DES CRISES ET DES JOCRS CRITIQUES
trinedes crises et des jours critiques enseignée jadis dans les écoles, d'après Hippocrate et Galien, abandonnée aujourd'hui malgré la justesse des observations qu'elle renferme. D'abord, le mot crise est mal défini, et, à le considérer comme au temps d'Hippocrate, c'est-à-dire comme un changement, une aggravation ou un affaibhssement des symptômes, il est évident qu'il s'applique à tous les phénomènes morbides, quels qu'ils soient, accidentellement observés dans les maladies, ce qui est absurde. Eu effet, la plupart des crises indiquées par les anciens auteurs sont des complications ou la terminaison naturelle et obligée des maladies. Cependant est-ce que l'hémorrhagie intestinale d'une fièvre typhoïde ou l'hématémèse d'un cancer du pylore sont des crises? Est-ce que l'expectoration jus de pruneaux, mélangée de fausses membranes capillaires ramifiées, est une crise de la pneumonie fibrineuse, ou la terminaison obligée de cette phlegmasie? Peut-on appeler crise la formation du pus dans un abcès? Et de môme pour une quantité de phénomènes jadis appelés crises^ parce qu'ils étaient « l'augmentation, l'affaiblissement ou l'apparition de symptômes en rapport avec l'issue des maladies. » Il est évident que l'ancienne médecine s'est trompée, et que, prenant l'effet pour la cause, elle a, dans son ignorance des lésions somatiques d'un grand nombre de maladies, désigné sous le nom de crises des phénomènes que nous considérons plus naturellement aujourd'hui comme liés à l'évolution naturelle et aux complications des maladies. Sans doute, il y a des crises et des phénomènes critiques, mais il faut savoir les reconnaître et ne pas les confondre avec des phénomènes morbides dus à des causes physiques ou mécaniques spéciales. Une meilleure définition eût empêché ces erreurs; mais le mal est produit, et il me paraît bien difficile à réparer. Ce qu'il y a de certain, c'est que, tant que restera la définition ancienne des crises applicable à tous les phénomènes observés dans le cours des maladies, sans distinction d'origine, la doctrine des crises ne pourra être acceptée sans de grandes réserves. Une nouvelle étude, ({ui permettrait de séparer les phénomènes liés à un effort naturel conduisant au bien ou au mal d'avec certains phénomènes dus aux actions physiques, cliimiques et mécaniques produites dans le corps, seule, lui redonnera la vie. En effet, si l'on sépare des crises, pour les rapporter aux influences mécaniques ou chimiques, la congestion passive des poumons dans les fièvres graves, les perforations d'organes dues à un violent effort, tels que le poumon et l'intestin, les irritations de tissus par un liquide excrété très-àcre, les dépôts de l'urine longtem[)s retenue dans la vessie, etc., il ne reste plus (jue des pliénomènes spontanés, naturels, qui annoncent le changemenl favo-
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rable ou défavorable des maladies : ce sont de véritables phénomèner, critiques. Alors, on comprend qu'il y ait une doctrine des crises, car elle se présente à l'esprit d'une façon acceptable et facile à vérifier par l'observation. En partant de ce fait, que les crises sont des changements favorables ou funestes survenus dans une maladie sous l'influence d'un effort naturel et spontané de l'organisation, les phénomènes critiques ne peuvent plus être confondus avec les phénomènes physiques, chimiques ou mécaniques, qui jouent un si grand rôle dans les terminaisons morbides, et leur étude mérite qu'on y apporte la plus grande attention. Fluxions glandulaires, hémorrhagies, flux, éruptions cutanées, tous ces phénomènes reprennent leur place et leur signification, embrouillée jadis par une confusion fâcheuse. Une fois leur caractère bien dûment déterminé, toute difficulté disparaît, et l'existence de la crise est établie.
Reste à savoir si la crise ou jugement des maladies est bien un effort de la nature, ayant sur la terminaison définitive une influence réelle, positive, incontestable; si cette crise est la cause de la terminaison heureuse ou malheureuse, ou si, au contraire, elle n'est pas un effet de l'évolution morbide vers le rétablissement des fonctions ou vers la mort. Ce sont là autant de questions controversées par les partisans et les contradicteurs de la doctrine des crises. Ceux qui les regardent comme ayant une influence sur l'issue des maladies disent avec raison que les crises et les phénomènes critiques précèdent l'amélioration observée chez les malades; c'est également ce qui arrive dans la menstruation et la sécrétion lactée, après l'accouchement, lorsque l'écoulement du sang ou du lait fait cesser la fièvre et le trouble fonctionnel préexistant. En outre, l'arrêt des crises détermine l'apparition de nouveaux accidents morbides dissipés par le retour du phénomène critique; ainsi la sueur, qui favorise la disparition des douleurs musculaires, vient-elle à cesser, les douleurs reparaissent jusqu'au retour d'une nouvelle crise sudorale.
Au contraire, ceux qui révoquent l'influence des crises sur la terminaison heureuse ou fatale des maladies disent, mais à tort, que \g^ crises n'existent qu'à l'état d'exception, et principalement dans le«; maladies aiguës; (pfelles ne précèdent pas toujours l'amélioration, et (ju'elles lui succèdent souvent; enfin, (juc ce sont des symptômes nécessaires à l'évolution des maladies. Toutes ces raisons sont insuffisantes et pèchent par la base. Eri effet, de ce qu'un certain nombre de maladies se terminent sans crises appréciables, par lysis, c'est-àdire par une décroissance graduelle des symi)tômes, il ne s'ensuit pas rigoureusement (jue, dans les cas où survient un phénomène dit cri-