‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 174 sur 212 · HIO DE LA SÉMÉIOLOGIE · texte numérisé non relu

HIO DE LA SÉMÉIOLOGIE

Anr. VI. — Des sigises fournis par le pouls et par l'auscultation des artères.

L'auscultation des artères et Fétude du pouls fournissent un très- <.,q^and nombre de signes au diagnostic. Leur importance, exagérée par les uns, amoindrie par les autres, est incontestable, car, si l'exploration du pouls ne donne pas tous les résultats annoncés par Galien, Solano, Bordeu, Fouquet, etc., elle contribue énormément à donner la mesure de la vitalité, et elle sert beaucoup pour assurer le diagnostic et le pronostic.

§ T. Signes fournis par l'auscultation des artères.

L'oreille, armée du stéthoscope, entend dans les grosses artères, à l'état physiologique, un bruit sourd avec impulsion qui coïncide avec la systole des ventricules du cœur et qui est dû au passage du sang.

Ce bruit, d'autant plus fort qu'on le cherche plus près du cœur, est très-appréciable dans les carotides et dans les artères crurales. Il varie dans sa force avec l'âge et la constitution vigoureuse ou faible de l'individu. Pour le bien entendre, il ne faut pas trop appuyer le stéthoscope sur le vaisseau, car une forte compression anéantit le bruit, et une compression moindre, rétrécissant l'artère, donne lieu à un bruit de souffle qui n'a rien de pathologique. Cette exploration doit être faite avec soin sans exercer de compression sur les vaisseaux.

Ces bruits augmentent de force dans la pléthore, dans les maladies franchement inflammatoires, et ils diminuent, au contraire, chez les sujets faibles, naturellement débiles ou depuis longtemps malades.

Ils changent de nature et se transforment en bruit de souffle simple, à double courant, en bruit de diable, en sifflement musical plus ou moins prononcé, dans certaines maladies organiques du cœur ou des artères, et dans les maladies chloro-anémiques qui entraînent la perte de l'albumine et des globules du sang.

Ces bruits anomaux, indiqués par Laennec, étaient pour lui le i'ésultat de la contraction spasmodique des artères. Personne aujourd'hui n'accepte plus cette explication. On les considère comme pouvant être la conséquence de conditions anatomiques très-différentes, [)articulières au solide et au liquide. Ils résultent, d'après UM. Bouillaud * et Vernois "^ de la compression des artères par une tumeur, de leur rétrécissement par lésion organique, des plaques ossiformes qu'elles renferment, de la vitesse du cours du sang, et on a vu depuis ^ju'il fallait joindre à ces causes l'augmentation de la masse du sang

' Traite clinique des maUidies du cœur, 2" édition, l'aris, 1<Sii, 2 vol. iFi-8. - Études physiologiques et cliniques pour servir à Vhisioire des bruits des artères. Tiïèse 1857.

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invoquée par M. Beau^, et surtout, d'après M. de la Harpe ^ la diminution de densité du sang. En effet, cette diminution de densité et la vitesse du liquide sont les conditions les plus favorables à la production de ces bruits.

Dans les artères comme dans le cœur, il y a donc des bruits de souffle organiques et des bruits de souffle chlorotiques . Les uns, causés par la compression des artères ou l'altération de leur structure, sont toujours simples et intermittents, tandis que les autres, produits par l'altération chlorotique du sang, sont quelquefois simples, mais beaucoup plus souvent continus et à double courant. Ils donnent lieu exclusivement, d'après M. Bouillaud, au bruit de diable et au sifflement musical des artères.

Les bruits de souffle simples ou inter7nittents, à un seul courant, annoncent une tumeur anévrismale, un anévrismc variqueux^ le rétrécissement ou la compression artérielle, les rugosités de la surface interne de V artère, certaines tumeurs ér édiles; alors le bruit de souffle est partiel. Il est général et peut être entendu à l'intérieur de plusieurs artères dans Yinsuffisance des valvules sigmoules, dans la pléthore, dans Y anémie et dans la chlorose.

