OZANAM. VILLENEUVE
d'après le relevé des épidémies de 1771 à 1830.
Nur iOO malades :
Fièvre catarrhalc 2 morts. Croup 25 morts.
Coqueluche 5 — Angine couenneuse et gan-
iScarlatine , . . . . 5 — gréneuse 25 —
Dysenterie 18 à 40 — Dyssenterie 25 —
Fièvre bilieuse 20 — Pneumonie 15 —
Croup. . . , 50 — Catarrhe pulmonaire 15 —
Fièvre pernicieuse 55 — Gastro-entéro-céphalite. ... 11 —
Typhus 60 — Scarlatine 11 —
Fièvre puerpérale 60 — Gastro-entérite 10 —
Pneumonie maligne 70 — Miliaire 9 —
Fièvre jaune 75 à 80 — Fièvre intermittente 6 —
Peste 75 à 80 — Rougeole 5 —
Encéphalite 80 — Coqueluche 9 —
Angine gangreneuse 80 —
J'ajouterai le choléra, qui fournit une mortalité de 60 à 70 pour 100. Tous ces résultats sont purement approximatifs, et ne doivent pas être pris comme indiquant la mortalité réelle des épidémies connues. C'est un travail à faire.
La mortalité des épidémies est relativement plus grande chez les enfants et chez les vieillards que chez les adultes. Ce sont les deux extrémités de la vie qui sont le plus cruellement frappées.
Au reste, les épidémies sont d'autant plus meurtrières, qu'elles sont plus nouvellement coimues et importées. Les anciennes finissent par perdre beaucoup de leur activité. Leur intensité est en rapport avec leur nature : celles qui ont pour origine des effluves, des émanations putrides et des miasmes dont on peut se défendre, jusqu'à un certain point, par l'hygiène, la ventilation et la dispersion des foyers, d'infections, sont moins graves que celles dont les conditions physiques de développement sont absolument inconnues, comme la fièvre jaune et le choléra. Lutin il en est un certain nombre qui sont sans gravité, qui frappent sur un grand nombre de personnes, et n'entraînent jamais d'accidents graves. Certaines conjonctivites, la bronchite, la diarihée, les angines, les embarras gastriques, sont de ce nombre.
Lorsqu'une épidémie a notablement augmenté la mortalité d'un pays, l'année suivante les maladies sont moins nombreuses et moins graves; la moitalité est au-dessous de la moyenne, et, comme il y a on même temps, d'après M. Villeriné, un excédant de naissances trèsmar(jué, l'équilibre est en très-peu d'années rétabli dans la population. Voilà trois é|)idémies de clioléra qui ont ravagé la France en
quinze ans ; elles ont fait périr plus de 7»), 00') personnes, et la population de ce pays est augmentée de deux millions d'âmes.
La thérapeutique des épidémies se ressent un peu de l'obscurité qui couvre leur nature occulte, et, sauf un petit nombre d'entre elles que l'on guérit par des spéciliques, la plupart nous tiennent à leur merci sans que nous puissions leur opposer autre chose que des palliatifs.
Il en est un petit nombre que l'hygiène sait prévenir. Le dessèchement des marais empêche les épidémies de lièvres intermittentes, tout comme la bonne nourriture arrête le scorbut, et l'aération suffisante le typhus. C'est pour ne pas obéir aux prescriptions de la science, qui enjoint de disperser les femmes en couches dans tous les hôpitaux de Paris, plutôt que de les rassembler dans des maisons spéciales, que l'administration voit périr tant de femmes de la fièvre puerpérale dans les hospices d'accouchement. J'en dirai autant de la mortalité de certains hôpitaux de l'enfance, due à l'encombrement des salles par un trop grand nombre de malades et à l'influence des épidémies qui les ravagent en permanence. Sous ce rapport, l'infirmerie des Enfants- Trouvés est un vaste tombeau où l'on apporte vivants de petits êtres qui, pour la plupart, n'en doivent plus sortir. Il serait à désirer que l'on comprit enfin l'importance qu'il y a d'éviter l'encombrement des hôpitaux, et, en cas d'épidémie, la nécessité de les arrêter par la dispersion du foijer d'infection^ moyen dont les avantages sont consacrés par une expérience de (hx-huit à vingt siècles.
S'il y a des épidémies dont on peut prévenir et limiter le développement, le plus grand nombre échappe à notre action, et elles exercent leurs ravages jusqu'au moment où il leur plaît de s'arrêter. Toutefois l'individu, en tant qu'individu, peut, dans quelques circonstances, se préserver du fléau. Sans parler des grands feux qu'on allumait jadis sur les places et dans les rues d'une ville, d'après l'excellent conseil d'Hippocrate, je signalerai les moyens empiriques découverts contre la propagation de certaines épidémies, tels que l'inoculation de la variole et de la vaccine contre la variole; l'inoculation du claveau, de la péripneumonie des bêtes bovines contre les épizooties de clavelée et de pneumonie; l'inoculation du venin de vipère associé au foie de mouton pourri contre la fièvre jaune, etc.; l'influence de la belladone à l'intérieur contre les épidémies de scarlatine; celle du camphre et du soufre contre la rougeole, etc.
Le traitem(int des épidémies échappe à toute donnée générale; seule, la prophylaxie a des bases certaines qu'on a trop souvent le tort de mécormaître. Les moyens à opposer aux épidémies varient suivant leur nature, leur forme et leur siège anatomique quand il leur arriver d'en
170 DE l'iîsfectio> .
avoir un. Ils varient même, dans une môme maladie épidémique, d'une première épidémie à une seconde, de sorte qu'il faut, à l'exemple de Sydenliam, étudier à chaque épidémie les choses qui sont bonnes ou nuisibles aux malades, aiin d'adopter les unes et de rejeter les autres.
