CHAPITRE IX
DE liA DIATHE^SE
La diathèse(de ^tâôî^tç, disposition) est une constitution morbide qui domine l'exercice des fonctions, et produit au même moment ou à des intervalles éloignés, dans nos tissus et dans nos organes, des altérations semblables ou diverses ayant une nature identique. C'est une disposition morbifique propre à l'individu et que l'on a très-souvent, mais à tort, confondue avec la prédisposition. En effet, la diatlièse est une constitution morbide^ et la prédisposition n'est qu'une manière d'être actuelle qui favorise le développement d'une maladie, sans trouille morbide intérieur préalable. La première est déjà un trouble de l'organisme, et la seconde précède ce trouble et le prépare quelquefois. Il y a dans la diathèse une affection générale^ latente, qui se manifeste spontanément ou accidentellement sous l'influence des différentes impressions morbifiques communes, tandis que dans la prédisposition il n'y a rien de semblable. Le scrofulisme, le syphilisme, le podagrisme, sont des diathèses, et, sans être malades, sans offrii' aucune lésion anatomique extérieure, ceux chez lesquels elles existent n'en ont pas moins à l'état latent un vice humoral qui modifie l'exercice de leurs fonctions et qui se manifestera, soit par hérédité, dans la personne de leurs enfants, soit sur eux-mêmes à la inoiudi'cî occasion, par des troubles organiques et dynamiques variés, dilTr-
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rents dans leur siège, quoique semblables dans leur nature intime. L'âge, le sexe, la brièveté du col, Tètroitesse de la poitrine, les idiosynerasies naturelles ou acquises, sont des prédispositions au développement de certains troubles morbides et de certaines maladies, mais ne forment point dans l'organisme de disposition spéciale qu'on puisse considérer comme un état morbide particulier. L'âge, le sexe, le tempérament, l'étroitesse de la poitrine, ne sont point des états morbides; l'herpétisme et le scrofulisme, au contraire, présentent ce caractère au plus haut degré.
Ainsi les diathèses sont des constitutions morbides qui modifient et dominent l'exercice des fonctions, 'produisent à la fois ou successivement, dans les tissus et dans les organes, des maladies de forme variable et de nature identique.
On a beaucoup écrit sur les diathèses, depuis Aristote et Galien jusqu'aux temps où nous sommes, et cependant, sur ce point comme sur tant d'autres en médecine, la lumière ne s'est pas faite pour tout le monde. Il y a encore des gens qui nient ce que chacun affirme, et l'existence même des diathèses, malgré son caractère de certitude, a été mise en doute, comme incompatible avec le bon sens et l'observation. Quelques médecins emploient ce mot sans discernement et l'appliquent à des situations toutes différentes, ce qui est très-fàcheux, car il en résulte une confusion de langage dont on ne peut sortir qu'avec les plus grandes difficultés.
En montrant les différentes manières dont on a envisagé la question des diathèses, M. Grisolle ^ a rendu un vrai service à la science; c'était le moyen d'établir la nécessité d'une définition nette et catégorique de l'objet à définir; aussi, après avoir mis de côté ce qui n'avait pas ce mérite, s'est-il arrêté à la définition suivante : « La diathèse est caractérisée par la manifestation extérieure, sur plusieurs organes et sur plusieurs points de l'économie, de troubles, de lésions ou de productions morbides de nature identique, sous l'influence d'une cause intérieure, d'une constitution morbide propre à l'individu. »
Ce qui caractérise particulièrement la diathèse, c'est la constitution morbide de l'individu, sorte d'état intermédiaire entre la maladie et la santé, qui tient à la fois de l'une et de l'autre, et qui n'est cependant ni l'une ni l'autre. Quand on voit des personnes atteintes de syphilisme ou d'iierpétisme offrir, à des époques assez éloignées, des accidents morbides variés de môme nature, engendrer des enfants sy-
Tlicsc (le concours, 1851, p. 10.
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pilililiques OU dartreiix, et cependant accomplir régulièrement en ap^ parence, et comme dans l'état de santé, leurs différentes fonctions, il devient évident qu'une cause latente, insaisissable, révélée par des effets constants, existe dans l'économie, et que, présente à tous les actes fonctionnels comme à tous les actes morbides, elle y prend une part importante, comme le sang prend la sienne dans tous les'actes de la nutrition moléculaire. Cette cause latente, insaisissable, et, malgré tout, évidente, c'est la diathèse. Je la considère comme une consti^ tution morbide analogue, dans Fespèce, à ce qu'on entend par le mot de constitution en général, appliqué aux différentes manières d'être naturelles de l'économie. La constitution morbide des diathèses est, pour moi, quelque chose d'analogue à ce que je suppose exister dans ce qu'on appelle la constitution forte, sanguine, bilieuse, nerveuse, etc. En admettant l'existence des diathèses, il faut les comprendre comme je l'indique, atln de ne pas les confondre avec la prédisposition ni aucun état organique du même genre.
Les diathèses sont très-nombreuses, et tous les jours on en découvre de nouvelles, exemples : les diathèses épithéliales, fibro-plastiques, chondroïdes, etc. Plus on mettra de soin dans l'observation des malades, et plus on trouvera de maladies diathésiques, c'est-à-dire liées à une cause générale, latente, ayant tous les caractères d'une diathèse.
