pendant le deuxième temps ou la deuxième période d'une évohilion du cœur. Seul, M. Beau et ses adhérents placent le bruit sourd au moment de ki
85'2 DE LA SÉMÉIOLOGIE.
contraction des oreillettes , du relâchement des ventricules et de la contraction des ventricules, phénomènes du premier temps des mouvements du cœur. Il est vrai que cela résulte des observations faites sur la grenouille, et non des recherches entreprises sur les mammifères.
La preuve que le premier bruit ou bruit sourd coïncide avec la contraction des ventricules résulte d'un grand nombre d'expériences, et en particulier de celles faites sur le cheval, préparé d'après la méthode de31M. Faivre etChauveau. « Un stéthoscope appliqué surForigine des troncs artériels ou sur l'une des oreillettes permet d'entendre les bruits avec leur rhythme et leur timbre naturel. Une oreillette étant saisie entre les doigts, on sent sa contraction avant d'entendre le premier bruit. La main quitte l'oreillette et se porte sur les ventricules ; on constate alors un isochronisme parfait entre le premier bruit et la contraction ventriculaire ; le second bruit s'entend au moment où les ventricules passent de l'état de contraction à ïétat de relâchement. On fait tenir le stéthoscope par un aide, et les deux mains sont appliquées à la surface du cœur, l'une sur les oreillettes, l'autre sur les ventricules, et l'on obtient encore les mômes résultats : systole auriculaire^ aphone; systole ventnculaire^ premier bruit sourd ; relâchement général ou diastole^ avec deuxième bruit an commencement. On varie l'expérience de la manière suivante : un doigt est introduit dans une oreillette, il sent la contraction des parois de cette cavité avant que l'oreille entende aucun bruit ; le premier bruit survient quand la valvule auriculo-ventriculaire frappe la pulpe du doigt en se relevant ; ce bruit cesse et est remplacé par le second quand ces valvules s'abaissent.
« En résumé, une révolution du cœur chez le cheval étant partagée en quatre temps, le premier est occupé parla systole auriculaire complètement aphone; le deuxième par la systole ventriculaire avec premier bruit sourd; le troisième par le commencement de la diastole générale avec deuxième bruit clair; le quatrième par la lin de cette diastole, aphone comme le premier temps. Chez l'homme, les choses se passent de la même manière, avec cette différence que la dernière phase manque tout à fait, le rhythme des mouvements et des bruits étant marqué par trois temps seulement. »
Cette expérience et toutes celles des mêmes auteurs conlirment donc les observations anciennes de Harvey, de Ilaller, de Laennec, de Turner, de Hopc, de 15ouillaud, de Magendie, de Ch. Villiams et des Comités anglais sur le syncronismc de la contraction ventriculaire et <lu premier bruit du cœur. Elle ne contredit que les observations de M. Beau; mais j'ai signalé précédemment la cause de cette différence. Quant au second bruit, elle confirme également les observations an-