‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 43 sur 212 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

DE liA §)PI:€IF1€ITE:.

La spécificité morbide est une qualité occulte des maladies qui rend conq)te de ce qu'elles offrent de particulier dans leur nature,

dans leur évolution et dans leur traitement. Ainsi on dit que les maladies produites par des virus, des effluves, certaines diathèses, sont des maladies spéciiiques, et les remèdes empiriques que l'on emploie avec succès contre ces maladies sont des remèdes spécifiques.

La spécificité représente ce que les anciens appelaient la nature propre et les qualités occultes des maladies; c'est uu mot nouveau en quelque sorte, et il n'a cours en médecine que depuis le seizième siècle. On le trouve dans Paracelse*, dans Stalil'-, Hunter, Sauvages, mais il n'est devenu terme courant qu'à l'origine de ce siècle, et, à Paris comme à Montpellier, on s'en est servi pour désigner la nature propre ou spécifique des maladies, leurs caractères spécifiques, et surtout ce qu'il y a de spécifique dans les médicaments employés pour les combattre. Il est certainement né d'une découverte tliérapeutique. Dès qu'on a pu démontrer qu'une maladie ne guérissait bien que par un remède spécial, qui renfermait une qualité ou vertu propre, on en a fait un spécifique, spécifiais morbi; quand on a vu qu'un médicament n'avait d'action que sur un organe ou sur un appareil d'organes, il a été réputé spécifique de cet organe, specificus organi. C'est ainsi que, découverte dans les agents curatifs et dans les stimulants pliysiologiques qui nous environnent, la spécificité a été logiquement admise dans les causes morbifiques et dans la nature propre des maladies. Il n'en pouvait être autrement. Un remède n'est spécifique qu'en détruisant la cause et la nature également spécifiques d'un mal.

La spécificité des causes, des caractères et du traitement des maladies a été étudiée d'une manière générale dans les répertoires de médecine, par Murât, Doslandes, et dans les ouvrages spéciaux par MM. Fuster^, Dubois d'Amiens^ Legroux^, Dupré^', Requin, Cavelier Piostan"^, CliomeP, Hardy et Behier^ etc., etc., et dans tous les traités de pathologie, d'une manière accidentelle, à l'occasion de chacune des maladies ou des médications aujourd'hui considérées par tout le monde comme ayant quchiue chose de spécifique.

La spécificité, de speciem^ espèce; facere, faire, appliquée aux choses

* Opiis paramirum, lib. II, cli. vu.

* De alterantibus et specificis, thèse de ILiUcr, t. VII. 170 0. ^ Gazette médicale, 1855.

Pathologie générale, 1855, t. I, j). 71.

* Thèse d'agrégation, 1840.

^ Tlièse Mont[»rllier.

' Médecine clinique. Paris, 1850, 5 vol. in-8.

^ Pathologie générale.

" Pathologie interne. Paiis, 1844, t. I.

<le la médecine, indique en elles une propriété, une qualité, une nature ou une vertu propres, qui en font des espèces distinctes au milieu d'espèces semblables dans un même genre et dans une même classé. Elle permetde distinguer des causes ou des espèces morbides, qu'on pourrait facilement confondre, et elle caractérise tel ou tel ordre de médicaments stimulants propres d'un organe, ou seulement curatifs d'une maladie. La spécificité est ce qui fait V espèce en \ertu de qualités inconnues, et, si elle s'applique surtout à des })liéuomènes d'une nature mystérieuse €t occulte, c'est c[ue jusqu'ici il a été assez facile de caractériser les espèces morbides vulgaires que tout le monde a pu distinguer. Mais, lorsque, poussée plus loin, la science a eu à briser des groupes nosograpliiques que l'on s'était liabitué à regarder comme simples et unitaires, il a fallu démontrer que les distinctions nouvelles reposaient sur quelque chose de réel et de spécifique, c'est-à-dire sur une qualité capable de faire espèce. Or ce qui n'avait pas été vu, faute d'évidence, deyait offrir quelque chose de difficile et d'obscur, et la spécificité «'est trouvée dans ce cas, et presque toujours relative à des qualités occultes des phénomènes morbides. Ainsi les angines, les laryngites, jadis considérées comme des inflammations simples de la gorge ou du larynx, se présentent sous des formes différentes, engendrées par le scrofulisme, la diphthérie, le syphilisme, la morve, etc., et forment des angines ou des laryngites spécifiques de nature scrofuleuse, diphthéritique, syphilitique, morveuse, etc. La pneumonie, jadis unitaire, s'offre à l'observateur sous des formes variées, dues à la présence d'une cause spécifi([ue; exemples : la pneumonie catarrhale, la pneumonie fibrineuse, la pneumonie gangiéneuse, la pneumonie lobulaire de la diatJièse purulente, etc. Les névralgies et les paralysies, dans lesquelles il y en a d'organiques ou de dynamiques, et, parmi ces dernières, un grand nombre d'espèces désignées sous le nom de chloro-anémi- -cjues, saturnines, syphilitiques, goutteuses, etc., constituent autant de paralysies et de névralgies spécifiques. Au temps du systématique Broussais, l'irritation et l'inflammation étaient la cause de toutes les maladies, et une médication aniiphlogistique unique leur était généralement appliquée. Il a suffi de faire voir que toute inlïammation se distingue de sa voisine par une nature propre, spécifique, pour déterminer la chute du système et apprendre à ceux qui l'ignoraient qu'il vaut quehjnefois mieux recourir à une cuillerée devin ou à une dose de quinine, phitùl qu'à la saignée, pour guérir telle ou telle espèce d'inflammalion.

