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qu'elles ne sont pas encore trop avancées , c'est de les porter dans nn climat chaud, là où elles peuvent guérir.
Ainsi le pronostic général d'une maladie n'a rien d'absolu , et il varie tellement du quinzième au soixantième degré de latitude, qu'il n'est plus le même. Fort grave et mortel même dans la première région du globe, il est presque insignifiant dans l'autre; c'est un résultat qui atteste une fois de plus encore que la maladie est moins un état organo-patlîique qu'une réaction de l'organisme, en tant qu'individu, contre une impression morbifique variable, selon les temps, les lieux et les climats.
Ce que je viens de dire des variétés du pronostic général des maladies par l'iniluence des climats s'applique à finiluence des localités, des saisons et des épiclémies. Si le fait n'est pas évident pour chacun, en ce qui touche les saisons, il n'en est pas moins certain, à mes yeux; et, pour ne citer qu'un exemple, je dirai que le pronostic de la bronchite aiguë, de la pneumonie et du rhumatisme, sont plus graves en hiver qu'en été, chez quelques personnes âgées ou déjà atteintes de rhumatisme chronique et d'une affection chronique des bronches. INonseulement alors la maladie nouvelle est plus grave que dans toute autre circonstance, parce que sa durée sera plus longue, mais elle est plus grave parce qu'elle est de nature à occasionner la mort.
Les localités^ dans un môme climat, donnent à plusieurs maladies, dites endémiques, une gravité exceptionnelle. La fièvre intermittente de la Bresse, de la Sologne ou des marais pontins, la pellagre (le la l^ombardie, l'hématurie de l'île de France, la calvitie des îles de l'Archipel, le scorbut de certaines locahtés, etc., sont i)lus difficiles à guérir dans ces pays que dans une localité différente. (]ela se comprend; car, tant que les malades restent dans le milieu où ils ont subi et où ils subissent encore l'impression morbifique qui a détruit leur santé, la thérapeutique ne peut rien en leur faveur. Une maladie endémique doit être traitée par le changement d'air et de lieu. Sa gravité, toute locale, est extérieure à l'individu. Supprimez les conditions extérieures, et souvent la guérison s'accomplit sans aucune intervention pharmaceutique.
Les constitutions médicales et l'influence éindémiqae ne sont que des endémies temporaires, (|ui donnent temporairement une physionomie spéciale et aussi une gravité particulière aux maladies développées sous leur inlluence. Sans que peisonne puisse préciser en quoi l'impression saisonnière ou épidémique inodilie la marche et la terminaison des maladies, le fait est incontestable, parce qu'il est séculaire et attesté par tous les bons observateurs, depuis les temps les plus reculés de la mé-
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decine. Qu'est-ce que \e génie éjndémique? Un mot heureux qui sert à exprimer l'idée inscrite dans toutes les relations d'épidémie , et qui montre ce que chaque maladie épidémique a offert de particulier dans son origine, dans sa forme, dans sa marche, dans ses fluctuations et dans ses terminaisons différentes. C'est par lui que, sans périphrase, on exprime les innombrables variétés qu'on observe dans les épidémies de même nature. Il exprime le fait en nous laissant toute liberté pour en découvrir les lois.
Certaines constitutions médicales donnent aux maladies une physionomie particuhère caractérisée par la présence de phénomènes névralgiques muqueux, biheux, etc., et, selon Sydenham, par une aptitude spéciale pour subir l'influence avantageuse d'un médicament ou d'une médication de préférence à un autre. Si ce dernier point n'est pas suffisamment établi, le premier est incontestable. La même influence qui donne le cachet aux maladies du moment domine leur marche, leur durée, leur terminaison et leur mortalité. On a remarqué, après chaque grande épidémie, une diminution réelle du nombre des malades, de rintensité des maladies et de la mortalité dans la population. En 1854, 1851 et 1856, après les trois grandes épidémies de choléra qui ont ravagé la capitale, les hôpitaux ont reçu moins de malades, et la mortahté est descendue bien au-dessous de la moyenne ordinaire. C'est un fait que chacun peut vériher. Ainsi se comblent rapidement, et par une sorte de compensation, les vides faits dans la société par la mort sous l'inlluence d'une épidémie.
C'est principalement au miUeu des véritables épidémies qu'on peut arriver à la notion curieuse de ce fait, qu'une maladie épidémique étant donnée, son pronostic général varie, moins en raison de ses effets anatomiques, ou de l'âge et de la constitution des individus, que d'une influence extérieure aussi inconnue que la cause épidémique elle-même, influence heureuse ou terrible qui épargne les uns ou frappe les autres sans aucune résistance possible.
Pourquoi le choléra de 1852 a-t-il fait périr tout le monde dans les vingt prem.iers jours de son invasion à Paris? Pourquoi ensuite a-t-on obtenu des guérisons dans la proportion de moitié? Pourquoi enfin a-t-on réussi à guérir la plupart des malades au déclin de l'épidémie? 11 est aussi impossible de le dire que de révéler la cause du choléra. Ce qui s'est passé en 185'i s'est montré sous une autre forme en 1849. Nous étions au 10 du mois de juin, et j'étais médecin à l'IIotel-Dieu. Un choléra assez faible régnait depuis plusieurs mois. La chaleur était excessive et un orage venait d'éclater sur Paris. Lu divers points, dans les jardins publics, quelques personnes furent frappées de cho-
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léra et apportées à l'hôpital dans un tel état, que toutes avaient succombé dans la nuit. Pendant deux jours, autant de personnes atteintes, autant de décès, puis la maladie s'affaiblit et ne se manifesta plus que par des attaques moins terribles.
