‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 42 sur 212 · DE LA CONTAGION · texte numérisé non relu

DE LA CONTAGION

Il est enfin un certain nombre de maladies infecto-contagieuses dans lesquelles on ne connaît pas de lésion anatomique; ce sont la fièvre jaune, le typhus, le typhus fever d'Irlande, etc.

Les infecto-contagieuses névrosiques affectent l'intelligence, la sensibihté et le mouvement, et, dans quelques circonstances, le mouvement, l'intelligence et la sensibilité à la fois sur le même individu. La choréc contagieuse ne trouble d'abord que la motilité, et il est bien rare qu'elle arrive à modifier les fonctions intellectuelles. La folie est hmitée à l'nitelligence, tandis que l'extase, l'hystérie, l'épilepsie, troublent à la fois l'intelligence, le sentiment et le mouvement.

Rien n'est difficile comme de remonter à l'origine de ces accidents, et le fait contagieux est le seul que nous puissions constater sous ce rapport. Ici, comme pour les autres maladies contagieuses, la prédisposition est indispensable à leur développement. Ce sont les sujets naturellement impressionnables, ou devenus tels par féducation, les lectures énervantes, ou l'état social d'un pays, qui sont atteints de ces maladies. Les personnes nerveuses, exaltées, ne peuvent assister, môme de loin, au spectacle des désordres nerveux d' autrui sans un ébranlement profond, et l'on voit des femmes prises de convulsions, lorsque dans un vaste heu de réunion il arrive autour d'elles et loin d'elles, sans qu'elles le sachent, une attaque convulsive sur une personne qui leur est étrangère. — C'est ainsi que se propagent l'hystérie, l'épilepsie en particulier, et c'est également de cette manière qu'on a vu la chorée sous forme épidémique et contagieuse. — L'entraînement d'un certain nombre d'intelligences vers f excentricité, les manies de tout genre et la monomanie suicide, n'ont pas d'antre origine. Ce sont des faits très-communs et sur lesquels je me suis arrêté sufiisamment dans le chapitre que j'ai consacré aux impressions névrosiques.

Cet ordre des maladies infecto-contagieuses comprend la plupart des névroses avec leurs caractères ordinaires. La contagion ne modifie en rien leur forme extérieure, elle n'augmente que leur fréquence relative. A l'état sporadique ou épidémique et contagieux, leurs symptômes, leur marche et leur traitement sont les mêmes.

Les maladies infecto-contagieuses sont généralement graves et quelquefois très-meurtrières. Il faut cependant les distinguer, sous ce rapport, d'après les classes que j'ai établies. La gravité, qui est trèsréelle pour les infecto-contagieuses virulentes et miasmatiques , n'existe plus au même degré pour les infecto-contagieuses purulentes, parasites et névrosiques. — Celles-ci ne produisent pas d'infection de l'organisme, leur manifestation est en quelque sorte locale, et elles n'ont pas pour point de départ un poison morbide trop violent.

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Le développement contagieux ajoute à la gravité de plusieurs des infecto-contagieuses, virulentes et miasmatiques. Ainsi certaines d'entre elles, le choléra sporadique, la dysenterie, l'érysipèle, etc., à l'état sporadique, sont beaucoup moins dangereux que lorsqu'ils se présentent sous la forme épidémique. — A chaque épidémie, la nature du mal est, il faut le dire sans essayer de le comprendre, plus ou moins dangereuse, différente d'elle-même dans sa mortahté. Telle épidémie contagieuse d'une maladie est très-meurtrière et maligne, tandis que précédemment, ou plus tard, elle a été ou sera bénigne et peu dangereuse pour ceux qui sont frappés.

D'une manière générale, les infecto-contagieuses les plus graves sont celles qui sont occasionnées par un germe virulent ou miasmatique incontestable dont l'absorption empoisonne tout l'organisme. Il en est même quelques-unes dont le danger est tel, qu'on peut considérer comme irrévocablement perdus ceux qui en sont atteints. Telles sont, parmi les virulentes, la rage; et, dans les contagieuses miasmatiques, la morve et le charbon, dont les germes, fixes et volatils à la fois, sont des plus meurtriers.

Les infecto-contagieuses purulentes et névrosiques sont infiniment moins graves que les précédentes, à cause de leur manifestation anatomique extérieure très-circonscrite chez les unes, et à cause de l'absence d'empoisonnement de l'organisme chez les autres. — Elles diffèrent peu à l'état épidémique de ce qu'elles sont à l'état sporadique Les urétrites épidémiques dont j'ai parlé, et qui ont été observées en Afrique par MM. Larger et Bouliau, sur des soldats éloignés depuis un mois de toute population, n'ont pas eu d'autres caractères que ceux de l'urétrite simple. 11 faut cependant excepter certaines ophthalmies purulentes, que la cause épidémique et contagieuse rend quelquefois très-graves pour l'œil affecté.

La prophylaxie et le traitement des maladies contagieuses repose sur une exacte connaissance de la nature et des effets de chaque principe contagieux. Malheureusement nous sommes encore peu avancés à cet égard. Quelques-uns seulement nous sont connus dans leurs conditions générales de propagation et d'action. Cela suftilTpour qu'on puisse les rassembler en catégories spéciales ayant chacune leur prophylaxie et leur traitement approprié.