CHi^PITRE YI
DE r'IIVFECTIOA.
Les auteurs ont donné le nom d'infection tantôt à l'altération spéciale de l'atmosphère qui produit les maladies, et tantôt à l'action toxique exercée par cette altération sur la santé, plaçant ainsi à volonté l'infection au dehors ou au dedans de l'organisme, (rest une erreur. D'autres réunissent ensemble l'infection et la contagion, et il en résulte une confusion extrêmement nuisible à l'intelligence du sujet.
L'infection est un mode particulier de propagation des maladies, comme la contagion ; c'est une manière d'agir des causes spéciales, que j'ai fait connaître en parlant des épidémies, des effluves, des. miasmes, des virus et des maladies virulentes. Je vais m'en occuper de nouveau, et je m'efforcerai de déterminer l'idée qu'il faut attacher au mot d'infection, — de connaître ses causes et son influence sur le développement des maladies. J'indiquerai ensuite les différentes espèces de maladies infectieuses.
L'infection est une altération delatmosphère par des effluves et des émanations putrides ou miasmatiques ayant pour résultat l'apparition d'une maladie épidémique.
Je réunis à dessein le fait de l'altération de l'atmosphère et celui de son impression sur l'économie, car on ne peut les séparer : l'infection de l'air qui ne rend pas malade concerne la chimie et ne regarde point la médecine, et la maladie produite par Faltération miasmatique de l'air n'est pas plus l'infection que le produit de la fécondation n'est la fécondation elle-même, et que l'effet n'est semblable à sa cause. Donc l'infection est un mode de développement des maladies ayant pour condition l'atmosplière modifiée d'une façon spéciale, et pour résultat une impression morbiti(jne correspondante.
On a voulu, très à tort, séparer ou réunir absolument l'infection et la contagion. Il en est résulté de graves inconvénients. Ces deux modes morbiliques se toucheid (mi plus d'un point où ils se confondent, et se séparent ailleurs d'une façon très-distincte. Il y a des infections almos-
DE l/[>iFECTIO>'. 171
phériqiies qui ne sont exclusivement que des infections produisant leur effet dans leur foyer, sans reproduction possible au sein des organes non affectés. Exemple : l'infection effluvique, qui engendre les fièvres intermittentes, ne reproduit jamais chez un fébricitant l'effluve maremmatique. Il y a des contagions qui ne se font que par contact direct, au moyen d'un germe que l'on se communique directement. Exemple : la syphilis, la rage, etc. Il y a enfin des infecto-contagions, c'est-à-dire des maladies primitivement engendrées par l'impression atmosphérique d'eflluves ou de miasmes nés hors de l'homme et qui reproduisent dans l'homme un miasme capable de reproduire et de propager à son tour la maladie qui lui a donné naissance. Telles sont le typhus, les fièvres éruptives, la peste, le choléra, la fièvre jaune, etc. Si ce que je viens de dire est exact, il est aussi impossible de séparer que de réunir l'infection et la contagion. — Ces deux modes de propagation des maladies existent d'une manière distincte pour quelquesunes d'entre elles, qui se propagent exclusivement par infection ou par contagion dans la plus sévère acception de ces mots, tandis que, pour d'autres, au contraire, ils se confondent absolument, de sorte qu'elles se propagent absolument par contagion et par infection. — Il en résulte des maladies infectieuses, des maladies contafjieuses et des maladies infecîo-contagieiises . Je reviendrai un peu plus loin sur ce sujet.
Je sépare de l'infection ainsi déterminée l'influence morbifique d'une atmosphère viciée par des gaz ou des corps bien connus, dont l'action toxique sur l'homme constitue un simple empoisonnement. Les vapeurs de mercure, de chloroforme, le gaz acide carbonique, l'hydrogène carbonné, sulfuré, etc., etc., répandus dans l'air, produisent des accidents mercuriels et plusieurs sortes d'asphyxie qui sont des empoisonnements, et non pas désinfections. Il n'y a pas là à\igent infectieux ou de ferment morbifique comparable à celui qui existe dans les effluves et les miasmes que je viens de mettre en cause.
Les causes de l'infection sont donc : V cette altération de l'atmosphère dont parle M. Grisolle et qui est produite par Vinfection^ c'està-dire des effluves et des miasmes nés de la putréfaction de matières végétales ou animales, ou de l'entassement d'un grand nombre d'individus dans des lieux malpropres ou mal aérés; 2° l'impression de cette atmosphère viciée sur l'homme, en vertu d'une aptitude ou d'une opportunité particulière à chaque individu, car tout le monde ne subit pas également cette impression morbifiqucî. Ces deux conditions réunies caractérisent ce qu'en médecine, avecOzanam, lioclioux, Grisolle, Monneret, etc., etc., il faut a[)peler du nom d'infection.
