CHAPITRE YII
DES SIGU'ES FOVRilflS PAR I^APPAREIIi BILIAIRE
DE L ICTERE.
On donne le nom de jaunisse ou d'ictère au changement en jaune de la couleur naturelle de la peau.
Cette coloration anomale de la peau est tantôt générale, tantôt circonscrite aux yeux et au visage. Les muqueuses présentent souvent une coloration analogue; cela est très-sensible sur la muqueuse palpébrale et buccale à la partie inférieure de la langue. Au dire de Landré-Beauvais, il y a même des cas où la couleur jaune existe jusque dans les os.
D'après cet auteur, et chacun a confirmé son observation, les divers liquides de l'économie sont teints en jaune; la salive, la sueur, mais surtout les urines, qui sont souvent d'unjaune foncé, et qui prennent la couleur acajou. Il est facile de constater la présence de la bile dans l'urine : en ajoutant à l'urine un peu d'acide nitrique, l'on donne à ce liquide une nuance verdàtre très-prononcée ; cette nuance démontre dans l'urine au moins la présence de la matière colorante de la bile. Si l'on ajoute un excès d'acide, la couleur verte passe au rouge brun.
Il est encore un moyen de reconnaître les urines biHeuses, c'est d'y plonger un linge. Si une certaine portion de matière colorante de la bile se trouve mêlée à l'urine, le linge prend une teinte jaune. Mais, comme je viens de le dire, cela ne prouve que la présence dans l'urine de la matière colorante delà bile.
Maintenant celle-ci existe-t-elle seule, isolément, ou bien la bile passe-t-elle en nature dans l'urine? C'est une question de physiologie pathologique qui n'est pas encore résolue.
Il arrive quelquefois que des urines bilieuses laissent déposer des sédiments et plus particulièrement des sédiments d'acide urique. Ordinairement ces sédiments n'entraînent pas la matière colorante de la bile. Cependant cela arrive quelquefois, et alors ils sont de couleur jaune verdàtre. Dans l'ictère, la couleur du visage peut devenir très-foncée, au point de tirer sur le vert, le livide et le noir; on donne le nom d'ictère vert et noir à ces variétés de coloration.
La couleur des conjonctives et des milieux de l'œil est quelquefois
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très-altérée, si altérée même que la \ue en est affaiblie, et quêtons les objets paraissent jaunes. Cela est très-rare.
Les ictériques trouvent également une amertume très-prononcée aux boissons et aux aliments. Cela dépend probablement d'une altération dans la composition chimique de la salive; mais, jeFai dit plus haut, nos connaissances sur l'état pathologique de ce liquide sont encore extrêmement bornées et ne nous apprennent rien à cet égard.
Il y a deux sortes d'ictères : l'ictère spasmodiqiie, et l'ictère sijmptomatiquey dans lequel nous rangeons l'ictère fébrile des auteurs, ou ictère inflammatoire, et l'ictère par flux bilieux, pure complication de certaines maladies étrangères aux affections de l'appareil biliaire.
Ces différentes espèces d'ictère correspondent tout à fait aux différentes modifications que l'on observe dans la sécrétion de la bile.
VUictère spasmodiqiie, idiopatliique, existe lorsque la Mien est pas sécrétée, ou se trouve retenue par suite d\m trouble nerveux fonctionnel du foie . Le début de cet ictère est brusque ; la couleur jaune des conjonctives et de la peau se montre, soit au moment de l'accident, soit quelques jours après. Si Ton assiste en quelque sorte au développement de cette jaunisse, l'on pourra voir que les ailes du nez sont colorées les premières, puis les conjonctives, puis le reste du corps. Avant que la coloration se soit étendue à tout le tégument, peu après la coloration des conjonctives, il existe un prurit à la peau. Cette démangeaison précède donc en général la coloration jaune. Quelquefois même, il n'y a pas seulement de la démangeaison, il y a éruption de prurigo, au dos, à la poitrine, sur les cuisses. Les malades ont de l'inappétence, quelquefois des vomissements, de la constipation, et les matières évacuées sont blanchâtres, décolorées, argileuses. Les urines sont bilieuses et précipitent en noir verdâtre par l'acide nitrique. Il n'y a point de mouvement fébrile ; quelquefois même le pouls est ralenti d'une façon très-remarquable et tombe au chiffre de quarante à cinquante par minute.
2" L ictère symptomatique résulte de ce que la bile, sécrétée en quantité normale ou d\ne manière exagérée, est retenue dans la vésicule et dans les conduits excréteurs et sécréteurs. Il se produit alors un ictère fébrile ou un ictère symptomatique en rapport avec la nature de la maladie et le genre d'obstacle apporté au cours de la bile.
