CHAPITRE XXII
DU PROMOSTIC.
Le pronostic, Trpôyvwfftç^ dérivé de Trpoytvwoxw, je connais d'avance, est un jugement anticipé de la marche et de la terminaison des maladies.
C'est la connaissance des signes qui font prévoir la gravité des accidents morbides, les complications, la durée des maladies, leurs crises favorables ou funestes, eniin la guérison ou la mort.
C'est l'art de prédire la marche des maladies et l'avenir réservé aux malades.
332 DU PROISOSTIC.
Sans le pronostic, point de médecin ; car, de même qu'il est impossible de secondaire dans un pays inconnu, il doit être bien difficile de diriger une maladie lorsqu'on ignore ce qui peut ou ce qui doit arriver dans son cours.
La science du pronostic distingue le médecin véritablement observateur de l'homme instruit qui pratique la médecine sans en comprendre toute la portée. Hippocrate a dit^ : «Le meilleur médecin me paraît être celui qui sait prévoir. Pénétrant et exposant au préalable prés des malades le présent, le passé et l'avenir de leurs maladies, expliquant ce qu'ils omettent , il gagnera leur conliance ; et , convaincus de la supériorité de ses lumières , ils n'hésiteront pas à se remettre à ses soins. Il traitera d'autant mieux les maladies, qu'il saura , à l'aide de l'état présent , prévoir l'état à venir. Rendre la santé à tous les malades est impossible , bien que cela valût mieux que de prédire la marche des symptômes ; mais, puisque les hommes meurent, les uns, avant d'avoir appelé le médecin, emportés parla violence du mal ; les autres , immédiatement après l'avoir appelé, survivant un jour ou un peu plus de temps, et expirant avant que le médecin ait pu combattre par son art chacun des accidents, il importe de reconnaître la nature d'affections semblables , de savoir de combien elles dépassent la force de la constitution, et en même temps de discerner s'il y a quelque chose de divin dans les maladies , cai' c'est encore un pronostic à apprendre. De la sorte , le médecin sera justement admiré, et il exercera son art habilement. En effet , ceux dont la guérison est possible, il sera encore phis capable de les préserver du péril, en se précautionnant de plus loin contre chaque accident; ej,, prévoyant et prédisant quels sont ceux qui doivent périr et réchapper, il sera exempt de blâme. »
Le pronostic est le résumé de toutes les connaissances relatives à la maladie. Il y a un pronostic général^ qui est le résultat du diagnostic, de l'étendue et de la nature du mal, des causes qui ont favorisé son développement, telles que l'âge, le sexe, la constitution, le climat, les impressions toxiques, virulentes, etc., et un proîioslic individuel, particulier non à la maladie, mais au malade, et qui est le résultat de symptômes spéciaux propres à l'individu. Ce dernier est infmiment plus difficile que l'autre, et exige une attention, une habitude et une expérience que l'autre ne comporte pas. Tous les nosographes formulent le pronostic des maladies, mais il en est peut-être bien peu qui brilleraient dans le pronostic de l'état du malade, dans ce pronostic clini-
* Œuvres d' Hippocrate, Iracl. par Littré : Du Pronostic, i. Il, |». IH.
DU PRONOSTIC. Oo5
que relatif à l'individu plutôt qu'à la maladie. Que de pathologistes distingués par leur érudition et l'étendue de leurs connaissances à qui une ignorante sœur hospitalière en pourrait remontrer sur le pronostic individuel ! — Ici l'observation et l'expérience journalières en ap- ^ prennent plus à propos des cas particuliers que l'on n'en peut écrire dans un livre. La pratique des maladies peut seule donner au médecin la prescience dont il a besoin de faire preuve pour mériter la confiance / publique.
Le pronostic individuel, clinique, repose sur l'appréciation des symptômes observés chez l'individu malade, tandis que le pronostic ^éi^Vo/ est celui qui résulte de la connaissance générale des causes et du diagnostic de la maladie. La science, par ses progrès, a beaucoup fait pour le perfectionnement du /}ro?iosfic général, mais elle n'a pas fait grand'chose pour la certitude du pronostic individuel depuis les temps anciens de la médecine. En effet, on citera toujours comme des modèles les préceptes et les aphorismes d'Hippocrate sur les maladies aiguës. Sauf quelques exceptions, tout ce qu'il a laissé sur ce point est irréprochable et est entré dans le domaine public. Chaque auteur y a puisé largement selon la direction de ses idées, et c'est un exemple que je me .suis fait un devoir de suivre.
