‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 62 sur 212 · DE LA GUÉRISON · texte numérisé non relu

DE LA GUÉRISON

personne... Elle est le premier médecin des maladies, et ce n'est qu'en favorisant ses efforts que nous obtenons quelque succès. » Il est impossible d'exprimer plus nettement une vérité que l'expérience et l'observation clinique enseignent chaque jour aux médecins, et, si quelque chose doit surprendre, c'est qu'on ait pu un seul instant en

contester l'évidence.

La guérison des maladies n'est facile à reconnaître que dans les maladies aiguës et chroniques accompagnées de symptômes physiques ou réflexes, car, dans les maladies latentes ou diathésiques, on ignore également l'instant de leur naissance et celui de leur guérison.

La guérison s'opère par des procédés différents et en rapport avec la nature et l'espèce des maladies. — D'une manière générale, on peut dire qu'elle est la conséquence de la disparition des troubles fonctionnels ou organiques constitutifs de la maladie. C'est le retour des fonctions et des organes à leur état normal. Ordinairement les symptômes perdent graduellement de leur intensité, ils s'affaibUssent et disparaissent successivement les uns après les autres, de manière à faire une transition insensible entre la maladie et la santé. Parallèlement disparaissent les altérations somatiques. C'est là le mode des guérisons des maladies aiguës fébriles. Ailleurs, au contraire, les symptômes disparaissent brusquement et la guérison peut être instantanée; c'est ce qu'on observe dans une névralgie et dans une convulsion, qui ne viennent qu'une fois et cessent pour ne jamais revenir; dans quelques névroses, la surdité, la nyctalopie; dans une luxation ou dans une hernie qu'on parvient à réduire; dans un corps étranger qu'on retire des paupières; dans une hémorrhagie, etc., etc. 11 y a une foule de variétés intermédiaires dans la rapidité de la guérison des maladies, appréciées parla cessation de leurs phénomènes morbides. Ainsi, dans les maladies aiguës, le rétablissement est assez prompt si les sujets sont forts et vigoureux; il est plus lent chez les vieillards et chez les sujets lymphatiques; il est enfin très-prolongé dans les maladies chroniques, mais il s'accomplit de la même façon, par la disparition lente et successive des principaux phénomènes morbides.

Les modes de guérison diflèrent d'après la nature des maladies. Cela est facile à démontrer par l'observation de quelques espèces morbides appartenant à des classes différentes. Ainsi les névroses, telles que Ihystérie, l'épilepsie, la migraine, l'amaurose, la surdité, etc., giiériss(;nt (pielquefois subitement et sans ({u'on en puisse savoir la cause; le troubhi fonctionnel disparaît, et tout est dit. D'autres névroses symptnmali(pics, telles (pje l'éclampsie puerpérale, l'épilepsie vermineuse, etc., guérissent par rex[)ulsion d'un tœnia ou la déplétion san-

^92 termijnaisois des maladies.

guine de Tencéphale. — Les hémorrhagies guérissent par la coagulation <lu sang à l'extiémité du vaisseau rompu ou divisé. Les hydropisies disparaissent par l'absorption du sérum infiltré ou épanché, et quelquefois par l'adhérence des feuillets séreux qui ont sécrété le liquide. — Les fièvres, maladies humorales par excellence, guérissent par la reconstitution du sang. Dans les phlegmasies, la guérison a lieu d'après un mode particulier en rapport avec la nature des altérations dites phlegmasiques. En effet, caractérisées matériellement par lacongestion sanguine et l'iniiltration fibrineuse des tissus, il faut que ces éléments morbides disparaissent pour que le retour à la santé ait lieu . Un travail de résorption s'accomplit par degrés pour enlever ces matériaux; on lui donne le nom de résolution, exemple : la résolution d'une pneumonie, d'un phlegmon, etc.

Lorsque cette congestion et les symptômes inflammatoires qui l'accompagnent disparaissent subitement, en ne laissant que peu ou point de traces de leur passage, on dit qu'il y a délitescence. C'est un phénomène rare qui s'observe quelquefois dans l'érysipéle, le phlegmon, certaines éruptions cutanées, etc., et qui est généralement grave, car il coïncide toujours avec l'apparition de troubles sérieux dans les viscères.

Ailleurs, les matériaux amenés par le travail inflammatoire se convertissent en mucus ou en ]ms,\eQ[ue\ s'écoule au dehors, s'il est formé à la surface de la peau et des muqueuses, ou, au contraire, s'amasse en foyer ou en abcès dans la profondeur du corps jusqu'au moment où l'on en favorise la sortie par ouverture. C'est la suppuration. Ce phénomène ne se produit que sur des surfaces ulcérées, ou par des fistules qui durent plus ou moins de temps, et se ferment au moyen d'un nouveau travail désigné sous le nom de cicatrisation, exemples : la suppuration de la pneumonie, les abcès du poumon, suite de pneumonie, l'inflannnaliou des amygdales suivie d'un abcès, l'inflammation diffuse <lu lissu cellulaire d'un membre, suivie de suppuration diffuse, les abcès des mcîmbres, les plaies qui en résultent et la cicatrisation qui les guérit. Quelquefois, par suite de sa nature particuliènî et septique, l'inflammation, au lieu de produire d'abord du pus, arrête toute circulation dans les tissus, les frappe de fjamjrène, c'est-à-dire de mortification, et, lorsqu'à lieu la séparation des parties mortes et des parties vivantes, il en résulte une plaie avec suppuration, qui se cicatrise et se guérit comme les plaies ordinaires. Les phlegmasies ont encore un mode de terminaison qui leur est spécial, c'est le passaije à l état chronique. Alors, en même temps qu'elles perdent de leur intensité, (pie leurs symptômes diminuent, que la réaction fébrile tombe, leurs

