DES INDICATIONS PROPHYLACTIQUES
En effet, la pratique des malades montre souvent des sujets atteints d'accidents éphémères dont la nature est impossible à préciser , et qui guérissent par le repos et l'abstinence. En restant debout et se livrant à leurs occupations, ils fussent peut-être tombés malades. Quand, par sa profession, par ses habitudes et pour son plaisir, on s'expose à l'ardeur du soleil, à l'influence du froid et du vent, à la fraîcheur des nuits, à l'humidité du sol, aux variations subites de la température, aux émanations insalubres, il faut se garantir de ces différentes impressions morbifiques par les moyens que l'hygiène et l'industrie mettent à la disposition de l'homme. Les couvre-chefs et les ombrelles, les vêtements chauds et imperméables, les masques prolecteurs du visage, une bonne nourriture, etc., etc., sont les moyens prophylactiques d'une foule de maladies, telles que le coup de sang, l'angine, la bronchite, la pneumonie et le rhumatisme, la colique saturnine, les fièvres, la dysenterie, etc., etc. Ce sont là des exemples bien connus de tous les médecins. On pourrait les multipKer à l'infini.
Des individus menacés de maladies héréditaires, telles que la goutte, l'apoplexie, la scrofule et la phthisie pulmonaire, la folie, et une foule d'autres que je ne puis indiquer, peuvent trouver dans les ressources de l'art des moyens hygiéniques prophylactiques capables d'éloigner pour eux les chances de mort qui résultent de la viciation de leur race. Si, de bonne heure, par le régime végétal et lacté, les goutteux et les apoplectiques modifient la crase de leurs humeurs, ils échapperont au podagrisme et à la paralysie. Les enfants issus de scrofuleux et de phthisiques doivent être élevés au soleil et au grand air des champs, avec une nourriture animale excitante et fortement réparatrice, pour échapper au sort qui les menace. Quant à la folie, on ne peut espérer la prévenir que par une éducation morale particulière éloignée des grandes passions humaines et des funestes effets d'un romantisme ou d'un mysticisme exagéré.
Certaines maladies antérieures inspirent au médecin des indications prophylactiques. Une personne sujette aux bronchites, à la diarrhée, au rhumatisme, aux maladies de peau, etc., etc. , trouve avec raison qu'il est prudent à elle d'éviter le froid, l'humidité, les écarts de régime et les ahments qui peuvent la rendre malade. C'est de la prophylaxie hygiénique.
Il en est de même dans les maladies épidémiques et contagieuses, contre lesquelles on cherche à se prémunir par l'appliccition des moyens ordinaires de l'hygiène. Leur prophylaxie soulève d'immenses questions sanitaires, d'une aifficulté extrême, et qui sont loin crêtre résolues, malgré les discussions dont elles ont été l'obict. Est on con-
tagioniste, vite il faut des cordons sanitaires ; ne l'esl-on pas, on supprime les lazarets, les quarantaines et toutes les autres mesures préventives.
Dans les maladies épidémiques et vraiment contagieuses, tous les moyens préventifs sont inutiles, car, si la contagion directe existe, elle est toujours liée à la contagion indirecte par l'air, c'est-à-dire à l'infection, et, bien qu'on évite tout rapport direct avec les malades, par cela même qu'on vit dans l'air qu'ils respirent, on est exposé à contracter la maladie. Ces épidémies sortent des lazarets et sautent pardessus les cordons sanitaires sans qu'on puisse les en empêcher. Si la nature du mal est violente, elle dévaste tout sur son passage, et il n'y a contre elle qu'un seul moyen prophylactique général de quelque valeur, c'est la dispersion du foyer épidémique. Cela ne se peut faire partout, et il est évident qu'on ne peut songer à disperser la population de Paris occupé par le choléra; mais, en général, là où une épidémie fait des ravages, la dispersion des habitants dans la campagne, sous des tentes, ou ailleurs, est un excellent moyen de faire disparaître ce fléau. Cela est si vrai, que, lorsque, dans une prison, dans un couvent, dans un collège, régnent la rougeole, la fièvre typhoïde, le typhus, l'autorité, instruite par l'expérience, disperse tous ses pensionnaires, et le mal disparait. Dans le choléra de 1849, l'hospice de la Salpêtriére fut tellement ravagé, que l'administration des hôpilaux fut obligée de renvoyer ses vieillards dans la ville pour y vivre de la pension qui leur était allouée. Un peu plus tard, dans le midi de la France, également ravagé par le iléau, les habitants d'Arles, décimés et effrayés, se dispersaient dans les campagnes voisines, pour ne pas rester dans le loyer épidémique, qui s'éteignit dès lors très-rapidement. Partout ce fait se reproduit de la même manière dans des circonstances semblables, et il pourra trouver d'utiles applications dans l'avenir.
