DE LA MORT
saires d'une cause supérieure dont la nature nous échappe? La mort qui ne laisse pas de traces matérielles dans les organes est très-commune. Celle qui survient avec des lésions somatiques insignifiantes ne l'est pas moins, et on la voit tantôt produite par une lésion matérielle circonscrite, tantôt, au contraire, attendre, en quelque sorte, le développement de lésions très-étendues.
C'est le cas de laphthisie tuberculeuse pulmonaire, qui fait périr certains individus avec des lésions du poumon à peine développées, tandis que d'autres vivent très-longtemps avec une épouvantable désorganisation. La résistance à la mort dont jouissent certains individus, et la facilité avec laquelle elle se produit chez d'autres, montrent bien que ce n'est pas dans les organes qu'il faut chercher la cause exclusive de la cessation des fonctions, mais qu'il faut remonter un peu plus haut dans l'ordre hiérarchique des causes, et la placer dans le fait même qui a mis les fonctions en mouvement. La résistance à la mort est, comme la tolérance organique dont j'ai parlé à propos des maladies latentes^ mie preuve de la diversité des forces de la vie pour chaque individu. Il y a des familles où l'on meurt toujours à un âge avancé, tandis que chez d'autres on meurt jeune. La résistance à la^ mort est la suite de l'impression générative qui fait la forme, le tempérament, la constitution, l'idiosyncrasie, la prédisposition et la diathèse de chaque être en particulier ; or tous ces faits, qui se révèlent à nous par des choses de l'ordre physique, ne sont pas du monde physique et matériel, ce sont des forces spéciales qui entraînent, dirigent et dominent les éléments organiques de l'homme. Quelle que soit la part des poumons, du cœur et du cerveau, dans la mort dite naturelle, l'embarras de ces organes et la cessation de leurs fonctions sont l'effet des atteintes subies par les forces de l'individu. L'action nerveuse ne cesse pas d'elle-même, non plus que le cours du sang, ou l'hématose, il faut une impression morbifique particulière dont l'effet anéantisse les forces de ces différentes fonctions. Sans pouvoir en déterminer la nature ou l'espèce, il faut admettre son existence par les effets qu'elle pioduit, et ne pas prendre ces effets pour la cause du phénomène à expliquer.
Dans la mort violente, les choses sont différentes; on imite artificiellementou mécaniquement le mécanisme de la mort naturelle, et on pro(hjit un effet physique dont l'impression sur l'organisme est la cessation délinitive des fonctions. Ainsi, lorsqu'on serre le cou d'un animal pour empêcher l'hématose, et qu'on prolonge un peu l'expérience, l'irrquession morbifique est telle, que l'on peut ensuite erdeverle lien de slraugulaliou, sans que l'animal, qui n'est pas encore mort, puisse
298 TERMIISAISON DES MALADIES.
revenir ù la vie. L'absence mécanique d'hématose produit, dans ce cas, sur la cessation des fonctions, l'effet qu'une impression morbifique peut produire d'emblée en agissant d'abord sur les fonctions du poumon. C'est ainsi qu'un même résultat se trouve produit de deux manières différentes, et doit être attribué à la cause la plus simple, quoique la moins saisissable, plutôt qu'à une condition mécanique dont l'influence réelle n'est pas tout dans la production de l'accident.
5° De la terminaison par une autre maladie : des métastases.
Il y a des maladies qui se terminent en changeant de forme ou de siège, et qui donnent naissance à d'autres maladies. Ainsi un asthme qui succède à une névralgie sciatique, une orchite après des oreillons, l'arthrite du genou ou de l'épaule après une blennorrhagie, l'hémoptysie après le flux hémorrhoïdal supprimé, l'angine chronique, le catarrhe des bronches ou des intestins après la guérison de certaines maladies de la peau, etc.; c'est ce qu'on appelait autrefois mélaschéma' tisme, de ysra, changement, «rz^.^a, forme, c'est-à-dire transformation ou changement de forme. Si le mot est tombé en désuétude, le fait qu'il est appelé à représenter est, sauf interprétation, incontestable. On le désigne sous les noms de diadoclie (rîta^ox/j, succession^ quand il y a changement de la maladie en une seconde, et métastase (de usTâffTaai;, transfert) quand le changement porte sur le siège du mal. Le terme de métastase est aujourd'hui seul employé pour exprimer les faits de ce genre.
Aux époques déjà reculées de l'huniorisme et du vitalisme, les métastases étaient étudiées avec le plus grand soin, tout comme les crises, et il y avait une doctrine des métastases que l'anatomo-pathologie a fait subitement écrouler. Les maladies secondaires, jadis appelées métastatiques, ont été considérées comme des complications, et le fait du transport de l'irritation ou de l'humeur morbifîque, vivement attaqué, a été relégué dans le domaine de l'oubli. Est-ce avec raison? Nous ne le croyons pas. Sans doute il y a des maladies, des accidents, que l'on doit considérer comme des complications passagères, accidentelles, et comme des effets obligés de la maladie principale; mais il y a aussi des phénomènes morbides dont rien ne peut rendre compte, si ce n'est le déplacement spontané d'un principe morbide d'un point à un autre de l'organisme. Pour ces accidents-là, le nom de métastas(i doit être conservé.
l'ne métastase est le déplacement d'une maladie qui se porte d'un endroit sur un autre, dans des organes semblables ou dilférents. — C'est ce qu(î lîai'thez a expi'iiné de la manière suivante, au point de