Les causes des diathèses sont aussi difficiles à pénétrer que leur nature intime. Un petit nombre seulement nous est connu. Entre toutes, l'impression générative est celle qui a le plus d'importance, car c'est à elle qu'il faut rapporter les trois quarts des diathèses que nous avons occasion d'observer. 11 suffit de pénétrer, en médecin, dans les familles, pour trouver chez les parents, les grands parents ou les collatéraux, des diathèses semblables à celles que l'on observe chez les enfants, et qui leur ont été communiquées par voie d'hérédité. Je ne suis pas encore bien vieux dans la pratique médicale; mais, depuis quinze ans, j'ai eu tant de fois déjà l'occasion de vérifier le fait que j'avance, et qu'il esta peu près impossible de constater dans les hôpitaux et hospices, que je le regarde comme incontestable et à l'abri de toute contradiction. Il n'y a pas de praticien qui, sous ce rapport, ne soit de mon avis, et chacua peut, sans crainte d'erreur, attribuera ces impressions génératives la plus importante part dans la production desdialhèses. C'est ce qu'on appelle les diatJièses innées. Le syphilismc, le scrofulisme, l'herpétisme, le scorbulisme, le cancérisme, le névrosisme, etc., n'ont ordinairement pas d'autre origine; alors elles peuvent être congénitales et déjà manifestes au moment de la naissance, comme je l'ai vu poui' le syphilisme et le scrofulisme, ou bien ne se
révéler qu'au bout d'une ou plusieurs septaines, de quelques mois et même de quelques années.
oi les diathèses sont trop souvent innées, et même congénitales, il n'est pas impossible de les acquérir dans l'exercice des fonctions de la vie, au milieu de conditions particulières et d'influences hygiéniques variées. Ce sont alors des diathèses acquises. Toutes peuvent offrir ce caractère, et il y en a quelques-unes qui le présentent presque toujours, exemples : lesyphilisme, le rachitisme. Les diathèses acquises naissent quelquefois très-lentement, sans cause appréciable, le plus souvent à la suite d'irritations extérieures, du mauvais régime, de la misère, des aliments de mauvaise nature et de mauvaise qualité, des habitations insalubres, de la contagion, etc. Toutefois je dirai, avec M. Grisolle, que les conditions extérieures favorables à leur développement sont d'autant plus promptes dans leurs effets qu'il y a déjà chez les individus une prédisposition acquise par le tempérament, c'est-à-dire par l'hérédité. C'est ce qu'on voit pour les sujets lymphatiques, qui deviennent facilement scrofuleux quand on les expose à l'action de causes qui seraient insuffisantes pour nuire à ceux qui n'auraient pas la même prédisposition. Ailleurs elles se développent très-vite, d'une manière aiguë, comme un empoisonnement; exemples: la diathèse purulente des blessés et des femmes en couche, la diathèse gangreneuse, etc.
Est-ce à une modification spéciale du sang, de la lymphe, ou à une altération des forces vitales et à la nutrition anomale des solides, qu'il faut attribuer les diathèses? C'est ce qu'il est absolument impossible de dire. Sans doute le sang est malade dans la plupart des diathèses, mais cette altération est déjà, comme celle des solides, l'effet d'une cause interne et antérieure, dénature inconnue. Il en est de même des altérations des humeurs émanées du sang, de la lymphe; toutes ces modifications des fluides nourriciers et sécrétés existent à des degrés divers dans les diathèses, mais elles ne sont évidemment que secondaires ou tertiaires, et sont précédées d'une action primitive qui est l'impulsion héréditaire dans les diathèses innées, et l'impression virulente, purulente ou toxique, dans les diathèses acquises. Sous ces influences diverses, la nutrition moléculaire des tissus s'accomplit d'une façon spéciale, différente de ce que doit être la nutrition normale, et, à chaque instant, ce trouble de nutrition se révèle, ici par une syphilide, là par un cancer, ailleurs par une scrofulide; chez une autre par des iiémorrhagies, des dartres ou des troubles en rapport avec l'espèce de diathèse existant chez les individus. 1/expérience et l'observation montrent constamment ces deux faits associés l'un à l'autre, et il n'y a
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qu'un moyen d'expliquer leur relation mutuelle, c'est d'admettre comme intermédiaire une modification du sang pour effet de la cause diatlîésique, conduisant aux troubles ultérieurs faciles à reconnaître et dont je viens de parler. On pourrait presque détinir les diathèses des maladies du sang, tant est grand le rôle que jouent les altérations de ce fluide dans leur manifestation.
Ce qui caractérise la diatlièse aux yeux du médecin, c'est moins la constitution morbide latente qui prépare la lésion physique des tissus que cette lésion même, c'est-à-dire la maladie diatlîésique. Cela se comprend. On ne peut décrire que ce qui tombe sous les sens; aussi, tout en réservant son droit d'appréciation, doit-on se borner à la description des principaux caractères des maladies produites par les diathèses.
Les maladies diathésiques sont très-nombreuses, et on pourrait en augmenter le nombre à l'inlini, en raison de l'influence exercée par les dispositions naturelles ou accidentelles et acquises de chacun, sur la forme, la marche, la répétition et la terminaison des maladies que l'on observe. Quelques affections virulentes, purulentes et toxiques, offrent ce caractère, et, bien qu'elles ne soient pas considérées par tous les auteurs comme étant le résultat d'une diatlièse, elles rentrent trop bien dans l'idée qu'on se fait généralement de l'état diathésique, pour que je les laisse de côté. La syphilis, le charbon, le farcin, sont des maladies virulentes, mais elles sont aussi, et au plus haut degré, des maladies diathésiques. La diathèse n'est pas une constitution morbide non virulente, c'est une constitution morbide, et, quand on voit un homme, affecté de syphilisme, avoir à plusieurs reprises, dans le cours de sa vie, des syphdides et des enfants syphilitiques, on peut dire qu'il est sous l'influence d'une diathèse. Si l'on ne reconnaît pas là les caractères d'une maladie diathésique, c'est qu'il n'y en a pas de valables. Toutefois l'usage est de ne considérer comme diathésiques que ces affections produites par des constitutions morbides de cause spéciale inconnue, non virulente.
Parmi les diathèses les plus importantes, il faut ranger les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse, ou scrofulisme; la diathèse dartreuse, ou herpétisme; la diathèse cancéreuse, épithéhale, fibro-plastique, mélanée, chondroïde, ou cancérisme; la diathèse syphilitique, ou syphihsme; la diathèse rhumatismale, ou rhumatisme ; la diathèse goutteuse, ou podagrisme; la diathèse nerveuse, ou névrosisme; la diathèse calculeuse, urique, inflammatoire, furonculeuse, purulente, ulcéreuse, gangreneuse, hémorrhagique, scorbutique, veimineuse, rachitique, faicineuse, osseuse, anévrismale, variqueuse, etc., etc.