Il y a une autre prophylaxie que celle dont je viens de parler et qui fait piesque exclusivement partie de l'hygiène, c'est la prophylaxie qui appelle à son aide les moyens thérapeutiques proprement dits. Ainsi l'inoculation (ki cow-pox est le moyen prophylactique certain de la variole; l'usage de la belladone préserve de la scarlatine; on dit que le soufre a les mêmes propriétés contre la rougeole ; on a essayé les ceintures métalliques contre le choléra ; l'inoculation du venin de vipère contre la fièvre jaune, etc. , etc. Mais toute cette partie de l'art est dans l'enfance. Heureux soit le génie qui pourra l'agrandir et en étendre les limites !
DES l?iDICAT10>'S CURATIVES OU THÉRAPEUTIQUES. 559
-1" Des indications curalivcs ou ihérapculiqucs.
Lorsque la maladie est déclarée, sa nature et ses phénomènes principaux, l'état du malade et les circonstances qui l'entourent, inspirent tout naturellement au médecin la conduite qu'il doit suivre. Ce sont pour lui autant de sources d'indications thérapeutiques.
V La maladie; T le malade; o"* les ohjets ou agents extérieurs au milieu desquels il se trouve : voilà l'ordre dans lequel il faut étudier les indications thérapeutiques.
Ily a des iitdications rationnelles ïourmesipdirldirdiison, etqueFonremphtdans la plupart des lésions physiques et chimiques, lorsque le raisonnement précède l'expérience. Extraire un corps étranger irritant pour les tissus, remettre un os luxé à sa place, sont des indications rationnelles. Au contraire, YincUcation est empirique lorsque, uniquement conseillés par l'expérience, les médecins emploient la saignée, les vomitifs, et surtout les spécifiques, tels que l'iode, le mercure, la quinine, etc. La meilleure manière de classer les indications en particulier, c'est de les ranger selon leur importance et d'après la nature des moyens qu'elles mettent en œuvre. Ainsi, selon qu'on s'attaque à la nature et à la cause prochaine du mal, aux phénomènes morbides secondaires ou aux symptômes, on obéit à une indication fondamentale, accessoire ou sijmptomatique.
\^' indication fondamentale, principale, essentielle, est remplie quand on a dirigé ses moyens thérapeutiques contre la nature ou la cause prochaine du mal. Exemple : la saignée du pied ou les sangsues aux cuisses chez une femme dont les règles viennent d'être brusquement supprimées et qui se plaint d'étouffements, de palpitations, d'étourdissements, de spasmes, etc. Un vomitif chez un sujet qui souffre d'une indigestion; le quinquina, le mercure, chez des individus affectés de fièvre iutermittentc ou de syphihs, etc., remplissent des indications fondamentales ou essentielles.
Indication accessoire. On obéit à une indication accessoire en calmant la céphalalgie d'une fièvre typhoïde par des compresses d'eau gdacée, les crampes du choléra par des armatures, métalliques ou en donnant de l'éther contre les spasmes de l'hystérie. Le nombre de ces indications est considérable.
Indication sijmplomatique. 11 est une foule de maladies clironiques incurabh's dans lesquelles existent des symptômes incommodes plus douloureux ([ue le mal. Les névralgies du cancer, la toux et la diarrhée des phlbisiqucs, les sueurs des cacliecliques, la j)ncumat()se des
hystériques ou des hypocondriaques, etc., etc., sont des accidents que Ton cherche à faire disparaître avant de prétendre à la guérison de l'état général qui les produit. On rempht alors une indication symptomatique.