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allérations anatomiques changent de caractère par suite de l'induration des tissus, et elles se prolongent au delà du terme ordinaire. Ce changement de forme n'existe que dans cette classe de maladies, et c'est par abus de langage ou par erreur qu'on a dit qu'il en était de même des flux, des hémorrhagies, des névroses, etc. Ces maladies sont chroniques par leur durée, mais non par leurs caractères cliniques. — Elles ne changent pas de forme, et, comme elles ne sont pas nécessairemimt accompagnées d'un état fébrile qui pourrait disparaître, comme dans les phlegmasies, elles sont, au bout d'un an et plus, ce qu'elles étaient au premier jour. Il n'en est pas de même d'une phlegmasie de l'intestin ou des poumons, qui est toute différente d'ellemême, selon qu'elle se présente à l'état aigu ou à l'état chronique.

Les maladies constituées par la présence de tumeurs et de productions accidentelles ont aussi chacune leur mode particulier de guérison, dû au travail intime accompli au pourtour et à l'intérieur de ces différentes tumeurs. Aussi les tumeurs érectiles guérissent souvent par suite de la transformation de leur tissu en trame fibro-celluleuse; les tumeurs fibreuses se durcissent, se pétrifient et cessent d'être dangereuses ; les tubercules s'entourent d'une couche fibro-plastique et s'infiltrent de matière calcaire; les tumeurs vermineuses hydatiques s'enveloppent de kystes qui deviennent cartilagineux ou calcaires; le cancer perd sa vascularité, cesse de s'accroître et s'entoure de tissu fibreux qui l'enveloppe et le réduit à l'état de corps étranger dans les tissus. Quelque rares que soient ces guérisons complètes de maladies, ordinairement considérées comme très-graves, elles existent; j'en ai vu des exemples, et partout, même chez les sujets qui succombent à ces maladies, on observe ce travail protecteur commencé à un faible degré et dans des proportions insuffisantes à la conservation de l'individu.

Est-ce que le rachitisme, les fractures, les plaies, n'ont pas leur mode de guérison en rapport avec la nature de ces maladies? Ici un os nouveau enveloppant l'os ancien ramolli; là une virole osseuse, le cal, qui rapproche les extrémités divisées d'un os; ailleurs une agglutination de lymphe plastique entre les bords d'une plaie constituant la réunion par première intention ou la suppuration préparant une cicatrisation ultérieure. Comme on le voit, ces modes de guérison de maladies ne peuvent pas être indiqués d'une manière généiale, et il faut les passer en revue dans chacune des classes morbides de la nosographie. Je l'ai fait pour quelques-unes, afin de montrer l'impossibilité de spécifier davantage sans entrer dans des détails qui appartiennent à la pathologie spéciale.

t294 TERMINAISON DES MALADIES.

2^ De la mort.

Dans toutes les maladies physiques ou réflexes, aiguës ou chroniques, \ient un moment où le trouble des forces est tel, qu'il suspend l'exercice des principaux organes : c'est la mort. Plus ou moins rapide suivant les circonstances particulières où sont placés les individus, elle arrive de différentes manières. Tantôt elle est subite, immédiate, foudroyante, comme dans la syncope chez une personne en pleine santé, aux prises avec ime émotion morale violente, dans laruptun; ducŒLvr, de l'aorte, etc.; tantôt elle est prochaine, comme dans l'hémorrhogie cérébrale, les grandes hémorrhagies, l'empoisonnement par un venin, l'asphyxie, etc.; tantôt, enfin, elle est plus éloignée dans les maladies aiguës ou chroniques.

La mort foudroyante est ordinairement le résultat d'une syncopcî complète, qui suspend presque entièrement les baltements du cœur, ou d'une destruction de la moelle, au niveau du bulbe rachidien, de manière à détruire tout influx nerveux. EUe laisse très-raremenl des traces sur le cadavre, et dans les cas de syncope on n'y trouve aucune altération appréciable pour les sens. Cette terminaison est rare. On l'observe quelquefois dans les maladies chroniques, et les malades meurent en parlant ou au milieu de leur repas. Assez souvent il y a lutte entre la vie et la mort, les individus restent plus ou moins longtemps sans connaissance, dans un état fort grave qui a reçu le nom d'aijonie\

Les phénomènes précurseurs de la mort varient pour chaque espèce morbide; mais, aux derniers moments, ils sont toujours les mômes, et l'agonie se présente partout, à peu de chose près, de la même manière. Fort courte chez les uns, très-prolongée chez les autres, voilà toute la différence qu'on y trouve.

Dans cet instant, et après quelques phénomènes particuliers, tels que le hoquet, des rêves tristes et de noirs pressentiments, la sécheresse des exutoires, la paresse de vessie et de l'œsophage, des troubles plus graves se manifestent. Le visage pâlit et prend une teinte étrange, mate, jaunâtre ou Uvide; les lèvres, froides et tremblantes, se décolorent ou bleuissent, les tempes se creusent, les joues s'affaissent, ie nez se pince et perd sa chaleur, les yeux s'enfoncent dans les oibiles, et un voile couvre la transparence du regard.

Les mains perdent la carnation et la transparence de la vie. Tou-

* Boucliut. Traite de^ aifpies de la mort et des moyens d'empêcher les enterrements prématurés. In-I2, 1848.

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