172 DE l'i^tection.
On a jusqu'ici beaucoup discuté sur la nature des modifications subies par l'atmosphère au moment où existe une maladie infectieuse. Je les ai indiquées en parlant des impressions effluviques, miasmatiques et névrosiques. (]e sont : 1° des effluves ou émanations des marais, dans les pays couverts d'eau et dans les terres fraîchement remuées, émanations végétales qui produisent l'infection de l'atmosphère dans des circonstances spéciales et qui engendrent les fièvres intermittentes, pernicieuses, rémittentes, continues et pseudo-continues des pays chauds, la fièvre jaune que l'on voit intermittente et rémittente dans quelques localités, la dysenterie qui existe surtout dans les pays de fièvres, le choléra, la peste, etc., etc. T Des émanations putrides, qui naissent des matières animales en voie de décomposition et qui se répaniient dans l'atmosphère, ne sont pas mieux connues dans leur nature que les effluves, mais elles sont tout aussi manifestes par leurs fâcheux résultats. Au moment de l'exhumation des cadavres enterrés dans le cimetière des Innocents, beaucoup de personnes, exposées à l'impression des émanations putrides qui s'échappaient de la terre, furent prises de fièvres graves et mortelles . Des fossoyeurs ont succombé en faisant des exhumations, et ils y prennent souvent des maladies fort dangereuses. Des hommes, employés à ensevelir au bout de quelques jours les cadavres de soldats morts dans une bataille, ont été pris de fièvres et dysenteries graves^ Tous les jours, des médecins, des élèves en cours d'études anatoiniques, contractent des diarrhées, des dysenteries et des fièvres typlioïdes, qui en font périr un grand nombre. 5" Il y a enfin des miasmes qui sont jetés dans l'atmosphère par l'homme vivant ou malade. Tantôt simples et tantôt spécifiques, ils produisent des maladies scptiques, suppurantes, gangreneuses, ou des maladies spécifiques, telles que la variole, le typhus, la rougeole, la scarlatine, etc., etc. On a vu des hommes, entassés en trop grand nombre dans un lieu étroit et mal aéré, infecter l'air et se donner le typhus. Dans les assises d'Old-Bayley (11 mai 1750), presque tous les assistants périrent, excepté ceux qui étaient à la droite du président, près duquel se trouvait une fenêtre ouverte. A la suite du procès du libraire .lankins, jugé à Oxford, trois cents des personnes qui assistaient aux assises moururent de ty})hus. Après Austerlitz, sur trois cents prisonniers russes enfermés dans un caveau, il y en eut deux cent soixante qui périrent. Il suflit (faugmenter un peu trop le nombre de lits d'un liôpital pour rendre les maladies plus graves, leur donner la forme putride, adynamique ou atéixique, et augmenter la
* Vaidy, Dici. des sciences médicales, ait. Dysiintehie.
DE l'i>tectio>. 175
mortalité. C'est à l' encombrement des salles de chirurgie qu'il faut rapporter le grand nombre d'érysipèlcs traumatiques, les suppurations de mauvaise nature, la non-réussite des réunions par première intention, la résorption purulente, la pourriture d'hôpital, etc. Lorsqu'à r Hôtel-Dieu le nombre des malades confiés aux soins de Dupuytren s'élevait de deux cents à deux cent \ingt et trois cents, la pourriture et les fièvres de marnais caractère se montraient immédiatement. A l'hôpital de Constantinople, les plaies, habituellement belles, étaient, comme les opérations, suivies de bons résultats, de cicatrisations rapides et de réunions immédiates fréquentes; mais arrivent l'expédition de Crimée et l'encombrement de l'hôpital, en 1855, aussitôt les plaies suppurent, il n'y a plus de réunions immédiates, il survient des gangrènes, des pourritures et une mortaUté considérable. Toute la scène a changé sous l'influence du méphitisme nosocomial. C'est à l'encombrement des hôpitaux de l'enfance et des femmes en couches, étabhs contrairement aux avis réitérés de la science , que l'on doit la mortalité de l'hospice des Enfants-Trouvés, la gravité des maladies h l'hôpital des Enfants, et ces terribles fièvres puerpérales qui font périr tant de femmes à l'hôpital des Cliniques et à la Maternité de Paris. La môme chose nous a valu , dans fépidémie cholérique de 1855, terminée en décembre, une réapparition en février 1854, qui a répandu ce fléau dans tout Paris et en France, où il a fait périr cinquante mille personnes, qui n'eussent peut-être pas succombé sans cette infraction aux lois d'hygiène consacrées par une observation de dix-huit siècles. Je reviendrai sur ce fait à propos de la contagion. C'est entin à l'encombrement des grandes villes qu'il faut rapporter la présence de ces maladies épidémiques infectieuses ou contagieuses, telles que la variole, la scarlatine, la rougeole, la fièvre typhoïde, la coqueluche, etc., qui s'y trouvent en permanence à des degrés différents d'intensité et de fréquence, et qui n'en doivent jamais sortir. La quantité si considérable d'ouvriers appelés à Paris depuis quelques années par les magnifiques travaux qu'on y a exécutés est certainement la cause de l'épidémie de lièvre typhoïde qui, des classes inférieures, a fini par remonter et atteindre un assez grand nombre de personnes des classes supérieures de la société.
