DES LNDICATIONS CURATIVES TIRÉES DU MALADE
existe une maladie aiguë contre laquelle il faut recourir à des moyens énergiques. Dans les maladies aiguës inflammatoires des jeunes enfants, la saignée est impraticable, et les émissions sanguines par les sangsues sont très-dangereuses, à cause de l'épuisement et de l'anémie qu'elles amènent trop souvent à leur suite. Une faut les employer qu'avec circonspection dans les cas graves, afin de ne pas courir les chances d'accidents plus sérieux que ceux de l'état morbide à détruire.
Dans la pneumonie et dans la bronchite principalement, après la rougeole, les vomitifs répétés remplissent une indication qui n'existe pas chez l'adulte, celle de faciliter l'expulsion des mucosités bronchiques, et d'évacuer la desquamation épithéliale des bronches, qui, selon moi, sert de point de départ aux tubercules pulmonaires.
A cet âge encore il importe de nourrir légèrement les enfants dans leurs maladies et d'augmenter l'alimentation le plus tôt possible dans la convalescence, car l'organisme, en voie d'accroissement, supporte moins bien la diète que l'organisme d'un être adulte.
Chez les vieillards, dont les maladies aiguës prennent très-rapidement le caractère adynamique, il faut de môme être très-réservé dans l'emploi des médications antiphlogistique ou débilitante, et ne pas prescrire une diète trop rigoureuse. Le bouillon coupé, l'eau rougie et les toniques, trouvent chez eux leur application rationnelle et motivée par une indication fondamentale.
Le sexe n'est pas, d'une manière absolue, la source d'indications thérapeutiques particulières; cependant l'homme, en raison de sa force généralement plus grande, peut être soumis à une médication plus énergique que la femme. Chez celle-ci, au contraire, il faut toujours compter avec l'utérus et ses fonctions, avec la susceptibilité nerveuse, avec la faiblesse, etc. Ainsi les femmes présentent moins souvent que l'homme l'indication de la saignée, en raison de la fausse pléthore, qui leur est si commune. La saignée est même contre-indiquée chez plusieurs d'entre elles, à cause des accidents nerveux momentanés qu'elle entraîne à sa suite. Je citerai à cette occasion l'excm- ])le d'une dame qui ne peut être saignée sans tomber en faiblesse et sans offi'ir, pendant plus ou moins longtemps, une toux nerveuse hyslérique qui ne cède ([u'aux petits vésicatoires morphines.
La plus importante de toutes les questions que soulève la participation du sexe aux indications thérapeutiques est celle-ci : une femme qui a ses règles et qui tombe malade doit-elle être soumise à un traitement sembhdde à celui d'une autre femme de même force et de même constitution, affectée d'une maladie semblable? L'indication
est-elle d'agir, ou, au contraire, d'attendre la cessation dullux menstruel pour commencer le traitement? L'expérience de tous a prononcé. Dans les cas ordinaires, et lorsque la maladie, quelle que soit sa nature, est peu intense, s'il n'y a pas indication formelle d'agir, il faut attendre, en prescrivant l'usage de moyens peu actifs, que la fin des règles soit arrivée. Souvent, lorsque la maladie aiguë est modérée, ce flux de sang suffit pour la faire disparaître ou pour donner le temps à la nature de l'enlever avant l'intervention de l'art. Quand, au contraire, ils'agitd'une phlegmasie aiguë grave, intense comme une pneumonie, un rhumatisme, ou d'une fièvre continue, typhoïde ou autre, il ne faut pas se préoccuper de la fonction menstruelle, et rester inactif si l'on croit devoir employer la saignée, l'émétique ou tout autre remède un peu énergique. Ce n'est pas quand la maison brûle qu'il faut élever des questions de préséance, pour savoir dans quel ordre on en doit sortir. Que le plus rapproché de la porte s'échappe le premier. 11 doit en être de môme en médecine, lorsque la vie est compromise par une maladie survenant avec l'apparition des règles. Si l'indication formelle est de saigner, il faut la remplir en courant le risque d'une suppression menstruelle. Le médecin doit courir au plus pressé et ne prendre conseil que de la nécessité présente.