Les maladies diathésiques sont caractérisées pai' le retoui' i)lus ou
moins fréquent et par la dissémination d'altérations anatomiques semblables ou diverses, ayant une nature identique. Elles se présentent à l'état aigu; ce qu'on voit dans l'état produit par la diathèse purulente, tuberculeuse, farcineuse, morveuse, rhumatismale, inflammatoire, etc., ou bien à l'état chronique, comme dans les diathèses cancéreuse, scrofuleuse et tuberculeuse, dartreuse, scorbutique, osseuse, rachitique, etc. Elles sont fixes, durables et quelquefois permanentes, comme la scrofule et le cancer, ou bien mobiles, passagères et de 'courte durée, comme le rhumatisme et le névrosisme, le podagrisme et les hémorrhagies. Elles ont pour siège un ou plusieurs tissus, toujours les mêmes; ainsi le rhumatisme ne sort pas du tissu fibreux et séreux, l'herpétisme de la peau et des muqueuses; d'autres, au contraire, peuvent occuper un grand nombre de tissus et d'organes, exemples : la scrofule, le cancer, l'inflammation. On peut en rencontrer plusieurs chez le même individu, et la présence de l'une n'exclut pas les autres. Ainsi le syphilisme peut les com])liquer toutes, et, bien que le fait ne soit pas commun, j'ai vu le scrofulisme et des tubercules chez des enfants rachitiques, tandis que d'autres ont en même temps observé les tubercules et du cancer chez un même individu. Je considère comme absolument faux tout ce qui a été dit sur l'antagonisme des maladies diathésiques
Elles se développent souvent d'emblée par la seule influence de la diathèse, et sans aucune circonstance particulière digne de fixer l'attention. Ainsi on ne sait souvent pas pourquoi, dans le scrofulisme, des tubercules se développent dans le cerveau, ou, dans l'hémorrhaphilie, une hémorrhagie a lieu par le rectum ou par le nez, de préférence à la muqueuse bronchique. Ailleurs, au contraire, elles se développent consécutivement à certaines maladies inflammatoires, dont elles moditient la marche, et elles amènent la transformation de produits déposés dans l'organisme sous d'autres influences. Des tubercules apparaissent dans le péritoine et dans les ganglions mésentériques à la suite d'une entérite ; dans la plèvre, après une pleurésie ; dans le poumon, après une simple congestion lobulaire ; le cancer du sein vient quelquefois dans les culs-de-sac mammaires engorgés par une contusion; les tumeurs blanches après une arthrite simple; l'adénite cervicale après le travail de la dentition ou l'inflammation de la peau; l'impétigo après nnérysipèle, etc., etc.
Ees maladies (hathésiques n'ont pas toujours, malgré le caractère occulte de leur origine, une durée très-prolongée; quehjues-unes sont aiguës, passagèi'es, disparaissent pour toujours après une première manifestation, exemple : le rhumatisme; d'autres reviennent plusieurs fois dans le cours de la vie, tantôt sous la même forme et dans le
même tissu, comme les maladies produites par la diathèse inflammatoire herpétique, etc., ou sous des formes différentes et dans des tissus nouveaux, comme le syphilisme, le scrofulisme et l'herpétisme. Chose remarquable, et qui constitue l'un des points les plus importants de rhistoire des diathèses, dans l'intervalle des manifestations morbides, avant comme après, la santé parait bonne, et cependant il est difficile de ne pas croire à une modification quelconque, inappréciable, de l'exercice des fonctions vitales. En effet, la diathèse ne disparait pas, elle reste à l'état latent, et elle tient en puissance l'organisme; car elle peut se manifester de nouveau, soit chez l'individu lui-même, soit sur les enfants qu'il pourra engendrer. Quelque extraordinaire que soit ce fait, sa réalité repose sur l'observation journalière des malades, et ce que nous savons de l'incubation des fièvres éruptives, de la syphilis et de la rage, prouve suffisamment que nous pouvons vivre et même nous croire en parfaite santé, malgré l'existence d'une constitution morbide passagère, virulente ou autre, dont la manifestation subite sera peut-être assez grave pour nous faire périr. Dans les circonstances ordinaires, les maladies diathésiques ont une durée fort longue et une marche chronique qui détermine l'affaiblissement graduel des malades. Il en résulte alors un appauvrissement réel du sang, une véritable chloro-anémie, l'absence de sommeil, la dyspepsie, la constipation ou la diarrhée, l'amaigrissement, en un mot tout ce qui constitue la cachexie^ état que Bordeu semble avoir confondu avec la diathèse. C'est dans ces cas que l'on observe souvent la génération nouvelle et la dissémination rapide des produits morbides engendrés par la diathèse. Les viscères se remplissent de tissu cancéreux ou épithélial, de tubercules, d'hydatides, suivant qu'il existe une diathèse et une cachexie cancéreuse, tuberculeuse, hydatique, etc.
Les diathèses sont toujours des dispositions fâcheuses pour ceux qui les portent. Elles sont opiniâtres, rebelles à la thérapeutique, et produisent des maladies diatliésiques plus ou moins redoutables, suivant la nature de la diathèse existante, le siège et la nature de ses manifestations extérieures. Mais, chose curieuse! une môme diathèse n'est pas toujours partout semblable à elle-même, elle a des degrés, et, de même que les affections virulentes ou toxiques, ces diathèses peuvent être plus ou moins terribles, suivant les individus, comme si la constitution morbide qui en est la base était produite par un poison d'activité différente, il est certain qu'il y a des diathèses sypliilitiques plus ou moins graves, sans qu'on en puisse découvrir la raison, il y a un scrofulisme comphit qui fait périr rapidement, sous le coup de ma-
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nifestations multiples très-générales, et il y a un scrofulisme incomplet, bénin, sans gravité. 11 en est de môme du cancérisme, qui engendre ici des tumeurs malignes promptement mortelles, et ailleurs des tumeurs bénignes qui se transforment et se limitent naturellement; des diathèses hémorrhagique, goutteuse, herpétique, etc.