Les effluves et les miasmes simples ou spécifiques qui constituent Yinfeclion?>o\\i, conuneje l'ai déjà dit. inconnus dans leur uature et insaisissables autrement que par la raison (jui veut bien admettre leur existence. Ce sont des causes expérimentales que l'on ne peut juger que par leurs el'fets sui* l'organisme, et on s'élève par degrés de la
174 DE LIISFECTIO.N.
connaissance de certains troubles morbifiques à la nécessité d'une cause méphitique destinée à expliquer leur développement. Les différentes analyses qui ont été faites des effluves par Yauquelin, Savi, Moscati, Brocclii, Rigaud de l'isle; du pus \irulent et des \irus par Donné; de l'air d'une salle d'hôpital par Leblanc, n'ont donné que des résultats insignifiants sur la spécificité des agents infectieux; mais ils nous ont fait connaître la composition clinique du pus, de l'air des marais et de l'air d'un endroit où beaucoup de monde a respiré pendant quelques heures. Je ne crois pas plus à la spécificité de la matière floconneuse albuminoïde des effluves, étudiée par Brocchi et Rigaud de l'isle, qu'à la spéciticité produite par l'augmentation de l'acide carbonique de l'air dans une salle encombrée de malades, ou à la spécificité d'action de l'ozone. Toutes ces conditions ne sont qu'une partie de la vérité, et elles n'apprennent absolument rien sur les causes de l'infection et principalement sur la diversité des maladies infectieuses. L'analyse de l'air d'un camp, d'une salle d'hôpital et d'une ville comme Paris pourra donner des chiffres différents sur la quotité des éléments constitutifs de l'atmosphère; mais elle n'apprendra rien sur le mode de développement des dix ou vingt maladies infectieuses qui peuvent exister à la fois dans le lieu où l'air a été recueilli.
Ainsi, dans ses intéressantes recherches sur la composition de l'air con(iné^ M. Leblanc ne trouve dans l'air altéré par la respiration d'un gtand nombre de personnes que ce qu'on s'attend à y rencontrer, moins d'oxygène et plus d'acide carbonique. Cela suftit pour expliquer certains accidents de l'encombrement, tels que la pâleur, les malaises, la s\n;ope, l'asphyxie et la mort; mais cela ne rend pas compte du développement des différentes maladies infectieuses (|ue nous connaissons. J'en dirai autant de la présence de l'ozone dans l'air, auquel on rapporte déjà toutes les épidémies de fièvre typhoïde et de clioléra, ainsi que la mortalité plus grande des différentes maladies ordinaires. Ce corps nouveau a })eut-ètre une grande influence sur les mouvements organiques, mais elle est inconnue, et, en tout cas, il ne peut dans son unité servir do moyen d'explication au grand nombre d'effets différents qu'on lui attribue déjà.
D'autres hypothèses ont encore été émises sur la nature de l'agent infectieux qui [)roduit les épidémies. La théorie du ferment animal, de Fréd. Hoffmann, a été reprise par Pariset, Dumas, Monneret, etc.; mais elle n'a pas encore reçu tous les développements qui seraient nécessaires pour la faii-e entrer dans la science. 11 est certain que les
« In-8°. P;uib, \U2.
DE l'infection. 175
matières végétales ou animales, qui se corrompent et infectent l'air, sont l'objet d'une fermentation putride spéciale; mais cette fermentation produit-elle un ferment volatil qui se répand dans l'atmosphère et constitue les effluves et les miasmes? Cela est possible et probable, mais cela n'est pas démontré. Le développement rapide des miasmes, leur multiplication en quantité considérable, leur dissémination si prompte, leur effet si soudain et si mystérieux, tout cela milite plus en faveur de la production d'un ferment animal volatil que d'un corps pondérable, dont la matérialisation est impossible, eu égard à ses effets. Je ne pourrais jamais comprendre l'atmosphère remplie de dix à quinze miasmes substantiels assez violents pour produire la mort de plusieurs milhers d'mdividus en quelques mois, comme on l'a vu dans le choléra, la lièvre typhoïde, la scarlatine, la rougeole, etc., de 1853 et 1854, à Pans. Une atmosphère ainsi saturée de corpuscules toxiques en quantité proportionnelle au développement et à l'intensité d'une épidémie est une chose absolument incompréhensible. On comprend mieux l'action d'une dose intinitésimale de ferment infectieux, qui, après l'impression produite sur l'organisme, s'y reproduit par fermentation très-rapide en quantité considérable, au point d'altérer les fonctions et de détruire les ressorts de la vie. Il n'est plus nécessaire alors de répandre dans l'atmosphère une quantité de miasmes telle, que chaque individu doive en absorber une dose suflisante pour être malade. Dans la théorie de la fermentation, il suftit de la momdre partie de ferment absorbé pour que, reproduite au centuple, elle développe la maladie spéciale qui lui a donné naissance. C'est un mode d'impression auquel correspond la réaction organique qui engendre les maladies infectieuses. Sans prétendre résoudre cette question encore insoluble, je suis favorablement disposé pour la théorie de Fréd. Hoffmann, et je rapporte volontiers à la fermentation animale, causée par un ferment volatil né de chaque maladie, l'infection de l'atmosphère qui engendre toutes les maladies infectieuses et épidémiques.
En dehors de ces hypothèses il faut se borner à étudier l'infectieux, c'est-à-dire les effluves, les miasmes et toutes les causes d'infection comme des causes expérimentales dont on cherche les lois de développement et de propagation.
