‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 26 sur 212 · L. Influence morbifique de l'hérédité · texte numérisé non relu

L. Influence morbifique de l'hérédité

Ce que l'on désigne sous le nom d'hérédité en physiologie et en pathologie n'est pas autre chose que l'impression communiquée au germe par le père et la mère dans l'acte de la génération. — C'est une impression générative^. De sa nature dépend en partie pour l'avenir le degré de force et de santé du nouvel être. Dans son œuf, avant d'arriver au jour, et par le seul fait de l'impression générative qui lui imprime la vie, l'homme est prédestiné à une organisation spéciale, à des formes extérieures et intérieures déterminées par la résultante des forces paternelles et maternelles un instant réunies. En recevant la vie, l'ovule, ce grain de matière imperceptible et amorphe, dénué de toutes propriétés de tissu, puisqu'il n'est pas même un tissu, commence à se transformer suivant les lois du prémorijhisme humain, et se bâtit, selon s^s forces et son génie, les organes qui doivent lui servir d'instruments dans sa courte existence. Heureux si la force d'impulsion est solide, car ce qu'elle engendre vient solide comme elle, avec tous ses défauts et toutes ses qualités. Les forces des races, des constitutions, des tempéraments, des idiosyncrasies, etc., se croisent dans la génération et forment des résultantes qui entraînent la matière, l'asservissent à des lois déterminées susceptibles de la modifier, de la corrompre ou de la purifier à volonté, susceptibles d'en faire l'enveloppe d'êtres vivaces ou débiles, nerveux, sanguins ou lymphatiques, d'hommes intelligents, moraux, ou d'êtres idiots et dégradés. Comme l'a dit Hippocrate.... « Cum nempe genitura ab omnibus corporis procédât, a sanis sana, a morbosis morbosa, ex pituitoso pituitosus, ex bilioso biliosus , ut ex tabido tabidus, et ex lieuoso lienosus. » Toute la médecine est là, et par cela même qu'un être vivant n'est qu'une résultante forte ou faible de deux puissances confondues, la matière de cet être n'est plus qu'un effet de la force étrangère qui réside en elle, l'agite, la mène et la transforme en ce qui lui plait jusqu'au cercueil, sauf les modilications qu'elle subit en tant que matière de la part d'une foule d'agents du monde extérieur. C'est ce qui fait que la mé-

* J(! désignerai ainsi la double inlluence du père et de la mère nécessaire à la procréation du nouvel ètie.

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decine est une science particulière, spéciale, ayant en propre pour base des faits que n'expliquent les lois d'aucune science physique ou chimique ; la médecine est la science de la \ie dans l'homme ; de son origine, de ses transformations, de ses dégradations et de ses rapports avec la matière brute et les lois physiques et chimiques de l'univers.

L'impression générntive est la cause prédisposante morbifique la plus malheureusement féconde qui existe. Il est difficile d'échapper à son influence, et il a fallu tout l'aveuglement des matérialistes de la médecine pour en nier les effets. Elle se révèle à chaque instant autour de nous, et ce qui se passe à l'état physiologique éclaire sigulièrement la réalité des effets pathologiques. Les ouvrages anciens et ceux de Portai, de Pujol, de Sersiron, de Piorry etsurtout celui de M. P. Lucas S renferment tout ce qu'il est intéressant de connaître dans cette question, qui est la base delà science de l'homme et de ses maladies.

Des impressions génératives dépend la prémorphose organique des êtres, c'est-à-dire leur forme intérieure et extérieure. Celle-ci est la première qui tombe sous les sens ; c'est aussi la plus facile à constater. « Tous les animaux, dit Frédéric Cuvier, ont une très-grande ressemblance avec ceux qui leur ont donné la vie. » Chez l'homme, la ressemblance des enfants à leurs parents est quelquefois poussée à un point qui confond la pensée, et chez les jumeaux qui expriment la résultante d'une même impression générative, cette ressemblance est telle, qu'il est souvent impossible, même aux parents, de distinguer leurs enfants l'un de l'autre. La ressemblance est tantôt générale et tantôt bornée à quelques parties ; chez l'homme, elle s'observe dans la tête, le tronc, les membres et les poils, mais il n'en est aucune où elle se retrouve plus clairement qu'au visage. La forme, l'expression, la couleur, la beauté, se transmettent comme des caractères distinctifs des races et même des familles lorsqu'elles peuvent s'allier entre elles. Chose bien curieuse et qui atteste l'existence et l'influence de cette force prémorphique qui joue un si grand rôle chez l'homme, la ressemblance n'apparaît pas toujours dès les premières années de la vie, mais plus tard et lorsque les enfants touchent à l'âge où les traits des parents offraient le même caractère. Quelquefois même cette ressemblance peut n'exister qu'un instant et ne faire que glisser sur les visages. (Piorry, Thèse de F Hérédité.) C'est ainsi qu'on a vu quelquefois les lils ressembler pendant quelque temps à leur mère, puis, par une

' Traité de r hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie. Paris, 1847, 1850, 2 vol. iti-8".

62 CAUSES PRÉDISPOSÂMES l?iDlVIDLELl.ES.

sorte de métamorphose assez rapide, acquérir tous les caractères extérieurs de leur père.

