DES CRISES ET DES JOURS CRITIQUES. 51 O
tique, celui-ci soit sans influence sur l'issue heureuse ou inallieurouse des maladies. La conséquence n'est pas nécessaire. En outre, il faudrait démontrer que des phénomènes dits critiques se sont montrés après l'amélioration de la maladie, ce qui paraît difficile à établir. Du moment où ils se montrent après l'amélioration, ce ne sont pas des crises, puisque crise signilie jugement, c'est-à-dire indication préalable, et ce sont des complications, ou des symptômes annonçant une maladie nouvelle. C'est là un argument qui est en opposition avec la définition acceptée des crises. Enfin, quoique les phénomènes critiques soient souvent des symptômes nécessaires de l'évolution morbide, ils n'en sont pas moins l'expression d'une crise, c'est-à-dire du jugement de la maladie. Toujours le coryza et la bronchite se terminent par l'évacuation d'une matière puriforme opaque ; c'est là un des symptômes de la maladie, d'accord ; mais il ne s'ensuit pas que ce changement indicateur de l'issue de la maladie, de la coction, comme on disait jadis, ne soit aussi une crise. Je l'ai déjà dit, on a tort de se faire des crises l'idée de quelque chose de violent ou d'extraordinaire. Il est au contraire très-rare qu'il en soit ainsi. Souvent c'est un phénomène morbide qui ne parait avoir aucun rapport avec la maladie dans le cours de laquelle il se développe, exemples : Vherpès, dans la pneumonie : les parotides des lièvres graves; mais quelquefois aussi c'est l'un des symptômes ordinaires de la maladie, qui, par son augmentation ou sa diminution, indique le jugement, l'issue favorable ou la terminaison fatale.
Si la difficulté de déhnir, de comprendre et de limiter les crises est grande, que faut-il dire de leur apparition à des jours déterminés, dits critiques? En effet, c'est là la pierre d'achoppement de la doctrine des crises. Heureusement les deux choses ne sont pas si intimement liées l'une à l'autre, que le rejet de l'une des deux compromette le sort de l'autre. On peut très-bien croire à l'existence des crises, sans accepter ce qui a été dit des jours critiques, dont l'observation, trèsdifficile, ne laisse après que doute dans l'esprit. Personne ne peut nier, en dehors des phénomènes physiques, chimiques, mécaniques, produits dans les maladies, la réalité de phénomènes dynamiques nouveaux, de changements symptomatiques ou crises^ dont l'apparition coïncide avec une terminaison favorable ou funeste. Mais la déteriniriation rigoureuse de cette apparition, à certains jours fixes que j'ai fait connaître précédemment, soulève aujourd'iiui contre l'antiquité une irnpiobation presque générale. C'est justice. En effet, bien (pi'Ilij)pociate n'ait pas déclaré d'une manière absolue que les crises se montrent aux jours qu'il indicpie, ses idées, travesties par ceux qui oïd
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suivi ses traces, ont donné lieu à la doctrine des jours critiques, érigée en loi. Or il est avéré que, si les crises peuvent avoir lieu au jour réputé favorable, elles se montrent également la veille ou le lendemain du jour indiqué. C'est ce qui résulte de la lecture d'Hippocrate', de €alien*, et de la plupart de ceux qui ont étudié les jours critiques. Il en résulte que les crises peuvent'avoir lieu à n'importe quel jour d'une maladie, car elles sont toujours sûres d'arriver la veille ou le lendemain d'un jour critique, indicateur ou intercalaire. Bien qu'il y eût plus de probabilités en faveur de leur manifestation aux jours dits critiques, la possibilité de leur apparition à d'autres époques suffit pour enlever tout intérêt à leur recherche. C'est un fait qui ote à la doctrine des jours critiques le caractère de certitude qu'elle devrait avoir pour conserver dans la science le rang qui lui a été jadis assigné. Une autre difficulté de cette doctrine, c'est l'impossibilité où l'on se trouve, à l'hôpital ou en ville, dans la très-grande majorité •des cas, de fixer rigoureusement le premier jour de la maladie. A moins de symptômes manifestes, comme la sensation de froid, de douleur, etc., il y a souvent des malaises préalables peu caractérisés, •et la détermination de l'invasion morbide reste incertaine. Comment faire, en l'absence d'un point de départ bien établi, pour se livrer au calcul des jours critiques? C'est impossible. Si l'on joint à cette cir- <.'onstance ce fait, que parmi les médecins les uns, à l'exemple d'Hippocrate, comptent pour premier jour des maladies celui de l'invasion, tandis que d'autres ne le comptent qu'à l'expiration des vingt-quatre heures, on verra que, de difficultés en difficultés, et avec une détermination aussi vague des jours de l'évolution morbide, il doit être impossible de trouver, dans la doctrine des jours critiques, quelque chose d'utile, confirmé par l'observation clinique.