U infectieux des ei'ï\\i\ es, des émanations putrides, de l'encombrement et des miasmes, est à ces vapeurs méphitiques ce que le virus est au pus. 11 y est incorporé dès l'origine et ne les constitue pas. Il se développe dans les circonstances spéciales que j'ai indiquées précédemment, et se déplace au moyen de l'air, dans lequel d est en quehpie sorte susperuMi. D'une manière générale on peut dire que la chaleur
17(5 DE LIM^ECTION.
lui donne infiniment plus d'intensité que le froid, ce qui justifierait assez ceux qui n'y voient qu'un ferment. Entraîné par les courants de l'atmosphère, il obéit un peu à la direction des vents, et il en est un certain nombre dont on peut se garantir par des obstacles matériels jetés entre un foyer d'infection et le lieu qu'on habite. Que de fois, le reboisement d'un pays intermédiaire entre une ville et un marais infectant n'a-t-il pas suffi pour faire disparaître une épidémie de fièvres intermittentes î Tout le monde connaît ce trait de génie d'Empédocle d'Agrigente, qui préserva pour toujours ses compatriotes de la fièvre qui les décimait, en faisant combler une vallée par où passaient des effluves marécageuses apportées de loin par les vents. L'infectieux étend ordinairement son action et se concentre dans les villes, dans les pays de plaines basses, lumiides, et dans les vallées sombres; il n'arrive que plus rarement sur les montagnes et dans les pays élevés, bien qu'il puisse facilement y atteindre, 11 suit souvent dans sa marche la direction des corus d'eaux et des vallées. Bien des fois on a essayé d'apprécier la hauteur à laquelle il peut s'élever dans l'atmosphère; et, à propos de l'infectieux des eflluves, M. Vorms a estimé à roo mètres de liant et à 550 de large le déplacement qu'il pourrait subir. Pour d'autres, la sphère du déplacement est moindre. Je me hâte de dire qu'il n'y a rien de précis dans cette opinion. Le seul fait certain consacré par l'observation, c'est que tous les infectieux, quelle que soit leur nature, se développent moins aisément et ne viennent que trèsrarement dans les pays situés sur les hauteurs. D'après M. de Champesmc, la quantité et l'activité de l'infectieux décroissent en raison directe du cube des distances du foyer d'où il part. C'est là une de ces lois de fantaisie comme il y en a tant en médecine, et qui n'existent que dans l'imagination de ceux qui les promulguent.
L'infectieux, ordinairement suspendu dans l'atmosphère, s'incorpore quelquefois à des substances liquides ou solides, telles que de l'eau, des vêtements, des meubles, des étoffes de laine, de coton, les murailles et les ustensiles à l'usage de tous. C'est ainsi qu'il se propage quelquefois d'un licni à un autre à travers de grandes distances. Tous les infectieux ne sont pas susceptibles de se fixer ainsi à des solides ; aussi celui des eflluves ne peut jamais ètie lransj)orté par ce moyen. Il n'existe qu'à l'état de suspension dans l'air ou de dissohition dans l'eau, et avec elle pourrait être enq)orté au loin, ainsi que cela résulte d'un très-grand nombre d'(îx])érieiices. (hi gagne la (ièvre intermittente en buvant l'eau des marais. L(;s autres infecli(;nx sont mêlés tantôt à l'air, et tantôt i\ des hquides ou à des solides, (^elui de la peste peut être porté par des (^orps solides ayant touché ou appartenant
DE l'infection. 177
à des pestiférés. Celui de la morve reste fixé dans les murailles des écuries, et l'on a beau renouveler les mangeoires et les râteliers, recrépir les murailles à la chaux, le germe de la morve ne disparaît jamais. Une écurie où il est mort un cheval morveux est, dit-on, une écurie à démolir. C'est à ces différentes propriétés de l'infectieux qu'il faut rattacher la division des maladies infectieuses que j'ai proposée. Aux infectieux répandus dans l'atmosphère se rapportent les maladies infectieuses proprement dites, telles que les fièvres intermittentes, et aux infectieux de l'atmosphère pouvant être transportés par les corps vivants ou inertes, les maladies infecto-contagieuses, telles que la peste, la fièvre jaune, le choléra, la suette, etc.
Les infectieux deviennent plus ou moins facilement morbifiques selon différentes circonstances particulières aux individus soumis à leur impression, selon la résistance vitale de ces individus, leur aptitude à contracter la maladie infectieuse et l'immunité temporaire ou permanente dont ils jouissent à cet égard. Ils agissent d'autant plus vite, que les individus sont plus fatigués par l'exercice musculaire, les travaux de l'esprit, les impressions morales dépressives, l'alimentation insuffisante ou mauvaise, les déplétions sanguines, la faiblesse naturelle ou acquise par des maladies antérieures. Ainsi, comme je l'ai dit en parlant des idiosyncrasies, de l'habitude et des immunités morbides, il y a des personnes qui vivent longtemps au milieu de foyers d'infection sans être malades ; et l'acclimatement n'est pas autre chose que l'habitude de recevoir des impressions morbifiques, infectieuses ou autres, sans qu'il en résulte de réaction morbide. Tout le monde, à Paris, ne contracte pas la petite vérole, la scarlatine, la rougeole, la fièvre typhoïde, la coqueluche, le choléra, dont les infectieux y sont à peu près toujours en permanence dans l'atmosphère. Il y a enfin des immunités congéniales ou acquises par une première infection naturelle, par l'inoculation préservative et par des substances médicamenteuses prophylactiques.
