DES SIGNES FOURISIS PAR L EXAMEN DES URLNES
Dans l'état pathologique, les urines peuvent être modifiées : T dans leur quantité ; '2° dans leur densité ; S"* dans leur coloration ; 4° dans leur odeur ; 5° dans leur transparence ; 6"" dans leur acidité ; 7** dans leur composition chimique par addition de substances nouvelles.
J*^ Modifications de quantité. — La sécrétion d'urine qui dépasse le chiffre de 1 ,500 grammes par vingt- quatre heures est un état pathologique, caractérisant ce qu'on appelle la polydipsie, le diabète insipide et quelquefois le diabète sucré. Ce phénomène résulte ordinairement de l'ingurgitation d'une grande quantité de Uquides.
La diminution et la suppression des urines sont des signes plus importants. La dernière s'observe dans la rétention d'urine, et alors la vessie distendue est appréciable au-dessus des pubis ; elle existe également dans Yanurie du choléra; leur diminution accompagne l'état fébrile intense elles hydropisies causées par une maladie du foie.
2" Densité. — La densité des urines peut être appréciée par un aréomètre ordinaire ou par un pèse-urine dont le zéro correspond à la moyenne de l'urine normale. Toutes les fois que les matériaux solides de l'urine augmentent, la densité s'élève ; elle monte à 1020 et 1030 de l'aréomètre ou à 3, 4 et 5 du pèse-urine. 1025 de l'aréomètre, 4 et 5 du pèse-urine, sont les signes certains du diabète.
La densité des urines diminue, au contraire, quand le chiffre des matériaux solides s^abaisse, ce qu'on observe dans la variété d'urine dite anémique par M. Becquerel. La diminution de densité est le signe de la chloro-anémie.
Zt" Coloration. — La couleur jaunâtre de l'urine augmente et devient safranée,rougeâtre, dans l'ictère ou dans la fièvre; elle est quelquefois rouge par suite de son mélange avec du sang; blanchâtre, laiteuse, lorsqu'elle est mélangée à des matières grasses et à du pus. Les urines sont très-claires, limpides et rares dans le froid de la fièvre intermittente, dans les maladies nerveuses et dans les attaques d'hystérie; elles sont claires, légèrement troubles comme du bouillon de poulet, dans la néphrite albumineuse chronique, et d'après ce caractère seul on peut pressentir l'existence de cette grave maladie.
Certaines substances changent la coloration : ainsi le bois de garance et de campêche la colorent en rouge, l'indigo en bleu et la rhubarbe en jaune foncé. Il suffit de signaler ces faits pour montrer leur importance, afin d'éviter l'erreur que pourrait produire un hasard ou la supercherie des malades.
4' Odeur. — L'odeur de l'urine, habituellement fade, devient fétide dans Tétat fébrile chronique, ammoniacale dans la décomposition putride, et elle ne change complètement que sous l'inllucnce de cer!aines
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substances médicamenteuses. L'usage de la térébenthine lui communique une odeur de violettes, celui des asperges une odeur très-fétide, et celui du copahu une odeur résineuse très-prononcée.
5^ Transparence. — Les urines, ordinairement claires, transparentes, sortent troubles dans l'état fébrile aigu, dans la période de chaleur des fièvres intermittentes et dans les premières urines rendues par les malades momentanément affectés iïamirïe. Ce sont des sels, principalement des urates, qui se déposent au bout de quelques heures au fond du vase. Elles sont troubles, blanchâtres comme du lait, dans certains états cachectiques, et elles déposent une matière blanche, saline ou graisseuse. Le microscope montre, dans le premier cas, les éléments du phosphate ammoniaco-magnésien, et, dans le second, des gouttelettes d'huile comme dans le lait. Ces urines laiteuses ou chyleuses indiquent un vice encore peu connu de la nutrition, mais justement considéré comme très-grave.
