DES C0.MPL1CATI0IS'S
En général, les complications ont pour effet d'entraver la marche de la nature dans la guérison spontanée des maladies. Leur influence sur la maladie antérieure est une chose fort importante à déterminer. Ordinairement cette influence est mauvaise, mais elle peut avoir son avantage. En voici la preuve. J'ai vu un érysipèle aigu enlever un eczéma chronique de la peau qui avait résisté à tous les remèdes ; une pleurésie aiguë favoriser la guéiison d'une maladie chronique des voies digestives. Une phlegmasie aiguë suspend, temporairement au moins, la coqueluche, la chorée, qui reviennent un peu plus tard.
Hermann raconte qu'une fièvre putride termina heureusement une paraplégie , et Boerhaave a publié l'observation d'un homme de cinquante ans, affecté d'hémiplégie, chez lequel une lièvre tierce ayant rétabli l'usage des mouvements, la paralysie revint après la guérison de la fièvre. L'idée de l'avantage offert par certaines complications déterminées a été si loin, qu'on a pu dire que certaines maladies virulentes avaient la propriété d'en neutraliser d'autres. C'est sur ce principe que repose le précepte d'inoculer, par de nombreuses piqûres de vaccin, les individus qui offrent les premiers symptômes de la variole. Je l'ai vu faire. Ordinairement il ne parait pas de vaccine, et, lorsqu'elle se développe, c'est d'une manière incomplète, et quelquefois il semble, en effet, que l'éruption de variole soit avantageusement modifiée. Le même fait a encore d'autres applications. On a dit, mais sans démonstration péremptoire, que ce qui se passait dans le corps humain s'accomplissait aussi dans l'air lorsque deux principes contagieux s'y trouvent en présence. S'il faut en croire Ozanam, lorsque la peste règne dans un pays, et que la variole s'y déclare, la peste cesse spontanément. C'est là un fait à démontrer.
Ordinairement les complications sont des accidents fâcheux et redoutables, qui ajoutent à la gravité du pronostic de la maladie première.
Leur gravité est proportionnelle à leur nombre, à leur nature, et aussi à l'importance des organes affectés. Il n'est pas rare de trouver ti'oisou quatre complications sur le môme individu. Leur nature dynamique, Immorale ou organique, leur donne une importance relative différente, et celles qui occupent la peau ou le tissu cellulaire, et qui n'ont qu'une mé(hocre étendue, sont infiniment moins graves que celles (jui occupent le cerveau, les poumons, ou quelque viscère principal.
Ou les complications aggravent ia maladie première, ce qui est habituel, ou elles subissent son influence, et sont elles-mêmes plus graves qu'elles ne le seraient dans toute autre circonstance. Ainsi l'érysipèle
qui arrive dans le cours d'une fièvre typhoïde compromet la vie des malades, et il parait être lui-même très-grave, à cause de sa tendance à la gangrène. La pneumonie du typhus et de la rougeole sont plus graves que la pneumonie ordinaire, et elles s'ajoutent d'une façon très-désavantageuse à la maladie principale.
Outre le danger inhérent à la complication ou aux complications, s'il yen a plusieurs chez le même individu, elles ont aussi l'inconvénient de jeter quelquefois au travers de la thérapeutique des embarras considérables. En effet, si la médecine des cas les plus simples est difficile, que doit-il en être lorsque le mal est compliqué? Les complications sont souvent des contre-indications thérapeutiques fort sérieuses. Est-ce qu'une pneumonie typhoïde, chez un sujet adynamique, pourra être traitée comme chez un autre individu? est-ce que l'entérite permet de traiter une pneumonie par le tartre stibié, ou le croup parle sulfate de cuivre, comme s'il n'existait pas dephlegmasie intestinale? Il suffit d'indiquer ces différentes circonstances pour faire toucher du doigt la difficulté que les complications apportent dans la thérapeutique.
Dans cette condition particulière , il faut apprécier de quel côté vient le danger, pour savoir s'il appartient a la maladie principale ou à la complication. Il n'y a pas à changer la thérapeutique tant que les accidents nouveaux n'y obligent pas, en raison de leur nature, ou par 'effet qu'ils pourraient subir du traitement mis en usage. Si les compHcations grandissent et l'emportent sur la maladie principale, c'est alors sur elles qu'il faut porter l'attention, pour les combattre par des moyens appropriés, susceptibles de provoquer au dedans une réaction thérapeutique favorable. *