Il y a des familles où Ton observe la transmission héréditaire d'un seul caractère extérieur qui sert de signe distinctif à la consanguinité. Ici c'est le nez aquilin, comme dans la famille des Bourbons ; ailleurs le nez retroussé, de grosses lèvres, la saillie des mâchoires, l'allongement des dents chez les Anglaises, le tabher des Hottentotes, le prolongement caudal du sacrum dans la tribu des Niams-Niams, la couleur des yeux et de la peau, les taches en fer de lance, les envies, etc., etc. Chez d'autres, c'est l'élévation de la taille. M. Piorry en a rapporté un exemple, et j'ai lu dans la thèse de M. Surennaud le fait d'un homme de 6 pieds 6 pouces, pesant 462 livres anglaises, dont le père avait 6 pieds 3 pouces, la mère 6 pieds, et les frères ou sœurs une taille à peu près semblable. Dans certaines familles que j'ai connues, c'est la tête qui est constamment petite relativement au reste du corps, et ailleurs on voit une très-grosse tète sur un petit buste. Il en est de même de la finesse des mains et de la petitesse des pieds, signe recherché de distinction; de la longueur des jambes, de la largeur exagérée du bassin et des épaules, qui sont autant de modifications extérieures , transmissibles par l'impression générative. Toutes les anomalies ou vices de conformation et les véritables monstruosités peuvent se transmettre par héî^édité : le bec de fièvre, les déviations de la colonne vertébrale, l'hypospadias, l'albinisme, le développement incomplet d'un membre, l'absence de doigts ou de phalanges, l'absence d'ongles aux orteils, etc. M. Surennaud a observé un exemple très-curieux de cette dernière anomalie. {Thèse citée.) « Un jeune enfant que la mère ne croyait qu'à huit mois, bien que la marche du travail eût été très-régulière et très-rapide même, présentait toutes les apparences d'un enfant à terme , sauf les ongles des pieds, dont il n'existait pas de traces. La sage-femme, interrogée pour savoir si l'enfant avait chance de vivre et s'il était bien à terme, ne savait trop que répondre en voyant ce développement si incomplet des ongles, lorsque le père vint trancher la difficulté en montrant ses pieds, dont les quatre derniers orteils étaient presque conq)létement dépourvus d'ongles, et cela depuis sa naissance. »

A l'intérieur du corps se transmet également par hérédité la disposition des parties profondes, qui est si souvent la cause matérielle de la conformation extérieure. Uien de plus manifeste que l'infiuence des impressions généra tives sur les anomalies de développement du système osseux, sur les proportions en tous sens du crâne, du thorax, du bassin, des membres, etc. Il y a des familles où l'on

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observe d'une manière constante une augmentation ou une diminution du nombre des vertèbres, des doigts et des dents. Tous les auteurs rapportent des exemples d'individus sexdigitaires de père en fils ; les faits de diminution du nombre des doigts sont infiniment plus rares. M. Roux a opéré d'un bec de lièvre double un enfant n'ayant que trois doigts à chaque main et dont le père, jadis opéré d'un double bec de lièvre, n'avait également que des mains à trois doigts. Ces anomalies héréditaires du système osseux sont si bien connues, que les éleveurs anglais de Durham en ont tiré parti pour faire reproduire à volonté les animaux de boucherie avec de très-petits os recouverts de masses charnues considérables dans les parties les plus goûtées des amateurs. On peut, à l'exemple de Backwell, Fowler, Pajet, Princeps, transporter d'une race à une autre, ou d'un individu à ses produits, telle ou telle proportion de membre ou de partie. Ayant précisé le caractère physique à transmettre, on unit les mâles et les femelles qui le présentent au plus haut degré possible de développement, et, à défaut d'individus étrangers, on peut allier les rares produits où ils se propagent avec les pères ou mères, frères ou sœurs. C'est la propagation suivie dans le mêjnesang. Des résultats semblables, des conformations différentes, et des monstruosités de tout le corps ou de chacune de ses parties, ont été obtenus par ce procédé, chez des pigeons et des souris, par le docteur Daunecy, et sur des poules et des chiens par John Sebright. Dans l'espèce humaine, ainsi que le fait remarquer M. Lucas, les choses se passent de la même manière, et il n'est pas rare de voir se perpétuer l'étroitesse du bassin chez les femmes, la largeur d'épaules et de la tête chez l'homme, la longueur des membres, etc. . circonstances très-importantes au point de vue delà parturition. J'ai connu une dame relativement bien conformée, dont le mari était fort large des épaules, et qui eut ses deux premiers enfants tellement volumineux des épaules et de la tête, qu'il fallut les sacritîer dans le sein de la mère pour les en arracher. A sa troisième couche, elle fut mise à un traitement débilitant qui amoindrit le fœtus et permit l'accouchement naturel.

Les systèmes nqrveux, circulatoire, digestif et musculaire subissent dans leur développement et leur disposition l'impression générative au plus haut degré, et les variétés de forme ou de fonctions se transmettent souvent des parents à leurs enfants. Gall indique la transmission héréditaire d'une grande masse de cerveau, du volume et de la fornrie de ses circonvolutions. Corvisart signale dans quelques cas celle de l'hypeitrophie du cœur avec dilatation des vaisseaux, et ailleurs la transmission d'une dispo.silion inverse, dans laquelle le calibre des

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\aisseaux est, au contraire, fort diminué. M. Piorry mentionne un fait de l'hérédité de la \aricocéle sur trois générations successives. Des observations analogues ont été faites sur le diamètre des ouvertures naturelles dn bas ventre, à l'ombilic, à l'anneau inguinal et crural, et sur l'hérédité des hernies congénitales. Enfin il n'y a pas jusqu'aux diverses nuances de coloration qu'on rencontre dans les tissus profonds de l'économie et dans les membranes muqueuses qui ne puissent se propager des parents aux produits, aussi positivement que les caractères de la couleur externe de la peau , des cheveux , des poils, etc.; seulement, comme le remarque M. Lucas (loc. cit.) : ces diverses colorations, soit internes, soit externes, ne se rencontrent pas toujours sur les produits dans les mêmes tissus qu'elles affectaient chez les parents ; souvent on voit une sorte de transposition de l'intérieur à l'extérieur, ou réciproquement. Ainsi les agriculteurs savent très-bien que pour avoir une laine parfaitement blanclie il faut nonseulement écarter du troupeau les brebis et les béliers tachetés sur la laine ou sur la peau, mais encore ceux qui le sont sur la langue et sur la voûte palatine; il suffit, en effet, qu'un béUer ait une tache noire sur la langue pour produire des agneaux tachés de noir sur le dos ou partout ailleurs.