Diathèse scrofuleuse et tuberculeuse, ou scrofulisme. — Bien qu'on ait quelquefois considéré la scrofule et les tubercules comme les manifestations de diathèses différentes, je crois qu'en raison de leur communauté d'origine, de siège et de caractères, de leur coexistence ordinaire chez les mêmes individus, il faut les rapporter à une diathèse unique, qui est le scrofulisme, et dont elles ne sont que les degrés et les âges différents. Cette diathèse, presque toujours héréditaire et rarement acquise, est, comme toutes les autres, le résultat d'une constitution morbide, vice originel primitif et latent, qui se manifestera par des diccidenis secondaires^ tels que scrofulides cutanées, muqueuses, ganglionnaires, osseuses, etc., et des accidents tertiaires, constitués par la présence de granulations épithéliales tuberculeuses, et de tubercules dans tous les tissus et dans l'intérieur des viscères. La diathèse peut rester latente pendant des mois ou des années, et ceux qui en sont atteints peuvent n'être point malades, du moins en apparence; c'est là un fait commun à toutes les diathèses; mais, une fois le moment de l'explosion arrivé, les accidents secondaires paraissent ordinairement les premiers; ils peuvent guérir, revenir à plusieurs reprises sous des formes send3lables ou diverses, et disparaître complètement, la diathèse restant, après comme avant, toujours en puissance de l'organisme. Viennent ensuite les accidents tertiaires, qui sont le point (le départ de troubles nouveaux, et suffisamment bien connus. Les scrofulides secondaires manquent très-rarement, cependant cela s'observe, et il y a quelquefois des scrofulides teitiaires qui paraissent d'emblée, et donl on ne peut saisir la filiation d'origine, exemple : les tubercules congénitaux. Hormis ce fait exceptionnel, on trouve toujours dans les antécédents des tuberculeux, des phlegmasies antérieures, qui sont de véritables scrofulides muqueuses, des affections cutanées, osseuses ou ganglionnaires, qui révèlent l'existence du scrofulisme et d'anciens accidents secondaires.
La scrofnlide tertiaire ou tuberculisation ne se montre pas inévitabhiment chez ceux qui ont eu des accidents secondaires de scrofule, cl, si nombieuxcju'cn soient les exemples, elle est encore infiniment audessous, numériquement j)arlant, des scrofulides secondaires, dont le nombre est piesfjue incalculable. Elle ne succède pas inévitablement aux scrofulides secondaires, et peut ne jamais se montrer. Quand elle
se développe, c'est quelquefois au bout de plusieurs jours, comme je l'ai \u chez les eulauts, à Ihôjjital^ ou au bout de quelques mois et même d'un assez grand nombre d'années. La marche aiguë des scrofulides tertiaires ou tuberculisation est très-rare ; la lenteur de leur apparition et de leur développement est, au contraire, ce qui les caractérise le plus habituellement.
Le scrofulisme ne se révèle que par ses effets; héréditaire ou acquis^ il donne aux enfants plus qu'aux adultes l'aspect lynjpliatique; il imprime à leurs maladies une lenteur d'évolution remarquable, une tendance évidente à la chronicité, et c'est alors qu'il faut le reconnaître pour essayer de le combattre par les moyens appropriés de la thérapeutique. Une fois son explosion arrivée, les individus peuvent encore guérir, tout en conservant leur diathèse; mais ce résultat est plus difficile à obtenir, surtout dans la période des accidents tertiaires. Alors la guérison devient exceptionnelle, et dépend surtout de la nature et des fonctions de Forganc où les tubercules ont pris naissance. Chacun sait, en effet, que les tubercules du testicule et des ganglions cervicaux n'ont pas le même danger que ceux de la colonne vertébrale ou des poumons, et ne peuvent leur être comparés sous aucun autre rapport que celui de leur nature.
Diathèse dartreuse, ou herpétisme. On a longtemps discuté sur l'existence du vice dartreux, psorique ou herpétique ; et, naguère encore, cette diathèse, comme toutes les autres, même les plus évidentes, était révoquée en doute. Toutes les maladies de la peau étai(uit des inflammations ou des maladies locales. Cette opinion erronée a même été un instant l'opinion dominante. Triomphe éphémère! Après avoir abandonné les opinions humorales de Galien, notre siècle y revient avec une ardeur qui l'entraînera peut-être trop loin, comme il arrive à toutes les époques de réaction. Toutes les maladies de la peau étaient hier considérées comme des maladies locales; aujourd'hui il en faut faire plusieurs parts; une pour le syphiUsme, une pour le scrofulisme, . une pour l'inflammation, une pour les parasites végétaux ou animaux, une pour les affections virulentes, une enlin pour le vice dartreux ou licrpétique. Comme le dit M. Grisolle': «Quand on considère la multiplicité des points du corps qui sont frappés à la fois ou successivement, la résistance de ces maladies aux traitements les plus éneigiques, leuropiniiUreté à récidiver, il est ditïicile de ne i)as reconnaître l'existence d'une diathèse, ou plutôt de diathèses très-différentes. »
Diathèse cancéreuse, éinlhéliale, fibro-plastiqaej chondnmle^ ou caiicé-
* \\y-i', VL
i2l8 i>K 1 A niATHÈSE.
risme. Ce que jadis on désignait anatoniiquemcnt sous le nom de cancer n'existe plus aujourd'hui. La niicrologie a démontré qu'on <ivait confondu sous une même dénomination le vrai cancer, l'épi thélioma, les productions libi'o-plastiqucs et chondroïdes; mais toutes ces altérations, en apparence diverses, se ressemblent assez au triple point de vue de l'origine, de la marche des accidents et de la généralisation dans le voisinage ou dans les principaux viscères, après l'ablation des parties malades. Les vrais cancers, comme les épithéliomas, les productions libro-plastiques et chondroïdes, infectent l'économie entière et peuvent amener la mort après une cachexie préalable. Les premiers déterminent plus sûrement ce résultat que les autres; mais c'est là toute la différence clinique qui sépare ces productions accidentelles, et je pense qu'on doit encore les considérer comme des variétés d'une môme diathèse, afin de les rattacher au type piûncipal du cancer qui les tient toutes sous sa dépendance. La preuve, c'est que des tumeurs épithéliales ou libro-plastiques enlevées une première fois ont récidivé surplace et se sont trouvées constituées par du cancer^; c'est que les tumeurs cancéreuses sont formées ici d'épithélioma, là de tissu fd}ro-plastique, et en quelques points de tissu cancéreux (Charles Robin); €nlin, c'est que le point de départ du cancer est un blastéme mélangé d'épithélioma, de tissu fibro-plastique, et dans lequel il n'y a pas à l'oj'igine de cellules cancéreuses. Or, si les tumeurs sont complexes et changent de caractère dans le cours de leur évolution, à la suite de la substitution d'éléments nouveaux, ce qui caractérise bien une transformation ou métamorphose, il en résulte qu'il faut expliquer tous ces effets anatomiques secondaires, et les rapporter à une même cause générale, la diathèse cnncéreuse, ou cancérïsme . De môme que nous voyons le scrofulisme produire dans les méninges, dans le poumon, dans les plèvres, dans le péritoine, des granulations épithéliales qui se transforment en matière tuberculeuse, de môme aussi les productions épithéhales et libro-plasti(|ues se convertissent en tissu cancéreux sous l'influence du cancérisme.