Après le repos, la transparence des urines est souvent altérée par des matières déposées ou suspendues dont la forme et l'apparence, minutieusement étudiées par les anciens, étaient considérées comme ayant un rapport avec les crises et pouvant indiquer la terminaison prochaine des maladies. On y observe souvent quatre couches superposées: r une pellicule superficielle irisée formée de matière grasse et qui n'a aucune signification; 2° à la partie supérieure, et en suspension, un nuage supérieur très-clair, dont la présence indiquait encore une certaine durée de l'état morbide ; un nuage inférieur plus épais, appelé énéorème, suspendu tant que devait durer la maladie et tombant au fond du vase dès qu'elle approchait de sa tin ; 4" enfin, le dépôt ou sédiment, de composition variable, formé de mucus, de pus, de sang, d'urates ou de phosphates d'acide urique, de graviers, de sperme , de poils , etc. Sauf l'importance pour le diagnostic des dépôts ou sédiments de l'urine, d'après leur nature, les caractères tirés delà présence du nuage supérieur ou inférieur n'ont aucune signification précise, et tout ce qui a été dit à cet égard aurait besoin d'être confirmé par de nouvelles observations.
ô*" Piéaction acide de Furine. — Les urines sont toujours acides et rougissent le papier de tournesol dans leur état normal. Elles sont assez souvent neutres, ce qui n'a aucune signification; mais, dans quelques circonstances, elles sortent de la vessie en offrant une réaction alcaline très-prononcée. Cela s'observe dans quelques cas rares de cystite chronicjue, de maladie de Bright et de néphrite chronique, dans la gravelle pliosphatique et dans quelques paraplégies occasionnées par une maladie de la moelle.
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Comme le professe M. Andral, l'alcalinité des urines ne s'observe que dans les conditions suivantes :
1° Par suite des substances alcalines ingérées qui passent dans l'urine, exemple : l'usage des eaux de Vichy;
T Par le fait d'une alimentation de certaine nature : l'urine des herbivores est alcaline, et il en est quelquefois de même chez l'homme depuis longtemps soumis à une alimentation herbacée ;
5° Par suite d'un long séjour dans la vessie, où Purine se décompose en formant du carbonate d'ammoniaque, exemple : la rétention d'urine.
4*^ Enfin, elles sont alcalines au sortir des reins par suite d'une modification de la sécrétion rénale : mais cela est très-rare.
7^ Modifications de composition de ï urine. — L'urée qui existe dans l'urine, et qui provient de la décomposition de nos organes parl'éhmination des principes azotés qu'ils renferment, varie dans ses proportions. Elle augmente ou diminue de quantité absolument, dit M. Andral, comme dans le sang augmentent ou diminuent les globules, et cela dans les mêmes circonstances. Il y a plus d'urée dans l'urine des individus pléthoriques que dans celle des sujets chlorotiques ou chloro-anémiques, cachectiques, de même qu'il y a plus ou moins de globules dans leur sang.
L'ttre^ n'augmente que très-rarement sous l'influence de la maladie. Sa diminution est plus fréquente : c'est le signe de la chlorose, de l'anémie, des maladies chroniques, etc. On Pobserve également dans les névroses qui donnent lieu à des urines pâles et abondantes, et dans la néphrite albumineuse chronique. Plus il y a d'albumine dans l'urine, et moins elle renferme d'urée; c'est un rapport constant établi par de nombreuses observations.
L' acide urique^ qui existeenfaiblequantité dans les urinesnormales, s'y forme dans les mêmes conditions qui augmentent ou diminuent la proportion de l'urée.
Il y en a beaucoup chez les individus qui font usage d'une nourriture fortement animalisée, et dans quelques maladies fébriles ou chroniques on le rencontre à l'état de pureté ou associé à une base. Il est pur, amorphe ou cristallisé en cubes rouges, dans l'urine de la gravelle et de la goutte, et il s'en dépose également sur divers points de l'organisme. Plus ordinairement combiné avec la chaux ou l'ammoniaque, il se présente à l'état d'urate acide d'ammoniaque. C'est un des signes de l'état fébrile, quelles qu'en soient la cause et la nature. Plus latièvre est forte et plus aussi la quantité d'urate acide d'ammoniaque est considérable. Il existe également en proportion considérable dans la cirrhose.