La spécificité ne révèle pas la nature du mal, mais elle en indique l'espèce, et, une fois spécifiée, il n'y a pas de confusion possible avec

les espèces voisines. Elle conduit à la recherche d'une médication spécifique, et elle empêche qu'on ne perde un temps précieux à faire cette triste médecine de symptômes tant glorifiée de nos jours.

La spécificité morbide peut être étudiée dans l'individu et hors de lui, dans les causes morbifiques qui l'entourent, dans les caractères nosologiques et dans les divers agents de la matière médicale. Ce sont les spécificités individuelle, pathogéniqne et thérapeutique dont je vais parler.

La spécificité morbide individuelle est la résultante de l'idiosyncrasie des sujets ou spécificité physiologique, et des agents morbifiques et curatifs. Chaque individu malade a sa manière de souffrir et de réagir distincte de celle de son voisin affecté de la même maladie, et il m'a toujours paru impossible de traiter les malades d'une môme espèce comme des unités de même nature, qu'on peut additionner, soustraire, multiplier et diviser dans un tableau de statistique. Il n'y a pas d'unité morbide, et, partant, pas d'addition possible des cas morbides, en vue d'une application thérapeutique précise. On ne trouve en pratique que des individus malades, et c'est à l'occasion de chacun d'eux, c'est-àdire de leur spécificité individuelle, qu'il faut appliquer les ressources générales de la médecine. Comme l'a dit Requin ^ c'est peut-êlre chose à jamais impossible que deux cas de maladie aient entre eux une simiUtude absolue. Cela ne se voit pas dans l'iniinie variété des maladies qui affligent les divers individus, pas plus qu'on ne voit deux animaux de la même race, deux feuilles du même végétal se ressembler au point d'avoir une parfaite conformité. Sur chaque individu, chaque cas de maladie présente ses particularités, ses traits distinctifs et philosophiquement sa spécificité propre. C'est un principe qu'il ne faut jamais oublier, et qui seul, au lit des malades, fait les grands médecins. Que, pour les besoins de l'étude et de la nosographie, on fasse des groupes morbides fondés sur des ressemblances particulières; que l'on crée des abstractions désignées sous le nom de maladie, rien de mieux, si on ne perd pas de vue que ces descriptions symptomatiques, purement approximatives, ne sont jamais conformes au tableau de la spécificité individuelle aux prises avec ce que nous appelons la maladie.

Ainsi chaque individu ressent à sa manière les causes morbifiques, et, une fois sous le coup de la maladie, il réagit contre les troubles organiques et dynamiques du mal d'une façon particulière, en sa qualité d'être vivant, et d'après sa spécificité individuelle. Cliez lui, tout, dans

* Pathologie interne, tome I, page 19.

la marche des accidents, dans leur durée, dans leur terminaison et dans l'action curative des remèdes, est régi par ce fait principal. Lors môme que la maladie est de nature spécifique, et réclame un traitement du même genre, la spécificité individuelle ne fait pas défaut, et elle se manifeste par l'aide ou la résistance qu'elle apporte à une terminaison favorable.

La spécificité pathogénique est celle qui annonce dans les causes morbifiques une nature particulière, souvent occulte, capable de reproduire à peu près constamment une espèce distincte de maladie. Cette spécificité des causes est essentielle et incommutable; elle est plus ou moins forte, et se révèle par des effets plus ou moins graves; elle ne change pas de nature par l'union avec d'autres causes spécifiques existant chez le même individu ou par le croisement de deux personnes chez lesquelles existent des causes spécifiques différentes.