Celle diathèse, souvent héréditaire, n'en déplaise à ceux qui ont cru ' faire des statistiques exactes sur ce point, dans les hôpitaux et dans les hospices, se développe ((uelquefois sans cause appi'éciable; et le cancer, qui apparaît d'abord dans un tissu, connue une maladie locale en appai'(*nc(i, ne lai'dcî pas à se généraliser et à faire périr les individus. A l'exception des cas de cancer épithélial, libro-plastique ou mélané, qui circonscrivent quelquefois leur action au poiut malade,
* Velpeau, Bulletin de V Académie de médecine, Paris, 1855, t. XX, p. 411.
les vrais cancers ont presque toujours une terminaison malheureuse. Cela dépend de la force de la diathèse et du degré de la constitution morbide des individus.
Diathèse mélanée. Cette diathèse, rare chez l'homme, est caractérisée par la production de mélanose, de tumeurs mélaniques dans les tissus €t dans les principaux viscères. Parmi les exemples jusqu'ici publiés, il en est un fort remarquable que Ton doit à M. Béhier, et dans lequel le nombre et le volume de ces tumeurs disséminées étaient quelque chose de vraiment extraordinaire. C'est surtout chez le cheval que l'on observe la diathèse mélanique, et plusieurs fois j'ai vu les professeurs de l'école d'Alfort apporter à la Société de biologie des tumeurs de ce genre pesant plusieurs livres, et provenant des principaux viscères, principalement de la rate. Une particularité très-remarquable de cette diathèse, c'est qu'on ne l'observe que sur des chevaux blancs (Gohier), fait analogue à celui de Ncusinger, qui dit n'avoir observé la mélanose de l'homme que chez les individus à cheveux blancs, par suite du transport à l'intérieur des matières pigmentaires destinées aux poils.
Diathèse syphilitique. — Le syphilisme, que plusieurs médecins ne mettent point au nombre des diathèses, en a cependant tous les caractères. Dans sa forme héréditaire ou acquise, c'est une constitution morbide spéciale, qui domine l'exercice des fonctions, fait éclore plusieurs fois dans la vie des altérations du tissu, différentes dans la forme et cependant de même nature. Elle peut rester latente, des mois et même des années, et c'est au moment de son explosion que des syphilides muqueuses, cutanées, ganglionnaires et osseuses, viennent révéler son existence. Les accidents peuvent guérir et revenir plusieurs fois, disparaître pour toujours, ou, au contraire, occasionner ime cachexie très-grave, quelquefois mortelle.
Diathèse rhumatismale et goutteuse. — Nous revenons aujourd'hui aux opinions anciennes, un instant délaissées. Après avoir abandonné l'idée d'une diathèse rhumatismale et goutteuse, pour considérer le rhumatisme et la goutte comme deux maladies inflammatoires, de nouvelles recherches ont montré, dans l'un et l'autre cas, qu'il y avait au-dessus de l'élément inflammatoire inhérent à ces maladies une spécificité caractéristique de l'une et de l'autre. La transmission héréditaire du rhumatisme et du podagrisme, leur répétition à plusieurs reprises dans le cours de la vie, la dissémination des lésions anatomiques, leur mobilité, leur siège; il n'en faut pas davantage pour établir l'existence d'une diathèse spéciale, propre à l'une et à l'autre (le ces maladies.
Ce qui caractérise le l'Jiiimatisme, c'est la disséiiiination de ririllanimation sur le tissu fibro-séreux des articulations et des enveloppes du cœur, sa mobilité, ses retours intermittents, sa disparition brusque et sa guérison rapide par des remèdes spécifiques, tels que la quinine et la vératrine.
Dans le podagrisme, en outre de la dissémination derinllammation sur le tissu fibro-séreux des petites articulations, de sa mobilité, de sa disparition et de ses retours plus ou moins fréquents, qui constituent le rhumatisme, il y a une seconde disposition générale jointe à la première, qui détermine le dépôt d'acide urique et d'urates de soude et de magnésie dans les articulations goutteuses, dans la vessie, et dans les petites artères de la périphérie du corps ou du cerveau. Cette disposition est presque une seconde diathèse, et l'on pourrait presque dire que le podagrisme n'est que la réunion des deux diathèses rhumatismale et urique.
Diatfièse nerveuse, ou néurosisme. — On observe si souvent chez certaines personnes, douées d'une constitution morbide particulière, des accidents nerveux, mobiles, erratiques, intermittents, tels que spasmes, migraines, névralgies, convulsions générales ou locales, qu'il y a peut-être lieu de considérer cette disposition comme le résultat d'une diathèse. Cette opinion, défendue par M. Piorry, mérite d'être adoptée. En effet, le névrosisme est héréditaire, il se manifeste d'une manière intermittente et fréquente i)ar des accidents morbides aussi variés dans la forme que par le siège, et il est le résultat d'une constitution particulière chlorotique ou chloro-aménique des individus.
Diathèse calculeiise^ ou lUhique. — On a admis une diathèse calculeuse démontrée par la reproduction, à plusieurs reprises, des calculs, après une première expulsion ou extraction. Il y a, en effet, des cas où l'économie offre une remarquable tendance à la production d'acide urique et d'urates de soude, sous forme de giavelle, de pierres, de vésicules, de calculs rénaux ou de concrétions péri-articulaires chez des goutteux. La gravelle intermittente et permanente est certainement le résultat d'une constitution nioibide héréditaire ou acquise, qui a tous les caractères d'une affection diathésiquc; c'est la diathèse urique. Elle porte son action jusque sur les artères du cerveau, dont les parois, infiltrées de sels, sont plus friables et favorisent le développement des hémorrhagies cérébiales.