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Les sels de rwine augmentent ou diminuent de proportion dans un certain nombre de maladies. Ils restent dissous, se précipitent parle repos ou sous l'influence d'une réaction chimique, l'acide nitrique par exemple. Si les urines restent acides, les sels qui s'y trouvent sont des urates; mais, au contraire, ce sont des phosphates si elles deviennent alcalines.
En dehors de l'état physiologique, il peut y avoir dans les urines des principes qui en altèrent la composition, et qui sont variables dans chaque état morbide. On y trouve du sang, de l'albumine, de la bile, du mucus, du pus, de la gravelle, des poils, des débris d'hydatides, du sperme, du sucre, etc.
Du sang mélangé à l'urine lui donne une couleur rouge ou brune plus ou moins prononcée. Sa présence n'est pas toujours facile à constater. La couleur seule peut suffire; mais, en cas de doute, il faut recourir au microscope, qui permet de constater la présence d'un certain nombre de globules rouges. Les urines ensanglantées appartiennent aux blessures des organes génito-urinaires et aux maladies développées dans ces organes, à la cystite aiguë, au fongus et au cancer de la vessie, aux calculs vésicaux, à la néphrite simple ou albumineuse aiguë, à la néphrite calculeuse, au cancer des reins, etc., etc.
V albumine dans les urines s'observe très-fréquemment avec ou sans changement de couleur dans ce liquide. Des urines pâles, un peu troubles, comme du bouillon de poulet, renferment toujours de l'albumine. A part ce changement extérieur, qui fait pressentir l'altération, il n'y a que la réaction par la chaleur et les acides qui puisse la démontrer. En faisant bouillir l'urine dans un tube à expérience, ou en y ajoutant quelques gouttes d'acide nitrique, il se fait un précipité blanc grumeleux qui se dépose assez vite, et dans lequel le microscope permet de voir une matière amorphe irrégulière.
Les urines albumineuses ont été un moment considérées comme le signe constant d'une maladie grave des reins, dite maladie de Bright ou néphrite albumineuse. C'est une erreur. On les observe dans un grand nombre de maladies de la vessie et des reins autres que la néphrite, lorsque du sang passe dans l'urine. Alors avec l'albumine il y a toujours une certaine quantité de globules sanguins. C'est ce qui a lieu dans la cystite aiguë, dans la cystite cantharidienne, dans le cancer de la vessie et des reins, dans la néphrite calculeuse, etc.
Les urines albumineuses s'observent aussi dans un grand nombre d'autres maladies, à cette condition toutefois qu'elles soient de nature à produire une congestion rénale. J'en ai rencontré dans plusieurs cas de maladies du cœur occasionnant une stase sanguine générale; dans
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la grossesse et dans les tumeurs du ventre qui compriment la veine cave inférieure; dans Thypérhémie des reins qui accompagne souvent la fièvre typhoïde et les fièvres éruptives.
Les urines sont toujours albumineuses dans le choléra, ainsi que je l'ai établi le 14 avril 1849 avec M. Rostan à l'Hôtel-Dieu. Je sondais les malades qui ne pouvaient uriner, j'obtenais un centimètre cube d'urine, et partout sans aucune exception, au moyen de la chaleur, j'ai trouvé à la première période une albuminurie considérable durant jusqu'au moment de la réaction, et ne disparaissant que dans la convalescence. La cessation de f albuminurie dans le choléra était pour nous le signe certain de la guérison prochaine.
On a dit aussi que les convulsions de l'enfance et des femmes en couche pouvaient produire l'hypérhémie des reins et l'albuminurie passagère. Cela est à démontrer. Cette albuminurie est de courte durée, et il suffit d'une ou plusieurs émissions sanguines accompagnées d'un régime sévère pour les faire disparaître.
Il y a enfin une albuminurie permanente due à une hypérhémie primitive des reins et à la désorganisation des tubes urinifères qui constitue la maladie de Bright. Celle-là se reconnaît au moyen des réactifs d'abord, ensuite par le microscope, qui permet de constater quelques tubes urinifères dans l'urine, et enfin parla durée ordinairement trèslongue de la maladie.
