‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 39 sur 212 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La contagion est la propriété qu'ont certaines maladies de se transmettre directement ou indirectement d'un individu à un autre. C'est^ comme on voit, un mode particulier de développement et de propagation des maladies, comme l'infection.

Connue de tous les temps, la contagion est un des premiers faits de la médecine qui aient frappé le vulgaire, en raison des circonstances épidémiques, ordinairement graves, au milieu desquelles on l'observe. Elle a été l'objet d'un grand nombre de discussions et de travaux contradictoires. Poètes et médecins, chacun en a parlé à sa manière, différant sur les applications de la doctrine au sujet de telle ou telle maladie, réputée contagieuse par les uns et non contagieuse par les autres. Ce sont ces contestations qui ont jeté le doute dans les esprits et qui ont fini par répandre sur ce point de la science les incertitudes les plus fâcheuses et les moins justifiées.

La contagion existe, cela n'est pas douteux; et il y a des maladies qui se transmettent d'un individu à un autre par communication directe ou indirecte d'un germe connu ou inconnu. Mais, quand il s'agit de décider si telle maladie jouit de propriétés contagieuses, c'est alors qu'on ne s'entend plus et que les médecins nient en particuher ce mode de propagation qu'ils ont admis comme un principe général. Le fait est si commun, qu'on a pu contester les propriétés contagieuses de maladies qui les possèdent au plus haut degré, et qu'à l'exception des maladies inoculables et virulentes toutes les autres ont été, par quelques personnes au moins, rayées du nombre des maladies contagieuses.

La contagion se rapproche de l'infection en quelques points, et s'en sépare sur d'autres. C'est un mode de propagation des maladies qui s'effectue au moyen de conditions variées, entre lesquelles l'infection atmosphérique joue quelquefois son rôle. Alors la contagion et l'infection se confondent; mais, dans d'autres cas, la contagion s'accomplit par des voies et moyens autres que l'atmosphère infectée par contact direct ou indirect, par intermédiaires solides ou liquides d'animaux et de végétaux variés; alors la contagion est un mode spécial de propagation des maladies qui ne se rapproche d'aucun autre et qu'on peut étudier à part dans ses conditions d'origine et de développement. 11 y a des maladies qui se transmettent uni(|uement par le contact,

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exemple : la rage, le cow-pox, la vaccine, la syphilis, la pustule maligne; tandis que d'autres, au contraire, se communiquent et par contact et par infection atmosphérique : telles sont la variole, la rougeole, la scarlatine, etc., que, pour cette raison, j'ai désignées sous le nom de maladies infecto-contagieuses.

Si l'on voulait classer ensemble les maladies produites par l'infection et celles qu'engendre la contagion, rien ne serait plus facile, et un jour viendra peut-être où cette classification sera adoptée. Au dernier degré de l'échelle, se trouveraient les maladies infectieuses, audessus les infecto-contagieuses, et, pour couronner l'œuvre, les maladies contagieuses proprement dites.

La contagion est une propriété naturelle ou accidentelle des maladies. Quelques-unes ne la perdent jamais, tandis que d'autres n'en jouissent que passagèrement. Ainsi la variole et la syphilis sont naturellement et toujours contagieuses, tandis que la lièvre typhoïde, qui n'est pas naturellement contagieuse, le devient accidentellement dans quelques localités.

La contagion s'accomplit d'une foule de manières, tantôt par l'intermédiaire de corps vivants et de matières sécrétées par les corps vivants : c'est la contagion vive; tantôt par des corps inanimés : cest la contagion morte.

Elle a lieu par inoculation, par contact immédiat ddius l'attouchement, et par les frictions; au moyen de la sueur, des matières animales sécrétées par la peau, du pus, du mucus, des croûtes, de la saUve tenant en suspension le principe contagieux. La rage, la vaccine, la syphilis, s'inoculent; la scarlatine, la variole, l'herpès, la blennorrhagie, les ophthalmies purulentes, se gagnent par le contact. Elle a lieu par contact indirect au moyen d'objets qui ont été en contact ou à l'usage d'individus contaminés. Les vêtements, les chemises, les draps, les couvertures, les habits de laine, les meubles, le papier, les plumes, les fourrures, etc., etc., sont, parmi beaucoup d'autres, les objets qui se chargent du principe contagieux et le portent au loin, dans des endroits où" il germe, se développe, et produit une maladie jusque-là inconnue. C'est ainsi que la peste s'est développée à Marseille, à Moscou et à Florence; la hèvre jaune à Barcelone et à Séville; la variole dans nos climats, d'où elle a remonté vers le Nord, apparaissant pour la première fois, en 1707, en Islande; en 17oo, au Groenland, et, en 1707, au Kamtchatka V Jusqu'ici, elle n'a point encore paru en Laponie. C'est ainsi que se développent et se propagent en bien des cas les maladies contagieuses et infecto-contagieuses.

' ilildunbrand, Institutiones yractico-medicx y Vienne, 1825, t. IV, p. 251.

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Les faits qui démontrent la facilité avec laquelle le principe contagieux des maladies peut être transporté par l'intermédiaire de substances solides ou liquides, mortes ou vives, sont si nombreux, qu'on n'a que l'embarras du choix pour en rapporter. Hildenbrandt atteste qu'un habit noir qu'il avait en visitant une malade attaquée de scarlatine, et qu'il porta de Vienne en Podolie, sans l'avoir mis depuis un an et demi, lui communiqua, dès qu'il fut arrivé, une scarlatine qu'il répandit ensuite dans cette province , où elle était presque inconnue.