Il y a beaucoup de spécificités pathogéniques. Elles engendrent autant de maladies spécifiques. Leur nombre varie selon les auteurs, et peut être augmenté à l'infini d'une façon en quelque sorte arbitraire, selon leur envie d'expliquer par des causes particulières ce qui est attribué à des causes générales bien connues. Mais tout a ses limites, et, en supposant qu'on puisse se tromper sur la spécificité de quelques maladies, comme on se trompe sur leur nature virulente, miasmatique, diathésique, contagieuse, etc., le stérile désir d'innover ne pourra jamais prévaloir contre les résultats de l'observation clinique, ni permettre le succès de ceux qui voient la spécificité partout où elle n'existe pas.

La spécificité pathogénique se révèle dans les maladies épidémiqucs, contagieuses, virulentes, purulentes et miasmatiques; dans les maladies efduviques et venimeuses; dans toutes les diathèses, dans le syphilisme, dans le rhumatisme, le scrofulisme, le podagrisme, le cancérisme, le rachitisme, dans les diathèses ulcéreuse, purulente, gangreneuse, etc. ; dans les empoisonnements, par l'ergot de seigle, par le plomb, par le mercure, par l'alcool, par les cantliarides, etc.; endn dans toutes les maladies dont la cause spéciale, occulte ou vulgaire, se porte de préférence sur un organe, de manière à produire des caractères propres et particuliers à cette espèce de cause.

11 y a donc une spécificité pathogénique virulente, purulente, miasmaii(i ne, venimeuse, efllnvique, diathésique et toxique.

La spècilicité virulente comprend les maladies virulentes de riiomine et des animaux, la variole, la varicelle, la vaccine, le cow-pox, le claveau, la rougeole, la scarlatine, la morve, le larcin, le chaiboii, la pustuhî maligne, la rage de l'Iiomme et des animaux, etc.

La spécificité purulente comprend la blennorrhagie, Tophtlialmie purulente, le pian, etc.

Dans la spéciiicilé miasmatique se trouvent la peste, le typhus, la lièvre typhoïde, le choléra, la fièvre puerpérale, la suette, la diphthérie, la coqueluche, les fièvres catarrhales, grippe, diarrhée, cocote, angine, etc., la péripneumonie des bêtes bovines, etc.

La spécificité venimeuse comprend les maladies produites par les crotales, les trigonocéphales, les vipères, les bongares, les hydres, les arachnides, les scorpions, la tarentule, les guêpes, les moustiques, les cousins, etc., et les extraits venimeux connus sous le nom de woorara, de curare, etc.

La spécificité effluvique comprend les fièvres intermittentes simples, pernicieuses, les fièvres rémittentes, les fièvres pseudo-continues, les fièvres larvées et la cachexie paludéenne.

La spécificité diathésique comprend toutes les maladies engendrées par les diathèses, le scrofulisme, l'herpétisme, le cancérisme, le rhumatisme, le syphilisme, la diathèse inflammatoire, etc., etc.

La spécificité toxique comprend tous les empoisonnements dont Faction sur un organe ou un système d'organe est très-marquée, l'alcoolisme, l'ergotisme, l'empoisonnement par le plomb, le mercure, le fer, le phosphore, l'iode, l'aloès, les cantharides, l'opium, la belladone, la slrvchninc, etc.. etc.

Comme l'a dit M. Fuster\ un cachet ineffaçable est attaché à ces affections, de manière à caractériser toutes leurs formes par des phénomènes certains et invariables. Chacun des groupes que je viens d'établir se recoiinaitra par des caractères propres à la cause du mal, et désignés sous le nom de caractères spécifiques. On les retrouve dans toute la durée du mal, dans son développement régulier, presque fatal, dans sa marche prévue d'avance, dans sa terminaison et souvent même jusque dans le traitement. Je les ai fait connaître dans le chapitre consacré à ces différentes maladies, et je n'y reviendrai pas ici.

Les maladies spécifiques, comme toutes les autres, ont des degrés d'intensité et de malignité différents produits par la différence d'énergie de la cause et par la résistance variable de la spécificité hidividuelle. Ainsi la variole, la scarlatine, l'empoisonnement saturnin, la fièvre paludéenne, etc., etc., se présentent à l'observateur avec des formes et des degrés très-variables, en rapport, non-seidement avec la quantité de spécifique introduit dans l'organisme, mais encore avec sa qualité, sa concentration, son activité môme, aux prises avec la spécificité

* Gazette mc'dicale, 1833, p. 9, De la spccificitc dans los maliidies.