Les infectieux spontanément engendrés ouHmportés de loin dans une localité y font quelques victimes, et se reproduisent en quantité considérable avec une rapidité quelquefois inouïe. Quand on pense à ce que l'inoculation d'une dose inappréciable de virus fixe reproduit de liqueur virulente inoculable, et aux milliers de personnes qu'on peut infecter de nouveau, on comprend à peu près l'inlluence d'une dose inappréciable d'infectieux volatil dans la multiplication de cet agent toxique. Les infectieux se répandent dans l'atmosphère, font un plus ou moins grand nombre de victimes, suivant leur nature; ou leur degré d'intensité ; et il en résulte alors ce qu'on appelle des foyers cU infection^
B, TATHOI.. GkN. 12
178 DE L'mFECTIOIN.
alimentés par la population malade du lieu de leur développement. Ils durent un ou plusieurs mois, puis ils perdent de leur activité, s'animent de nouveau, et disparaissent entièrement ou jettent des étincelles qui vont au loin, portées par le vent ou un autre intermédiaire, allumer quelquefois de nouveaux foyers d'infection.
Si le transport des infectieux par les intermédiaires vivants ou inertes a quelquefois pour résultat la formation d'un foyer d'infection là où arrive cet intermédiaire, il n'en est pas toujours ainsi ; et beaucoup plus souvent, au contraire, la dispersion et la dissémination des habitants bien portants des foyers d'infection font cesser l'épidémie. Ce fait est même si général, que, dans les maladies infectieuses etinfecto-contagieuses, la dispersion des foyers recommandée par Hippocrate a été conseillée depuis lors par tous les médecins qui ont acquis quelque notoriété dans l'observation. C'est par là qu'il faut commencer, et on n'abandonne jamais ce principe sans qu'il en résulte de grands désastres, ainsi qu'on a pu le voir en 1855 par la réapparition (lu choléra dans les salles de la Charité, où on avait antérieurement concentré les cholériques au lieu de les disséminer. Les populations ne l'ignorent pas, et elles se sauvent dans les campagnes, comme firent, en 1854, les habitants d'Arles et de Marseille, afin de ne pas rester dans le foyer d'infection cholérique. Tous les jours dans les collèges, dans les couvents, dans les casernes, se développent des foyers d'infection typhoïde, variolique, morbilleux, etc., et chaque fois la dissémination des habitants du foyer suffit pour arrêter l'épidémie. L'infectieux semble se concentrer et prendre une activité plus grande par l'agglomération des individus sains ou malades, tandis qu'il s'étend, s'affaiblit et disparaît par la dissémination.
Les infectieux ne produisent d'impressions morbifiques qu'après avoir été absorbés. Répandus dans l'air, qui est leur véhicule, ils pénètrent dans l'organisme par les voies respiratoires, par la peau et par les voies digestives. Dans le poumon, les infectieux sont absorbés avec les gaz atmosphériques destinés à l'hématose, et, à la peau, ils entrent par les surfaces des conduits sécréteurs tapissés d'un épitliéhurn mince, plus facile à traverser que l'épiderme cutané. Dans les voies (hgestives, ils pénètrent au moyen des aliments ou des boissons, qui les tiennent suspendus. Partout l'impression se fait dans la trame des tissus, sur le sang qui s'altère, et dans le système nerveux, qui se trouble dans ses fonctions, réagit contre l'infectieux et produit enfin des phénomènes morbides particuliers, en rapport avec la nature spécifique de l'agent d'infection.
L'impression des infectieux produit ce qu'on appelle des maladies
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infectieuses, maladies dans lesquelles on observe des phénomènes très-variés, les uns spéciaux, les autres communs à chacune d'elles. Je ne m'occuperai ici que des phénomènes communs et généraux observés dans toutes les maladies infectieuses. Ce sont : l'incubation, l'empoisonnement et la purification.
Je donne le nom d'incubation des maladies infectieuses au temps qui sépare l'impression morbifique de la manifestation des accidents morbides. Il y a l'incubation de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de la lièvre typhoïde, de la suette, de la fièvre intermittente, de la peste, du choléra, etc. Pendant ce temps, infiniment variable, l'impression produite parle poison morbide se transforme peu à peu, elle active le développement du germe infectieux à l'intérieur, et il en résulte un empoisonnement qui s'annonce au dehors par une invasion d'accidents morbides particuliers. On ne peut rigoureusement préciser la durée de l'incubation dans toutes les maladies infectieuses, mais les résultats obtenus pour quelques-unes permettent de croire que des recherches ultérieures finiront par éclairer ce point de la science. Ainsi, dans la fièvre typhoïde, l'incubation est de treize à quatorze jours en moyenne d'après Copland, de dix jours pour Grégory, et de sept à soixante-douze jours d'après Haygarth. Dans la variole, elle est de sept à huit jours suivant Hunier; dans la rougeole, de vingt- quatre heures à six, vingt et cinquante jours; dans la scarlatine, de deux à vingt-cinq et trente jours; dans la varicelle, de un à huit jours, et, dans les fièvres intermittentes, de quelques heures à quelques mois. Elle est de douze heures à dix-sept jours pour la fièvre puerpérale; de trois à sept jours pour la maladie bos-hongroise ; de vingt-quatre heures à quinze jours, pour la clavelée, etc.
U empoisonnement, dans les maladies infectieuses, s'annoncepar l'invasion des premiers symptômes ; avant cet instant l'économie, en travail, accomplit la transformation de l'impression infectieuse, soit qu'une seule dose de poison ait suffi à la production des accidents morbides, comme dans les impressions effluviques et les maladies infectieuses proprement dites, soit que la dose de poison absorbé germe à l'intérieur et reproduise au centuple l'agent infectieux, comme on le voit dans les maladies infecto-contagieuses, la coqueluche et la rougeole, par exemple. Dans le premier cas, le temps d'incubation est employé au travail latent de réaction, qui doit éclater à échéance prochaine et amener la purification de l'organisme ou une cachexie prolongée.Dans le second, au contraire, l'incubation engendre des quantités considérables d'infectieux qui produisent l'empoisonnement spécifique de l'organisme, et se répandent dans l'atmosphère pour ajoutera l'infection qui s'y trouve.
