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DE LA NATURE MÉDICATRICE

Art. T^. — De la nature médicatrice*

L'homme n'est pas un être corporel régi par les propriétés de la matière. Sa triple nature le sépare des corps inanimés en le rapprochant du monde des esprits. Doué, en tant que \ivant, de forces spéciales à tous les êtres animés, il en a de particulières à son espèce, pour lui donner la pensée, pour maintenir la forme extérieure de son corps et celle de ses organes, pour régler les métamorphoses de ses tissus, l'exercice et la durée de ses fonctions, etc., etc. Cette force, qui le fait vivre de la vie ordinaire et naturelle, l'assiste dans la souffrance lorsque, troublé par des impressions morbifîques, il lui arrive d'être malade. Conservatrice de la forme et des fonctions normales, elle lutte pour rétablir la structure organique altérée par la maladie. Sa présence se révèle à chaque instant par le travail dynamique et organique qu'elle réalise au sein de l'organisation, pour éliminer un poison, un venin, ou un corps étranger, pour séparer un produit morbide des parties saines qui l'entourent , pour réunir des os fracturés , pour oblitérer une artère largement ouverte, pour absorber les matériaux solides ou liquides d'une inflammation des parenchymes ou des séreuses, pour limiter, par la pétrification, l'accroissement de certains produits morbides, etc., etc., etc. Il n'est pas un fait pathologique dans lequel on ne trouve la preuve de son existence, soit par des résultats curatifs complets, soit, au contraire, par une simple ébauche, lorsqu'une action intempestive l'arrête et l'empêche de réaliser complètement son œuvre de réparation. Hippocrate donnait à cette puissance le nom de nature, et la doctrine qui a consacré son intervention dans les actes pathologiques est connue sous le nom de naturisme. C'est ce que d'autres ont appelé force vitale^ puissance intérieure^ force ou nature médlcatrice.

iSov7ôi'j f<i(7L; ioTcp. « La nature [Traité de V aiment) suffit seule aux animaux pour toutes les choses, elle sait elle-même ce qui leur est nécessaire, sans a^oir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de p(îrsonne... Elle est le premier médecin des maladies, et ce n'est qu'en favorisant ses efforts que l'on obtient quelques succès. » Tel est, en quelques mots, le principe de toute la médecine pratique. C'est ce qu'And)roise Farè a dit plus tard en d'autres termes non moins mémoiables : « Je le jiansay, Dieu le (juarlt. »

En effet, Dleu^ la nature, sont les principes de toute guérison, et notre art n'a d'autre but que de favoriser, d'imiter et de provoquer les opérations curatives natuielles.

La plupart des maladies sont susceptibles de guérir sans traitement actif et par la seule influence de la nature. Voilà ce que le médecin doit savoir des le début de sa carrière, afin de ne pas se faire d'illusions sur la portée de son art et s'il veut en apprécier exactement les limites. Il évitera de cette manière le double écueil de la crédulité et du scepticisme, si préjudiciable aux perfectionnements de la science, si compromettant pour la dignité du médecin et si fâcheux pour la santé des malades.

Comme l'a dit Bordeu : « La médecine a pour principe une vérité de fait bien constante pour la plupart des malades, et qui est aussi fort utile aux médecins : c'est qu'il est incontestable que, sur dix maladies, il y en a les deux tiers au moins qui guérissent d'ellesmêmes et rentrent:, par leurs progrès naturels, dans la classe des simples incommodités qui s'usent et se dissipent par les mouvements de la vie. »