V Indications fournies par la maladie. — L'idée qu'on se fait de la nature d'une maladie entraîne toujours après elle l'application d'une méthode thérapeutique particulière. ïhémison, qui séparait toutes les maladies en trois classes, produites, les unes par le resserrement des tissus, strictum, les autres par leur relâchement, laxnm, et les dernières, mixtes, par le mélange du strictmn et du laxum, n'avait que trois indications à remplir, à l'aide de moyens relâchants ou émollients, par des topiques, des réfrigérants et des substances astringentes. Tous ceux qui, à son exemple, depuis Sylvius et Paracelse, jusqu'à Brown, Rasori et Broussais, ont élevé des systèmes nosologiques reposant sur une dichotomie chimique, humorale ou nerveuse, ont fait comme lui et ont singulièrement simplifié la médecine, en la ramenant à deux indications opposées, que le moins habile pouvait aisément remplir. Mais toutes ces doctrines exclusives se sont évanouies devant l'observation attentive des faits. Les maladies, si complexes par leurs causes, par leur nature et parleurs principaux phénomènes, présentent un grand nombre d'indications fondamentales qu'il est impossible de restreindre à une dichotomie quelconque. 11 faut les chercher dans la nature des éléments qui la composent; dans le siège, dans les symptômes, dans la période du mal, etc., etc.
La nature scrofuleuse, syphilitique, charbonneuse, rhumatismale, goutteuse, paludéenne, morveuse, intlammatoire ou cancéreuse des maladies; la présence de corps étrangers dans les tissus ou dans les cavités naturelles, telles que tumeurs hydatides, calculs biliaires ou vésicaux ; les projectiles isolés dans les chairs; le dépôt de venin dans une plaie, etc., etc., forment, quant à la nature du mcd, des indications thérapeutiques fondamentales dont le médecin ne saurait se passer, pour favoriser le travail naturel de la guérison. 11 n'est pas une de ces circonstances de la maladie qui n'implique un traitement spécial; ici le mercure, là de l'iode, ailleujs du quincjuina, de la vératrine, une opération ou un pansement parliculiers. L'indication fournie par la nature des maladies est la phis importante de toutes, car elle pennet de négliger une foule de circonstances locales accessoires, le remède choisi devant suffire à tout.
Les éléments d'une maladie, tels que l'état inllammatoire, qui commande les émissions sanguines et les émoUients , l'état nuiqueux ou bilieux, auquel on oppose généralement des vomitifs et des purgatifs;
DES IIND1CATI0>S CURATIVES TIRÉES DE LA MALADIE. o6i
l'état catarrhal, qui guérit aisément par les ré\ulsifs cutanés et par la vésication; l'état adynamique, qui exige l'usage des toniques et du vin; l'état ataxique, périodique, etc., etc., sont autant^d'indications principales qui modifient plus ou moins profondément la thérapeutique des maladies, en obligeant le médecin à employer des remèdes appropriés à Tune ou à l'autre des manifestations que je viens de signaler. Ainsi, par exemple, une lièvre typhoïde de forme inflammatoire exige un traitement tout différent de celle qui se présente avec la forme adynamique. Ici, la diète, la saignée, les bains; là, au contraire, une ahmentation prématurée et des boissons aromatiques et vineuses: Une névralgie intermittente, périodique, régulière, guérira par le quinquina, tandis que la même affection, également intermittente, mais sans périodicité régulière, ne sera pas modifiée par ce remède, et guérira, au contraire, par l'usage du fer et des opiacés.
Une maladie subite, singulière, qui se passe au bout de quelques heures, et qui revient d'une manière intermittente le lendemain, ou le jour d'après, est une maladie mortelle au troisième ou au quatrième accès, si, d'après son type, on ne reconnaît pas l'indication de laisser tout traitement symptomatique pour recourir aussitôt à l'emploi du sulfate de quinine. Chacun doit reconnaître là une fièvre pernicieuse.
Des convulsions provoquées par un taenia ne guérissent pas par les mémos remèdes qu'on administre dans les convulsions hystériques, ou dans les convulsions symptomatiques d'une maladie du cerveau. 11 en est de môme de toutes les maladies dont l'élément principal a été déterminé par le médecin. Chacune d'elles a son traitement particulier, qui diffère du traitement de la même maladie, entretenue par une autre cause ou associée à un élément morbide de nature différente.