Les maladies contagieuses viridentes, purulentes et parasites, les infecto-contagieuses virulentes, miasmatiques et névrosiques, ne peuvent être prévenues ni combattues par la même méthode ni de la même manière. Pour empêcher que le principe contagieux ne se propage, et dans h» bnl de garantir (pielques individus ou une population entière,

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il faut avoir recours à des moyens différents, selon la nature des principes contagieux.

Est-il virulent et fixe, il faut tâcher de l'isoler et de le séquestrer dans la personne atteinte par la contagion. C'est là l'origine des cordons sanitaires, des quarantaines et des lazarets, qui sont alors trèsutiles.

Le principe contagieux est-il virulent et volatil, comme l'est celui de la variole, l'isolement et la séquestration n'ont plus les mêmes avantages ni les mêmes chances de réussir. Le mal saule très-souvent pardessus les barrières qu'on lui oppose. Entraîné dans l'atmosphère, il peut aller au loin répandre le mal qui lui a donné naissance. Dans ces €as, les cordons sanitaires elles lazarets, fort utiles, le sont infiniment moins que dans le cas précédent.

Les principes contagieux miasmatiques se rapprochent tant de la nature des principes virulents volatils, que leur marche est souvent la même et doit être combattue de la même manière, c'est-à-dire par l'isolement et par la séquestration. Toutefois ces moyens n'atteignent presque jamais leur but, ils retardent quelquefois la propagation du mal; mais vient un moment où le miasme concentré s'échappe dans l'air et porte au loin ses ravages sans qu'on puisse l'arrêter. Ici encore les cordons sanitaires, les quarantaines et les lazarets ne sont pas d'une très-grande utilité.

Les principes contagieux névrosiques sont très-facilement arrêtés dans leur marche, ainsi que la propagation des maladies qu'ils engendrent, par l'isolement et par la séquestration. Disperser les lieux de réunion, empêcher les rapports et les communications entre les populations et les visionnaires, les aUénés, les épileptiques, les hystériques, les choréiques, les monomanes, interdire les récits des accidents engendrés par les névroses, il n'en faut pas davantage poui' arrêter la propagation des névroses contagieuses.

Si les principaux contagieux sont de nature purulente ou parasite, l'isolement des malades suffit pour empêcher la propagation du mal.

Une fois l'impression contagieuse produite, on peut encore quelquefois prévenir le développement du mal, mais cela est rare et fort exceptionnel. Les cautérisations, faites à temps sur la partie contaminée, détruisent la syphilis, la rage, la pustule maligne, etc. L'inoculation de la vaccine, faite au début même de la variole, modifie la marche de l'éruption, i/inoculation de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, du typhus des animaux, faite dans des conditions spéciales poui* acquérir l'immunité, préserve de ces différentes maladies lorsqu'elles régnent à l'état épidémique. 3L de Huniboldt affirme qu'il préserve

de la fièvre jaune avec l'inoculation du venin de la vipère mêlé à un morceau de foie corrompu, etc. Comme je l'ai fait remarquer en parlant des maladies virulentes, le procédé de l'inoculation préservative est le seul qui ait une vraie importance prophylactique.

Quelques médicaments ont été conseillés dans le but de prévenir les effets si funestes de l'impression de certains principes contagieux : la belladone contre la scarlatine, le soufre et le camphre contre la rougeole, sont les premiers essais tentés dans cette direction, et l'on attend de nouveaux résultats pour savoir à quoi s'en tenir à cet égard.

Il faut ranger parmi les moyens prophy hectiques de la contagion la destruction des principes contagieux partout où ils se trouvent, quand on peut les atteindre. Ainsi les animaux affectés de maladies contagieuses virulentes et miasmatiques doivent être sacrifiés le plus promptement possible, enterrés à une assez grande profondeur, et couverts de chaux pour hâter leur destruction. De grandes précautions doivent être prises par ceux qui sont chargés de ces opérations, pour ne pas se mettre en contact avec les dépouilles animales. Lorsqu'on suppose que ce sont des vêtements de laine, de soie, des fourrures, du papier, des meubles, qui sont chargés des principes contagieux, il faut les détruire en les brûlant, ou les purifier par la ventilation et par les désinfectants connus, tels que les fumigations de chlore, d'acide acétique, d'acide sulfureux, etc.

Le traitement des maladies contagieuses repose sur une double base, la neutralisation du principe contagieux et la réparation des effets morbides déterminés par sa présence. Malheureusement cette neutralisation des principes contagieux, poursuivie par tant de médecins, est presque impossible, et, à l'exception du germe de la sypliihs, que le mercure et l'iodure de potassium détruisent complètement, il n'y a pas d'agent spécifique à opposer aux principes contagieux des autres maladies contagieuses. Quant au traitement spécial de ces maladies, une fois déclarées, il n'offre rien qui soit susceptible d'être généralisé, et les indications varient tellement pour cliaque maladie contagieuse, qu'il n'y a pas lieu de les indiquer dans cet ouvrage.

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