C'est qu'en effet la ressemblance interne peut être couqiléte et la ressemblance externe nulle, ou, réciproquement, la ressemblance interne nulle et l'externe complète; elles peuvent être partielles l'une et l'autre et n'affecter ni les mêmes éléments ni les mêmes points; l'une peut être complète et l'autre partielle; elles peuvent être nulles toutes deux.

L'impression générative, manifeste sur une ou plusieurs parties extérieures ou intérieures du nouvel être, n'est pas limitée à ces parties; elle étend son influence sur tout l'individu. C'est elle qui favorise la transmission héréditaire de la prédominance d'un appareil d'organes ou seulement de la susceptibilité spéciale d'un tissu, de manière à caractériser l'hérédité des constitutions, des tempéraments et des idiosyncrasies. M. Lucas rapporte tous ces pliénomènes à V hérédité des jhiides. Pourquoi cette distinction? Est-ce que la composition différenlejhis liquides, dans les divers lempéraments et dans chaque idiosyncrasie, est distincte de la composition des solides et d(; l'impression prémorphique générative? Assurément non. Ce sont autant d'effets variés de la cause simph; dont j'invo(|ue l'influence, et il n'y a pas lieu d'étendre son action à l'alléjation exclusive des liquides, si ce n'est dans un sens figuré. 11 faut lui rapporter la prédominance d'action de l'appareil circulatoire et la pureté héréditaire^ du sang, d'où dépendent le tem-

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pérament sanguin, la force de la constitution, la pléthore et ses conséquences. Elle est la cause non pas unique mais principale de la reproduction et de la multiplication des tempéraments nerveux, bilieux et lymphatiques, et de leurs prédispositions morbifiques particulières. Toutes les idiosyncrasies dont je parlerai plus loin sont en grande partie sous sa dépendance. Chacun sait que les enfants nés de parents bien portants et de race vigoureuse jouissent d'une constitution robuste qui résiste aux mêmes causes de maladies auxquelles succombent les enfants de parents chétifs et faibles. La longévité est héréditaire, et, bien qu'une foule de causes, telles que la misère, les professions, les climats, etc., puissent l'abréger , il est incontestable que, placés dans des milieux et des circonstances analogues, les individus nés de parents à longue vie ont les mêmes chances de parvenir à un âge avancé. Rush dit n'avoir pas connu d'octogénaire dans la famille duquel il n'y eût des exemples fréquents de longévité. Réciproquement , il y a des familles où l'on meurt jeune, et dans lesquelles l'organisation délicate ne peut lutter longtemps contre les causes de destruction qui nous entourent. Dans la famille Turgot, on ne dépassait guère l'âge de cinquante ans, et l'homme qui en a fait la célébrité, voyant approcher cette époque fatale, malgré toute l'apparence d'une bonne santé et d'une grande vigueur de tempérament, fit un jour observer qu'il était temps pour lui de mettre ordre à ses affaires et d'achever un travail qu'il avait commencé, parce que l'âge de durée dans sa famille était près de tinir; il mourut en effet à cinquante-trois ans. « Tout atteste, dit Lucas, que la macrobie tient à une puissance intime de la vitalité, puisque ces individus privilégiés l'apportent en naissant avec la vie. Cette vitalité est si particulière et si profondément empreinte dans leur nature, qu'elle s'y caractérise dans tous les attributs de l'organisation. Elle donne à la plupart une sorte d'immunité contre les maladies. C'est la vie tout entière avec ses dons et toutes ses facultés qui persiste chez eux; leurs fonctions sensoriales, leurs fonctions affectives, leurs fonctions mentales, leurs fonctions motrices, leurs fonctions sexuelles, tout s'accomplit dans ces organisations avec une énergie, une régularité, une persistance incompréhensil)les. » J'ai déjà dit que la croissance exagérée pouvait être héréditaire, mais ce n'est pas tout; dans certains cas, c'est à un âge déterminé qu'elle se manifeste, soit prématurément, à la seconde dentition; soit, au contraire, d'une façon tardive, longtemps après la puberté, et alors cette croissance irrégulière et rapide devient souvent l'origine d'accidents graves et du développement des maladies chroniques.

li. — PATIIOL, GÉN. 5

60 CAUSES PRÉDISPOSÂMES INDIVIDUELLES.

La fécondité et même la durée du travail se transmettent liéréditairement dans quelques familles. « Il n'est pas rare, dit M. Cazeaux, de voir le travail offrir toujours les mêmes caractères pendant trois ou quatre générations successives, et la mère, la fille et les petites-filles se faire remarquer par la lenteur ou la rapidité de leurs accouchements. » Quant à la fécondité, c'est un fait bien établi par de nombreuses observations de grossesses gémellaires chez les femmes d'une même famille. La plus curieuse de toutes est celle d'Osiander, relative à une femme qui, en onze couches, avait mis au monde trente-deux enfants; elle était née elle-même avec trois autres jumeaux, et la mère avait eu trente-huit enfants.

La nature morale de riiomme, ses penchants, ses défauts, ses qualités et ses vices, se transmettent encore plus sûrement par la génération que sa conformation physique extérieure ou intérieure. Pour être moins appréciable, le fait n'en est pas moins certain, et, si la transmission n'est pas nécessairement constante et peut être empêchée par le croisement, l'éducation morale ou religieuse, elle n'est pas moins établie sur des preuves irréfragables. C'est sans doute un malheur de voir l'opinion rendre le fds responsable des fautes de son père; mais il n'en saurait être différemment, l'expérience de rimmanité est là : il y a des familles où le penchant à l'ivresse, au jeu, à la luxure, au vol et au meurtre, est très-manifestement héréditaire, et les exceptions à cette loi sont peu nombreuses. Que l'imagination des lomanciers fasse de ces exceptions une règle et tente de réhabiliter au théâtre ou dans les livres de malheureux parias sur lesquels pèse une honte de famille, je le comprends, mais le succès.de cette œuvre est impossible. INoblesse oblige; lagloiredu père couvre sa descendance, et c'est justice. Que sa honte rejaillisse sur sa postérité! Comme le dit Plutarque, les êtres produits par génération ne ressemblent point aux productions de l'art. Une fois terminées, celles-ci n'appartiennent plus à l'ouvrier; faites par lui, elles ne sont pas de lui; au contraire, ce qui est engendré provient de la substance même de l'être générateur, tellement qu'il tient de lui quelque chose qui est très-justement puni ou récompensé pour lui, car ce quelque chose est lui.