La bile, ou plutôt la matière colorante de la bile, passe quelquefois dans l'urine, lorsque cette matière colorante s'est introduite accidentellement dans le sang. En même temps il y a ictère. Les urines sont très-foncées en couleur, elles tirent sur le brun, et, quand on y ajoute de l'acide nitrique, il se fait un précipité de matière verte foncée, quelquefois unie à une faible teinte rouge, qui sont les matières colorantes de la bile. Au bout de vingt-quatre heures et par le repos, ce précipité devient presque noir.
Le mucus et le pus dans l'urine y forment des dépôts blanchâtres semblables à un dépôt de sels. On les distingue au microscope par la présence de globules muqueux et purulents bien formés, et, à défaut de cet instrument, au moyen de l'ammoniaque, qui, avec le pus, forme une masse gélatineuse demi-transparente, homogène, facile à reconnaître, et au moyen des acides, qui n'y produisent aucune réaction.
Du pus dans l'urine indique un abcès de la prostate récemment ouvert, un catarrhe de la vessie, un calcul ou un cancer de cet organe, une pyélite aiguë ou chronique, etc.
La gravelle dans l'urine se montre sous forme de sable fin, d'acide urique, rouge, amorpiie ou cristallisé en cubes appréciables par la
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loupe, sous forme de cristaux microscopiques de phosphate ammoniaco-magnésien réunis en masse grisâtre, ou enlin sous la forme infiniment plus rare de gravelle blanche d'oxatate de chaux.
Des poils formant la gravelle pileuse, des débris d'acéphalocystes, des fragments de fausses membranes, se rencontrent dans l'urine. Ils indiquent la présence de tumeurs hydatides placées au voisinage de la \essie et ouvertes dans son intérieur, ou une cystite cantharidienne avec production d'une plus ou moins grande quantité de fausses membranes. .
Le sperme existe quelquefois en quantité assez grande au fond des urines, chez les individus affectés de pertes séminales. Il n'y en a souvent que des traces, et alors il est très-difficile de le reconnaître. Dans ce cas, il ne faut pas s'en fier à l'œil, et le dépôt blanchâtre, opahn, gélatineux, doit être examiné au microscope, qui permet de découvrir des spermatozoïdes. La présence de ces infusoires est seule caractéristique des pertes de semence. Cet état des urines annonce, soit une maladie de la prostate, soit une inflammation de la partie prostatique de l'urètre, soit enfin une atonie génitale essentielle trèssouvent accompagnée d'hypocondrie ou de démence.
he sucre de glycose, ou sucre de diabète d'après Cl. Bernard, qu'on observe quelquefois dans les urines, est toujours l'indice d'un état morbide. Il n'y en a pas dans fétat habituel. C'est le signe d'un certain nombre de maladies assez différentes, et, comme l'albuminurie, la glycosurie n'est qu'un symptôme dont la cause est souvent difficile à déterminer.
C'est quelquefois un trouble fonctionnel passager qui disparaît trèsrapidement, et ailleurs c'est une altération permanente et détînitive de la sécrétion urinaire. Quelle est la nature de ce trouble? Il est difficile de le dire, malgré les recherches pubhées récemment sur la fonction glycogénique du foie, par M. Cl. Bernard. Répéter avec CuUen que c'est un vice des puissances assimilatrices ou de celles qui convertissent les matières alimentaires en vrais fluides animaux, c'est en réalité ne faire qu'une hypothèse. Un instant on crut, avec M. Bouchardat, que le diabète résultait delà formation dans l'économie d'un principe particulier ayant sur l'amidon une action semblable à la diastase, et changeant en sucre les matières féculentes du tube digestif, d'où elles passaient dans la circulation, et de là dans l'urine. 11 n'y avait rien à opposer à cette théorie, puisque le fait sur lequel elle s'appuie est et demeure incontestable. Malheureusement ce fait n'est pas spécial aux malheureux diabétiques; il est général, et Jles choses se passent ainsi chez tout le monde. Partout, chez l'homme sain comme
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chez le diabétique, la fécule est transformée en sucre à la partie supérieure de l'intestin, et le diabétique n'offre rien de particulier sous ce rapport.