C'est dans l'observation de l'habitude extérieure du corps, de l'état du visage, des mouvements, de la voix, de l'intelhgence, de la sensibilité, du sommeil, de l'appétit, de la soif, des fonctions circulatoires, digestives, respiratoires, des sécrétions, etc., que l'on trouve des signes pronostiques particidiers à l'individu, indépendants de ceux qui résultent de la connaissance des causes et de la nature du mal. Déjà, dans mon Traité des maladies des nouveaux-nés et des enfants à la mamelle^ j'ai indiqué un certain nombre de signes diagnostiques et pronostiques fournis par l'habitude extérieure, la physionomie et différents troubles fonctionnels de l'enfance; mais c'est une étude qu'il serait avantageux de poursuivre aux différents âges et pour un certain nombre de maladies, afin de vulgariser par des propositions trèsconcises les découvertes de la science moderne. Je vais, au moyen de ([uelques exemples, montrer le parti qu'on pourrait tirer de ces recherches.
Lorsque, sans diarrhée préalable, le visage jaunit, devient livide ou se plombe, le nez s'efhle, les yeux s'enfoncent, les tempes s'affaissent, les oreilles se refroidissent et se contractent, ce qui constitue le faciès dit liippocratique, la mort est prochaine.
Au début d'une maladie aiguë, l'altération du facios par la teinle jaune, l'abattement, la stupeur, la sécheresse des lèvres, annoncent
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le développement ultérieur de phénomènes adynamiques ou ataxiques. La teinte jaune ictérique verdâtre du visage, existant depuis longtemps, doit faire craindre la mort.
Dans les maladies aiguës , le strabisme est un signe très-grave annonçant la mort.
La bouffissure du visage, à la fin des maladies chroniques, annonce une mort prochaine.
La bouffissure érysipélateuse du visage, avec pustules gangreneuses du nez et du front, est un signe de mort.
Dans l'apoplexie, la paralysie des muscles de la face, accompagnée du va-et-vient des joues et des lèvres à chaque mouvement expiratoire, est un signe de mort.
La pulvérulence des narines et la fuliginosité des dents et des lèvres indiquent l'existence d'un état adynamique très-grave.
Dans une maladie aiguë, de fréquentes rougeurs subites, intermittentes du visage, annoncent des convulsions et souvent la mort.
L'herpès des lèvres, dans une maladie aiguë, est toujours un signe favorable.
Une congestion aiguë violacée du visage, avec lièvre, indique l'asphyxie.
Une cyanose aiguë du visage, avec refroidissement de la peau, est le signe d'un grand danger.
La cyanose chronique du visage doit faire craindre la mort dans un temps assez éloigné.
L'amaigrissement rapide et subit du visage, avec décoloration et refroidissement de la peau , annonce un état grave et souvent la mort.
Le trismus prolongé est presque toujours un signe de mort.
La bouche ouverte et le tremblement de la langue annoncent toujours un grand danger.
Dans les maladies aiguës, le décubitus dorsal est toujours une chose
grave.
Le décubitus latéral, dans les maladies aiguës graves, est un signe très-favorabh\
L'amaigrissement subit à la fin des maladies aiguës est toujours de bon augure.
La résolution paralyti(|ue de tous les muscles des mendjres qui se prolonge au delà de vingt-quatre heures est presque toujours mortelle.
Les convulsions qui commencent une maladie aiguë n'annoncent pas toujours un grand danger.
Les convulsions qui se montrent à la lin des maladies aiguës sont presque toujours mortelles.
Des convulsions accompagnées de bouffissure sont très-graves, mais on peut guérir.
Dans les maladies aiguës , la carphologie et le soubresaut des tendons sont des signes d'un grand danger.
A la suite de convulsions prolongées, la contracture des membres est mortelle.
La contracture primitive ou consécutive aux fièvres guérit assez rapidement.
Lorsque, dans les maladies aiguës , le malade sans connaissance arrache le duvet des étoffes qui le couvrent, sa mort est prochaine.
La volonté continuelle de se lever dans les maladies aiguës , et en particulier dans la pneumonie, est un symptôme grave.
L'agitation des membres , continuellement portés hors du lit et refroidis au contact de l'air, est une chose très-fàcheuse.
