‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 45 sur 212 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

UIJ mODK D'ACTIOM DEi» CAUJ^ES» MORBIFIQDEli».

Le mode d'action des causes morbifiques est très-complexe et diffère suivant la nature de la cause et la nature du sujet impressionné ])ar elles. Toutefois, d'une manière générale, on peut dire que cette action est indirecte, et que son effet est la conséquence d'une sensibilité organique réflective, ou réflexe^ condition inséparable de toute vitalité. Les effets des causes morbifiques sont des actions réflexes d'une nature spéciale ; ce sont des actes moléculaires irréguliers, produits pai* l'impressibilité organique modifiée; c'est une réaction qui succède à l'impression morbitique reçue par l'organisme. Toute la patliogénie se résume dans ces deux mots : impression et réaction, et je

* Loc. cit., ]). '20.

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pense qu'il ne faut voir dans les maladies que des impressions transformées. Pour peu qu'on se représente, en effet, chacune des causes dont j'ai précisément étudié l'influence, on verra bien vite que, à moins d'être assez violentes pour empêcher la réaction en détruisant tout ou partie de l'homme, les causes s'adressent à la sensibiUté latente sans conscience, dont l'exercice régulier dirige les actes moléculaires organiques et maintient la forme de nos tissus. Les agents physiques et les influences extérieures ne deviennent des causes morbiflques que pai' l'impression qu'ils produisent dans l'organisme; sans cette impression préalable, ce sont des agents physiques ou traumatiques, et rien de plus; il faut un témoignage de la sensibilité des tissus pour en faire des agents morbifiques, et ce témoignage, c'est le trouble réflexe nerveux dans une fonction ou dans la structure moléculaire du corps. De même qu'il y a en dehors de toute volonté des ynouvements réflexes^ sans conscience, produits par l'excitation des tissus, de même il y a, en dehors des actes sensitifs ordinaires et appréciables, des actes morbides réflexes^ qui résultent d'impressions sans conscience dont nous ne pouvons nous garantir, et qui agissent profondément sur l'état dynamique et matériel de l'homme en modifiant ses forces et sa structure. Ces actes morbides réflexes sont le malheureux témoignage de VimpressibUité organique; et, en effet, de plusieurs personnes soumises au même moment à l'influence d'une cause physique quelconque, les unes subissent l'influence sans en recevoir ime impression fâcheuse, et, pour les autres, l'impression est suivie d'un trouble fonctionnel et organique réflexe qui constitue la maladie. Ici, action pure et simple de l'agent physique; là, au contraire, impression suivie d'une réaction qui se transfomne en acte morbide.

Les causes morbifiques prédisposantes ou déterminantes ne sont, à divers points de vue, que les moteurs de l'impressibilité organique, les agents des actes réflexes inconnus qui modifient les forces et les actes de la vie, aussi bien que la forme, la couleur, la composition el la structure partielle ou générale des solides, des liquides, des humeurs, dans les limites préalablement fixées aux dérangements organiques. Oue l'échéance soit prompte ou éloignée, le résultat est le menu;. On'esl-ceque l'hérédité, sinon une impression générative subie parle germe? I^]|i bien, dans vingt, trente, quarante ans, cet œuf microscopique sera un homme faible comme ses parents, et qui périra comme eux de [dithisie pulmonaire, de fohe, de goutte, d'apoplexie, etc. Qu'est-ce que l'acclimatement, sinon le résultat comp!exe de l'impression prolongée des diftérentes influences constitutives d'un climat? J'en dirai autant de tontes les impressions faites par les aliments, les

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boissons, les vêtements, l'exercice, l'habitude, les professions, l'électricité, de toutes les impressions morales, venimeuses, vénéneuses, effluviques, miasmatiques, virulentes, névrosiques, etc. Toutes provoquent des actions réflexes intimes, plus ou moins fréquentes, qui modifient le tempérament, la constitution, et, à un instant donné, seules ou jointes à d'autres impressions, détruisent tout ou partie de la santé. Action réflexe lointaine ou immédiate, telle est la conséquence des impressions morbifiques prédisposantes ou déterminantes que j'ai fait connaître. Pour les unes le résultat est clair, évident, certain, impossible à discuter. Ainsi personne ne peut mettre en doute la part que les impressions génératives, climatériques, morales, vénéneuses, virulentes, etc., ont dans le développement des actes morbides réflexes qui constituent les maladies virulentes, toxiques, morales, héréditaires, etc. Quel rapport y a-t-il entre l'impression d'un atome de vaccin et l'immunité variolique, entre l'inoculation rabique et la rage, entre la frayeur et l'épilepsie, entre un morceau de poisson et l'urticaire, etc., sinon la transformation d'une impression de nature inconnue, et un état réflexe, morbide ou autre, très-certainement appréciable?