M. Miallie, profitant de ce que pouvait avoir de défectueux la théorie qui précède pour placer la sienne, émit cette opinion que du sucre se formait dans les voies digestives de tous les sujets nourris de matières féculentes, mais que, porté dans le sang par l'absorption, il le traversait sans s'y détruire, à cause d'une altération spéciale caractérisée par la perte d'alcalinité, l'état neutre ou acide, et qu'il arrivait ainsi dans les urines pour être rejeté au dehors. Ici c'est une altération du sang, l'état neutre ou acide comparatif de ce liquide, qui est la cause du diabète, tandis que plus haut c'est un vice de nutrition intestinal et la formation accidentelle du sucre dans les voies digestives. Cette dernière théorie de M. Mialhe n'a pas résisté au contrôle de l'expérience. On n'a pas vu que le sang des diabétiques fût jamais acide, et il parait que son alcalinité n'est pas sensiblement amoindrie.
Reste enfin la théorie qu'on peut déduire des expériences de M. Cl. Bernard, expériences vues et revues de tout le monde savant, acceptées sans contestation possible, et dont nous avons suivi le développement avec le plus vif intérêt\ On sait en effet qu'il suffit de piquer la moelle allongée d'un animal près de l'origine des pneumo-gastriques pour déterminer l'augmentation de la sécrétion normale du sucre dans le foie, le passage de ce sucre en abondance dans le sang et dans les poumons, où il ne peut se détruire, en raison de sa quantité. Ce qui n'est pas détruit est éliminé par les reins, coule avec les urines, et en quelques minutes un animal est diabétique. On reproduira ce fait autant de fois qu'on voudra tenter l'expérience.
Que résulte-t-il de ces expériences appliquées à la pathologie du diabète humain? Sous l'influence des causes occasionnelles ou déterminantes directes de la maladie, du sucre se forme en plus grande abondance dans le foie, et, ajouté à celui qui est absorbé dans les voies digestives, il passe dans le sang, dans les poumons, où une partie seulement se consume dans l'acte respiratoire, et le surplus passe dans les urines par l'intermédiaire de la sécrétion rénale.
Le diabète serait donc un trouble de la fonction saccharifique du foie, si l'on s'en tenait au côté positif de l'expérience, sans cherchera remonter un peu plus haut. Mais, au delà de cette altération fonctionnelle, il y en a d'autres qu'on pourrait encore prendre comme point de départ d'une théorie sur la nature du diabète. Ne savons-nous pas,
* Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine, Paris, 1855, t. I.
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en effet, que le sucre du foie doit se détruire dans le poumon sous l'influence de la respiration, et ne pourrait-on prétendre, comme l'ont fait de très-bons esprits, MM. Reynoso et Dechambre, que le trouble fonctionnel morbide ou sénile des poumons peut engendrer primitivement le diabète, de sorte que le diabète serait en quelques circonstances une affection des organes respiratoires? C'est là encore un nouveau point de vue de cet inépuisable sujet, qui fascine et séduit l'observateur par toutes les faces sous lesquelles il se présente à son attention.
Nous n'avons pas achevé; car, en dehors de ces troubles fonctionnels, placés dans l'estomac par les uns, dans le sang, dans le foie, dans les poumons ou dans les reins par les autres, il y en a un que nous avons réservé jusqu'à présent et qui les régit, les commande et les domine tous, c'est l'altération du système nerveux. En effet, piquez à l'endroit convenu la moelle allongée d'un animal : il devient diabétique, un peu ou beaucoup, passagèrement ou à jamais, suivant le degré de la blessure; faites une commotion cérébrale, il en est quelquefois de même si vous avez frappé juste, et, comme cette impression morbide ne vient pas directement par les pneumo-gastriques agir sur l'estomac, le foie, les poumons ou les reins, comme on l'avait cru jusqu'ici, mais par action réflexe et au moyen de la moelle épinière, comme Ta démontré M. Bernard , il en résulte qu'après avoir rendu artificiellement diabétique un animal, on peut à l'instant même supprimer le diabète par une seconde opération, non moins ingénieuse et non moins hardie que la première.