J'en dirai autant de l'état de grossesse, qui doit être l'indication de différer l'usage de moyens énergiques dans les cas ordinaires et sans gravité, mais qui ne doit pas arrêter la détermination du médecin lorsque le mal est, de sa nature et dans son expression, assez violent pour compromettre la vie.
La constitution forte ou faible du malade est, pour le médecin, une indication d'être résolu ou réservé dans l'emploi des remèdes thérapeutiques, de manière à proportionner son intervention à la force des sujets. Il en est de même du tempérament. Cependant ici on trouve des indications plus particulières à remplir. Chez les personnes d'un tempéiament sanguin prononcé, qui donne toujours à leurs maladies une forme inflammatoire évidente, l'indication est de recourir soit à la saignée, soit à des émissions sanguines locales. Au contraire, chez des sujets nerveux ou bilieux qui offrent, à l'occasion de toutes leurs incommodités ou maladies, un état d'éréthisme spécial, ou un embarras gastrique plus ou moins prononcé, l'indication est de les calmer par des bains, des sédatifs, des antispasmodiques, ou par des vomitifs et des j)urgatifs.
Uinllnence morbide liéréditaire est assez peu en honneur au tenq)s où nous sommes. On mêle son sang à un autre, aussi facilement qu'on donne une poignée de main, par intérêt ou par amitié. Qu'en résulte-
DES INDICATIONS CURÀTIVES TIRÉES DU MAI.ADE. o67
t-il? Une génération nouvelle, ayant en fait le sang paternel ou maternel, et en puissance les maladies de ses procréateurs. Il en résulte, pour le médecin, la nécessité rigoureuse de connaître la liliation de ceux aux-^ ([uels il donne des soins; car, dans cette recherche, il trouve des indications importantes pour ses déterminations ultérieures.
L'étude généalogique du samj, c'est-à-dire de l'influence morbide héréditaire, est impossible dans les hôpitaux , et la balance ou le creuset ne peuvent rien pour la faire connaître. Les renseignements qu'on y ramasse sont trop indirects et viennent d'intelligences trop peu éclairées pour avoir une importance réelle. Jamais on n'y fera un travail sérieux sur les maladies héréditaires. C'est dans la ville, et lorsqu'on est depuis longtemps l'ami et le médecin d'une famille, que , sans enquête oflicielle et par la fréquentation quotidienne, dans les confidences spontanées , par l'observation des maladies ou des infirmités de ceux qui meurent et de ceux qui naissent, que l'on arrive à découvrir par soi-même , sous le voile dont chacun couvre sa pauvre nature, les vices transmis par le sang et les misères physiques ou morales qui s'y rattachent. Alors on trouve dans le passé des familles une lumière pour le présent et pour l'avenir. Dès le début d'une maladie dont chacun ignore la nature, on sait à quoi s'en tenir sur ce point, et il n'y a plus qu'à remplir l'indication qui en résulte. — L'existence de la syphilis chez le père ou chez la mère est une indication pour administrer aux enfants atteints de maladies cutanées douteuses une préparation mercurielle ou iodurée. Le scrofuhsine des parents, est une indication de combattre avec plus de soin, par les moyens locaux ou généraux , les affections aiguës des bronches ou de l'intestin, afin d'y éviter la formation des tubercules. Le rhumatisme, le podagrisme et toutes les maladies héréditaires, sont autant d'indications thérapeutiques importantes pour éclairer la nature d'une maladie chez les descendants, et pour fixer l'emploi de la thérapeutique.