L'incertitude de la marche, avec mouvement saccadé des jambes à chaque pas, est un signe de paraplégie el de mort au bout de quelques années.
L'embarras de la langue et la difficulté subite de la parole sont les signes d'un commencement de paralysie générale et de démence.
Chez l'adulte, l'amaigrissement progressif , sans troubles appréciables de santé, est toujours une chose grave.
L'œdème partiel ou général chez les sujets depuis longtemps atteints de maladie chronique annonce ordinairement une mort prochaine.
Dans les maladies aiguës, la respiration profonde et facile, est toujours d'un augure favorable.
La respiration irrégulière, entrecoui»ée d'inspirations profondes, à de longs intervalles, est un signe de délire, de convulsions et de mort.
La respiration bruyante, serratique, est un signe d'asphyxie par le laiynx.
La respiration fréquente, stertoreuse, bruyante, est un signe de mort.
Dans les maladies aiguës, faphonie indique une adynamie profonde extrêmement dangereuse.
La fièvre suivie de toux et d'expectoration séreuse, rougeatre, jusde-réglisse, est presque inévitablement suivie de mort.
lue expectoration brune, ensanglantée, d'odeur gangreneuse, est presque toujours suivie de mort.
o56 DU PRo^osTlc.
L'expectoration purulente, épaisse, sale, abondante, annonce une mort prochaine.
Dans les maladies aiguës, le pouls développé, d'une fréquence médiocre, est le signe d'une solution favorable.
L'extrême fréquence ou l'extrême petitesse du pouls annoncent un grand danger.
L'irrégularité du pouls, chez une personne dont les pulsations artérielles sont habituellement régulières annonce souvent la diarrhée.
La soif fréquente, exagérée, chez un individu bien portant en apparence, est toujours l'indice d'une situation grave.
Dans les maladies aiguës, la langue blanche et humide annonce une solution favorable.
Une langue sèche, dure, noire et tremblante, indique un état adynamique très-grave.
La langue rouge, dépouillée, brûlante, dans les maladies chroniques et des cachexies, est le signe du muguet et de la mort.
Dans les maladies aiguës ou chroniques, la déglutition bruyante des liquides dans l'œsophage annonce une mort procliaine.
L'impossibilité d'avaler , dans les maladies aiguës , est un phénomène grave. ^
L'hydrophobie rabique est toujours suivie de mort.
Des nausées et des vomissements opiniâtres dans une maladie aiguë annoncent un grand danger.
Quelquefois une régurgitation continue remplace les vomissements des maladies aiguës ; c'est un signe de mort.
Le vomissement de matières stercorales annonce un grand danger, et même la mort, si la nature ou l'art ne rétablit pas le cours des matières fécales.
Le vomissement noir chez les cachectiques est un signe de mort.
Le hoquet, à la fin des maladies aiguës graves, est un signe précurseur de la mort.
Une constipation prolongée amène le catarrhe chronique des intestins.
A la diarrhée chronique succèdent l'anémie , la dyspepsie, l'hypocondrie et la mort.
Le mélaena annonce un grand danger.
Des urines claires, tenant un nuage en suspension et succédant à des urines sédimenteuses, indiquent une gnérison prochaine.
Dans les maladies aiguës , la rétention d'urine est un phénomène très-grave, souvent suivi de la mort.
Des urines très-rares ou entièrement supprimées annoncent un
grand danger.
Les urines claires, extrêmement abondantes, avec une soif excessive, doivent faire craindre la mort.
L'urine albumineuse, accompagnée d'anasarque fébrile, sans autre maladie , annonce une mort prochaine .
Lorsque, dans le choléra, l'urine cesse d'être albumineuse, la guérison est proche.
L'urine sirupeuse est généralement une cause de consomption, de phthisie tuberculeuse et de mort.
La sueur froide de la tête, de la poitrine et des bras dans une maladie aiguë est un signe de mort.
Dans les maladies aiguës et dans les fièvres , le ballonnement du ventre est le signe presque certain d'une mort prochaine.
Le ballonnement du ventre, dans les maladies chroniques, indique un obstacle au cours des matières.
Un sommeil profond et prolongé, dans les maladies fébriles, est toujours grave.
La somnolence, le coma et le carus , devenus permanents après quelques jours de délire et de convulsion, sont des phénomènes qui indiquent la mort.