De l'impression générative physiologique capable de perpétuer la vitalité d'un être, son moral, sa longévité, sa croissance, sa couleur, sa forme, ses vices de conformation, son tempérament, ses idiosyncrasies, sa constitution, à rinq)ression générative morbitique, il n'y a qu'une bien petite distance, et, pour ceux qui ont lu ce que je viens dechre dans les pages précédentes, celte distance est nulle. Le fait est le même dans l'état physiologique et patliologi(pie. Ce que l'on saitdupre-

i:\FLL E?iCE DE L liÉRÉDITf: . (}

liiier préjuge la question pour l'autre. Au reste, il n'y a rien à préjuger ici, car des milliers d'observations prouvent l'existence des nnaladies héréditaires, et je n'essayerai pas de démontrer à nouveau ce qui est déjà parfaitement établi.

Si l'on observe ce qui se passe dans les organes des sens, on voit que leur disposition, leurs qualités et leurs défauts, se transmettent ordinairement aux enfants. Je connais un exemple de strabisme à la quatrième génération, et, chose curieuse! le dernier enfant est né sans difformité des yeux. Ce n'est qu'à Vùge de six ans que le strabisme s'est produit en quelque sorte d'une manière subite, du jour au lendemain. La science est remphe de faits semblables. La myopie et la presbytie sont héréditaires, et, à cet égard, mes observations contiiment celles des auteurs. Il en est de même de l'héméralopie, de la nyctalopie, de Tamaurose, d'après Portai, Béer, Demours, et même de la cataracte, d'après Richter, qui a opéré une malade dont le père, l'aïeul et le fils eurent cette maladie. M. Maunoir l'a observée sur sa femme, son fils, son grand-père, l'oncle, la tante et plusieurs cousins du coté paternel. On rapporte qu'à Lille un homme affecté de cataracte eut une série d'enfants qui offrirent la même lésion dès leur enfance. M. Roux a opéré les trois frères nés d'un père ayant eu la cataracte, et le quatrième enfant fut atteint un peu plus tard. Le professeur iXelaton a publié un fait semblable (Surennaud, thèse citée) ^ observé chez une malade affectée de cataracte et qui avait connu onze membres de sa famille atteints de la même altération du cristallin.

En pareille matière, ce n'est pas le nombre des faits qui entraine la conviction, c'est leur nature. Ceux que je rapporte ont une signification telle, qu'elle peut se passer de l'autorité du nombre.

Un certain nombre d'observations prouvent la transmission héréditaire possible de la surdité et de la surdi-inutité; mais ici, comme dans tout ce qui est relatif aux impressions génératives, il n'y a rien de constant, de fixe et d'absolu.

La sensibilité exagérée de la peau ou son anesthésie sont manifestement héréditaires, moins cependant que ne le sont les maladies cutanées produites par le vice ou la diathèse herpétique. Celles-ci, présentes, passées ou à venir, guéries ou non, ont la plus grande tendance à se reproduire par la génération. Ce n'est peut-être pas dans les hôpitaux ni par de simples renseignements qu'on arrive à se former une conviction à cet égard; c'est dans la ville et par les rapports intimes de confiance qu'on peut se créer dans les familles que cette question tant débattue trouve une solution affiiinative. Chacun nie, par ignrraiic(.' ou par vanité, les difiérentes maladies de peau telles que herpès,

68 CAUSES PRÉDISrOSAîsTES IM)IV1DUELLES .

gourmes de la tète, du visage et des oreilles, les eczémas des oriiîces muqueux, etc., qu'il a eu à subir. Il faut suivre le développement des générations dans leur foyer, pour les voir sans paraître les regarder, pour les bien connaître sans faire d'enquête officielle. Alors on sait vite à quoi s'en tenir sur la pureté du sang des familles; et la moindre expérience, à cet égard, vaut mieux que les détestables statistiques faites dans les hôpitaux sur des renseignements erronés. Il n'est personne qui n'ait pu s'assurer très-souvent de la transmission héréditaire des maladies herpétiques. Pour mon compte, j'en ai vu bien des exemples. Je connais des blépharites ciliaires chez la grand'mère, la fille et le petit-fils; des gourmes de la tête et du visage sur les membres de trois générations; des lichens sur trois générations également; uneichthyose chez le père et les enfants. Tous les dermatologistes ont publié des faits de ce genre, et, ici encore, c'est moins le nombre que la qualité des faits qui doit être appréciée. Alibert {Maladies de la peau) a vu des cas de psoriasis héréditaire. J'en dirai autant de l'éléphantiasis (ArsNESLEY, Diseases of India)^ du purpura hemorragica, dont je connais un exemple ; de l'ichthyose, ainsi qu'on peut le voir sur les mâles de la famille Lambert, observée par M. Geoffroy Saint-Hilaire. « A l'exception du visage, de la plante des mains et des pieds, tout le corps de cet individu était revêtu d'excroissances cornées, bruissant l'une contre l'autre au frottement de la main. Edouard Lambert eut six garçons, qui tous, ainsi que lui, dès l'âge de six semaines, présentèrent la même singularité. Le seul qui survécut la transmit comme son père à tous ses garçons^ et cette transmission, marchant de maie en mâle, s'estainsi continuée chez la famille des Ijîxmheri pendant cinq générations^ » à ce point qu'un esprit trop complaisant voulut essayer de croire qu'il assistait à la formation d'une nouvelle race dans l'espèce humaine.