>'on-seulement la généalogie morbide est utile pour conduire à l'indication thérapeutique, mais elle a encore l'avantage de faire connaître ce qu'on peut attendre de l'efficacité des remèdes qu'on emploie. Si l'on doit espérer un résultat favorable des moyens généraux toniques ou spécifiques contre une maladie dont le germe n'existe qu'à un faible degré chez les parents, que sera-ce si ce germe existe, au contraire, chez les deux ascendants directs et dans les générations précédentes? Ainsi je donne des soins à un monsieur, affecté d'eczéma et de blépiiarite ciliaire chronique très-intense, dont le fils a les yeux rouges par suite d'une blépharile ciliaire, et dont le père et le grand-
508 DE LA THÉHAPEUTIQUE E>î GÉ>'ÉRAL.
père ont eu la même affection sur la peau et au bord des paupières. Que peut la médecine contre de pareilles intirmités, datant de quatre générations connues et probablement aussi des générations antérieures ? Évidemment rien autre chose que d'adoucir le sort des malades, car toute guérison radicale est impossible. Les croisements successifs avec une race différente pourraient seuls enlever ce que des unions fâcheuses ont fait venir.
Les maladies antérieures du malade constituent souvent des indications essentielles à la thérapeutique ; elles peuvent avoir un rapport direct avec la maladie actuelle, soit comme répétition du même acte morbide, soit comme transformation et métamorphose du mal, soit enfin comme indice de la santé générale de l'individu.
Il faut donc étudier avec soin le passé des personnes auxquelles on est appelé à donner des soins. De cette connaissance résultent des indications très-importantes.
La régularité, l'abondance ou la suppression des règles chez une femme malade , indiquent au médecin soit la saignée , soit les toniques et les préparations ferrugineuses; la saignée si, par suite d'une brusque cessation, il y a congestion cérébrale, lourdeur de tête, pesanteur à l'hypogastre, etc.; les martiaux et les toniques, au contraire, si, avec la suppression, les femmes sont pales, chlorotiques, atteintes de gastralgie, etc. Il en est de même si les règles sont excessives et formées de sang clair, peu coloré.
Une ancienne syphilis indique la méthode h suivre dans une névralgie rebelle, dans une éruption chronique mal déterminée ou dans les <:as- de tumeur indolente des parties molles ou des os.
Une ancienne attaque de rhumatisme est une indication de traiter comme affection rimmatismale des douleurs vagues, de siège variable, si l'on n'a pas de raison péremptoire pour les rapporter à une maladie particulière.
On voit si souvent des individus ayant eu, dans leur jeunesse, des maladies de peau, telles qu'eczéma, impétigo, ptyriasis, etc., avoir ultérieurement des migraines, des angines, des bronchites et des affections chroniques des voies digestives, qu'il y a lieu de rapporter à la métamor[)hose du principe lierpétiqne ou dartrenx la manifestation de •ces maladies nouvelles. Cette opinion, jadis en faveur, a été submergée par le flot des idées anatomiques aux prises avec ce qui est palpable el visible, et n'a plus que de rares partisans. Son importance pratique est immense, et, comme l'a fort bien dit M. Chomel',
' Loc. cil. pago 012.
DE l'état des forces. 569
c'est une indication qui montre l'origine du mal et les moyens d'en triompher.
Dans ces cas, le soufre, les antiscrofuleux, les exutoires à demeure, etc., rendent de véritables services, et permettent de guérir des maladies jusque-là demeurées incurables.
De même que les maladies antérieures, Y assuétude rux remèdes doit être étudiée par le médecin, dans le but d'y trouver une indication. N'y aurait-il que celle d'abandonner l'idée d'un remède éprouvé par le malade comme nuisible, ce serait déjà quelque chose, mais il y en a d'autres. Quelques sujets ne peuvent supporter les bains et y perdent connaissance. L'opium, chez d'autres, ne procure pas de sommeil et agite, ou bien l'assuétude les porte, comme j'en ai vu l'exemple, à en prendre un et deux grammes par jour. — H y a des personnes que l'éther fait vomir, etc., etc.
On trouve aussi des individus que la maladie a éprouvés, et qui ont pour la seconde fois, dans le présent, une bronchite, une pneumonie, un rhumatisme, etc., etc., jadis guéris par une méthode thérapeutique spéciale, les saignées par exemple. — Ce fait est une indication pour employer le même moyen de traitement. Il vaut mieux en effet, dans cette circonstance, s'il n'y a pas de motifs contraires, revenir à une médication déjà éprouvée par le succès que d'en appliquer une nouvelle.