Si l'homœopathie a ses partisans dans le monde, c'est que la plupart des maladies, guérissant par l'influefice des efforts de la nature, le malade, qui s'imagine prendre un remède, lorsqu'il ne boit que de l'eau claire frauduleusement décorée d'un nom pharmaceutique, attribue à ce remède illusoire et à la méthode elle-même une guérison dontl'honneur revient à la nature. Si des médecins enthousiastes, et que je crois sincères, adoptent ce système, c'est que, trompés par le résultat et subjugués par le fait accompli, ils se hâtent de conclure de la guérison à l'efficacité du remède, sans connaître la marche naturelle du mal et sans se douter qu'un semblable succès eût couronné Yexpectation. On l'a vu tout récemment. Un homœopathe annonça très-pompeusement la guérison de la pneumonie aiguë en quatre et six jours par l'emploi de son système ; immédiatement le docteur Marotte soumit plusieurs cas de pneumonie aiguë à l'expectation déguisée par l'usage de potion d'eau de réglisse, et il obtint autant de guérisons tout aussi rapides et aussi concluantes en faveur de sa médication. Mieux vaut s'abstenir que d'employer, hors de propos, des remèdes actifs et dangereux. 11 est préférable d'abandonner une maladie régulière à sa terminaison naturelle, si elle doit être heureuse, que de la compliquer par l'action de remèdes intempestifs. L'homœopathie n'a de succès dans le monde que, par sa substitution aux médecins malavisés qui n'entendent pas V indication et qui ne savent pas s'abstenir à pro[)os. Elle échouera, au contraire, là où il faut agir, et quand elle fait perdre ce moment opportun, désigné par Hippocra te sous le nom d' occasion . J'ai coimu un lionnne, mort de hernie étranglée, avec coliques atroces, vomissements de matières bilieuses, pendant

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qu'on le traitait par riiomœopathie; il n'eût pas succombé si, au lieu d'avaler un remède imaginaire, il avait eu près de lui un chirurgien assez instruit pour faire rentrer les viscères à leur place dans l'abdomen. L'homœopathie, qui n'est qu'une expectation systématique dé- (jîiisée, est aussi absurde comme système que les méthodes thérapeutiques qui empoisonnent l'humanité de remèdes trop réellement dangereux. Tout cela n'est pas la médecine ni la thérapeutique. Agir selon l'occasion, s'abstenir à propos et volontairement, d'une manière raisonnée, voilà le fait du médecin expérimenté qui connaît la marche naturelle des maladies.

Connaître la marche naturelle des maladies, savoir comment un mal doit finir lorsqu'il est abandonné aux seuls efforts de la nature, en considération de son espèce, de la forme, de l'âge du sujet et des circonstances qui l'entourent : tout est là en médecine^ Supposez cette connaissance dans l'esprit du médecin, et sa conduite est toute réglée; et il sait agir ou s'abstenir, selon l'indication, agir pour diriger le mal et le conduire dans une voie convenable, ou s'abstenir, au contraire, avec la certitude d'une guérison spontanée prochaine. De cette manière, l'art n'est pas compromis par des tentatives absurdes ou hasardeuses, et, s'il intervient, c'est qu'il a des chances de succès. La thérapeutique est vraiment la science des indications, pour s'abstenir, ou agir et provoquer des réactions salutaires au moyen d'impressions curatives.

C'est qu'en effet Dieu, la nature, sont les principes de toute guérison, et notre art ne consiste qu'à favoriser, à imiter ou à provoquer les opérations curatives naturelles.

Il ne faut cependant rien exagérer : ce serait une erreur de croire que cette action providentielle et réparatrice des désordres survenus dans le corps humain soit d'une puissance à contre-balancer l'effet des impressions morbifiques et à rétablir l'ordre dans les fonctions troublées. Il n'en est pas ainsi .Trop confiants dans la force du principe et de la puissance médicatrice, ceux qui exagèrent son influence commettent une faute aussi grave que les sceptiques qui en rejettent l'existence. Ils en arrivent, comme Stahl, à rester dans une inaction dangereuse ou funeste, lorsque la gravité du mal et l'insuffisance des efforts médicamenteux nécessitent une intervention immédiate et active. Si l'ajhnission de cette doctrine devait conduire à ce résultat, ce ne serait , comme l'a dit Asclépiade, qu'une méditation sur la mort. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut entendre l'action de la puissance médicatrice; la conception de cette idée n'implique pas le moins du monde celle de la guérison spontanée des maladies sans l'intervention de l'art.