Le bruit de souffle continu, à double courant ^ et le bruit de diable, ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec le bruit d'un jouet d'enfant de ce nom, ont été étudiés avec le plus grand soin par M. Bouillaud. Ce sont les différents degrés d'un même bruit, de même que le bruit sibilant, le sifflement modulé ou chant des artères, donnant lieu au son de la guimbarde, au bourdonnement d'une mouche, au son de conque, etc., etc.

Ce bruit diffère du bruit intermittent en ce sens que le souffle est à chaque instant renforcé par un second souffle moins fort, et donnant au bruit une sorte de continuité.

Quelle que soit la variété produite, du moment où le souffle est continu , musical, à double courant, etc. , la signification est la même. Il s'agil toujours d'un état d'anémie ou de chlorose plus ou moins prononcé.

Il y a quelques années, le docteur Ogier Ward^ et Corvau*, ont contesté que le bruit de souffle à double courant se passât dans les artères, et ils en ont placé la cause dans la circulation continue des veines. Pour eux, le bruit de souffle à double courant que l'on croit entendre dans les carotides aurait pour siège la veine jugulaire. Malheureusement, au cou et sur les dilférentes régions du corps, il est

* Traité expérimental et clinique d'auscultation, Paris, 1850. - Aî-ckives de médecine, 1858, t. III, p. 35.

5 London. M éd. Ga%.y 1857.

* Archives de médecine, 1843.

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difficile d'ausculter les grosses veines, jugulaires ou autres, sans ausculter en même temps les artères qui leur sont contiguës, et, quel que soit le soin qu'on mette à cette exploration, il y a là une cause d'erreur impossible à éviter. Par cette raison, les expériences, de MM. Ward et Corvau ne sont pas décisives, et il faut en attendre de nouvelles avant d'adopter la théorie qui place dans les veines le siège du bruit de souffle à double courant.

^ II. Palpation des artères. Du pouls.

Chacun sait que la palpation des artères permet d'apprécier l'impulsion qu'elles reçoivent de l'ondée sanguine sortie du cœur. C'est le pouls. Sans en connaître exactement la cause, Hippocrate et ses disciples ont signalé ce phénomène dans les rapports qu'ils attachent au diagnostic et au pronostic, mais d'une façon si incomplète, qu'il ne nous est presque rien resté de leurs observations. C'est Galien qui, par de nouvelles recherches, ajoutées à celles de ses maîtres, a fondé la doctrine du pouls. Malheureusement il a dépassé le but; les nombreuses subdivisions qu'il a introduites dans l'étude du pouls, loin d'éclairer le sujet, n'ont fait que jeter la confusion dans les esprits, et les quarante-deux espèces de pouls signalées par lui ne sont plus citées que pour mémoire.

A une époque infiniment plus rapprochée de nous, en 1731, Solano, de Lucques, pubha de nouvelles et intéressantes recherches, traduites un peu plus tard en anglais par Jacques Nikell. On connut ainsi les idées de Solano, qui interprétait les caractères du pouls, indiquant, à l'exemple de Galien, ici une hémorrhagie nasale, ailleurs de la diarrhée, des convulsions, des sueurs, etc., etc. De ces essais fécondés par Bordeu* et Fouquet^ sortit la doctrine du pouls et le système de sphymologie de l'école de Montpellier. Disons-le immédiatement, cette doctrine n'a plus qu'un intérêt historique, et, sauf quelques points de détails depuis longtemps acquis à la science, il n'en est rien resté que le souvenir d'observations ingénieuses admirablement écrites, mais trop subtiles pour être vérifiées.

Le pouls est l'impulsion communiquée aux artères par l'ondée sanguine chassée au moment delà contraction des ventricules. Il coïncide avec le premier bruit du cœur. On doit le chercher aux artères radiales, à l'endroit du poignet, où elles sont superficielles, c'est-a-dire près de l'articulation du poignet en dedans du tendon de l'abducteur du pouce. On le trouve également, mais d'une façon moins nette, aux artères temporales, sur la carotide, et sur les artères crurales.

* liecherches sur le poulie, 1750.

* Essai SU7' le pouls, Monti^ollier, 1767.

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