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L'empoisonnement est complet lors de Tinvasion des accidents morbides, et c'est Ini qui produit les fièvres infectieuses, éruptives ou autres, et les maladies infectieuses non fébriles, telles que les ophthalmies, la pourriture, etc., etc. Il détermine, selon la nature de l'agent infectieux, la fièvre intermittente, le typhus, la fièvre puerpérale, la méningite racliidienne, la suette, les érysipèles, la coqueluche, le scorbut, les gangrènes, les fièvres purulentes, la morve, les ophthalmies, les urétrites\ les pourritures, etc., etc. Il dure autant que la maladie infectieuse, mais il peut augmenter et faire périr les malades, ou diminuer et disparaître avec leur guérison. Il peut aussi persister indéfiniment et former une cachexie, comme on le voit dans l'infection chronique paludéenne, scorbutique, etc., etc.
La période d'empoisonnement des maladies infectieuses et infectocontagieuses est caractérisée par des phénomènes très-variables qui ne sont vraiment pas susceptibles de généralisation. Ici, la maladie est aiguë, et offre des phénomènes d'invasion, d'éruption cutanée et' de desquamation; ailleurs l'invasion des accidents fébriles se continue, et il y a éruption intérieure sur les muqueuses, ou une suppuration dans les méninges. Dans quelques cas, la maladie est apyrétique, exemple : le choléra; ou bien, elle semble locale ; exemple : les ophthalmies, la pourriture, etc., etc. Fébriles ou apyrétiques, générales ou bornées à une seule manifestation locale extérieure, les maladies infectieuses ou infecto-contagieuses ne présentent point, dans leur développement, de phénomènes qu'on puisse grouper d'une manière systématique, absolue, comme je l'ai fait dans l'étude des maladies virulentes. Elles n'offrent qu'un seul caractère commun, qui est l'empoisonnement, et encore on ne peut dire quel est son siège ni quelle est sa nature autrement que d'une manière générale.
Il est probable que cet empoisonnement de l'organisme a le sang pour siège et pour véhicule, non pas parce que, dans plusieurs maladies infectieuses et infecto-contagieuses, le sang est souvent noir, difiluent, non plastique, car cela n'est pas vrai pour toutes, exemple : la diphlhérie, la coqueluche; mais parce qu'on ne comprend pas le développement de ces maladies sans l'absorption d'une particule d'infectieux susceptible de les engendrer. En effet, les altérations de composition du sang dans la fièvre intermittente, le scorbut, le typhus, la coqueluche, l'ophtlialmie catarrhale, etc., etc., ne se ressemblent en aucune façon, et ne sont point susceptibles d'être rapprochées les unes des autres. Il n'y a donc pas lieu d'admettre un ordre spécial d'altéra-
* Gazelle médicale, 1811, t. IX, p. lOC.
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tion de tel ou tel élément du sang, dans les maladies infectieuses, et il faut revenir, bon gré, mal gré, à l'altération spécifique du sang par l'agent inconnu que nous avons désigné sous le nom d'infectieux. C'est cette altération qui est encore tout entière à découvrir.
Ldi purification d'une maladie infectieuse est, à la fois, sa guérîson et la disparition complète du germe qui a produit les accidents. Ainsi on peut avoir contracté une fièvre intermittente, dans un pays marécageux, guérir de la fièvre, et offrir longtemps après, dans un autre pays très-sain, sous l'influence d'une cause occasionnelle insignifiante, de nouveaux accès de fièvre intermittente. Dans ce. cas, \si purilication n'est pas entière. Au contraire, guéri d'une maladie infectieuse, les accidents ne reviennent jamais, à moins qu'on ne retourne dans le foyer d'infection; alors on peut dire que la purification est achevée. La purification peut être complète et enlever tout ce que l'incubation a produit d'infectieux dans l'organisme , de manière à le rendre apte à contracter une nouvelle infection; ou, au contraire, elle estincomplète, laisse les individus sous l'influence de l'infectieux, sans maladie appréciable, et produit, pour l'avenir, une immunité précieuse qui permet de braver impunément de nouveaux foyers d'infection. Ainsi un individu complètement purifié a plus tard, une deuxième fois, la fièvre typhoïde, le croup, la fièvre intermittente, le choléra, la suette, tandis que d'autres, au contraire, ont acquis, dans une première infection, une sorte d'immunité semblable à celle que donne l'inoculation à fégard de quelques maladies contagieuses.
Les maladies infectieuses se divisent en deux classes : les infectieuses proprement dites et les infecto-contagieuses, subdivisées en fébriles et apyrétiques.
Les maladies infectieuses sont généralement de nature effluvique, c'est-à-dire dues à l'influence d'effluves; elles comprennent les fièvres intermittentes, les rémittentes, les continues des pays chauds, et toutes les maladies paludéennes.
Les maladies infecto-contagieuses sont plutôt de nature miasmatique et engendrées j)ar des émanations putrides ou par des miasmes. Elles comprennent : la fièvre jaune, le choléra, la dysenterie, la pourriture d'hôpital, le typhus, la fièvre typhoïde, la fièvre pucrpéiale, la fièvre purulente, le typhus cérébro-spinal, la scarlatine, l'érysipèle, la grippe, la diphthérie, la suette, la coqueluche, les gangrènes, le scorbut, les ophthalmies, et une foule d'autres que je ne puis énumérer ici, voulant me borner à fournir quelques exemples à raj)pui de cctie nouvelle division des maladies infectieuses. Aucune de ces maladies ne se ressemble, et elles n'offrent qu'un seul point commun,
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l'origine par un infectieux, formant, après incubation, un empoisonnement suivi de la purification de l'organisme.
