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trouble des forces de la vie; mais, dans ces cas mêmes, bien qu'éléments secondaires, ils jouent le rôle d'éléments principaux \is-a-vis de phénomènes morbides dont ils sont la cause immédiate. Ainsi la pneumatose intestinale des iièvres graves est un effet de l'élément ataxo-adynamique, mais à son tour, d'une manière mécanique, en refoulant en haut le diaphragme, il est l'élément de l'asphyxie qui va précipiter la fin du malade. L'hémorrhagie du scorbut amène l'anémie, qui engendre l'état nerveux, le spasme et les névralgies. L'élément inflammatoire produit un abcès qui devient putride, et cette putridité produit la mort, etc. En médecine, les éléments morbides produisent des effets qui peuvent devenir causes à leur tour et former des états morbides successifs et complexes très-graves.
Parmi les éléments organiques, les uns ont pour siège le sang et les humeurs, et les autres occupent les solides.
L'anémie est un élément morbide constitué par l'insufrisance et l'appauvrissement du sang. Sa présence joue un rôle considérable dans les maladies, en produisant des spasmes, des convulsions, des névralgies, des affections mentales, etc., en prolongeant la marche des maladies, et diminuant les ressources qu'on peut tirer des émissions sanguines. Cet élément, qui n'est pas toujours facile à distinguer, mérite dans le présent ou dans l'avenir, selon l'indication, l'usage des toniques et des préparations ferrugineuses ou manganésiennes.
La pléthore est un élément morbide constitué par l'abondance et la richesse de inatière colorante du sang; aussi observe-t-on, chez ceux qui offrent cette disposition, une coloration rouge vermeille de la face avec une injection considérable des capillaires, qui augmente beaucoup par l'effort et le mouvement; un pouls fort et plein, et une grande tendance aux hémorrhagies nasales. Cet élément existe quelquefois seul, ou associé aux iièvres inflammatoires, aux inflammations, et à certaines hémorrhagies. Il doit être combattu parles acides minéraux, les laxatifs et les émissions sanfaiines.
La imtridité est un élément morbide constitué par la fluidité du sang, la mollesse de la fibrine et la coloration rougeatre lie-dëvin de la matière colorante. Il est caractérisé au dehors par un état typhouh^ très-marqué, une prostration considérable, des déjections abondantes fétides, une tendance aux hémorrhagies cutanées, aux escarres, etc. Cet élément n'existe jamais seul. Il est toujours associé à des fièvres graves, aux maladies septiques, au typhus et à certaines formes de la lièvre typhoïde.
\j élément bilieux est une disposition humorale constituée par la rétention de (piclques-uns des matériaux de la bile dans le sang, et il
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manifeste sa présence par une légère teinte ictérique du visage, des conjonctives et de la peau; par des évacuations bilieuses de l'estomac, des bronches ou de l'intestin. Cet élément, aucpiel on a jadis fait jouer un rôle très-important, ne mérite pas, dans le climat de Paris au moins, l'attention dont ailleurs il a été l'objet. Il s'observe encore assez souvent, rarement seul, plus souvent associé à d'autres maladies , telles que l'embarras gastrique, certaines formes de choléra, la fièvre typhoïde à forme bilieuse, la lièvre jaune, certaines lièvres intermittentes, les inflammations, et en particulier la pneumonie, etc., etc. Il réclame l'emploi des vomitifs, et en particulier de l'ipécacuana.
L'élément saburral ou muqueux est une disposition morbide mal définie, qui se rapproche un peu de l'état bilieux, dont elle diffère, en ce sens qu'au lieu d'avoir des évacuations gastriques bilieuses les malades rejettent de l'estomac des matières muqueuses et saburrales. C'est un état organique spécial des voies digestives supérieures, qui s'observe quelquefois seul, avec ou sans fièvre, et constitue l'une des formes légères de la fièvre typlioïde. On l'observe également à un degré plus ou moins prononcé dans la plupart des maladies aiguës, mais il n'a pas une grande importance sur leur terminaison, et il disparaît en même temps qu'elles.
