‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 18 sur 212 · IMPRESSIONS CLIMATÉRIQUES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS CLIMATÉRIQUES

génitale, en rapport avec la vivacité de l'imagination, éprouve le besoin de satisfactions fréquentes. Enfin, une sensibilité exagérée, mobile des passions morales les plus vives et de l'exaltation des sentiments poussée à l'extrême, annonce la très-grande excitabilité du système nerveux.

Si les climats chauds modifient à ce point les fonctions de l'organisme, quelle influence ne doivent-ils pas avoir comme cause prédisposante générale morbifique !

Les habitants de ces pays sont prédisposés à un grand nombre de maladies de la peau, lichen, lèpre, éléphantiasis des Arabes ; aux formes les plus redoutables de la syphilis ; aux inflammations et aux abcès du foie ; aux affections nerveuses telles que le tétanos ; aux entérocolites et à des dyssenteries cruelles ; à l'hématurie ; aux affections cérébrales aiguës ; aux fièvres intermittentes simples et pernicieuses ; à la peste, au choléra, à la fièvre jaune, etc.

L'impression des chmats froids s'exerce sur les liabitants du globe depuis le 50^ ou r)cV degré de latitude jusqu'au pôle. Les températures moyennes sont, d'après M. Fuster, entre 65 et 75° de latitude : au printemps, — IG""; en automne, — l^""; en hiver, — 30*'; en été, — 2". Sous l'influence de cette impression climatérique, les principales fonctions subissent des modifications importantes. L'exhalation cutanée est presque nulle, et l'activité du foie et de la sécrétion bihaire peu considérable, faits opposés à ceux que l'on observe dans les pays chauds. Les fonctions de l'appareil respiratoire ont une activité considérable, destinée à la production d'une grande quantité de chaleur animale nécessaire à contre-balancer la température ambiante et entretenue par la combustion d'une notable quantité de carbone par l'oxygène de l'air dans les poumons. La nutrition est très-active et le sang très-riche en globules. La digestion est active et rapide. C'est elle qui introduit dans le sang la quantité de principes carbonés destinés à être détruits par la combustion pulmonaire, et efle trouve aisément à choisir entre la viande, les huiles animales, les fromages, les boissons fermentées, qui font la base de la nourriture des peuples du Nord. L'urine est abondante, fortement animalisée, et remplace l'exhalation cutanée, qui ne se fait plus.

Les hommes du Nord sont, en général, sanguins, forts, robustes; ils supportent bien la fatigue corporelle, d'autant mieux peut-être que leur système uuisculaire est très-développé. Ils sont énergiques et font beaucoup d'exercice, de manière à augmenter leur chaleur animale par un redoublement d'activité de rapi)areil pulmonaire.

L'impression de ces climats froids est une cause prédisposante in-

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contestable des phlegmasies franches et catarrliales. Elle favorise le développement des bronchites, des angines, des pneumonies, des rhumatismes articulaires aigus et chroniques. Elle prédispose à certaines formes de blépharite, aux gerçures de la peau sur les mains et sur les pieds, aux congélations des extrémités, au scorbut, aux affections vermineuses, au rachitisme, à toutes les formes de la scrofule et à la phthisie pulmonaire.

Les impressions du climat tempéré s'exercent sur les habitants du globe qui vivent entre le oS*" et ooMegré de latitude australe et boréale. Elles sont multipliées comme les saisons et nombreuses comme les vicissitudes de l'atmosphère. Sans produire sur les organes et sur les différents appareils une modification aussi profonde que les impressions climatériques chaudes et froides, elles engendrent une disposition qui est comme l'intermédiaire entre les dispositions organiques extrêmes. L'homme des pays tempérés dans une latitude voisine des pays chauds, a une constitution, une santé et des liabitudes qui rappellent la santé et la constitution de l'habitant des tropiques. Au contraire, en s'approchant des climats froids, l'homme ressemble par degrés à l'habitant de ces pays, par les mœurs, le tempérament et les aptitudes morbides. Ce qu'il y a de spécial aux climats tempérés, c'est le renouvellement des quatre saisons, qui constituent deux époques extrêmes, l'hiver et l'été, époques dans lesquelles l'action de la vie et des appareils organiques change et se modifie de manière à s'adapter à la température moyenne de l'atmosphère. En été, leur action ressemble à celle qu'on observe sur l'habitant des climats chauds, tandis qu'en hiver, elle est pendant quelque temps semblable à celle de l'habitant des pays froids. Deux fois par an, d'une manière progressive, dans la saison intermédiaire, l'ensemble des fonctions change de type, et les impressions saisonnières qui en sont la cause s'accomplissent sans que nous en ayons la conscience et sans que nous puissions en juger autrement que par les effets pathogéniques.

Dans les climats tempérés, l'impression climatérique est donc variable, et il est difficile de déterminer son inlluence prédisposante générale morbifique autrement que par l'inlluence des saisons et par celle du voisinage avec les pays froids ou avec les pays chauds.