Les maladies infectieuses et infecto-contagieuses peuvent être quelquefois prévenues dans leur développement par la stricte observance des lois de l'hygiène. Plusieurs ont disparu ou ont seulement perdu de leur intensité ; d'autres disparaîtront encore par suite des progrès de la civilisation, lorsque les conseils de la science seront plus fidèlement suivis. On a déjà beaucoup fait, principalement depuis quelques années, mais il reste encore beaucoup à faire. L'assainissement des villes et des campagnes, la vigilance de l'autorité sur les denrées de consommation, sont les bases de l'hygiène qui doit empêcher le développement des maladies infectieuses. En effet, on sait à n'en plus douter aujourd'hui que le dessèchement des marais, le drainage des terres humides, et le défrichement des contrées marécageuses, entraînent la disparition des maladies infectieuses paludéennes. La démolition des logements insalubres, ordonnée par la loi de 1849, le percement de larges voies de communication dans les villes, l'écoulement des eaux ménagères dans des égouts lavés à grande eau, la désinfection des fosses d'aisance, la visite des garnis d'ouvriers, où règne un encombrement fatal, la ventilation des hôpitaux, également trop encombrés de malades, et bien d'autres mesures encore sont, d'une manière générale, le moyen de diminuer le nombre des maladies infecto-contagieuses, telles que la variole, la scarlatine, la fièvre typhoïde, le choléra, la rougeole, les fièvres puerpérales, etc.; et, en même temps, de les rendre moins meurtrières. Ces maladies sontd'autant plus fréquentes et d'autant plus graves, que la population est plus nombreuse relativement à l'espace qu'elle occupe : à cet égard, ce qui est vrai d'une ville est également vrai d'un quartier, d'une rue et d'une maison. Les 1", T et 5^" arrondissements sont, sous le rapport sanitaire, beaucoup plus avantageux à habiter que les H% îf, ITet \T arrrondissements de Paris; les maladies infectieuses y font moins de ravages et la mortalité y est, relativement à la population, moins considérable. J'en chrai autant des hôpitaux, où il y a tant à faire sous le ra[)port de l'hygiène, et où il faut attribuer la plus grande mortalité des maladies, l'insuccès fréquent des opérations, les ophtiialmies, les infections puerpérales, typhoïdes, cholériques, les fièvres éruptivcs, etc., etc., au défaut de ventilation, à l'absence d'un désinfectant des latrines et des bassins de nuit, posés dans les salles, et surtout à l'encombrement, qui est le plus dangereux ennemi de l'homme et des malades. L'homme s'infecte lui-même par les émanations de son corps, et, partout où on fait des agglomérations, trop
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considérables surtout, en fait de malades, d'enfants et de femmes accouchées, toutes les maladies prennent une gravité inusitée, et quelques-unes revêtent la forme infecto-contagieuse épidémique. Il importe donc de ne pas encombrer les hôpitaux, surtout ceux qui sont destinés à l'enfance et aux femmes en couche, et partout il devrait y avoir des appareils de ventilation dans le but de remplacer rapidement l'atmosphère des salles par un air pur venu de l'extérieur. En outre, il ne faut jamais, en temps d'épidémie, concentrer les malades dans une seule salle, comme on l'a fait si malheureusement dans tous les hôpitaux de Paris lors de l'épidémie cholérique de 1854. Il faut, au contraire, les disséminer, ainsi que cela s'est pratiqué depuis des siècles, et, si le foyer d'infection est trop intense, comme dans le terrible choléra de 1849 à la Salpetrière, il faut faire comme on fit alors, renvoyer au loin les habitants de l'hôpital, afm de les disséminer et de les arracher à une mort imminente. Ce moyen réussit toujours, et c'est la première règle à suivre pour combattre la propagation d'une maladie infecto-contagieuse dont on ne connaît pas la nature autrement que par ses effets.
Dans ces différentes maladies, les lazarets, cordons sanitaires et les quarantaines, ne sont d'aucune utilité, et ils n'ont d'autre résultat que d'entraver les échanges du commerce sans servir de barrière efficace au mal qu'on voudrait arrêter dans sa course. Les maladies infectieuses et infecto-contagieuses se jouent de pareils obstacles, et elles les franchissent en passant au-dessus de la tête des hommes, portées dans l'atmosphère par un courant invisible que rien ne saurait arrêter. Elles arrivent, quoi qu'on fasse, par l'intermédiaire de l'air, si ce n'est par celui des individus qui en ont été atteints ou par le fait de corps solides et liquides infectés. Il n'y a que les maladies contagieuses proprement dites qui puissent ainsi être arrêtées, et c'est contre elles seules aujourd'hui que l'autorité réserve ses rigueurs et ses cordons, justement appelés sanitaires.
Quant aux grands feux entretenus sur les places publiques, dont l'idée remonte à Hippocrate, aux fumigations modernes avec l'acide chlorliydrique et les chlorures, aux lavages désinfectants de toute espèce préconisés comme prophylactiques de l'infection, ce sont des moyens qu'on peut conseiller de mettre en usage, mais sur lesquels il y a très-peu à compter.