Tout le monde connaît l'influence de l'impression subite du froid humide sur la production immédiate de l'anasarque et de la néphrite albumineuse; l'influence de l'impression des hydatides cérébrales sur le tournis ; l'influence de la piqûre du plancher du quatrième ventricule sur la production du diabète (Cl. Bernard) ; l'influence de la piqûre des pédoncules du cervelet sur la convulsion rotatoire d'un animal, selon son axe et du côté blessé (Magendie, Flourens), si la piqûre est en arrière de l'émergence de la cinquième paire, et du coté opposé, au contraire, si la piqûre est en avant de cette émergence (Cl. Bernard) ; l'influence des pédoncules du cerveau sur le mouvement de manège en tournoiement du côté blessé, etc. Ce sont là des maladies réflexes , elles forment la plus grande partie de nos connaissances et elles peuplent le domaine de la médecine.

Pour d'autres, et en particulier pour un certain nombre de lésions physiques, mécaniques et chimiques, du domaine chirurgical, le résultat est moins évident, sans être poui* cela sujet à contestation. En effet, dans le groupe des maladies iraamatïijnes, c'est-à-dire mécaniquement ou chimiquement produites, on voit des maladies occasionnées par des agents dont la violence est teUe, qu'elles saccagent tout ou partie de l'homme, sans possibilité de réaction immédiate. Les |)roj(;ctiles de guerre qui déchirent la poitrine, arrachent des mendjres, pénètient (huis le corps, le feu (pii calcine, les caustiques et les corro-

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sifs qui détruisent tout sur leur passage, ne sont pas des impressions morbifiques. Ce sont des agents de mutilation d'une puissance supérieure à la force de résistance humaine, et nul effet réflexe n'a le temps de se produire. Dans ces maladies traumatiques, il n'y a primitivement que des effets mécaniques et physiques dans la production desquels la vitalité n'a aucune part. C'est après le résultat accompli que les forces de la vie reprennent leur empire, et que l'action réflexe s'emploie contre le corps étranger ou contre la solution de continuité qui existe, car le plus grand nombre des maladies physiques doivent être rapportées à ces deux espèces particulières.

11 en est de même d'un grand nombre d'autres maladies traumatiques occasionnées par les contusions, les blessures piquantes ou tranchantes, les chutes, etc. Effets mécaniques de causes physiques, leur résultat matériel est immédiat, l'action réflexe ne se montre que plus tard, lorsqu'elle a été sollicitée ici par la présence d'un épanchement de sang, résultat de la contusion, ailleurs par une plaie faite par les instruments tranchants, par une luxation ou fracture occasionnées dans une chute, par une escarre déterminée par un caustique, etc. Alors, sous l'influence de l'impression ressentie par l'organisme, s'accomplit la réaction qui absorbe le sang, cicatrise les plaies des parties molles et des os, élimine et ferme les escarres, etc.

Ainsi, au point de vue particulier où je me place en ce moment, et qui est celui du mode d'action des causes morbitiques, il y a deux espèces de maladies, les unes réflexes^ c'est-à-dire produites par la réaction de l'économie contre les impressions morbifiques ; et les autres traumatiques y constituées par des effets physiques, chimiques ou mécaniques qui provoquent ultérieurement l'apparition des effets réflexes. C'est, sous une forme différente, la reproduction de ce qu'on appelle les maladies internes, c'est-à-dire d'effort inter^ie, et les maladies externes qui viennent de l'extérieur.

Au reste, dans les maladies franchement réflexes, il y a des phénomènes morbides primitifs dont la présence est physiquement, mécaniquement ou chimiquement la source d'impressions secondaires , suivies d'actes réflexes également secondaires, qui constituent des complications spéciales souvent très-graves. Ainsi la diarrhée, l'épiphora, l'otorriiée, et tous les llux abondants, amènent l'excoriation des parties en contact avec le liquide ; le décubitus dorsal détermine, en certains cas, la pneumonie hypostatique et des escarres au sacrum; le ballonnement du ventre dispose à l'asphyxie, etc., etc. On en pourrait dire autant d'une foule de pliénomènes morbides secondaires, ternaires et quaternaires, qui se succèdent et se développent

les uns après les autres, chez des sujets d'une idiosyncrasie particulière et d'une constitution épuisée par le mal.

Cette manière d'expliquer la pathogénie, entièrement conforme aux lois de l'ohservation et de la raison, ne supprime rien des autres principes de l'étiologie morbide. Au contraire, en proclamant bien haut le fait de l'activité humaine et de sa force de réaction contre les impressions morbitiques, elle permet de comprendre le degré d'influence des âges, du sexe, des aptitudes, des prédispositions et de l'idiosyncrasie dans le développement des maladies. J'ai précédemment fait connaître tout ce qui est relatif à ces conditions étiologiques spéciales, et je leur ai accordé une part au moins égale à celle des impressions morbifiques. Je n'y reviendrai que pour dire qu'un rapport intime unit toutes les influences les unes aux autres, et que l'action réflexe des impressions morbifiques est en rapport proportionnel avec le degré de réceptivité des individus.

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