Sauf les maladies cutanées parasitiques, toutes les autres, qui résultent d'un vice du sang et de la dialhèse herpétique, sont susceptibles de se transmettre, par l'impression générative, au produit de la conception. Seulement l'impétigo du père ne correspond pas inévitablement i\ l'iinpétigo de l'enfant; il produira ici un eczéma, ailleurs un lichen, etc. J'admets l'hérédité de la diathèse, phit(M que l'hérédité de l'affection locale, qui cependant se montre quelquefois, témoin le fait d'ichthyose dont je viens de parler.

Les maladies du sang et des liquides, leurs altérations diverses, en rapport avec autant de manières d'être de l'organisme, sont souvent des maladies de famille, et n'ont d'autre origine que l'impression générative. Ex pituitoso piluitosus, ex hilioso biliosus, dit Ilippocrate.

INFLUENCE DE LHÉRÉDIiÉ. 69

Nous avons changé bien des choses en médecnie, mais nous ne changerons jamais celte vérité-là. Pourquoi la pléthore^ Vaglobulie de la chlorose, la défibrinatioii du purpura, le podagrisme, le lyinphatisme, le syphilisme, etc., s'observent-ils sur les générations successives d'une même famille, si ce n'est par suite de l'impulsion primordiale viciée transmise au germe, lequel rend un peu plus tardée qu'on lui a donné? Semblable au signe qu'on touche sur le cadran d'un télégraphe électrique et qui se reproduit sur l'autre cadran par l'impulsion d'un agent invisible, l'empreinte viciée du procréateur reparait avec le même caractère dans la nature de l'être procréé. Les uns, nés de pléthoriques, sont pléthoriques eux-mêmes, et prédisposés au développement des maladies inflammatoires ; les autres, nés de parents dont le sang appauvri en fibrine leur cause des hémorragies fréquentes, ont euxmêmes une véritable prédisposition aux ecchymoses et aux hémorragies. J'ai déjà cité l'exemple d'une dame morte d'un purpura hemorragica, et dont la lille, âgée de cinquante ans, m'a présenté la même affection. Frédéric Hoffmann , Hufeland, Sanson, Roche, ont rapporté des exemples d'hémorragie héréditaire. Rien n'est plus vrai pour l'épistaxis, pour l'hémoptysie, l'hématurie des pays chauds, les hémorroïdes, etc. Mais, pour ne parler ici que des hémorragies qui ont l'altération héréditaire et primitive du sang pour cause, ce qui a lieu dans l'hémorraphilie, je citerai surtout les exemples d'individus qui, pour la moindre cause, ont des épanchements ou des écoulements de sang peu en rapport avec l'altération des solides. Souvent alors la maladie présente au début les formes de l'arthrite et du rhumatisme. Un homme succomba à une double hémorragie; sur dix-sept petitsenfants et arriére petits -enfants qu'eut cet homme, cinq moururent d'hémorragie, pour des blessures insignifiantes, et tous les autres furent sujets à des hémorragies spontanées mortelles pour plusieurs d'entre eux. (Pighry, loc. cit.)

Une femme, établie en Amérique, près de Plymouth, transmit à tous ses enfants une telle disposition aux hémorragies, que non-seulement les égratignures ont pu déterminer des pertes de sang considérables, mais encore que la guérison de ces plaies n'a jamais pu être obtenue d'une manière durable chez certains membres de cette famille. Les maies seuls étaient sujets à cette hémorragie, en même temps qu'ils avaient un rhumatisme articulaire. (Piorky, loc. cit.)

Le père de la famille E. P., arrivé à l'âge de quatre-vingt-six ans, eut douze enfants, cinq fils et sept fdles; parmi eux, quatre enfants, trois fils et une fille, moururent d'hémorragie. La phis jeune des filles, qui n'avait jamais présenté de symptômes de cette prédisposition, se

70 CAUSES i»rédisposa:mes individuelles.

marie à un vigoureux garçon; elle en a six enfants, quatre garçons et <leux iiUes : trois des garçons périssent d'hémorragie '.

Le rhumatisme, le lymphatisme, le podagrisme, le hiliosisme, la giycohémie, etc., sont également des états morbides héréditaires, qui constituent des prédispositions morbifiques d'autant plus fâcheuses, que les maladies ayant de pareils vices du sang et des humeurs pour nature sont généralement fort graves. M. Piorry a nié l'hérédité du vice rhumatismal, par la raison toute simple qu'il ne considère pas le rhumatisme comme unediathèse, mais comme une maladie toute locale. Je ne partage pas cette manière de voir, et à l'état aigu, comme à l'état chronique, je considère, avec toute l'antiquité et avec MM. Chomel, Requin, Grisolle, etc., le rhumatisme comme une affection générale, c'est-à-dire une altération du sang ayant pour détermination morbide le système fibro-séreux en général. Une foule d'observations établissent la réalité de sa transmission héréditaire.

Le podagrisme^ et la goutte, la gravelle ou l'apoplexie, qui en sont les conséquences, est généralement considéré comme une disposition héréditaire. La statistique favorable de Scudamore sur ce point n'ajoute rien diu consensus de ce fait antérieurement établi et confirmé ultérieurement par les observations de tous. Seulement de nos jours la science a précisé davantage les conditions de cette transmission par la découverte de la dialhèse urique. En effet, chez les goutteux, le sang renferme une notable quantité d'acide urique, cause de gravelle et des inscrustations précoces des artères cérébrales qui disposent à l'apoplexie. Voilà pourquoi on peut dire que le podagrisme, en se transmettant par génération, produit, soit la goutte, soit la gravelle, soit enlin l'apoplexie ou plusieurs de ces états morbides réunis ensemble chez la môme personne. Dans les maladies diathésiques héréditaires, il ne faut pas chercher la preuve de riiérédité dans une manifestation extérieure identique, car on s'exposerait à passer à côté de la vérité; il faut, à l'exemple deBarthez, la chercher dans toutes les maladies de même nature, quelque différentes qu'elles soi(»nt dans leur forme et dans leur siège, pourvu qu'on puisse les rapporter à un principe commun. Or c'est là ce qu'on est conduit à faire pour la gravelle et la goutte, dues à la diathèse brique du podagrisme.