L'animal est diabétique parla piqûre de la moelle allongée près de l'origine des pneumo-gastriques ; il va cesser de l'être à notre volonté par la section de la moelle épinière à la fin de la région dorsale. Cela ne manque jamais, et M. Bernard nous a plusieurs fois rendu le témoin de cette expérience.
Le rôle du système nerveux dans la production du diabète est donc une cliose capitale, immense, et contre laquelle on disputerait en vain. L'impression morbifique expérimentale ou indirecte doit passer par ce système pour opérer la perturbation fonctionnelle des glandes et des organes dont il dirige les opérations. En conséquence, et malgré d'excellentes raisons pour se perdre dans les détails, nous arrivons à ne plus considérer le diabète comme une maladie des reins, ce qu'on a soutenu jadis, ni comme une affection de l'estomac, ni comme une maladie du sang, ni comme une affection du foie, ni comme une maladie des poumons, mais comme une affection organique ou dynamique du système nerveux localisé dans un jjoint circonscrit de la moelle.
DES SIG^ES FOURMS PAR l' EXAMEN DES URINES. 1041
La glycosurie est donc le symptôme d'une affection passagère ou permanente du système nerveux, qui active la fonction glycogénique du foie, suspend la destruction du sucre dans l'acte respiratoire, et permet son accumulation dans le sang, où les reins le prennent pour l'éliminer avec l'urine.
Comment constate-t-on la glycosurie?
Les moyens de constater la présence du sucre dans l'urine sont nombreux et n'ont pas tous la même importance. Outre les caractères physiques tirés de la couleur ordinairement pâle des urines, de leur saveur sucrée ou nulle, de leur fermentation spontanée ou provoquée par la levure, il y a d'autres moyens de diagnostic fournis par l'augmentation de leur densité et par leur analyse optique ou chimique. Relativement à la densité, l'aréomètre ordinaire, qu'on trouve partout, et qui marque 1 ,030, 1 ,040 ou 1 ,0G0, au lieu de 1 ,018, chiffre de la densité ordinaire, ou le petit pèse-urines, instrument portatif que chaque médecin devrait avoir, et qui marque 2, o, 4 ou 5 degrés, au lieu de 1 1/2, chiffre des urines normales, suffisent pour révéler la présence du sucre. Il n'y a pas de maladie autre que le diabète qui élève ainsi le chiffre de la densité des urines.
L'analyse optique se fait au moyen de l'appareil de M. Biot ou du saccharimètre de M. Soleil; mais ce sont là des moyens savants qui exigent le concours d'appareils dispendieux que l'on ne trouve que dans nos grands centres scientifiques.
L'analyse par réactifs chimiques se fait très-rapidement, en faisant bouillir une petite quantité d'urine dans un tube à expériences, avec quelques gouttes de tartrate de potasse et de cuivre (liqueur de Barreswil), ce qui donne un précipité jaune d'oxyde de cuivre; ou plus simplement, en faisant bouillir l'urine avec 5 centigrammes de potasse caustique, qu'on trouve en toute localité, et qui donne aux urines diabétiquesune coloration brun-acajou caractéristique. Malheureusement ces réactifs sont infidèles, en ce sens qu'ils produisent des effets semblables avec des urines fortement chargées d'acide urique et de matière organique. Il faut, en cas de doute, détruire préalablement la matière organique par l'acétate de plomb, reprendre le sel de plomb par du sulfate de soude, et faire bouillir la liqueur filtrée avec la potasse on le tartrate cupro-potassique.
Des acides, des sels et des substances qui ne font pas partie de la composition normale des urines peuvent s'y rencontrer accidentellement ou par suite d'un état pathologique.