Les corps étrangers sont des éléments morbides qui ont une trèsgrande importance en pathologie, et ils sont la cause d'une foule d'accidents morbides qu'ils tiennent absolument sous leur dépendance. Il y en a deux espèces. Les uns sont formés au scindes tissus et des organes, comme les calculs vésicaux, rénaux et biliaires, ou constitués par les dégénérescences organiques, ])ar des liquides épanchés, du sang, du sérum, des fausses membranes, des gaz, de l'air, etc.; les autres viennent du dehors; tels sont les projectiles, les corps étrangers, arêtes ou autres, avalés avec les aliments, etc. Tous ces corps étrangers jouent, vis-à-vis des troubles qu'ils occasionnent, le nMe d'éléments morbides, qu'il suffit souvj^nt de découvrir h l'aide de l'analyse pour engager la thérapcuti(]ue dans une voie convenable et salutaire. Dans cette catégorie rentrent tous les accidents d'inflammation ou d'hémorrhagie produits par le coi'ps étranger; tous les troubles suscités par la com[)ression d'un nerf ou d'un organe par une tumeur; les obstacles au passage de l'air dans les bronches et le larynx, du sang <lans les veines, de l'urine dans son canal, etc., lorsqu'il y a dans l'intérieur de ces différents conduits des corps étrangers formés sur ])lace ou venus du dehors, etc. Il faudrait énumérer une grande j)artie de la pathologie, pour indiqnei- tous les cas où un état organique joue le l'ole d'élément morbide vis-à-vis des maladies très-graves, souvent
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mortelles. J indique seulement ces faits pour justitier ma manière de comprendre la constitution des maladies.
Les continuités vicieuses et les solutions de continuité sont aussi des éléments morbides qui ont une très-grande part dans la production de certains phénomènes palliologiques. Les continuités \icieuses, soit qu'elles existent à l'extérieur, sur les doigts, au visage, aux ouvertures naturelles, etc., soit qu'elles existent à l'intérieur, entre les surfaces articulaires, entre les plèvres, les feuillets du péritoine, entre des vaisseaux, des nerfs ou des organes importants, modifient les fonctions de ces organes et engendrent des troubles dont elles sont l'élément principal, et qui sont sous leur dépendance immédiate.
Il en est de même des solutions de continuité, extérieures ou intérieures, des plaies par piqûre, par incision ou par déchirure, des ruptures des tissus superficiels ou profonds, des ruptures de vaisseaux, des brûlures, etc., qui déterminent des maladies spéciales, accompagnées des symptômes les plus différents et les plus variés. Ainsi la solution <le continuité du tendon d'Achille, de l'os du bras, de la rotule, de l'aorte, dupoumon, du diaphragme, etc., ne produisent pas des troubles morbides très-différents, mais il y a pom^ chacun d'eux un élément morbide qui les rapproche au point de vue de la nature de la lésion, c'est la solution de continuité A cet égard, ce caractère doit être considéré comme nu élément morbide des plus importants. Qu'arriverait-il, en effet, si, croyant avoir affaire à un corps étranger du bras formé par la tête de l'humérus, sortie de la cavité glénoïde, c'est-àdire à une luxation, il s'agissait d'une difformité produite par la sohition de continuité de cet os, en un mot, d'une véritable fracture? Faute d'avoir distingué l'élément morbide, on ferait des tentatives de ï'éduction qu'un médecin plus éclairé aurait remplacées par un simple appareil contentif. Ce que je dis ici de la solution de continuité d'un os peut être facilement généralisé pour les autres solutions de continuité. La connaissance de cet élément morbide est la base d'un diagnostic assuré et d'une thérapeutique convenable.
L'absence d'organe a été considérée par Bérard comme un élément morbide. C'est avec infiniment de raison. En effet, si l'absence congéiiiale ou accidentelle d'organes importants est incompatible avec la vie, il y a d'autres cas où cette absence prockiit l'exercice inconqdet des fonctions, et engendre des troubles morbides plus ou moins bien caractérisés. Ainsi la destruction de la glande lacrymale est l'élément principal des altérations graves éprouvées par l'œil correspondant; l'absence de dents tient sous sa dépendance immé(hate une forme parlicnliérc chî la dyspepsie. L'absence ou la dispaiition acci(h'idelle
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d'un nerf produit, dans les tissus où il se ramitie, des troubles dynamiques et matériels incontestables et bien connus. Cet élément, quelquefois primitif, mais plus ordinairement secondaire, mérite donc d'être pris en considération.