11 en faut dire autant du syphilisme. Nulle part ailleurs, quoi qu'en aient dit plusieurs médecins, n'éclate avec autant de puissance la réalité de rinfluencc des impressions génératives sur l'avenir du produit de la conception. La doctrine exclusive de M. lUcord sur la contami-

' }hbliothè(jue du médecin-praticien.

l^FLUE^XE DE i/hérédité. 71

nation elos enfants au passage de la vulve, dans le cas de syphilis héréditaire, n'est plus soulenable. Elle est abandonnée même de son inventeur, qui s'est vu obligé de revenir à la doctrine ancienne de l'hérédité de la syphilis par ini'ection primitive du germe au moment de la fécondation. En effet, soit par le père, soit par la mère, l'ovule vicié par le syphilisme peut périr au bout de quelques mois, amener ces avortements dont on empêche le retour par l'emploi du mercure; ou bien, au contraire, il se développe régidièrement, et, à la naissance, c'est un enfant tantôt^ couvert de syphilides cutanées ou viscérales, tantôt sain en apparence, mais destiné à être prochainement victime de la diathèse syphilitique qu'il apporte avec lui. Depuis quelques années, les faits de ce genre se sont multipliés, et, malgré les dénégations les plus systématiques, la vérité s'est fait jour; les observations de 31. P. Dubois, de M. Depaul, et celles que j'ai publiées^ sont acceptées de la majorité des médecins. Ici encore le syphilisme, comme la goutte et la scrofule, se montre comme un protée avec des apparences toutes différentes chez les individus, de sorte que, si l'on ne sait par quel lieii de nature rattacher ces lésions différentes que la môme cause produit, on s'expose, comme je l'ai vu, à méconnaître la réalité de l'action héréditaire dans la production de ces accidents.

La part de l'inqîression générative, dans la production du scrofii- Usrne^ n'est pas contestée. On s'accorde généralement pour reconnaître l'hérédité de la scrofule, et s'il y a des dissentiments sur quelques points de détail, c'est uniquement parce qu'on n'a pas su rapporter au scrofulisme une foule de lésions (|ui en dépendent. Il en résulte alors qu'on ne trouve pas l'hérédité de la diathèse là où elle existe. Le scrofulisme est la prédisposition morbifique la plus générale et la plus fâcheuse des climats froids et tempérés. Il faut lui rapporter la tuberculisation pulmonaire, cérébrale, mésentérique, ganglionnaire et séreuse; les scrofulides osseuses, muqueuses et cutanées. Elle est trèscertainement, et plus certainement qu'aucune autre, transmise par l'impression générative.

Si, à l'exemple de M. Lebert, plus anatomiste que médecin, on sépare les tubercules de la scrofule, alors on trouve que la phthisie piihiionaire n'est pas produite par l'Iiérédité^; mais si, faisant justice de cette errenr, on réunit par leur nature identique ces lésions (li(férentes par la forme, on voit que la phthisie pulmonaire, comme tont(is les tuberculisations organiques , se rencontrent chez des suj(;ts dont les parents ont eu des tuberculisations dans le poumon,

• Traité prat. des maladies des nouveaux-nés et des enfants à la mamelle, p. 782. - L'hcit, Maladies scrofuleuses, 1 vol. in-8, p. 09. Paris, 1849.

72 CAUSES PRÉD1SP0SA>'TES I>'DIVIDUELLES.

dans d'autres tissus, ou des scrofulides osseuses, muqueuses ou cutanées de différentes espèces. Je note avec soin, depuis plusieurs années, dans la ville ou dans les hôpitaux, et principalement dans mon service de scrofuleux à l'hôpital des enfants Sainte-Eugénie, ce qui est relatif à la question de l'hérédité, et, bien que mes renseignements soient des plus difti cites à recueillir, j'ai trouvé, dans la grande majorité des cas, chez les ascendants et collatéraux des plithisiques, des tuberculeux mésentériques, cérébraux, ganglionnaires et autres, des scrofulides des os, des muqueuses et de la peau. Réciproquement dans les cas de scrofulides cutanées ou osseuses, on trouve chez les parents des maladies de môme nature ou des tuberculisations viscérales quelconques.

Le cancérisme^ ou nosorganie cancéreuse fibro-plastique, épithéliale, etc., se transmet souvent dans les familles par voie d'hérédité; mais d'une manière moins constante que le scrofulisme.

En comprenant sous cette désignation l'aptitude au développement du vrai cancer squirrheux, encéphaloïde et mélanique; des tumeurs épithéliales, des tumeurs libro-plastiques, chondroïdes, etc., maladies diathésiques caractérisées par la production d'éléments destructeurs presque impossibles à déraciner et qui reviennent dès qu'on les enlève, sur la môme place ou dans les ganglions lymphatiques voisins et dans les viscères, jusqu'à ce qu'ils aient tué le malade, je maintiens rapprochées des affections jusqu'ici connues sous le nom de cancer^ et qu'on voudrait à tort séparer les unes des autres. En effet, elles existent séparées sur un même sujet, et, d'après M. Velpeau, elles se succèdent dans le môme endroit sur la même personne; leur caractère de répullulation et de généralisation est le môme; c'est donc une seule et môme maladie quant à sa nature, bien qu'elle soit différente dans sa forme extérieure; et, comme le scrofulisme engendre le tubercule, l'abcès froid ou la dermatose, le cancérisme produit les nosorganies cancéreuses épitliéliale, fibro-plastique, etc.