Dans les épidémies de fièvre typhoïde, de rougeole, de scarlatine, etc., etc., que nous avons chaque jour occasion d'observer, les choses se passent de même. Certaines années, toutes les fièvres typhoïdes que l'on traite se terminent bien, malgré des apparences redoutables ; on a des séries de vingt ou trente malades guéris les uns après les autres, et, l'année suivante, ou plus tard, Yinflueuce ou le (jénie épidcmique a changé ; la forme du typhus est différente ; il est plus souvent mortel. J'ai vu des épidémies de rougeole régtdière, sans complication thoracique, et tous les enfants guérissaient, tandis que, dans d'autres circonstances, la pneumonie venait compliquer l'éruption et faire périr les malades. On en pourrait dire autant de la scarlatine et de ses complications. 11 n'est pas une épidémie dans laquelle on n'ait occasion une fois ou une autre de constater l'influence de la cause inconnue du mal sur sa malignité, sur ses complications et sur la mortalité qui en est la conséquence.
A l'endémie temporaire qui constituej la grande épidémie je réunirai cette autre endémie née de V encombrement qui fait éclore dans les prisons, dans les collèges, dans les camps, la fièvre typhoïde, le typhus, le scorbut, etc., etc., qui donne à ces maladies un pronostic général qui n'est pas le même que celui de l'épidémie précédente, ou des épidémies de même nature observées dans des lieux différents. Telle de ces épidémies est très-grave et fait périr un grand nombre de personnes, tandis qu'une autre laisse guérir la plupart de ceux qu'elle atteint.
Si y encombrement peut agir sur les agglomérations humaines, d'une manière assez forte pour y déterminer des épidémies, ce qui n'a pas toujours lieu, elle a aussi pour effet d'aggraver les maladies de toute nature chez ceux qui sont réunis dans le même endroit, dans un hôpital, par exemple.
Il arrive souvent que l'administration des hôpitaux, dans le but de secourir plus d'indigents , augmente le nombre des lits d'une salle, malgré les avis de la science. Aussitôt la mortalité augmente par suite de l'aggravation des cas particuliers. Les malades sont plus disposés à contracter les maladies du voisin, et dés varioles, des fièvres èruptives, des éiysipèles, des fièvres typhoïdes, ou des diarrhées, prennent naissance. Dans les hôpitaux des enfants, le fait est bien plus palpable. lUen n'est commun, après la coqueluche, la pneumonie ou
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îe lyplius, comme la rougeole, la scarlatine, la diarrhée, les ophllialinics, les stomatites ulcéro-membranenses, les gangrènes de la bouche ou des parties génitales, et la mort. Si on ne renvoie pas très-vite chez SCS parents l'enfant qui vient d'être guéri d'une maladie aiguë, sans attendre la lin de sa convalescence, il prend dans les salles quelqu'une des maladies que je viens d'indiquer; faible encore, cette nouvelle maladie l'accable et trop souvent le fait périr. Le pronostic d'une maladie aiguë chez un enfant d'hôpital est, toutes choses égales d'ailleurs, infiniment plus grave chez lui que chez un enfant de la ville, à cause de Vencombremeut et de l'influence méphitique de Vair nosocomial. L'enfant est à ce point susceptible de contracter les maladies d'autrui et de subir leur influence d'une manière générale, au point de vue de la mortalité, qu'il faudrait avoir pour l'enfance des hôpitaux formés de petites salles isolées n'ayant chacune qu'un très-petit nombre délits. Là où l'on met quarante lits d'adultes, il ne faudrait mettre que vingt lits d'enfants.
Ce qui arrive par le fait de l'encombrement des salles de médecine arrive également dans les salles de chirurgie. Si le nombre des malades s'élève trop, les opérations ne réussissent plus, elles se compliquent d'érysipèle ou d'infection purulente; on tente des réunions immédiates qui ne peuvent s'accomplir, les plaies se couvrent de pourriture d'hôpital, et la plupart des opérés succombent. Plusieurs fois ce fait s'est produit à Paris, dans nos discordes civiles, lorsque, par suite des émeutes , un grand nombre de blessés s'est trouvé réuni à Saint-Louis et à l'Hôtel-Dieu. Il vient de se produire cette année 1855, à Constantinople, au grand hôpital de celte ville encombré par les valeureux soldats blessés au siège de Sébastopol. La population de l'hôpital fut doublée. Aussitôt, là où l'on voyait toutes les opérations chirurgicales réussir à merveille, où les réunions immédiates étaient nondjreuses, et l'infection purulente très-rare, chaque coup de bistouri était suivi d'érysipèle; il n'y avait plus de réunions immédiates, la pourriture d'hôpital couvrait les plaies, et des résorptions purulentes ^faisaient périr la plupart des opérés. Voilà l'effet d'encombrement sur le pronostic général des maladies et du succès des opérations.