De ce que rien ne guérit sans l'influence bienfaisante de la nature, il ne s'ensuit pas qu'elle ait pour mission de rétablir toujours et partout l'ordre troublé par une maladie, ni qu'elle ait la force de se suffire à ellemême pour arriver à ce résultat. Non, c'est là une exagération condamnable de la doctrine. Assez puissante dans un grand nombre de cas pour amener, seule, la transition de la maladie à la santé, elle a souvent besoin d'aide et de direction dans ses efforts, et c'est à les découvrir que doit s'appliquer tout l'art du médecin. Quo natura verifit, eoducendum. Ailleurs enfin son travail commence, les nécropsies permettent toujours de le constater; mais il a été insuffisant et trop faible pour lutter contre les effets de la cause morbifique. Jusque dans l'insuccès éclate sa puissance. La mort l'annonce aux vivants, et il est aussi impossible d'en méconnaître l'action que de nier la puissance qui modèle les contours de l'homme dans le sein maternel, les maintient dans l'accroissement ultérieur, malgré les difformités congénitales et les déformations acquises sous l'influence des forces supt*rieures.

Rien n'est mieux établi, à mon sens, que l'action providentielle ordinairement heureuse de la nature médicatrice, et ce que je viens de dire sur ses insuccès ne détruit point le fait principal.

La plupart des maladies guérissent seules, en vertu des lois primordiales qui ramènent la substance corporelle et les forces qui l'animent dans leur état d'équilibre naturel, lorsqu'elles ont été dérangées par une impression morbifique. Rien, dans cette guérison, ne se rapporte à une propriété de la matière brute ; tout, au contraire, résulte de l'action du corps vivant, en tant que vivant, et cette action a le caractère de prévoyance qu'on trouve dans toutes les œuvres du Créateur. Sa préexistence comme loi en divinise l'effet. Une impression morbide a produit une phlegmasie obstruant les vaisseaux des tissus; aussitôt dans l'exsudat s'organise une vascularité nouvel'e qui doit en faciliter la résorption dans le loiicnt circulatoire jusqu'à la

guerison,

Un exsudât inflammatoire est tellement abondant, qu'il ne peut être absorbé par le petit nombre des vaisseaux capillaires de nouvelle formation ; d'après les lois de la nature, il se liquéfie, secliange en pus, et un travail nouveau le dirige à travers la profondeur des tissus, jusqu'à la peau ou vers une cavité séreuse.

Les impiessions morbifiques ont engorgé le système circulatoire général ou local; et des hémorrliagies supplémentaires rétablissent l'équilibre.

Lorsque des obstacles se pi o luisent à l'oiifice des viscères creux, il

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se forme, dans les parois de ces viscères, une augmentation de force qui lutte avantageusement contre l'obstacle et favorise l'issue des excrétions ou des expuitions.

Des vaisseaux s'oblitèrent; et tout autour s'organise une circulation collatérale qui rétablit, avec le temps, les fonctions circulatoires troublées.

Existe-t-il un corps étranger dans les tissus, de deux choses Tune: ou un travail naturel l'enveloppe de capillaires nouveaux qui s'oblitèrent, forment une membrane d'enveloppe ou kyste, destiné à l'isoler <ît à protéger les tissus contre lui, jusque dans les parties les plus délicates, ou bien il provoque une phlegmasie aiguë qui le chasse au dehors au moyen de la suppuration.

Dans les plaies que réunit d'une manière immédiate la lymphe plastique, et dans les réunions secondaires, où le travail de (icatrisation, pour être moins rapide, n'en est pas moins curieux, quel est l'agent, <^uratif : de la nature ou de l'emplâtre adhésif placé par le chirurgien?

Une fracture vient d'avoir lieu, et voilà qu'un suc spécial, gangue d'un nouvel os, déposé entre les extrémités osseuses pour les réunir, les consolide à jamais, avec ou sans l'assistance du chirurgien, heureux si l'art intervient pour diriger le travail de la nature, mais il ne peut prétendre à autre cliose.