Une fois ces notions établies, je reviens à l'hérédité du cancer, qu'il faut rechercher au point de vue de la transmissibilité d'une diathèse, et non pas comme transmissibilité du cancer d'un organe sur des organes de môme nom chez les descendants de la famille. Alors on trouve dans les auteurs, et en clinique, de nombreuses observations qui établissent la nature héréditaire du cancérisme.

Bayle et Cayol rapportent avoir vu trois cancérés dans une famille de cinq personnes.

Une mère, ayant un carcinome de la face, eut un fils qui mourut d'un cancer de l'estomac.

lîNTLUEINCE DE L HÉRÉDITÉ. 73

Napoléon est mort, comme son père, d'un cancer de l'estomac.

M. Lhéritier a cité les observations d'un homme mort d'une affection cancéreuse de l'estomac; son père était mort de la même maladie; puis celle d'une sage-femme morte avec sa mère et sa sœur de la même affection, ayant aussi l'estomac pour siège. On trouve dans la thèse de M. Piorry le fait d'une femme de soixante-six ans morte de cancer de l'utérus, dont le fils eut un sarcocèle, et celui d'une femme ayant une tumeur ulcérée de la cuisse gauche, dont le fils a tous les symptômes du cancer de l'estomac. M. Velpeau a cité des faits du même genre à l'Académie de médecine, dans la discussion de 1855 sur le cancer'; j'en ai observé plusieurs, et j'ajouterai, tout le monde en a vu, car ils ne sont pas rares. Ils me paraissent suflîsanls pour établir la transmission héréditaire possible du cancer. Seulem.ent, et toute la difficulté est là, dans quelle proportion s'observe cette hérédité? Il est impossible de le dire. Aucune statistique satisfaisante n'a été publiée sur ce point. Je rejette absolument celles qui ont été faites d'après les observations prises dans les hôpitaux, je les déclare fausses et mensongères, ne croyant pas qu'on puisse se fier aux renseignements incomplets de malades pauvres et ignorants, dont la famille dispersée est souvent morte à l'hôpital de maladies dont ils ignorent la nature et le nom. J'ai l'expérience de ces recherches, et je sais à quoi m'en tenir sur leur inutilité. Une statistique médicale, ainsi faite sur les ouïdire de l'ignorance, peut bien avoir l'apparence de la vérité; mais, pour les esprits justes, elle n'est qu'un manteau de l'erreur.

La maladie vermïneuse^ ou du moins l'aptitude à son développement, est considérée comme héréditaire par Hippocrate,Brendel, Rosen, etc. , et je suis assez disposé à accepter la réalité du fait, moins sur mes observations personnelles que d'après celles des auteurs et d'après les expériences faites sur les animaux par Dupuy. Le fait que je vais rapporter est tellement curieux, qu'à lui seul il vaut une démonstration, et il atteste l'hérédité d'une maladie vermineuse venant du mâle.

Une truie fut couverte par un màlc qu'on fit venir d'une ferme où la ladrerie régnait, et dès ce moment les animaux qui naquirent de cette femelle furent plus ou moins affectés de cette maladie. Un petit fut tué à l'âge de six semaines; il présenta des cysticerques dans le foie et dans les muscles. On sacrifia les animaux issus de cet accouplement; depuis cette époque aucun porc ne fut infecté de ladrerie. Les animaux provenant de l'ancienne race, quoique soumis aux mêmes influences d'habitation et de nourriture que ceux de la dernière race, n'ont pas été affectés de cysticerques.

* Bulletin de V Académie de médecine, t. XX.

74 CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDL'EIXES.

Les maladies organiques du cœur sont moins que d'autres susceptibles d'être transmises par l'impression générativc. Tous les médecins sont d'accord à cet égard, mais en acceptant comme réelle, avec €orvisart et Portai, l'influence de cette action, il faut dire que les exemples cités en sa faveur ne sont pas très-nombreux.

Les maladies du larynx ^ des bronches et des poumons sont très-souvent héréditaires dans les familles, et, de même qu'on voit s'y transmettre le timbre, l'harmonie on la dureté de la voix, on y observe des maladies semblables dans l'appareil respiratoire. Ici c'est le croup, ailleurs une laryngite, ime bronchite, un emphysème, une pneumonie, une phthisie tuberculeuse, un asthme, etc. , qui se montrent sur les membres d'une famille et sur leurs descendants. Toutefois une circonstance importante à connaître rend en partie compte de cette prédisposition morbifique; je veux parler du scrofulisme que transmet l'hérédité et qui par lui-même dispose aux bronchites, aux laryngites, à la phthisie héréditaires, etc. Pour ceux qui ne voient que des lésions organiques et qui ne s'occupent pas de leur nature, il en résulte que la bronchite semble une maladie héréditaire. C'est une erreur qu'il importe de rectifier. La bronchite n'est souvent qu'une manifestation du scrofulisme, et c'est à ce titre, préférablement à celui de phlegmasie des bronches, qu'elle peut*se transmettre par l'impression génorative. Dans les circonstances où il n'en est pas ainsi, on pourrait peut-être invoquer d'autres causes analogues; ainsi le croup ou la pneumonie, que l'on signale quelquefois comme des maladies héréditaires, sont évidemment la conséquence de la pléthore et de la force de constitution, qui, elles, se transmettent manifestement par hérédité. 11 ne faut donc pas prendre le change sur la question de l'hérédité des maladies organiques ayant pour substratum les solides^ car elles sont très-souvent la conséquence de diathèses qui sont toutes des affections héréditaires.

Le catarrhe pulmonaire, l'emphysèrruî pulmonaire et l'asthme, qui s'observent si connnunément ensemble, sont, de l'aveu de tous les médecins, des ujaladies transmissibles par hérédité. Laennec, Louis, Jackson, ont porté cette démonstration jusqu'à l'évidence, en réunissant à la qualité des faits l'autorité du nombre, qui ajoute beaucoup à leur imporlance.

Les m,aladies des voies dhjesiives et des organes annexés s'observent souvent chez les membres d'une môme famille, et paraissent quelqucifois soumises à l'inllufmce de riiérédité.

