DES BRUITS KESPIRATOIRES NORMAUX
se prolonge, mais plus faible encore, dans les grosses bronches, d'où les noms qu'il a reçus, suivant les différentes régions, de bruit laryngé^ trachéal et bronchique. Dans les points correspondants au poumon lui-même, on entend, pendant l'inspiration et l'expiration, un murmure léger, mais bien distinct, qui indique la pénétration de l'air dans le tissu pulmonaire et son expulsion. Ce murmure, auquel on a donné les noms de bruit ou murmure vésiculaire, ressemble assez bien, pour nous servir de la comparaison de Laennec, auquel il faut toujours revenir, même aujourd'hui, quand il s'agit d'auscultation, à celui d'un soufflet dont la soupape ne ferait aucun bruit, ou encore à celui que fait entendre à l'oreille nue un homme qui, pendant un sommeil profond, mais paisible, fait de temps en temps une grande inspiration.
Doux et moelleux à l'oreille, assez fort et assez prolongé pendant l'inspiration, il est plus faible et plus court pendant l'expiration; mais, pendant chacun de ces deux temps, il est continu et non saccadé. Cette différence de durée du bruit vésiculaire normal pendant les deux mouvements respiratoires est tellement marquée, qu'en cherchant à 'évaluer mathématiquement, on est arrivé à cette proportion approximative : l'inspiration est à l'expiration dans le rapport de 3 à 1 . On voit que ce rapport est tout à fait opposé à celui que nous avons indiqué en étudiant le rhythme apparent de la respiration, le mouvement expiratoire paraissant alors deux fois au moins plus prolongé que l'inspiration.
Le murmure vésiculaire ou bruit respiratoire normal se fait entendre dans toute l'étendue de la poitrine avec les mêmes caractères. 11 n'y a d'autres différences que des nuances d'intensité. Il est d'autant plus fort et d'autant plus facile à entendre qu'on Fécoute dans une région où le poumon est plus voisin de l'oreille, et où il y a une épaisseu moins grande des parois thoraciques, par exemple dans les parties antérieure-supérieure, latérales, et postérieure-inférieure. Le creux de l'aisselle et l'espace compris entre la clavicule et le bord supérieur du trapèze sont les points où il a le plus de force. Chez les sujets trèsmaigres, il est un peu rude, surtout dans la région correspondante à la naissance des grosses bronches. Cette rudesse lui a fait donner le nom de respiration bronchique normale.
On a souvent remarqué que le bruit respiratoire normal était plus fort au sommet du poumon droit que dans le même point du côté gauche. C'est surtout pendant l'expiration que cette inégalité du murmure vésiculaire des deux sommets se fait remarquer, suivant M. Louis. Quant à la cause de cette différence, on ne sait à quoi l'attribuer; un
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médecin distingué de Philadelphie, M. Gerhard, a cru pouvoir l'expliquer par les dimensions plus grandes de la bronche droite. Nous n'oserions pas affirmer que cette explication fût complètement fausse; jnais il nous semble cependant, comme à d'autres observateurs, <pie cette disposition est trop peu marquée pour avoir une influence évidente.
L'intensité du bruit respiratoire est beaucoup plus grande chez les enfants que chez les adultes, ce qui s'explique par la fréquence de la respiration chez les premiers, le murmure vésiculaire étant d'autant plus fort que les inspirations se font avec plus de rapidité. Si, par une circonstance quelconque, la respiration s'accélère chez l'adulte, sans qu'il y ait cependant lésion des organes respiratoires, le bruit reprendra chez lui le caractère qu'il présentait chez l'enfant, d'où le nom de respiration puérile qu'on lui a conservé. On l'observe souvent dans un poumon sain lorsqu'il s'y établit une respiration supplémentaire, l'autre ne fonctionnant plus ou ne fonctionnant que d'une manière insuffisante. Enfin, et sans disposition particuhère appréciable, il est (les sujets qui, jusque dans l'extrême vieillesse, conservent une respiration puérile. Ce sont, fait remarquer Laennec, presque toujours des femmes ou des hommes d'une constitution nerveuse.
Sans vouloir entrer ici dans des détails qui sont plutôt du domaine de la physiologie, nous dirons cependant quelques mots de la théorie que l'on a donnée du bruit respiratoire normal.
L'opinion la plus répandue et la plus généralement admise encore aujourd'hui est celle de Laennec, qui attribuait le murmure de la respiration au passage de l'air dans l'arbre aérien et aux vibrations qu'il détermine dans ses diverses parties. Au contraire, d'après M. Beau, <:e qu'on croit être le murmure vésiculaire n'est autre chose que le retentissement, dans la colonne d'air inspiré et expiré, du bruit guttural résultant du refoulement de cette colonne d'air contre le voile du palais ou les parties voisines ^ Cette théorie, que l'auteur a essayé de soutenir au moyen d'expériences nombreuses et d'observations multipliées, ne paraît pas avoir prévalu près de la généralité des médecins, et il nous semble qu'on l'a péremptoirement réfutée en faisant observer que le murmure vésiculaire se fait entendre avec autant (le force et de netteté chez les sujets qui ont accidentellement été privés du voile du palais. MM. Barth et Roger ont cité un cas de ce
genre.
Ces derniers auteurs ont longuement étudié le mode de production * Traité expérimental et clinique (C auscultation y Paris, 1856, pag. 5 et suiv.