Pringie a rapporté que des tentes ayant servi de couvertures sur des navires où se trouvaient des malades atteints du typhus furent mises en réparation chez un ouvrier de Gand : vingt-trois personnes furent employées à ce travail; toutes furent prises de typhus sans avoir communiqué avec des personnes atteintes de cette maladie, et il y en eut dix-sept qui moururent.

Le vaccin se conserve sur une lancette et se porte au loin, comme le principe contagieux de la rage, de la morve, de la syphiHs, de la variole. — A ce sujet, je rapporterai le fait d'Ozanam, dans lequel un cadavre, celui d'un homme, mort de variole à Chelwood, comté de Sommet, fut exhumé au bout de trente ans, et donna la variole à quatorze •des assistants, puis à un grand nombre des habitants de la contrée.

Tout le monde sait enfin que les insectes qui voltigent dans l'air et qui vont d'individus malades à des individus sains peuvent leur transmettre le germe de maladies contagieuses. C'est là un des modes de propagation de la pustvde maligne, du pian, et probablement aussi de beaucoup d'autres maladies contagieuses, bien que nulle observation positive ne puisse démoTitrer ce résultat.

(]e mode de transport de la contagion se fait aussi par l'intermédiaire de l'homme, qui, sans être malade, peut avec lui transporter Je germe contagieux. Ainsi des filles publiques, sans être malades, ont (luelquefois dans les paitiiis génitales du pus de chancre qui transmet un chancre à qui s'ap[)i'()che d'ehes en ce moment. — Les troupes qui arrivent d'un lieu lavagé par le typhus, la méningite cérébrospinale ou le choléra, apportent à leur nouvelle garnison des germes contagi(îux ([ui ne tardent pas à éclore, et qui engendrent des épidémies de choléra, <le méningite cérébro-spinale ou de typhus.

La contagion s'opère aussi, dans certaines maladies, par l'intermédiaire des impiessions névrosiques, sorte d'émanations nerveuses aussi subtiles (juehîs miasmes et qui sont pioduites par des personnes atteiutes de névroses. C'est ce qu'on appelle contafjion par imitation. Kst-ce bien là Ui mot propre à caractériser le phénomène du développement épidémi([ue et (h; la pi'opagation coîitagieuse des névroses? Je

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ne le pense pas. Les maladies nerveuses, que l'on a jusqu'à présent <!onsidérées comme transmissibles par imiiation, se transmettent comme les maladies infecto- contagieuses à l'aide d'un agent morbifique spécial formé par les malades. — Quelle est sa nature? c'est ce qu'on ne saurait dire; mais, de même que j'admets des miasmes, sans les saisir, à cause de leurs effets déterminés sur l'homme, je suis autorisé à rapporter à un agent morbifique particulier, de nature nerveuse, les maladies nerveuses transmissibles par l'infecto-contagion. — L'imitation est la contrefaçon volontaire des actes d'autrui, et, quand involontairement on devient clioréique, éclamptique, monomane, varioleux, cholérique, etc., etc., pour avoir vécu au milieu de personnes atteintes de ces différentes maladies et de bien d'autres encore que je n'ai pas nommées, ce n'est pas par imitation, mais au contraire par suite de l'impression produite par les différents principes spécifiques volatils insaisissables, qui sont les agents particuliers de Vinfecto-contagion. — 11 y a donc une infccto-contagion névrosique, comme il y en a une virulente, eflluvique et miasmatique. C'est à cette cause de contagion qu'il faut rapporter la transmission contagieuse de l'épilepsie, de 1 éclampsie, de la chorée, de l'hystérie, de l'extase, de la possession, de la toux convulsive, de la folie, de la monomanie et de beaucoup de névroses. Il me suffit de dessiner le cadre, et on y fera entrer plus tard tous les faits semblables à ceux que je viens de signaler.

La contagion se fait enfin, comme je l'ai établi dans ma thèse de concours sur les maladies virulentes, au moyen de parasites végétaux ou animaux qui se transmettent d'un individu à l'autre et y développent une maladie spéciale extérieure ou intérieure. — La gale se propage à l'aide du sarcopte, animal parasite aujourd'hui bien connu. La teigne, le muguet, se transmettent avec les sporulcs de l'épiphyte, qui les caractérise, et il en est probablement de même de l'herpès tonsurans; mais la démonstration du fait laisse encore à désirer.

En résumé, la contagion s'opère par inoculation, par contact dilect, par l'intermédiaire d'objets contaminés, ou des parasites animaux ou végétaux, c'est la contagion proprement dite; quand, au contraire, (iile s'effectue par contact indirect au moyen de l'atmosphère viciée par des miasmes on des émanations iiévrosiques, la contagion se rappi'oche singulièrement de l'infection, et je ra})pelle infecto-contagion. Paruii les principes contagieux, les uns sont originaires derhonnne et sa piopriété exclusive ; les autres sont originaires des animaux et ils restent dans l'espèce où ils ont pris naissance, sans pouvoir faire I impression morbilique sur des espèces difféi'cntes. — Ainsi la scar-

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