Diathèse inllammaloire. — La (fiatlièsc iiillaimnatoii'e, admise par les uns et lejetée par les autres, n'est pas tiès-comnnme à l'état d'unité. Elle est souvent associée à d'autres causes générales internes, telles que l'état puerpéral, le rhimialisme, la goutte, la morve, etc.;
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mais alors ce n'est plus la diathèse inflammatoire, c'est une phlogose devenue l'instnunent d'une autre cause diathésique.
La diathèse inflammatoire est caractérisée par la présence et le retour sur le même individu de maladies inflammatoires évidentes, ou par l'apparition simultanée d'un certain nombre de phlegmasies développées sans cause appréciable. Comme le dit M. Grisolle, ces phlegmasies ne surviennent pas toujours simultanément, et elles se succèdent ordinairement les unes aux autres. Elles sont quelquefois dissinndées, leurs symptômes ordinaires manquent ou sont masqués pai* ceux de la phlegmasie primitive, })ar le nombre et la gravité des phénomènes sympathiques. Elles peuvent occuper des organes et des tissus différents; quelquefois, au contraire, elles affectent des tissus semblables, et il n'est pas rare de voir le travail phlegmasique fiapper à la fois la plupart des membranes séreuses.
Cette diathèse, ordinairement bée à une forte constitution et à une trop grande pléthore, est une des moins dangereuses, et elle peut être avantageusement modifiée par l'usage prophylactique et curatif des émissions sanguhies générales ou locales.
Diathèse furonculeuse. — Cette diathèse semble, au premier abord, dépendre de la précédente, à cause deTétat inflammatoire qui accompagne les furoncles, à cause de leur siège à la peau, de leur dissémination, etc.; mais il me paraît aussi impossible d'admettre, dans les furoncles, une lésion inflammatoire non spécifique qu'il est difficile d'attribuer une cause inflammatoire simple aux abcès consécutifs de la variole et de la diathèse purulente ou farcineuse. Dans les abcès furonculeux comme dans les abcès multiples des fièvres graves et des maladies virulentes, l'élément inflammatoire est secondaire, ce n'est (|u'un moyen de fabrication du pus, et il y a une autre cause primitive diathésique, qui est l'origine des lésions extérieures. Ici c'est à la diathèse fnronculeuse qu'il faut rapporter ce développement des furoncles.
Diathèse purulente. — La diathèse purulente est cette constitution morbide accidentelle d'où résulte pour l'organisme une facdité trèsgrande à engendrer du pus dans les principaux tissus de l'économie. Elle est le résultat de la pénétration de quelques-uns des éléments du pus dans la circulation à la suite des grandes opérations chirurgicales, de l'accouchement, des abcès communiquant avec l'air extérieur, des blessures virulentes faites aux parties molles, etc. Lorsque cette pénétration est rapide, la diathèse ainsi déterminée fait périr très-promptement ceux qui en sont affectés, car, sur l'immense quantité des faits connus, il n'y a guère, jusqu'à présent, que deux cas bien certains de guérison.
Ainsi que l'ont décomerl Dance, Maréchal, Blandin, Yelpeau, etc., des abcès se forment au milieu des poumons, du foie, dans le tissu cellulaire, dans les séreuses articulaires, et la mort en est la conséquence. Quand, au contraire, cette pénétration est lente, ce qui a lieu dans les abcès par congestion ouverts à l'extérieur, dans les longues suppurations scrofuleuses ou varioli({ues, après l'accouchement, la diathèse produit des suppurations rapides dans la plupart des séreuses, des abcès sous-cutanés, et, en général, la suppuration prompte de toute inflammation qui, en d'autres circonstances et sur des sujets de bonne santé, aurait été suivie de résolution.
Ce n'est pas le pus absorbé en nature qui va se déposer dans les tissus, comme on l'a cru très-longtemps, c'est une introduction dans le torrent circulatoire de quelques-uns des éléments du pus, suffisants pour amener la viciation du sang, des humeurs, et pour produire çà et là, disséminées dans les viscères, dans les tissus, des phlegmasies de mauvaise nature, très-rapidement suivies de la formation du pus.
Diathèse ulcéreuse. — M. Grisolle ^ n'admet pas l'existence de cette diathèse, qui est assez généralement acceptée, et il rapporte les ulcérations multiples de la peau et des muqueuses qu'on observe chez quelques sujets à des affections constitutionnelles ou virulentes, telles que la morve, la syphilis, le scorbut, etc. Cela peut être vrai, mais c'est une opinion que je ne partage pas, et, s'il est incontestable que beaucoup d'ulcérations multiples de la peau sont le résultat des diathèses scrofuleuse, scorbutique, syphilitique, farcineuse, etc., il y a des cas où, en l'absence des diathèses de ce genre, on voit des individus dont la peau s'ulcère à la moindre occasion. Ce sont de ces personnes dont le vulgaire dit qu'elles ont la peau venimeuse, pour faire comprendre la facilité avec laquelle les moindres piqûres ou écorchures sont chez elles suivies de suppuration et d'ulcéiation prolongée. J'ai vu des cas de ce genre, mais ce ne sont pas les plus curieux. Dans la convalescence de fièvres typhoïdes graves, à la fin des maladies chroniques de l'enfance, sans scrofulisme ni aucune diathèse appréciable, on voit souvent ici des ulcérations se produire aux parties qui frottent sur le lit, ailleurs des vésicules purulentes couvrir le tronc, les membres, et former autant (f ulcérations de vilaine couleur et de mauvaise nature, ou bien des excoriations sur le bord des lèvres s'étendre au visage, et quelquefois toutes ces ulcérations ap[)ai'aiti'e en môme temps chez le môme indivi(hi, aux aj)j)roch('s de la mort, selon l'état de marasme et le degré de cachexie^ où il est tombé. En présence de ces Faits, je crois qu'il faut conserver parmi les autres la diathèse ulcéreuse.