Je ne finirais pas si je voulais continuer cette simple énumération, et si je prétendais faire connaître ici dans tous leurs détails, avec leurs caractères particidiers et différentiels, tous les éléments morbides qui entrent dans la constitution des maladies. Ce serait reprendre sous une autre forme l'exposé des causes morbifiques dont j'ai précédemment tracé le tableau. Les éléments morbides expriment la nature et souvent la cause du mal ; ses effets primitifs et les conséquences secondaires, tertiaires ou quaternaires de ces effets, devenus à leur tour cause de nouveaux accidents morbides; ils comprennent ainsi tout ce qui est relatif à la pathogénie et à la connaissance des causes dynamiques, mécaniques, physiques et traumatiques dont j'ai parlé. Réduite à la connaissance des éléments dynamiques, d'après Barthez, Alquié, Quissac, la doctrine des éléments morbides ne se soutient pas dans l'application qu'on en veut faire à la pratique; et, pour être acceptée, il faut l'étendre à la manière de Forget, et, comme je viens de l'indiquer sommairement, à tous les éléments primitifs, secondaires, organiques et dynamiques découverts dans chaque maladie. Nous sommes encore loin du jour où l'analyse clinique aura rigoureusement fixé le nombre et la nature des éléments morbides; mais, si jamais il arrive, nous n'aurons qu'à les chiffrer et a nous en servir pour exprimer, en formules algébriques, la dénomination des maladies, en y exposant tous leurs éléments constitutifs.
Les éléments morbides existent très-rarement à l'état de simplicité et d'isolement; et ils sont presque toujours, au contraire, réunis plusieurs ensemble pour constituer une maladie. 11 y en a quelquefois deux, trois, quatre, six, et même plus, associés les uns aux autres. Parmi les maladies qui ne présentent qu'un seul élément dynamique, essentiel, j'indiquerai la lièvre éphémère, le spasme, la douleur, etc. D'autres, en plus grand nombre, sont formées par l'association de plusieurs éléments, tels que la lièvre, la malignité, l'adynamie, l'état organique, et consécutivement d'autres éléments secondaires, qui sont l'origine de nouveaux accidents, qu'on désigne sous le nom de complicatious. l^a vaiiole est quelquefois composée des éléments: lièvre, malignité, éruption confluente étendue aux yeux, qu'elle détruit, et au larynx, qu'elle ferme plus ou moins complètement. La fièvre typhoïde peut offrir rèlémeut lièvre, avec rélèment adynamique et l'élément oi'gauique, qui, tout à coup, au moment où le malade semble guéri,
amène une perforation qui produit sa mort. Les inflammations sont souvent accompagnées de l'élément muqueux, bilieux ou malin. L'intermittence se lie au spasme, à l'élément inllammatoire, et ainsi de suite. Tous les éléments morbides peuvent être ainsi associés les uns aux autres et former des combinaisons morbides, binaires, ternaires, quaternaires, etc. Malheureusement nous ne sommes pas assez avancés dans l'analyse clinique pour connaître tous les éléments qui entrent dans la constitution des maladies, et nos recherches sont encore insuffisantes pour permettre la moindre généralisation à l'égard de leurs combinaisons. A moins de vouloir se perdre dans les hypothèses et s'aventurer dans l'inconnu, il est impossible d'aller plus loin sur ce terrain.
En résumé, une maladie est l'expression d'un ou de plusieurs éléments morbides développés dans l'organisme.
Rechercher les éléments morbides au moyen de l'analyse clinique, c'est déterminer la constitution de la maladie.
Il y a des éléments morbides dynamiques constitués par le trouble des forces vitales.
Il y a des éléments morbides organiques constitués par des lésions destructives ou des agents physiques matériels, dont la présence est la seule cause des accidents observés chez les malades.