Au début des maladies le délire est beaucoup moins dangereux que celui qui se montre au milieu de leur évolution.
Chez les vieillards le délire est toujours beaucoup plus grave que chez les enfants.
La douleur intermittente, périodique. réguHère, indique toujours la possibilité d'une guérison rapide par le quinquina.
De fortes douleurs dans la profondeur des membres, au commencement d'une maladie aiguë fébrile, indiquent toujours un état de malignité et d'ataxie fort grave.
L'espérance et la gaieté, dans les maladies aiguës, sont des signes favorables.
L'abattement, la tristesse, le chagrin, la nostalgie et les passions dépressives, compliquent toujours les maladies d'une manière trèstacheuse.
Je pourrais multiplier à l'infini ces propositions particulières, si je faisais un traité du pronostic; mais je n'ai eu ici d'autre intention que de montrer l'importance de quelques synq)tomes spéciaux pour le pronostic individucil, sans prétendre limiter le nombre de ces propositions, ni faire une énumération complète de tous les symptômes pronostiques. Sohtaires ou réunis par groupes de deux ou trois, hs
1> — lATiioL. Giy. '22
Oo8 t>t' PRONOSTIC.
symptômes pronostiques donnent lieu à des combinaisons variées d'où ressortent autant de conséquences spéciales. C'est au médecin de suivre avec ardeur cette voie si largement frayée par Hippocrate, pour l'orner de quelque proposition nouvelle si l'observation lui permet de le faire.
Quand une maladie débute avec une violence extrême ou avec de grandes irrégularités d'évolution, c'est qu'elle doit être très-grave et peut-être même mortelle. La variole qui commence par un grand appareil fébrile, de vives douleurs rénales, du délire, des vomissements et une grande agitation, sera très-grave, si elle ne fait pas périr l'individu. Il en est de môme pour les autres fièvres éruptives, et particulièrement pour la fièvre typhoïde. J'en dirai autant de la péritonite suraiguë accompagnée de douleurs atroces, de la pneumonie qui débute par un violent délire, et d'un certain nombre d'autres phlegmasies. En général, lorsque chez l'adulte il n'y a pas de transition entre la santé et des accidents morbides très-intenses, il faut considérer le fait comme une irrégularité de développement qui ajoute à la gravité du pronostic. Dans l'enfance, les choses n'ont plus la même signification. Par l'excitabilité du système nerveux et la violence de la réaction fébrile, les enfants sortent a^sez souvent de la santé, sous l'intluence de causes légères, et offrent tout à coup des phénomènes assez redoutables , qui seraient de nature à inspirer les plus vives inquiétudes si l'on n'était prévenu par expérience de ce qui doit arriver. Une indigestion, une angine, une maladie aiguë inflammatoire ou éruptive, produisent souvent, chez les enfants, des convulsions initiales fébriles, une fièvre des plus violentes, de la suffocation subite; puis, au bout de quelques heures, les accidents se calment et la maladie suit son cours sans offrir d'irrégularités.
Une fois le mal déclaré, la réfjulanté ou V irrégularité de ses symptômes fait généralement prévoir son issue. L'irrégularité est principalement une circonstance dont il faut tenir compte, et elle a mille ibis plus d'importance pronostique que l'évolution régulière des accidents morbides. Quand une fièvre éruptive tarde très-longtemps à se manifester sur la peau, il y a tout à craindre pour sa terminaison malheureuse, .l'ai vu ainsi périr bon nombre de varioleuxet de personnes atteintes de rougeole ou de scarlatine. Il en est de même lorsque les phases de l'éruption variolique ne sont pas régulières, et lorsque la suppuiation n'est pas complète ou ne vient pas à son heure. De même encore dans la pneumonie, dans la pleurésie, dans lesphlegmasiesdes organes ou des séreuses, dans la goutte articulaire et viscérale, dans le rhumatisme, etc. — Toutes les maladies anomales ou irréijulières^
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fébriles ou inflammatoires, diatliésiques ou autres, sont, toutes choses égales d'ailleurs, infiniment plus compromettantes pour la vie que les maladies dont l'évolution ressemble à ce que l'on a coutume d'observer.
Le pronostic (jénéral à\me maladie est, comme je l'ai fait pressentir, le résultat des connaissances théoriques acquises sur ses causes et sur ce qu'on appelle sa nature. 11 a pour base la nosograpliie et le diagnostic.