Les causes occasionnelles fournissent souvent des indications fondamentales à la thérapeutique. Un homme vient d'être mordu par une vipère ou par un chien enragé; sa blessure réclame un traitement spécial, imposé en quelque sorte par la nature de la cause morbiiique. Dans le premiercas, la ligature du membre au-dessus de la blessure et la cautérisation avecl'ammoniaque pourront suffire; dans le second, ce ne sera pas trop que de recourir aussitôt à la cautérisation par le fer rouge. Un garçon boucher se présente avec un petit engorgement rougeàtrc de la peau, surmonté d'une phlyctène brune, et le mal paraît sans gravité : si on ne le cautérise vigoureusement, il fera périr l'individu, car c'est le commencement d'une maladie charbonneuse.
L'asphyxie par défaut d'air, les divers empoisonnements, les corps étrangers des tissus ou des cavités naturelles, etc., etc., exigent des
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soins parliculicrs exclusivement en rapport avec la nature de la cause morbitique. De sa connaissance exacte et précise résulte donc l'indication d'agir d'une certaine manière de préférence à toute autre.
Du siège des mctladies découlent plusieurs indications thérapeutiques très-importantes. Ainsi le silence absolu dans les maladies du larynx, le repos des membres affectés de blessures ou de plaies, le régime le plus sévère dans les maladies de l'inlestin, l'absence de travail dans les maladies du cerveau, sont des nécessités thérapeutiques indispensables. Dans la pleurésie, la douleur de côté appelle des émissions sanguines locales sur le point douloureux. Dans les hémorrhagies, la thérapeutique varie, selon leur siège extérieur ou intérieur, et d'après leur situation dans un parenchyme, plutôt que sur une surface muqueuse ou cutanée. La bronchite des grosses bronches se traite d'une manière toute différente que la bronchite capillaire. On guérit de l'œdème sus-glottique, par une déchirure habilement faite des replis arythéno-épiglottiques infiltrés , tandis que l'œdème sous-giottiquc est inévitablement mortel, si on ne pratique pas la trachéotomie. La pustule variolique des paupières doit être cautérisée, pour arrêter une ophthalmie susceptible d'amener la perte d'un œil, tandis que les pustules du visage peuvent être abandonnées à leur marciie naturelle. L'entérite de la partie moyenne de l'intestin se guérit par les astringents administrés par la bouche, tandis que c'est par le rectum qu'il faut combattre la colite et l'entéro-colite. L'emphysème du poumon entraîne d'autres indications que l'emphysème du tissu cellulaire, et ainsi de suite pour toutes les altérations somatiques semblables qui peuvent se développer sur des parties différentes.
hcs symptômes ne sont qu'une manifestation secondaire des maladies, et cependant, chez quelques malades, ils exigent, de la part du médecin, une attention très-sérieuse, soit à cause de leur intensité, soit à cause des désordres particuliers dont ils peuvent être l'expression. La dyspnée, l'asphyxie causées par l'engouement des poumons dans la pneumonie ; la douleur des cachexies cancéreuse et syphilitique, dont la vivacité nuit au repos; la toux nerveuse des hystériques; les sueurs et la diarrhée colliquative de la phthisie; l'épistaxis dans la fièvre typhoïde; les palpitations dîuisles maladies duca^ur; la dyspep- ,sie, la constipation, etc., etc., sont des phénomènes qui exigent souvent une médication particulière, en attendant que l'on ait pu triompher de la maladie pi'iiK'i|)ale. Ainsi les douleurs ostéocopes nocturnes, quelquefois si vives, de la syphilis doivent être calmées par l'opium, sans attendre l'action curative ultérieure de l'iode ou du mercure. Anêler la diarrhée chez un homme phthisique, ou atteint de cachexie
DES INDICATIONS CURATIVES TIRÉES DU MALADE. oGo
cancéreuse, est toujours une cliose utile, car c'est le moyen de prolonger une existence impossible à conserver.
Vintensité de la maladie, sa violence, obligent à une intervention plus active, plus \igoureuse que dans les cas simples et ordinaires, et les moyens qu'on emploie sont généralement très-énergiques De violents phénomènes inflammatoires, ataxiqucs ou adynamiques, par exemple, ne peuvent être abandonnés à eux-mêmes, et il faut recourir à de fortes saignées, aux antispasmodiques et aux toniques employés à haute dose.
Une maladie ne saurait être traitée de la même manière dans les différentes phases de son évolution, et le médecin doit s'inspirer, pour l'emploi de ses remèdes, de la période du mal. Il est évident que les moyens qu'on emploie au début ne conviennent pas à la période d'état ou à la période de déclin.