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Dialkèse gangrëtieuse. — Celte diatlièse, en dehors de toute intoxication ou de lésion \asculaire primitive, est assez rare. M. Grisolle en a rapporté trois exemples, dont l'un a été observé par lui, à la clinique dt* Dupuytren, sur une jeune fdle de vingt ans, qui eut sur plusieurs parties du corps des plaques gangreneuses de l'étendue de deux à trois centimètres; l'autre par M. Cliassaignac, et le troisième^par M. Géry. M. Marchai en a observé chez les diabétiques, et il en a prématurément conclu à Texistence d'une action spéciale du diabète.
M. Vidal a jiublié l'histoire d'un jeune homme de vingt ans environ, d'une bonne constitution, fumiste, vivant dans de bonnes conditions hygiéniques, se nourrissant bien, et qui était affecté de plusieurs ulcérations dues à des gangrènes spontanées. Ce malade avait eu une blemiorrhagie il y a deux ans. Quelque temps après, à la suite d'un excès alcoolique, une gangrène de la verge se déclara, sans qu'il y ait ni chancre, ni phimosis, ni cause quelconque à invoquer. En huit jours la verge se détacha dans sa totalité, et la chute de l'escarre laissa une ulcération qui empiétait jusque sur les parties voisines du scrotum .
Bientôt après une escarre gangreneuse apparut dans la région parodienne. L'ulcération qui en résulta était large, à bords taillés à pic et profonde; le masséter et la face externe de la glande parotide étaient à nu au fond de la plaie. Plus tard encore, une troisième lésion du même genre se manifesta au bras gauche, vers la partie inférieure et postérieure du deltoïde. Les bords en sont taillés à pic, un peu décollés; le fond couvert de bourgeons charnus. La cicatrisation marche sans difficulté.
Fait remarquable ! ces escarres se sont produites sans douleur, sans accidents quelconques. Le malade ne paraît pas même chagriné de la perte de sa verge; il est tellement indifférent à sa maladie, qu'il ne parla point de l'escarre du bras, et ne la montra que lorsqu'un de ses voisins, incommodé par la mauvaise odeur, le fit apercevoir de la nouvelle manifestation de la maladie.
Enfin, pour mon compte, je signalerai deux exemples de cette diathèse, pris à l'hôpital Necker sur des convalescents de fièvre typhoïde, et le fait n'est pas absolument rare chez les petites filles atteintes de rougeole dans les hôpitaux de l'enfance. Chacun sait, en effet, que, dans ces circonstances, la gangrène se développe à la face, à la vulve et quelquefois aux orteils, ce qui indique bien l'existence d'une cause diathésique gangreneuse Cette dialhèse, toujours acquise, se manifesh' ordinairement dans le cours des maladies chroniques et à la fin des convalescences des fièvies graves.
Diathèse hémorvhaijique. — En parlant de l'influence de l'hérédité sur le développement des maladies, j'ai indiqué ces exemples curieux de familles entières dont les membres, pendant deux, trois et, quatre générations, ont succombé à la suite d'hémorrhagies incoercibles. C'est là une diathèse redoutable dont l'existence ne peut être mise en doute et dont le développement est bien difficile à comprendre. Presque toujours héréditaire, elle est caractérisée par des infiltrations ou des épancliements de sang dans les tissus, et par des hémorrhagies opiniâtres des muqueuses ou de la peau excoriée. Elle se manifeste surtout dans le jeune âge et jusqu'à quarante ans. Après cette époque, les hémorrhagies diathésiques sont très-rares.
Si quelque chose peut rendre compte de cette constitution morbide particulière qui engendre la diathèse hémorrhagique, c'est l'altération du sang, profondément modifié dans sa composition et dans ses qualités physiques. Il est séreux, pâle, appauvri, défibriné, et M. Tardieu, qui a eu l'occasion d'étudier avec soin un cas de diathèse hémorrhagique à l'hôpital Cochin, a vérifié tous ces caractères \ Or, comme on sait, d'après les expériences faites sur les animaux et l'observation de l'homme, que l'état séreux du sang et la diminution ou l'altération de la fibrine sont une cause très-fréquente d'hémorrhagie, il faut attribuer à cette altération spéciale un rôle dans la production de la diathèse hémorrhagique. Malheureusement ces modifications n'ont pu être constatées que chez des sujets ayant déjà perdu beaucoup de sang, ce qui diminue leur importance, car on sait qu'elles existent chez tout individu affaibli par une hémorrhagie considérable. Il faudrait, pour savoir à quoi s'en tenir sur le rôle qu'elles jouent dans la diathèse qui m'occupe, les avoir observées au début des accidents et au commencement de la première hémorrhagie, ce qui n'a pas été fait jus(|u'ici.
Diathèse scorbutique. — Ordinairement acquise, la diathèse scorbutique devient de plus en plus raie, à mesure que l'hygiène répand ses préceptes plus loin autour des villes, dans les administrations des camps, des vaisseaux et des armées. Elle est beaucoup moins répandue maintenant qu'au commencement du siècle. C'est une diathèse qui a pour premier effet une altération spéciale du sang, dont la nature est encore contestée, et, pour manifestation extéiieure, une diathèse hémorrhagi(|ue semblable à celle que je viens d'indiquer, offrant en plus la tuméfaction des muqueuses, leur ulcération, l'érosion de la peau, les ulcères cutanés, etc., etc.
L'altération du sang, d'abord considérée comme une diminution du
' Archives de mcdev'me, 1811.
chiffre de la fibrine par MM. Andral et Gavarret, fut ensuite niée par 31. Fauvel, qui trouva que dans cette circonstance la fibrine était augmentée de quantité. C'est ailleurs qu'il faut chercher l'explication de la > pf*'^^ diathèse scorbutique, et je la rapporte de préférence à l'altération des l /^*T7 qualités de la fd^rine et à son ramollissement, plutôt qu'à sa diminu-/ tion absolue.
Diathèse vennineuse. — La diathèse vermineuse, si anciennement admise, n'est pas acceptée par tout le monde aujourd'hui. Elle est niée par un certain nombre de médecins; mais, à ce point, l'exagération est une erreur.
