‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 61 sur 212 · CHAPITRE XYÏÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYÏÏ

DE liA DURÉE DE§; MALADIEg».

La durée des maladies est l'espace de temps compris entre l'invasion et la disparition de leurs symptômes.

J'ai dit que, d'après leur durée, les maladies devaient être divisées en deux grandes classes : les maladies aiguës et les maladies chroniques ; mais cela ne suflit pas pour donner une idée exacte de ce qu'il faut entendre par durée des maladies. 11 y a, sous ce rapport, des particularités importantes à faire connaître pour chacune de ces deux grandes classes de maladies. Ainsi une maladie aiguë qui ne dure qu'un jour, comme l'accès de fièvre, accident très-commun chez certaines personnes, est une maladie aiguë épliémère. Par suite d'application abusive du mot, on donne le nom d'éphémère prolongée à celle qui dure deux ou trois jours. — H y a aussi les maladies très-aiguës avec des symptômes très-graves et qui se terminent par la mort en cinq ou six jours, comme certaines varioles ou fièvres typhoïdes malignes; les maladies suhaïguës^ qui se prolongent sans réaction fébrile très-prononcée et avec des symptômes généralement peu graves. La pleurésie, la néphrite albumineuse, se manifestent ainsi très-souvent à l'état szfi;aigu et linissent un peu plus tard par se changer en maladie chronique.

Rien n'est si difticile à préciser que la durée des maladies évaluées par un nombre de jours déterminé. On ignore souvent Tépoque réelle du début des accidents morbides, et on ne sait pas toujours apprécier celui de leur terminaison. A quel moment précis commence une fièvre typhoïde, et quel jour se termine-t-elle? Combien de jours a-t-elle duré? C'est ce qu'il est impossible de dire d'une manière rigoureuse et mathématique. — Par suite de cette difficulté d'appréciation, qui se retrouve dans un grand nombre de maladies aiguës et chroniques, dans toutes les maladies latentes, le nombre des jours que dure une maladie ne peut être évalué sans erreur. Le médecin doit, ici comme en beaucoup de circonstances, savoir se contenter d'une estimation approximative. — Prétendre mieux faire, c'est abandonner le terrain des choses positives pour celui de la fantaisie et de Fhypothèse.

Certaines maladies ne durent qu'un instant ; ce sont les maladies foudrogantes, la syncope, la rupture du cœur ou des gros vaisseaux qui s'y rattachent, certaines hémorrhagies cérébrales, certains empoi-

sonnements, etc. D'autres ne dépassent pas la diu^ée d'un jour : la lièvre éphémère, le choléra, l'indigestion, certaines éruptions, certains Ihix, etc. En général, les maladies se prolongent plusieurs jours, une ou plusieurs semaines. Quelques-unes, en petit nombre, ont une durée à peu près constante et presque toujours limitée. Exemple : la variole discrète, la rougeole, la scarlatine, la pneumonie fibrineuse, le furoncle, etc.

Au delà de six septaines, les maladies sont, comme je l'ai déjà dit, des maladies chroniques. Quelle est leur durée précise, exacte, mathématiquement déterminée en jours, mois ou années? Personne ne saurait le dire pour aucune d'entre elles. — 31aladies chroniques avec ou sans diathèse, leur disparition est liée à une révolution organique et humorale dont nous ne connaissons point les causes, et que nous ne jugeons que par ses effets. — Or, si ces révolutions peuvent s'accomplir, et si une bronchite chronique, une métrite chronique, une phlegmasie chronique de l'intestin, etc., placées dans de bonnes conditions hygiéniques, finissent par disparaître, quand et comment disparaissent-elles? Au bout de combien de temps et d'années? Toute réponse précise est impossible. — Quant aux maladies diathésiques, SI la manifestation locale semble disparaître, la diathèse persiste et ne guérit jamais. — Ce sont des maladies humorales qui reviennent sous une forme ou sousime autre, maladies latentes et quelquefois larvées, qui ne finissent qu'avec la vie.

Il en est de même des maladies dites organiques. Tantôt rapides et promptement mortelles, tantôt tolérées par l'organisme, qui ne traduit pas au dehors les désordres intérieurs dont il est le siège, elles éclatent et durent des mois et des années, toute la vie même, sans qu'il soit possible de déterminer les conditioiLs de cette durée si variable et de cette gravité si différenle. — Les tubercules, le cancer, i'épitliéhoma, les naevus érectiles, les parasites, etc. , offrent ces caractères, et on les voit tantôt, supportés par l'économie, constituer des maladies latentes que lehasaid d'une nécropsie fait découvrir, tantôt des maladies assez rapidement mortelles, et tantôt enfin des maladies qui se prolongent iiidélinimcnt jusqu'au terme de lii vie, à un âge très-avancé.