Souvent, au début, l'indication est obscure, la maladie se dessine mal, et les symptômes sont peu caractérisés ; ils ne suggèrent aucune idée thérapeutique : il faut alors, d'après le précepte de Stoll, se contenter de la diète, du repos et des boissons délayantes. Indicatione incerta, maneas in cjeneralibus.
Dans la période d'état, les indications sont positives, rationnelles ou empiriques ; il n'y a plus d'embarras dans l'esprit du médecin. C'est le moment d'abatfre les phlegmasies aiguës par la saignée at les remèdes spoliatifs ; le rhumatisme, par le sulfate de quinine ou par la vératrine; les hémorrhagies, par la saignée dérivative et les médicaments plastiques, acidulés ou spécifiques ; les maladies catarrhales, parles vomitifs ou les purgatifs, etc., etc.
Plus tard, enfin, dans la période de décroissance, de nouvelles indications se présentent, soit pour interrompre la médication mise en pratique, soit pour diriger les tendances de la nature vers une bonne crise, soit pour récorporer l'organisation affaiblie parla diète ou l'action débilitante des remèdes, soit enfin pour ménager une transition entre la maladie et la santé, par un régime convenable.
La convalesce7ice a ses indications, tant pour écarter les causes de rechutes par les émotions morales, la préoccupation intellectuelle ou la fatigue physique, que pour l'institution d'un régime alimentaire varié, aidé dans son action par les toniques, afin de faire disparaître l'anémie qui résulte toujours des maladies aiguës et chroniques.
T Indications fourmes par le malade. — La seconde source des indications thérapeiitiques, non moins féconde que la première poui'les inspirations (ju'ellc donne au médecin, vient de l'élude du malade, de son Age et de son sexe, de sa constitution et de son tempérament, de
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sa généalogie morbide, de sa santé antérieure, et enlin de Yétat des forces dans le moment présent. L'étude de la maladie est complètement stérile si elle ne marche de pair avec la juste appréciation de l'état du malade. // rnj apas de pleurésie, a dit Récamier, il ny a que des pleur étiqnes ; mot profondément vrai et qui peut être appliqué à toutes nos espèces morbides. Aussi quelle pitié n'est-ce pas de \oir la statistique s'emparer des maladies soumises à un traitement quelconque, pour en déduire d'une manière absolue l'efficacité du remède, et dire : Sur tant de lièvres typhoïdes, tant de pneumonies, tant de pleurésies, etc., etc., traitées de cette manière, nous avons réussi dans la proportion des deux tiers ou des trois quarts; donc cette médication est la meilleure.
Cette conclusion est fausse, car dans ces relevés il n'y a pas deux individus semblables par leur âge, par le tempérament, le sang et la constitution, par l'hérédité, par les maladies antérieures, par l'étendue du mal et par son siège, par la nature intime des produits morbides, par la réaction dynamique, etc., etc. On a donc compté des maladies différentes, comme des unités de même nature, ce qui est une faute de raison et d'arithmétique à la fois. Jamais un médecin ne rencontre deux maladies semblables, parfaitement identiques, pour dire une pleurésie et une pleurésie font deux pleurésies. S'il veut être sincère, il n'y verra que des choses dissemblables impossibles à additionner.
Sauf un très-petit nombre de cas , relatifs à l'application de remèdes spécifiques, la statistique thérapeutique est fausse, mensongère et dangereuse, car elle substitue , au moyen de l'autorité des chiffres , une formule thérapeutique brute à la détermination raisonnée , essentiellement variable du médecin, dirigé par des indications variables et mobiles. La statistique appliquée à la médecine est une excellente chose, mais il ne faut s'en servir que pour la détermination hiérarchique des symptômes, et l'établissement du dignostic. Alors elle peut rendre de véritables services.
Il faut donc, vis-à-vis d'une maladie quelconque, s'occuper de ce qu'on appelait jadis le support, c'est-à-dire le malade. Si le snpport est vermoulu, ce qui repose sur lui risque fort de se briser. Quand la constitution ne vaut rien pour un motif ou pour un autre, il n'y a pas de résistance vitale; les maladies ont une gravité toute particulière, et il y a, vis-à-vis d'elles, des indications à remplir qu'on ne saurait impunément négliger.
\iâ(je des malades, principalement le premier âge et la vieillesse, commandent une réserve très-grande dans la thérapeutique, lorsqu'il