Les entozoaires naissent souvent au milieu de conditions locales faciles à distinguer et qui n'ont rien de commun avec les dia thèses. 11 y a des pays où le taenia est endémique, en Suisse, en Allemagne, en Suède, par exemple; mais cela dépend de la transmission des germes parles aliments portés dans les voies digestives, où le ver se développe .si le miheu est favorable à son éclosion. 11 en est de même des lombrics, que l'on observe si souvent dans le jeune âge et dans le cours des maladies qui intéressent le tube digestif. Leurs œufs sont avalés avec les aliments et les boissons, et ils ne se déyeloppeiit que lorsque les circonstances extérieures leur sont favorables. Peut-être les choses se passent-elles d'une manière semblable chez l'homme, pour les échinocoques, qui ne sont qu'un taenia avorté et modifié dans sa forme. Je n'affirme rien, d'autant mieux qu'en présence de quelqu'un de ces faits extraordinaires de généralisation et de dissémination de tumeurs hydatiques, dans le scrotum, la rate, le foie, le mésentère, les poumons, comme j'en ai vu un exemple dans mon service à l'Hôtel- Dieu, il est impossible de se défendre de l'idée d'une diathèse spéciale pouvant être la cause de tous les accidents. 11 n'y a rien de décidé, à ce égard du moins, par l'étude des affections vermineuses de Thonnue mais la patliologie comparée, qui montre qu'on remplit à volonté d'hydatides et de cysticerques les moutons et les porcs par le parcage et une nourriture appropriés, semble indiquer que la diathèse vermineuse n'existe pas, et (|ue ce n'est cpTune germination accideiilellc de produits venus du dehors.
Diathèse rachitique^ ou rachitisme. — La diathèse rachitiqu(3, qui a joué en médecine un si grand rôle dans les siècles derniers, n'a plus kl inèrne importance aujourd'liuique l'oii en connaît la nature, et que l'on a pu découvrir les moyens de s'en garantir et ceux de la faire disparaître. Celle diathèse, constamment acquise, se développe sous l'iunuenced'uu mauvais régime, de l'habitation basse, sombre et humide. Klle est caractérisée par une altéiation du saug, probabhnnent la di-
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minution des sels qu'il renferme, par le ramollissement des os longs et de lem^s extrémités cartilagineuses. Elle guérit assez facilement et ne laisse pas de traces de son passage, comme la plupart des autres diathèses, qui persistent encore après la disparition de leur manifestation extérieure. C'est plutôt une maladie des os qu'une véritable diathèse, et j'aurais pu me dispenser, je crois, de la faire entrer dans cette revue générale.
Diathèse anévrismale et variqueuse. — On a peut-être trop facilement admis l'idée d'une diathèse anévrismale. Comme l'a très -justement fait remarquer M. Grisolle *, deux anévrismes simultanés ou successifs chez un individu ne suffisent pas pour annoncer l'existence d'une diathèse spéciale, et il est très-rare d'en rencontrer un plus grand nombre. Ils peuvent souvent dépendre d'une cause locale, mécanique. Le fait curieux de Pelletan, qui, sur un seul sujet, a vu soixante-trois tumeurs artérielles, est le seul qui ait de l'importance, encore faudrait-il savoir s'il n'y a pas eu là une coïncidence particulière de lésion de structure en rapport avec une cansc locale déterminée.
Quelque rare que soit la diathèse anévrismale, elle existe, et elle se révèle par la simultanéité et le développement successif de lésions organiques graves, suivies de tumeurs sanguines sur le trajet d'une ou de plusieurs artères. La cause est inconnue et jusqu'ici n'a pu être déterminée, malgi'é les efforts qu'on a tentés dans cette direction.
La diathèse variqueuse est également très-rare, et, quoiqu'on admette une disposition générale intérieure favorable au développement des varices, je crois que dans la plupart des cas, sinon dans tous, l'ampliation des veines est la conséquence des causes locales et d'obstacles au retour du sang de la périphérie vers le tronc principal. En effet, elles n'existent qu'aux jambes, là où le sang éprouve de la peine à remonter dans la veine iliaque; elles sont plus fréquentes cliez les individus qui serrent leurs bas sur les jambes avec des jarretières; elles se développent sous l'influence de la grossesse et des tumeurs du ventre, qui compriment hts veines du bassin ; presque partout enfin des causes mécaniques viennent rendre compte de \v\\v formation, et elles sont très-rarement la conséquence d'une diathèse.
Diathèse osseuse. — Cette diathèse, infiniment rare, existe chez l'honnue et chez les animaux. On ignore les conditions de son développement, et on ne sait pas même si elle est héréditaire ou seulement acquise. Elle se montre ordinairement à l'âge moyen de la vie, et,
^ Loc. cit., 1». 24.
DU MODE d'aCTIOîS DES CAUSES MORBIUQUES. 2^27
lorsqu'elle arrive dans la vieillesse, c'est moins une maladie qu'un résultat ordinaire de l'âge avancé chez l'individu. Elle est caractérisée par le dépôt de nombreuses concrétions ossiformes et calcaires dans le tissu fibreux des artères et des ligaments de la colonne vertébrale, . dans les cartilages, les tendons et les muscles; enfin par un accroissement insolite du squelette. M. Grisolle rapporte, d'après un journal américain \ le fait d'un enfant de treize ans, chez lequel une partie des muscles du tronc étaient tout à fait soudés par une matière osseuse. Le musée Dupuytren renferme des squelettes dont les éléments sont réunis en une seule pièce par les ankyloses ossifiées de tous les hgaments et cartilages articulaires. J'ai vu, à la Société de biologie, les cartilages, les tendons et les muscles d'un chien qui étaient entièrement convertis en matière calcaire n'ayant point la structure des os. Mais le plus curieux de tous ces faits est assurément celui de Saucerotte, relatif à un homme de trente-neuf ans dont les os, depuis six ans, s'accroissaient en épaisseur, de manière à doubler de volume; les côtes débordaient en quelques endroits les unes sur les autres; la tête, dépouillée de ses parties molles, pesait quatre kilogrammes, et la mâchoire inférieure seule , dix-sept cent cinquante grammes.
Tous ces faits indiquent évidemment une constitution morbide spéciale, en vertu de laquelle plusieurs parties de l'organisme sont à la fois ou successivement le siège d'altérations de même nature. Il n'en faut pas davantage pour caractériser une diathèse.