Dans les produits morbides déposés au sein des tissus, malgré la violence de la cause diathésique, la nature entreprend encore , au pourtour de ces produits, un travail de vascularisation destiné à leur enkystemicnt et à leur pétrification. M. Natalis Guiilot en a démontré l'existence dans le poumon des individus atteints de phthisie tuberculeuse. Je l'ai constaté bien des fois, et, chez les malades qui guérissent, c'est toujours ainsi que le travail de guérison s'accomplit. 11 en est de môme des tumeurs du foie formées d'entozoaires. Elles s'enkystent, et, si la pression qui résulte du développement des hydatides à l'intérieur n'est pas trop forte, la paroi se pétrifie , et il n'y a plus à craindre d'accidents pour l'avenir.

Qui n'a vu les tumeurs fibreuses de l'utérus se remplir de concrétions calcaires et s'arrêter ainsi dans leur développement pour rendre tolérable une existence qu'elles avaient troublée?

Tous les phlegmons aigus de l'ovaire et des annexes de l'utérus cheminent à l'extérieur, vers la peau, dans la vessie ou dans l'intestin, et c'est ainsi qu'ils guérissent sans l'intervention du chirurgien, qui ne peut souvent aller y porter la main.

Les tissus divisés se réparent par la reproduction de tissus sembhTbles, et il n'est pas jusqu'au tissu nerveux divisé qui ne se reproduise,

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car, dans certains cas de paralysie occasionnée par une section de nerf, la guérison a eu lieu, et dans la cicatrice du nerf divisé on a pu retrouver des éléments nerveux de nouvelle formation.

Je n'en finirais pas, si, pour indiquer toutes les opérations curatives des forces delà vie, je prétendais les faire connaître par une simple énumération. Cela n'est pas mon but. J'ai voulu montrer que, dans tous les désordres pris en exemple, il y a eu intervention d'une influence conservatrice de la nature des tissus, de la forme des organes, de la régularité des fonctions, et cela par des actes naturels ayant pour but de détruire, de chasser et d'isoler les effets matériels produits chez l'homme par les différentes impressions morbifiques. Tout, dans ces actes, représente la contre-partie des effets morbides, c'est une lutte de la conservation contre la destruction, et il est impossible de ne pas placer à côté de la nature créatrice de l'homme une faculté médicatricey susceptible de concourir au but des lois premières de la création, en remédiant aux maux qui affligent le corps humain. Cette action de la nature contre les effets de chaque impression morbifique est aussi évidente que ces effets eux-mêmes, et c'est presque une ingratitude que de la vouloir contester. Il n'est personne qui n'ait des grâces à lui rendre, et à qui elle n'ait rendu quelque bon office.

Ceux qui nient l'existence d'une influence providentielle de la nature sur la terminaison des maladies disent : Mais tout ne guérit pas par la nature médicatrice; intelligente comme vous la supposez, elle ne devrait pas laisser mourir autant de malades, elle ne devrait pas consolider une fracture de travers, faire ouvrir un abcès dans le péritoine et amener la mort, produire l'étranglement d'une hernie, etc., etc.; j'en passe, et des meilleures. D'abord, parmi les philosophes qui ont admis le dogme de la nature médicatrice, personne n'a jamais dit ou insinué que rinlluence de la nature fût de force à empêcher de mourir un individu soumis à une impression morbifique violente et profonde. La destinée humaine est fixée d'avance, et les lois de conservation de l'espèce n'ont d'autre pouvoir que de la préserver ou de la conserver un temps défiin. Cette action n'a rien de particulier à l'individu; il ne faut pas se flatter à cet égard; elle n'est pas relative à la maladie en général, telle que nous la comprenons, formée par une association de phénomènes morbides; elle est spéciale à un désordre coq)orel, contre lequel elle lutte, et, à ce titre, elle se révèle partout autour des lésions organiques. \a\ homme a un abcès (le la fosse iliaque, que le travail de la nature pousse à la fois vers l'extérieur et vers le péritoine, où il s'ouvre en déterminant une péritonite mortelle. Une femme est affectée d'anévrisme de l'aorte, avec

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