L'acide oxalique, uni à la chaux, forme la base de certains calculs, dont on attribue sans raison l'origine à l'usage de l'oseille. En effet.
B. — l'ATIIOL. CÉN. 66
il y a des gens qui ont eu des calculs d'oxalate de chaux sans avoir jamais mangé d'oseille, et, parmi ceux qui en mangent fréquemment, il y a des gens qui n'auront jamais la gravelle oxalique.
L'acide purpurique, benzoïque, butyrique, carbonique, l'oxyde xanthique, le soufre, le fer, ont été signalés par quelques chimistes comme pouvant se rencontrer dans Furine; mais cela est rare, et il est impossible, quant à présent, de se rendre compte de leur présence. On y trouve enfin des substances introduites dans l'estomac et chassées du corps par la sécrétion urinaire; l'arsenic, l'iode, le mercure, le fer, la quinine, etc., ont été découverts au moyen de leurs réactifs particuliers, et la plupart des médicaments s'y retrouvent quand on a l'habitude des manipulations chimiques.
§ II. Signes fournis par le mode d'excrétion des urines.
La suppression complète des urines ou ischiine s'observe dans les fièvres graves compliquées d'adynamie, à la fin des maladies aiguës devant se terminer par la mort, et dans les maladies du cerveau ou de la moelle ayant déterminé la paralysie des membres inférieurs. C'est un signe de Y atonie ou de la parcdysie complète des fibres musculaires du corps de la vessie.
La dysurie douloureuse est le signe d'une blennorrhagie, d'une inflammation aiguë de l'urètre, d'une maladie de la prostate ou d'une cystite cantharidienne produite par l'application d'un vésicatoire. Chez les enfants, elle s'observe très-souvent à la fin des maladies aiguës, et elle résulte de ce que, dans la fièvre, les urines, d'abord rares et chargées de sels, ont laissé dans la vessie un dépôt que la sécrétion urinaire rétablie entraîne en irritant le canal. Dans les cas où l'urine s'échappe goutte à goutte, on dit qu'il y a strangurie, et les besoins d'uriner fréquents, douloureux, avec peu de liquide à chaque émission, caractérisent le ténesme vésical. La dysurie indoleîite, au contraire, annonce un rétrécissement du canal, surtout si le jet, souvent interrompu, quelquefois bifurqué, tombe habituellement sur les pieds de celui qui urine. Quand le jet s'arrête et reparaît aussitôt, il y a tout lieu de croire à l'existence d'un calcul. U incontinence diurne est le signe d'une paralysie du col de la vessie, à la suite des maladies avancées de la moelle et du cerveau, ou du catarrhe de la vessie avec hypertrophie de la prostate; tandis que V incontinence nocturne a une signification toute différente, ('elle-ci, très-fréquente chez les enfants et les sujets nerveux, se rattache exclusivement au spasme du col de la vessie et à des troubles nerveux de nature inconnue, mais indépendants de toute lésion matérielle appréciable. Dans quelques cas, l'ex-
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crétion de l'urine se fait par des ouvertures autres que celle du gland, le long de la verge dans le cas d'hypospadias et d'épispadias, au périnée s'il y a une fistule vésicale, à l'anus, dans le vagin, etc., par suite de communications accidentelles formant de hideuses infirmités.
Art. II. — Des signes fournis par l'examen de la sueur.
Il s'exhale constamment de la surface du corps, en quantité variable, une vapeur ténue désignée sous le nom de transpiration insensible, et dont l'abondance constitue la moiteur et la sueur. C'est une des fonctions les plus importantes de l'économie et dont la suppression amène inévitablement la mort. En effet, comme l'a démontré Fourcaut, un. animal enduit de vernis imperméable ne survit jamais à l'expérience, et, si la vie se prolonge assez longtemps, on trouve dans ses organes un grand nombre de tubercules. Cela suffit pour faire comprendre les dangers qui résultent de la suppression subite de la transpiration cutanée.
La sueur, fournie par un appareil spécial, situé dans l'épaisseur de la peau, est un liquide sécrétoire particulier composé, d'après M. FavreS de la manière suivante :