Il y a enfin ce que Ton appelle Vétat des forces du malade, qui fournit au moment même une indication fondamentale pour la méthode thérapeutique à suivre, pour la dose des médicaments et pour l'énergie de l'action médicale. C'est là un des points les plus délicats et les plus controversés de l'histoire des indications, car il est une foule de circonstances dans lesquelles cette appréciation exacte est trèsdifficile.
En effet, plus d'une fois déjà, à différentes époques de la science, on a essayé de classer d'une manière systématique les maladies en deux groupes distincts, d'après le seul caractère àeV exaltation ou de la diminution des forces. On en a fait des maladies sthéniques et asthéniques, des maladies actives et passives. Thémison d'abord, et, presque de nos jours, Brown, Rasori, Broussais, ont élevé des systèmes de ce gem^e, qui sont réciproquement la critique les uns des autres et donnent la mesure de leur faiblesse. En effet, les mêmes maladies se trouvent rangées par l'un dans la classe des maladies avec excès de forc(îs, tandis que par l'autre elles sont placées dans la catégorie de 4:elles où les forces sont en défaut. — Il ne fallait rien moins que cette circonstance curieuse pour montrer combien révaluation de celte
B. PATIIOI,. CK\. 24
o70 DE LA THÉRAPEUTIOUE EN (iÉ.NÉlUL.
condition particulière du malade est une cliose difticile, et combien il faut y apporter d'attention pour ne pas juger légèrement.
Les forces! qu'est-ce encore que cette abstraction qui fait rire tant de médecins écrasés par l'absolutisme de l'anatomie patbologique? Est-ce que, dans une maladie, il y a autre cliose que des organes malades que l'on traite par des moyens rationnels ou empiriques? Hélas ! oui, et ce quelque cbose, c'est l'ensemble de l'organisation, qui réagit à sa façon propre et individuelle contre les impressions morbifiques, de manière à donner aux phénomènes morl)ides leur caractère particulier. C'est la cause des phénomènes sympathiques produits au lohide l'organe affecté. C'est ce qui fait qu'on résiste à un désordre corporel, identique par sa nature, par l'étendue et par son siège, à celui du voisin, qui succombe en quelques heures. Comme h\ vie, les forces diffèrent selon les individus, et, si elles ne sont pas indépendantes des organes, puisqu'elles en représentent l'exercice légulier par leur ensemble, elles sont au moins distinctes des organes malades. Pourquoi le plus petit accès de fièvre enlève-t-il à l'instant l'usage des membres, tandis ((u'une diète absolue de trois jours ne pourrait produire ce résultat? Est-ce à cause du furoncle ou de l'indigestion qui Ta précédé? Assurément non. La force de l'honmic n'est pas tout entière dans l'estomac smxhargé d'aliments ou dans la surface cutanée couverte d'un furoncle. Elle est, dans l'ensemble de l'économie, une véritable résultante de toutes les forces organiques isolées, et, si quelque part un point souffre, sans qu'il y ait assiiéîude, aussitôt, d'une manière sympathique, tout conspire, et, sympatliiquement, les forces se troublent en même temps que paraît le mal. Ce qui démontre qu'elle est dans l'économie, et non dans l'organe malade, c'est qu'elle peut être augmentée ou diminuée, pervertie ou opprimée, sans que l'état de l'organe ait changé, comme nous le verrons dans un instant. Ces modifications sont des plus curieuses et attestent toute l'iinporlance méconnue (hi dynamisme humain. Pourquoi la même maladie, en tant que lésion corporelle, sera-t-elle accompagnée de l'un ou de l'autre de ces états des forces? L'organe malade n'y est pour rien; c'est évident, et tout s'exphque par la sijmfathïe qui le rattache à l'ensemble de l'organisation. Seulement, qui dit sympathie dit individiialité, et, si l'état des forces peut varier chez les malades, c'est qu'il y a, en dehors des organes matériellement lésés, des individualités que la sympathie affecte d'une manière spéciale et dont il faut savoir tenir compte en médecine. (]'est la sympathie qui élève ou abaisse les forces, (piiles pervertit, c'est-à-dire qui les fait vibrer comme une corde en les poussant du plus au moins avec une rapidité qui déroute lob-