Chaque espèce morbide offre, relativement à son produit pathologique, un pronostic (jénéral particulier, indépendant du pronostic individuel, qui résulte des circonstances propres à l'individu. Les maladies inflammatoires ont plus de chances de guérison que les maladies gangreneuses ou que les transformations du tissu des organes en graisse^ tissu fibro-plastique, tubercule, etc. Le cancer rend le pronostic général très-grave, indépendamment de toute observation faite sur le malade, et il en est de même de tous les produits morbides.
Le siège d'une maladie inflammatoire à l'extérieur, sur la peau, ou dans un organe peu important, comme l'amygdale, rend le pronostic infiniment moins grave que si la lésion s'établit dans le cerveau, les poumons, ou un viscère intérieur. C'est pour ce motif que l'exanthème d'une fièvre éruptive, celui de la rougeole, par exemple, n'est rien et n'entraîne pas d'accident, si, du même coup, il n'occupe la muqueuse delà trachée ou des petites bronches.
Pronostic général d'après les causes. — Les maladies sont généralement plus graves aux périodes extrêmes de la vie, dans le premier âge ou dans la vieillesse avancée, que dans les âges intermédiaires; ainsi l'érysipèle des nouveaux-nés est presque toujours suivi de la mort, tandis qu'il n'en est pas ainsi chez l'adulte. — Dans la pneumonie des vieillards, la mort est en quelque sorte la règle, et la guérison un fait exceptionnel. C'est tout le contraire chez l'adulte. Le sclérème, l'entérite, le coryza, la bronchite capillaire, etc., sont trèsgraves chez les nouveaux-nés et chez les enfants à la mamelle, tandis qu'au contraire leur danger est infiniment moindre chez l'homme dans la vigueur de l'âge.
D'une manière générale, les enfants résistent moins aux actions morbifiques; ils offrent une réaction fébrile quelquefois très-vive, qui les abat, les fatigue et les épuise d'une manière notable. Leur corps en voie de développement s'affaiblit par l'effet de la fièvre et de l'abstinence. Les complications s'ajoutent à la maladie principale, et la mortalité chez eux est très-grande.
Chez le vieillard, les maladies ont une acuité moins grande et offrent une réaction moindre que dans le premier âge. Sauf de rares
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exceptions, elles ont une tendance manifeste à l'adynamie et à la chronicité. Les fonctions des organes, troublées par le mal, se rétablissent bien plus lentement, quand il y a lieu, qu'à toute autre époque de la vie, à cause de la lenteur du mouvement de composition et de décomposition des tissus. — Les convalescences sont bien plus longues, infiniment plus pénibles, et souvent traversées par des accidents qui empêchent la guérison défmitive.
Le sexe ne modifie pas le pronostic général des maladies; cependant il y a des cas où son influence, sous ce rapport, est incontestable. — Les hémoptysies chez les femmes sont moins graves que chez l'homme, car elles résultent quelquefois d'une déviation de l'hémorrhagie menstruelle. La dyspepsie, la gastrorrhée, les contractures, le spasme et les convulsions de la jeune fille n'ont généralement rien de dangereux et doivent être traités comme de simples névroses. — La plupart des femmes, surtout dans les grandes villes, offrent un état latent ou apparent de chlorose, qui modifie la marche et le développement de leurs maladies, et il serait très-imprudent de leur appliquer le traitement énergique qu'on pourrait employer chez l'homme.
Chez les femmes, la marche des maladies aiguës n'est pas sensiblement influencée par l'apparition des règles. Si, dans quelques circonstances, leur arrivée emporte des incommodités passagères, ordinairement elle ne produit aucun effet. Celte hémorrhogie se montre, tantôt à son époque ordinaire, ou bien elle la devance; plus rarement elle retarde son apparition de quelques jours. Le sang a tous ses caractères ordinaires, mais il s'échappe en moins grande abondance.
Les maladies chroniques n'ont d'abord aucun effet sur la menstruation; mais, à une époque avancée de leur développement, elles diminuent la quantité du sang, amènent des retards, des irrégularités, et enfin une suppression dont l'effet, généralement fâcheux, s'ajoute aux accidents principaux et précipite la mort des malades.
Au contraire, si, dans le cours d'une maladie chronique, les règles supprimées reparaissent avec régularité, il y a tout lieu de croire à une amélioration momentanée et à une guérison prochaine. On ne saurait trouver de signe pronostique ])lus favorable.