206 t)E LA SPÉCIFICITÉ.

individuelle. Pourquoi les fièvres paludéennes offrent-elles le type quotidien, tierce, double tierce, ou tierce doublée? Pourquoi sont-elles intermittentes, rémittentes, pseudo-continues, pernicieuses ou larvées? Pourquoi sont-elles plus opiniâtres dans les pays chauds que dans les contrées froides? Autant de questions qui se reproduisent sous une autre forme à propos de toutes les maladies douées de spécificité et que la différence d'activité du spécifique et de la résistance individuelle peut seule résoudre d'une manière satisfaisante. La preuve d'ailleurs que la spéciticité a ses degrés, c'est qu'au temps de l'inoculation variolique, avant la vaccine, on se préservait de la variole en se donnant, après une préparation spéciale et par inoculation, une variole bénigne qui ne laissait pas de grandes traces, et garantissait dans l'avenir d'une variole grave, en donnant l'immunité. Le fait est reconnu depuis longtemps, et les vétérinaires le mettent encore en pratique pour l'inoculation du claveau, de la péripneumonie des bêtes bovines, etc.

Les maladies spécifiques sont quelquefois conta gieMses , exemple : les spéciliques virulentes et quelques maladies diatliésiques et miasmatiques ; infectieuses, exemple : les maladies spécifiques miasmatiques et effluviques ; individiieUes, exemple : les maladies spécifiques toxiques et venimeuses, et à leur occasion se présentent toutes les questions de contagion, d'infection, d'immunité naturelle ou acquise, que soulèvent ces conditions de développement des maladies dont l'exposition a été faite précédemment avec détails.

Les maladies spéciliques sont toutes des maladies générales, et je ne saurais comprendre qu'il en soit autrement. Il n'y a pas de spécificité locale. Lors même qu'une maladie spécifique paraît être localisée sur un seul point de réconomie, dans un tissu ou dans un organe, comme le sont la grippe, la goutte, la névralgie, l'angine, l'ophthalmie purulente, etc., etc., la maladie n'en est pas moins une affeclion générale, dont la manifestation unique est localisée sur un seul point. Ce n'est pas la multiplicité des lésions matérielles ou des troubles dynamiques qui révèle l'existence d'une maladie générale, c'est le mode d'action des causes inorbifiqiies. Est-ce que les médicaments spéciliques, qui exercent leur action sur un seul organe, n'agissent pas en môme temps sur toute l'économie? Est-ce que le mercure, qui ulcère les gencives; le phosphore, qui nécrose les os maxillaires; l'aloès, qui enflamme le rectum; le plomb, qui paralyse les extenseurs des doigts, etc., etc., ne sont pas des causes spécifiques générales, bien que leur manifestation soit très-locale et circonscrite en un tissu ou un appareil d'organes? Il est tout aussi impossible de faire de ces agents

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spécifiques des moyens locaux qu'il est impossible de considérer les affections spécifiques bornées à un seul tissu extérieur comme de simples maladies locales. Le fait tliérapeutique jette ici une grande lumière sur le fait nosograpliique laissé dans l'ombre par la plupart des pathologistes.

La spécificité thérapeutique est la qualité essentielle d'une substance propre à guérir une maladie ou à modifier les fonctions d'un tissu. C'est un fait qui domine la matière médicale, et qui est la base de toute la médecine. Sans sa connaissance, point de pratique, car il est impossible d'employer avec discernement des remèdes dont on ignore les propriétés spécitiques.

La spéciiîcité thérapeutique , depuis longtemps connue , a révélé à l'homme les faits les plus curieux qu'il lui soit donné de provoquer et d'observer sur lui-même pour établir son individualité. Lui montrer les phénomènes constants et variés dont son organisation est le théâtre, sous l'influence d'une substance particulière, c'était lui indiquer à la fois dans cette substance et dans son organisation une manière d'être spéciale, une vertu propre qui spécifie l'une et l'autre. Il l'a compris, et de ce fait il a dû logiquement remonter plus haut, pour reconnaître les qualités propres de toutes les substances simples et de chaque individu vivant, mis en rapport avec ces substances. C'est ainsi que la spécificité de la matière a fait découvrir à la fois la spécificité des êtres et celle des troubles de leur organisation aux prises avec les agents spécifiques.