Dans le premier cas, l'ictère débute habituellement par des troubles des voies digestives, par de la fièvre; puis vient la coloration jaune du tégument externe; elle est intense et dure longtemps; le foie est tuméfié et douloureux. Il y a des vomissements et ordinairement une diarrhée bilieuse plus ou moins abondante. Les urines sont très-forte-
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ment colorées par la matière colorante de la bile. Dans le second cas, l'ictère est symptomatique d'une hépatite, d'une péritonite circonscrite, d'une hépatite chronique, résultant de fièvres intermittentes invétérées, d'engorgement du foie, comme cela s'observe souvent dans les maladies organiques du cœur, d'un cancer du foie, de tumeurs hydatiques, des maladies de la vésicule bihaire, des calculs de cette vésicule, de l'inllammation du duodénum, de la gastro-entérite, de la dysenterie, de quelques altérations du sang par le plomb, par les venins, par les fièvres, de la phlébite ombilicale chez les nouveaux-nés, etc., etc. Ici l'ictère indique d'une manière certaine un obstacle au cours de la bile, et la diffusion de sa matière colorante dans tous les tissus. La couleur de la peau est plutôt verte que jaune, et la durée de cet ictère est, dans certains cas, complètement indéterminée. Il persiste souvent jusqu'à la mort des malades.
On l'observe quelquefois enfin dans la cirrhose aiguë, lorsque la sécrétion bilieuse est notablement diminuée. Quant à la cirrhose chronique, il ne s'y rencontre presque jamais, et on peut dire, d'une manière générale, avec M. Becquerel, que cela tient à la suppression lente et progressive de la sécrétion des glandules du foie ^ : « lorsque cette suppression se fait lentement, chroniquement pour ainsi dire, la concentration des matériaux de la bile dans le sang n'a plus lieu, et l'ictère ne se produit que dans des circonstances très-exceptionnelles. »
Enfin, lorsque l'ictère est produit par la bile sécrétée en plus grande quantité quà ïétat normal, il y a un flux bilieux, ce qu'on appelle vulgairement un débordement de bile. Cet ictère est peu intense et ne dure pas longtemps ; il est d'ailleurs très-exceptionnel.
La durée de l'ictère est en rapport avec la cause qui lui a d onné naissance; elle se prolonge peu dans l'ictère spasmodique; au contraire, l'ictère dure très-longtemps, lorsqu'il se rattache à une maladie organique du foie. Sa présence indique toujours un obstacle fort ou faible, permanent ou transitoire, à l'excrétion de la bile, ou un état fébrile général grave; mais il faut toujours tenir compte des autres symptômes pour lui donner sa véritable signification. Habituellement peu grave dans l'ictère spasmodique, son danger est en rapport avec la nature des lésions organiques concomitantes situées dans le foie et dans les^ conduits biliaires; mais l'ictère fébrile, adynamique, sans altération organique appréciable, est le plus grave de tous, car on n'en connaît pas la nature, et il se termine toujours par la mort.
* Becquerel et Rodier, Chimie pathologique, p. 278.
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CHiPITRE Ylll
DE:§f lSlGnii:i§ FOURNIS PAR liES FOIVCTIOMS SÉCRÉT0IRE:§I.
Art. I. — Des signes fournis par l'examen et le mode d'excrétion des urines. § T. Signes fournis par l'examen des urines.
Il est aujourd'hui très-aisé de remonter d'une modification des qualités physiques ou chimiques de l'urine à l'altération anatomique correspondante de l'appareil génito-urinaire. La science moderne a, sous ce rapport, confirmé le plus grand nombre des observations de l'ancienne médecine, qui accordait une très-grande importance à l'examen du liquide sécrété par les reins, et elle a singulièrement agrandi le champ de cette observation par les découvertes de la chimie moderne. Au double point de vue du diagnostic et du pronostic, l'examen des urines occupe une place très-importante dans les moyens d'exploration, et les signes qu'il fournit sont tellement précieux, qu'il n'y a souvent pas d'autre moyen de déterminer la nature et le siège de certains accidents morbides.
Les urines diffèrent un peu à l'état normal, le matin au réveil, dans la digestion, et après l'ingurgitation d'une certaine quantité de boissons. Les anciens considéraient les premières urines comme des urines du sang, c'est-à-dire provenant de la sécrétion rénale sans mélange avec des éléments étrangers. Ce sont celles-là qu'il faut examiner surtout pour y trouver les altérations significatives de composition. Les autres étaient appelées urines de digestion ou de chyle et urines de boisson^ parce qu'on y trouve une certaine quantité des produits de la digestion ou de l'eau introduite en boisson. Pour analyser les urines, il faut réunir toutes les urines de la journée et opérer sur la masse rendue en vingt-quatre heures, afin de se mettre dans des conditions chaque jour semblables, susceptibles d'éviter les chances d'erreur.
Les urines habituellement claires, jaunâtres, d'une densité de 1,017 à 1 ,018 sont composées comme il suit d'après les analyses publiées par MM. Becquerel et Rodier '. Sur 1,000 parties d'urine il y a :
Matières autres que l'eau et données par Tévaporation directe. 971,935
Eau 28,066
Urée 12,102
Acide urique 0,598
Sels 6,919
Matières organiques impossibles à isoler . . . -, 8,047
* Chimie pathologique , p. 270.