La grossesse est un état qui change tellement la santé de quelques femmes, soit en mal, soit en bien, qu'il donne lieu à des erreurs de pronostic très-fàcheuses. ,1'ai vu des femmes, atteintes de dyspepsie chlorolique, n'avoir de sauté que dans la grossesse et pendant l'allaitement. On sait d'ailleurs que, chez un certain nombre de femmes, la conception arrête la marche de la phthisie pulmonaire, diminue la
DU PRONOSTIC. o4l
toux et l'expectoration, ramène l'embonpoint jusqu'au jour de la délivrance, où les accidents reparaissent de nouveau pour entraîner la mort. J'ai vu, au contraire, des femmes, douées d'une excellente constitution, tomber malades dès qu'elles devenaient enceintes, et offrir des accidents nerveux ou gastriques qui auraient pu faire supposer des désordres matériels graves dans l'estomac ou le cerveau, tandis que ce n'étaient que des phénomènes sympathiques.
Les maladies aiguës qui se développent dans le cours de la grossesse sont généralement plus graves que dans l'état de vacuité. Si elles sont intenses, elles déterminent toujours l'expulsion prématurée du foetus, sa mort, et quelquefois aussi celle de la mère.
Dans Vétat puerpéral, toute phlegmasie deviervt très-grave, surtout s'il règne une épidémie sur les femmes en couche. Elle a pour résultat de produire une suppuration très-rapide dans les organes affectés, et produit quelquefois, dans l'organisme, un empoisonnement par le pus, ou une fièvre purulente qui occasionne la mort. C'est une diathèse accidentelle, généralement fort grave, engendrée par la plaie utérine qui résulte de l'accouchement. Parmi ces maladies puerpérales, toutes n'ont pas le même danger, et il en est même quelquesunes dont la terminaison est moins fâcheuse que lorsqu'elle se développe en d'autres circonstances. Ainsi la manie puerpérale aiguë est infiniment moins grave que la manie aiguë ordinaire; c'est une espèce de folie dont on guérit complètement, tandis que l'autre est à peu près incurable.
Je pourrais multiplier les exemples : qu'il me suffise de dire que le sexe n'a une influence sur le pronostic que par les changements qu'il imprime à la nature des maladies par la différence du support. L'état chlorotique et la diatiièse nerveuse existent chez un très-grand nombre de femmes; les alternatives de grossesse, d'allaitement, l'état puerpéral et la ménopause changent profondément la crase du sang ; comment les ferments morbifiques pourraient-ils lever sur un sol aussi différent et rester toujours semblables à eux-mêmes dans leur développement et dans les effets qu'ils produisent? Non, cela n'est pas possible a priori, et l'expérience déuKmtre la justesse des pressentiments de l'esprit.
Le pronostic général d'une maladie dépend quelquefois de la constitution et du tempérament de celui chez qui elle se développe. Il est généralement plus incertain et plus fâcheux chez les sujets faibles, débiles, et offrant les attributs du tempérament lymphatique, que chez les personnes fortes, sanguines et nerveuses. J'en dirai autant du pronostic des maladies aiguës qui s'attaquent à des constitutions
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délabrées par des évacuations excessives, telles que rallaitement prolongé, la polyurie, la spermatorrhée ; par des excès de plaisir, ou une fatigue surhumaine ; par des veilles continues , consacrées au plaisir et aux. travaux de F esprit ; par de longs et de sérieux chagrins y par Y alimentation insuffisante et la disette ; par \ intempérance ^ et en particulier par Tabus de boissons alcooliques ou fermentées. Dans ce cas, les maladies aiguës sont quelquefois compliquées de folie ébrieuse ou d'accidents adynamiques et ataxiques mortels. La pneumonie des buveurs se termine quelquefois très-rapidement par la mort ; j'en ai vu des exemples, principalement chez les hommes forts et vigoureux. Une seule saignée les avait jetés dans un état de prostration dont il fut iiiipossible de les tirer.