La durée ordinaire des maladicîs est quelquefois augmentée par difféi'entes circonstances particulièicîs, telles que la débilité des vieillards, la faiblesse de la constitution, le tem|)érament lym})hati(pie, les complications morbides et le trailement intempestif ou pertnr])ateur mis (Ml usage par le médecin. 3lieiL\vnut abandonner à sa marche natulelle une maladie exempte de conqjfications (pie de la combaltie par

des moyens énergiques irrationnels, qui la prolongent souvent au lieu de l'éteindre. Quand on n'est pas sûr de Faction d'un remède, il faut s'abstenir, afin de ne pas affaiblir les malades en ajoutant l'action d'un médicament actif aux effets de la maladie préexistante. Qui ne sait attendre est indigne de pratiquer la médecine.

CHiPITRE XYIII

DE K.A TERMINAISON »E§; JliAIiADIESI.

Les maladies se terminent de différentes manières, suivant la nature de leur cause et la forme sous laquelle elles se présentent. Il y a des empoisonnements qui sont inévitablement mortels et certaines maladies qui peuvent rester toute la vie dans une sorte d'état stationnaire, sans arriver à une terminaison quelconque et sans hâter l'instant de la mort. C'est ce qu'on observe dans les hernies, dans les dartres, dans le coryza ou la laryngite chronique, dans les névralgies, dans le rhumatisme, etc. D'autres maladies, au contraire, et principalement celles qui se montrent à l'état aigu, ont une durée limitée, et se terminent, au bout d'un temps variable, par la guérison, par la mort, par le développement d'une autre maladie ou par une crise.

1*^ De la glérison.

Toute maladie tend à la guérison par les seuls efforts de la nature. Un travail intime, toujours le même dans chaque espèce morbide, cherche à s'opposer aux progrès du mal, à en limiter l'étendue, à en faciliter la disparition , et, si ce travail est quelquefois interrompu , s'il n'arrive pas toujours heureusement à son but, sa présence n'en témoigne pas moins de l'existence d'une loi organique primordiale semblable à la loi prémorphique, c'est la loi de conservation^ destinée à lutter contre les effets des impressions morbifiqucs. Partout où un acte morbide s'est accompli se trouve aussitôt après l'acte curatif, spontané, dynamique ou organique, dont je viens de parler, et tout l'art du médecin consiste à découvrir la nature et le mécanisme do cet acte dans toutes les maladies, pour favoriser son développement par les moyens en son pouvoir. Toutes les maladies tendent vers la guérison, et, si un grand nombre n'y arrive pas, le travail qui devait les y conduire était commencé, et il a falhi quoique circonstance secondaire pour l'interrompre. — On comprend qu'il y ait des forces étrangères au corps, tellement supérieures à l'orga-

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290 TEKMIINAISOÎS DES MALADIES.

nisation de riioiiime, qu'elles empêchent son développement d'après les formes ordinaires. Quelque puissante que soit la force prémorphique, qui donne au crâne, aux pieds et aux différentes parties Jdu corps cette forme que tout le monde leur connaît, elle ne pourra jamais lutter contre les efforts d'un sauvage carad3e ou chinois, qui tient à s'atrophier les pieds ou le crâne par une compression longtemps soutenue. De même, en pathologie, les forces intérieures qui président à la réparation des tissus malades par des tissus nouveaux, ou qui limitent une désorganisation commençante, ne peuvent pas faire qu'il n'y ait au voisinage des organes importants qui s'altèrent ou se déchirent d'une manière chimique, ptiysique ou mécanique, et qu'un accident imprévu ne vienne empêcher la guérison de s'accomplir.

La loi réparatrice qui aide à la cicatrisation d'un ulcère de l'intestin ne peut empêcher que, dans une indigestion ou dans un effort musculaire, l'individu ne meure en faisant éclater l'intestin malade.

Le travail d'élimination d'un tubercule pulmonaire et l'induration qui entoure une caverne prête à se cicatriser ne peuvent faire qu'une secousse de toux ne produise une perforation de la plèvre. La pétritication d'un corps fibreux de l'utérus ne saurait empêcher la masse de peser sur les vaisseaux ou les nerfs du bassin — La guérison d'une carie vertébrale par une virole osseuse ne peut empêcher la pesanteur de courber le rachis et de déterminer une paralysie par compression de la moelle épinière, etc.

De ce que tout(îs les maladies ne guérissent pas, de ce qu'elles sont entravées dans leur marche par des accidents imprévus, il ne s'ensuit pas (ju'elles ne tendent pas vers la guérison quand elles sont placées dtms des conditions convenables.

Tout en faisant la part des poisons et des virus foudroyants, des causes pliysiques violentes dont la dose et l'impression tuent sans que la réaction ait pu commencer, ou bien en tenant comphules accidents qui interrompent la marche des maladies, je dis, et cela est prouvé par l'observation des malades, que toutes les maladies tendent à la guérison par suite des cffoits d'une force de conservation inhérente nu corps vivant, force médicatricey reconnue de l'ancienne médecine, et très à tort niée; par les positivistes de l'école moderne. Nouo-wv ^uo-t; i.r-r.p, tel est l'axiome éternellement vrai à nous transmis par l'antiquité. « La natnre, dit Ilippocratc; \ suCht seule aux animaux pour loutes les choses ; elle sait elle-même ce qui leur est nécessaire s;iiis avoir besoin (jn'on le lui ens(»igne et sans l'avoir appris de

'' 'De V aliment.

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