Comme le dit M. Oudet, quand on a suivi quelques familles, on remarque que les dents se ressemblent dans les générations successives sous le rapport de l(;ur forme cX de leur arrangement. Elles se

inf»jk>»;k de i/uéréduk. 75

carient très-vile chez ceux dont les parents ont présenté la même altération.

Les hernies^ la dyspepsie^ les maladies du foie, des reins, la gravelle et la néphrite calcukuse se rencontrent très-souvent chez des personnes dont les ascendants directs ou collatéraux ont souffert des mêmes accidents morhides.

Dans le système nerveux, le médecin retrouve au moins autant que dans les maladies des liquides et dans les diathèses l'influence de l'impression générative pour la perpétuité du développement des maladies, l.à encore il constate, non d'une manière constante, puisque cela n'existe à l'égard d'aucune maladie, mais il constate quelquefois chez le nouvel être une prédisposition morhifique spéciale et susceptible de reproduire, à un instant donné et sous l'influence de causes très-légères, la maladie qu'il a observée chez les parents.

L'hémorragie cérébrale, en rapport avec l'état pléthorique; l'encéphalite et la méningite, engendrées par le scrofulisme; l'hystérie, l'épilepsie, l'aliénation mentale, l'éclampsie des enfants, les spasmes, les névralgies, etc., sont autant de maladies dans lesquelles il est impossible de méconnaître l'influence de l'impression générative. Que •fl'exemples n ai-je pas vus pour ajouter à rinnoml)rable quantité de <:eux qui ont été publiés par les auteurs ! Ainsi j'ai cité ^ l'observation d'une femme hystérique à vingt ans qui eut cinq enfants; le premier mourut à deux mois après une convulsion de sept heures, venue pendant qu'il était au sein; le second mourut à onze mois d'une longue maladie d'entrailles , et eut souvent des convulsions ; le troisième mourut à vingt-trois mois d'une convulsion pendant une otorrhée; le quatrième mourut à trois ans d'une lièvre céré])rale avec convulsions; le cinquième enfin, âgé de six mois, encore vivant, avait déjà eu trois fois des mouvements convulsifs très-violents.

Une autre fenmie, Jeanne Bois, ayant eu des convulsions très-fréquentes jusqu'à l'âge de sept ans, conserva une paralysie du buccinateur avec déviation de la bouche. Six de ses frères ou sceurs sont morts de convulsions. Quatre ont vécu et ont eu des convulsions dans leur enfance. Cette femme a eu dix enfants en quinze ans. Le premier est mort à trois ans avec des convulsions, le second a péri à huit mois, en quelques heures, par des convulsions. Il en a été de même du troisième, du quatrième;, du septième et du neuvième. Quatre d'entre eii\, le cinquième, le sixième, le huitième et le dixième, ont eu aussi des convulsions et des maladies; mais ils ont smnécu, l'un avec

' Tr aile des, maladies (/« nouveaiw-nés, 3" édit, i». 205. Paris, 1855.

76 CAUSES PRÉDISPOSÂMES INDIID CELLES.

une contraction passagère du bras, l'autre avec un tic de la paupière supérieure et les deux derniers sans maladies consécutives.

J'ai vu, à ma consultation de l'hôpital Sainte-Eugénie, une femme de trente-huit ans, nommée Dufour, qui, à sa Imitième couche, eut une antéversion utérine, suivie pendant deux ans de convulsions quotidiennes très-fréquentes ettrès-prolongées. Devenue enceinte, les attaques continuèrent pendant les deux premiers mois de la grossesse et disparurent. Son enfant, au deuxième jour de la naissance, fut pris de convulsions, et il en eut sept à huit par jour pendant deux mois à trois mois.

L'épilepsie est considérée à juste titre comme héréditaire depuis Hippocrate^ jusqu'à nos jours. C'était la conviction formelle de Boerhaave, et Fr. Hoffmann a dit : « Neque est nnllus morbus magis gentilitius et qui tam facile a parentibiis in liberos devolvitur quam epilepsia.)) Stahl, Sydenham, Frank, Esquirol, MM. Bouchet et Cazauvielh, Georget, Beau, Moreau, ont fait des observations analogues.

L'aliénation mentale jouît du même fâclieux privilège que l'épilepsie, sous le rapport de la transmission par hérédité. Esquirol a publié l'histoire d'une dame qui devint aliénée à vingt-cinq ans, après une couche; sa fille perdit la raison au même âge et dans la môme circonstance. Dans une même famille, le père, le fds et le petit-lils se sont suicidés vers la cinquantième année. C'est par centaines qu'il faut désormais compter les faits de ce genre, et MM. Georget, Foville, Falret, Ferrus, etc., aliénistes de profession, en les acceptant comme vrais, leur ont donné une importance considérable. Sur 9,o6() cas d'aliénation dont jefais le relevé', il y en a eu 1 ,509 dans lesquels la maladie était héréditaire. Malheureusement les faits sur lesquels repose cette statistique ont été recueillis par une douzaine de médecins, et j'ignore comment ils ont procédé. C'est là une de ces mauvaises statistiques, comme il y en a tant en médecine, qui couvrent d'une rigoureuse apparence de vérité des résultats incertains et souvent erronés. Quoi qu'il en soit, si la proportion exacte des cas d'aliénation mentale héréditaire n'est pas connue, le fait en lui-même reste en dehors de toute discussion et l'expérience de chacun est là pour lui prêter appui en cas de besoin.

Je pourrais multiplier ces faits à l'inhni, sans leur donner plus d'autorité, et ce que je viens de dire suffit pour démontrer l'influence réelle de Y impression générative dans la prédisposition et le développement des vices de conformation, des altérations humorales, des maladies organiques et des diathèses.

Une fois ce fait établi et mis hors de doute, on peut se demander

* De la maladie sacrée, œuvres complètes, trad. par Littré, t. VI, p, 550. Paris, 1849. '- Piorrv, toc. cit.

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