DES I>DICATIONS EN GÉNÉRAL
une poche énorme qui use les côtes, s'ouvre à l'extérieur et la fait périr en quelques secondes. Quelle a été dans ce cas la puissance de la nature médicatrice qui a laissé périr ces deux malades ? Je l'ai dit tout à l'heure, cette action de la nature n'est pas spéciale à l'individu, mais à la cause morbifique et à son effet matériel. Non, sans doute, la nature n'a pas préservé de la mort X.... avec un abcès de la fosse iliaque, et Y.... avec son anévrisme; elle a échoué; mais qu'on examine lecadaxre, et on verra si elle n'a pas fait preuve de prévoyance et d'intelligence dans ses opérations. Ici elle avait établi des adhérences avec l'intestin, pour faire cheminer le pus sans danger, de la fosse iliaque dans le cœcum, et là elle avait fait une poche, formée de couches sanguines concentriques, qui s'opposaient depuis plusieurs années à la rupture de l'anévrisme , en faisant tout ce qu'il fallait pour le guérir. De ce qu'elle n'a pas sauvé les malades, il ne s'ensuit pas qu'elle n'ait rien entrepris pour faciliter la terminaison favorable de leur mal ; au contraire, je viens d'établir les traces de son action bienfaisante. Il en est ainsi partout. Toute impression morbifique entraîne une réaction dynamique ou organique, destinée à en détruire les effets. Dans les cas ordinaires, la guérison a lieu ainsi tout naturellement ; mais, si l'impression morbifique est trop violente, comme peut l'être celle d'une épidémie, ou si les effets organiques sont très-graves, la réaction n'a pas le temps de se produire, et le travail de la nature, à peine commencé, se trouve interrompu par la force destructive opposée.
Au reste, en admettant l'influence de la nature sur la guérison des maladies, nous ne voyons là qu'un fait expérimental démontré par l'observation. La nature médicatrice n est ^ïxs une chose concrète, ou un être particulier, indépendant del'organisme. Ce n'est pas davantage un être imaginaire. C'est l'ensemble des forces de la nature vivante, opposée dans sa résistance à ce qu'on appelle la maladie , c'est-à-dire aux désordres corporels produits par les impressions morbifiques.
Il était important d'établir ce fait avant de parler thérapeutique, car il en est la base, et qui l'ignore ne peut faire qu'une bien mauvaise médecine.
Art. II. — Des indications en général.
Si la plupart des maladies guérissent par les seuls efforts de la nature, il en est d'autres qui n';clament les secours de l'art, soit pour en neutraliser le germe avant son éclosion ou à ses débuts, soit pour remettre des parties dans leurs rapports naturels, soit enfin pour aider à l'évolution des phénomènes morbides. Dans ces cas, le méde-
cin vient au secours de la n;xiure {medicus naturxminister et interpres), et il lui arrive quelquefois delà suppléer entièrement; comme le dit Lordat, dans les maladies qui dépendent d'une altération du mécanisme , c( l'art vaut mieux que les forces médicatrices \ »
Une fois que la nécessité d'agir est reconnue, et que l'intervention de l'art contre une maladie est décidée en principe, le médecin' qui a examiné le malade, scruté la nature du mal et les circonstances accessoires extérieures qui l'entourent, trouve dans cette recherche le motif d'adopter la médication, le remède, ou l'opération qu'il croit convenables. L'ensemble de ces phénomènes indicateurs du remède à employer constitue V indication thérapeutique. C'est, dit M. Rostan, ce qu'il y a de plus utile en médecine -.
Hippocrate ne fait que mentionnerles indications thérapeutiques, et c'est Galien qui en a le premier traité très-longuement dans ses ouvrages ^ Pour lui, l'indication esiV insinuation de ceqiiil faut faire pour traiter une maladie. C'est une excellente définition à laquelle il ne faut rien changer, car elle exprime nettement l'impulsion secrète communiquée au médecin parles phénomènes morbides observés chez un malade.
Les indications thérapeutiques sont de deux espèces, selon qu'elles invitent à prévenir le mal et selon qu'elles indiquent les moyens de le combattre lorsqu'il est déclaré. La première classe constitue les indications |)rop/i?y/«c/i(/?f^5 ou \[\ prophylaxie; la seconde forme les indications curativcs ou thérapeuticiues.
1" Des indications prophylactiques.
La propiijjlaxie [-po'fArxy.-zu-/] de 7rpo-!pu>âa-o-w, je veille devant, je préserve) a pour objet de prévenir le développement de maladies éventuelles prochaines ou éloignées. Exemple : la vaccine est le moyen prophylactique de la variole, et, chez toute personne non vaccinée, il y a indication d'employer ce prophylactique.
La prophylaxie a pour base générale l'observance des lois de l'hygiène, mais elle a un caractère tout particulier, quand elle sort de l'application des moyens hygiéniques pour arriver à l'usage d'opérations ou de substances médicamenteuses particulières.
Hippocrate n'a pas dédaigné la prophylaxie hygiénique, puisqu'il lui a consacré un de ses aphorismes : « Dans toute agitation du corps, lors d'un malaise qui commence, se reposer est le remède*. »
* PerpcLuiié de la mddccvic, j). 242.
Mloslaii, Wd. (Un., t. III, p. 213.
'' Methodus mcdendi, lib. Il, cap. v; lib. IX, cap. vi.
* llini)0(ratc, Œuurcs, trad. par Littré, t. IV, Aphorismes. — Sect. ii, n" 48.