La plupart des médecins accordent également au mauvais état habituel de la santé une influence sur le pronostic général des maladies. Cela est vrai et ne saurait être contesté. Cependant un professeur de la Faculté de Paris, Fouquier, qui admettait ce principe, s'est cru en droit de faire valoir des exceptions à cette règle, et il a publié une dissertation fort curieuse intitulée : Des avantages d'une santé délicate. Cela veut dire que beaucoup d'êtres cacochymes soignent leur personne pour échapper aux maux qui nous environnent, de façon à vivre plus longtemps que beaucoup d'hommes bien constitués qui ne se ménagent guère, et chez lesquels la lutte contre les semences morbiliques est très-violente et en rapport avec la force de leur santé.
Paimi les causes qui modifient le pronostic général des maladies et qui l'aggravent singulièrement, il faut mentionner Vhérédité. De l'impression générative dépendent la forme et la constitution du corps , ses aptitudes physiques et morales, ses prédispositions morbifiques. Comme je l'ai établi, l'hérédité joue un rôle très-important dans la production d'un grand nombre de maladies. Il en est peu qui, de près ou de loin, ne tiennent à son influence. Une maladie héréditaire est toujours très-rebelle à la thérapeutique. Je connais une famille dans laquelle existe, depuis quatre générations au moins, et peut-être davantage, un eczéma de la peau compliqué de blépharite ciliaire chronique très-intense. Que peut la médecine contre une pareille diatlièse? Rien. Le croisement seul avec une race de sang pur pourra, après une ou deux générations, faire disparaître cette.infirmité.
L'aliénation mentale, le podagrisme, le scrofulisme, l'hémorrhaphilie, le cancérisme, et toutes les diathèses, sont, d'après leur nature plus ou moins redoutable, autant de circonstances qui, a priori, ajoutent à la gravité du pronostic des maladies. Ouand l'impression générative moibificpie, au lieu d'être un(; , est double et })rovient par
exemple d'un père et d'une mère atteints de scrofulisme, il est rare que l'enfant \ive bien longtemps, et qu'il n'éprouve pas de très-bonne lieure des accidents de la même nature et intiniment plus graves que ceux de ses parents. Des faits de ce genre se présentent journellement à l'hôpital et en ville sur des enfants confiés à mes soins. Si la maladie a été mortelle chez les parents, il en sera inévitablement de même chez les enfants.
Les maladies sont comme certaines plantes, plus fortes, plus actives et plus terribles dans leurs effets, selon les climats où elles se développent. Les lésions sont les mêmes ou à peu près, mais leur nature n'est certainement pas la même. Il n'est pas indifférent d'avoir la dysenterie , la syphilis , la lièvre intermittente , une hépatite ou des tubercules pulmonaires, au centre de l'Asie, de l'Afrique, ou dans les parties septentrionales de l'Europe. Les ulcérations du côlon atteint de dysenterie, le chancre syphilitique, l'inflammation du foie et la matière tuberculeuse se ressemblent partout; cependant, selon qu'elles apparaissent sur l'homme des pays intertropicaux ou sur l'habitant des pays froids, leur pronostic est essentiellement différent. L'hématurie, l'hépatite, la syphilis, la fièvre intermittente et la dysenterie des pays chauds, sont des maladies très-graves, ordinairement mortelles, tandis que, dans les climats froids ou tempérés, ces différentes maladies guérissent bien plus souvent qu'elles ne font mourir. Au contraire, les tubercules pulmonaires, très-rares dans les pays chauds, n'entraînent pas toujours après eux les accidents de consomption et de phthisie qu'on observe si souvent dans les pays du Nord.
La température élevée des contrées intertropicales, le régime qu'elles imposent, modifient la constitution de l'homme à tel point, qu'il en résulte des aptitudes morbiliques particulières, et que les maladies s'y présentent avec une gravité exceptionnelle qui ne s'observe pas ailleurs. Chose curieuse, à mesure qu'on s'élève vers les pôles, ces maladies perdent une partie de leur intensité et de leur danger; elles s'atténuent en même temps que se modifie la constitution de l'homme, par la température et l'alimentation nouvelle à laquelle il est soumis. En revanche, il prend les maladies du climat nouveau où il arrive, et il les subit d'une manière plus fâcheuse que les indigènes. Il n'était pas exposé à la phthisie pulmonaire, et, pendant son acclimatement , c'est la maladie dont il est le plus fortement menacé.
Uéciproquement, les maladies de l'homme du Nord qui ont pour siège les voies respiiatoires deviennent de moins en moins graves à mesure qu'on approche de l'équateur, et le meilleur moyen d'arrêter les maladies chroniques du larynx, du poumon et des bronches, lors-