En observant avec soin l'action des divers agents thérapeutiques sur l'homme, on découvre vite qu'il en est dont l'action se révèle par des manifestations circonscrites à un tissu, ou à des tissus de même nature; à des organes particuhers ou à un système d'organes. L'impression qu'ils produisent sur l'organisme se transforme en modification organique particulière d'une partie de système. Ce sont les spécifiques clorqanes. Leur nombre est grand, et, à ne citer que ceux d'une action incontestable, la Hstc serait très-longue. L'action de l'alcool sur le cerveau et sur le développement du tremblement musculaire et de la folie; celle du plomb sur la production des paralysies des intestins, des muscles extenseurs de la main et du cerveau ; celle du mercure sur le développement de la phlegmasie des gencives, des glandes salivaires et sur le tremblement des muscles ; celle des cantharides sur la vessie et sur les reins; celle de l'ergot de seigle sur la production de la gangrène des membres; de l'aloès sur l'inflammation du rectum : de l'opium sur la congestion du cerveau et le resserrement de la pupille ; de la belladone sui' l'affaiblissement de la contractilité muscu-

laire et sur la dilatation de la pupille ; de la strychnine sur le développement des convulsions ; de l'iode sur l'atrophie des glandes ; de la digitale sur la contractilité du cœur ; du chromate de potasse sur la perforation de la cloison nasale, etc., etc., etc., prouvent cette spécificité thérapeutique d' organes dans laquelle on voit des substances médicamenteuses, prises à l'intérieur, réagir au dehors et manifester leur présence par la fluxion sanguine ou l'inflammation des tissus, par la surexcitation de la force nerveuse d'un organe, par la production de convulsions et de paralysies variées, etc. Tous ces phénomènes sont connus depuis longtemps, et je ne n'ai pas à y insister avec plus de détails. En les reproduisant, j'ai voulu faire comprendre leur importance et montrer la place qu'ils doivent occuper dans l'esprit du lecteur.

Une autre forme de la spécilîcité thérapeutique, la plus importante, et celle, malheureusement, dont nous avons le moins d'exemples, c'est la spécificité de tel ou tel agent de la matière médicale vis-à-vis d'une maladie déterminée. Il y a des agents thérapeutiques dont l'impression sur l'homme modifie et fait disparaître promptement et sûrement la constitution morbide que font naître certaines impressions morbifiques. Leur* impression se transforme en réaction ou vertu curative, et la maladie ne tarde pas à disparaître. Ce sont les spécifiques des maladies. Leur nondjre n'est pas considérable, mais, si restreint qu'il soit, il prouve victorieusement la possibilité de guérir empiriquement, par des moyens irrationnels, occultes môme, des maladies graves et redoutables dont on ne peut guère se débarrasser sans eux. Parmi ces spécifiques, les uns jouissent sans contestation de leur titre, mais il en est d'autres sur lesquels tout le monde n'est pas d'accord. Ceci n'est qu'une affaire de temps et d'expérience. Par cela même qu'il existe un seul spécifique, on peut être assuré qu'il en existe d'autres. Honneur à qui pourra les découvrir! L'ammoniaque est le spécifique de l'ivresse, c'est-à-dire de l'alcoolisme aigu. La quinine est le spécifique des impressions eflluviques, c'est-à-dire des maladies paludéennes, quelle (pie soit la forme sous laquelle elles se montrent. La belladone est le spéciticiue de la scai'latine dans im foyer d'épidémie avant l'impression morbilique de l'agent contagieux. 11 en est de même du soufre dans la lougeole. La vératrine et le sulfate de quinine sont des spécifiques du rlminatisnu^ aiticulaire aigu. L'iode est un spécifique de la scrofule et des maladies scrofuleuses ; le mercure et l'iodure de potassium sont des spécifi([ues (hi syphilisine et de ses manifestations; le fer est un spécihcpie de la chlorose; le vaccin est le spécitique de la variole; et. s'il faut en croire les résultats des nouvelles expé-

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riences de M. de Humboldt, dont j'ai déjà parlé, l'inoculation du venin de vipère pourri dans un morceau de foie de mouton serait le spécifique de la fièvre jaune. Puissions-nous voir notre siècle médical illustré par une si admirable découverte !

Je ne mentionnerai que d'une manière accessoire aux spéciliques des maladies les inoculations prophylactiques d'agents spécifiques et la médication caustique qu'on leur oppose quelquefois. Dans le premier cas, on se préserve d'une maladie spécifique en se la donnant à faible dose, sous l'inspiration de l'art qui comprime et règle ce mal, qu'il a fait naître dans le but de produire l'immunité. Dans le second, le caustique prophylactique détruit les germes de la maladie surplace, avarit que l'impression morbifique ait eu le temps de se produire, et, si elle guérit, c'est d'une façon presque mécanique, comme aurait pu faire l'ablation delà partie infectée. Ce ne sont pas là des médications spécifiques.

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