Imimœssions de localité — Le Traité des airs^ des eaux et des lieux renferme sur les localités des données très-importantes justifiées par l'observation ultérieure. Convaincu de l'action (leslocalités surl'homme, Hippocrate établit que, sans avoir jamais séjourné dans une ville, on peut, d'.'iprès son exposition aux vents, au lever et au coucher du soleil, les qualités du sol, nu ou boisé, sec ou aride, bas ou élevé, les qua-

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lilés des eaux, avoir des données générales sur la santé et la constitution des habitants de cette ville. Cela est vrai, et, si l'on restreint les assertions d'Hippocrate aux lieux où il vivait, il est évident qu'il a raison. L'influence exercée sur l'homme par les localités dépend de l'action combinée d'un certain nombre des circonstances atmosphériques saisonnières, climatériques, dont j'ai parlé, jointes à des influences particuHères ou géologiques spéciales. En certains endroits, le sol marécageux, ou couvert d'étangs, jette dans l'atmosphère des émanations végétales qui ont pour effet de disposer l'organisme au développement des fièvres intermittentes simples et pernicieuses. Ailleurs régnent les conditions propres au développement de l'hématurie, de la fièvre jaune, ou des maladies du foie; sur les côtes de la Méditerranée, les vents de l'été ou de l'hiver, le siroco et le mistral, amènent avec eux leurs maladies particulières. Le goitre se développe dans les pays dont le sol magnésien jette une partie de ses éléments dans les eaux de puits servant à la boisson. Le choléra lui-même suit le cours des eaux, décime les habitants des terrains d'alluvion et ne frappe jamais sur les populations établies sur les terrains anciens. C'est ainsi que Lyon, Versailles et bien d'autres endroits encore ont joui de l'immunité la plus complète dans les trois graves épidémies qui ont ravagé la France dans le cours des vingt dernières années. Dans notre chmat, les heux secs et élevés au-dessus du niveau de la mer prédisposent Thomme aux maladies aiguës, franchement inflammatoires, tandis que les lieux bas et humides disposent, au contraire, au développement des maladies catarrhales et des affections chroniques, de manière à rappeler l'influence morbifique des saisons et des climats dans lesquels on observe constamment ces conditions extérieures. C'est là chose facile à constater dans les villes placées sur les rivières et qui ont une partie haute bien aérée et une partie basse froide, sombre et humide. Il en est de même des villes coupées de manière à faire des expositions au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, et dans lesquelles les maladies prennent les caractères que leur impriment les directions constantes des vents. Si ce fait avait besoin d'une démonstration autre que celle de l'expérience, il suffirait de rappeler l'influence de l'exposition sur la conservation et la dégradation des murailles et des façades de nos monuments publics : noires et intactes du côté nord, elles sont, au contraire, blanches, corrodées et couvertes d'excavations nombreuses vers le sud, là où le soleil et le vent détruisent et dissocient la pierre. Si la matière brute subit à ce point l'influence de l'exposition, que n'en doit-il pas être chez l'homme, dont la résistance est inliniment moindre!

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L'impression de Tair des villes n'a pas la même influence sur la santé et le développement des maladies que l'air des campagnes. C'est là un fait qui n'est plus contesté par personne, et les expériences de M. Boussingault, sur la quantité énorme d'ammoniaque, cinq milligrammes, renfermés dans un litre de la pluie des villes, contre un milligramme par litre dans la pluie des campagnes, montrent bien la différence des atmosphères, et font comprendre la différence de leur action sur l'organisme. D'après M. Boussingault, sous le rapport des émanations, « Paris n'est qu'un amas de fumier d'une étendue considérable. » Plus d'un écrivain en a dit autant au point de vue moral, et à toutes ces malédictions Paris ne répond rien; plus fort que tous ses ennemis rassemblés, il se contente de les attirer pour les engloutir. Dans les villes, les maladies nerveuses, la scrofule, les lièvres éruptives et typhoïdes, la phthisie pulmonaire, sont les maladies les plus fréquentes. Dans les campagnes, au contraire, ce sont les maladies aiguës inflammatoires, les fièvres intermittentes, et plus d'un citadin valétudinaire y vient chercher avec le repos l'air pur qui doit lui rendre la santé.

Dans les villes, que de différences encore, pour les impressions morbitiques prédisposantes, dans les différents quartiers, dans le voisinage des hôpitaux, et dans les hôpitaux ; dans les casernes, dans les prisons, dans les pensions et les collèges! J'ai vu le choléra de 18S3, entièrement éteint à Paris, reprendre au mois de février, en 1854, à la Charité, pendant un mois, s'étendre dans tout le dixième arrondissement, gagner l'hôpital des Cliniques, l'Hôtel-Dieu , ravager ainsi violemment toute la rive gauche de la Seine, longtemps avant d'aller sur la rive droite, où il n'a fait que de faibles ravages. J'ai vu dans les pensionnais mourir de fièvres éruptives des enfants qui eussent vécu chez eux, s'ils fussent restés au sein de leur famille, ou du moins qui eussent échappé à cette cause de mort. Il en est ainsi d'une foule de maladies, que les localités font naître et auxquelles on échapperait par la fuite et le stîjour en d'autres Ueux.

Le changement de localité, par son impression sur l'organisme, est souvent une cause prédisposante moibilique. Le déplacement vers des pays chauds ou froids et dans les contrées ou régnent des épidémies engendre les maladies de ces contrées; ici, les maladies du foie; là, les maladies de poitrine; ailleurs, la fièvn; jaune, la hèvre ])ernicieuse, etc. Tant que l'homme qui émigré des pays chauds vers les chmats froids, ou réciproquement d'un climat froid dans un climat chaud, ou enfin d'un pays tempéré dans l'un ou l'autre de ces climats extrêmes, n'est pas acclimaté, sa vie court les plus grands périls. J/impression de cette temj)érature nouvelle jointe aux autres ch'constances de son dé-

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