‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 89 sur 212 · MOYENS HYGIÉNIQUES OU DIÉTÉTIQUES · texte numérisé non relu

MOYENS HYGIÉNIQUES OU DIÉTÉTIQUES

astringente, etc. Obéir ainsi à une indication formelle, par la mise en œuvre d'un ou plusieurs moyens thérapeutiques, c'est instituer une médication.

Autant d'effets physiologiques ou curatifs principaux produits par les agents hygiéniques ou pharmaceutiques, Siuiixni de médications spéciales importantes à connaître. Elles sont plus ou moins nombreuses, selon les différents auteurs, selon les systèmes et les théories du moment; mais, à part quelques contestations, il en est un grand nombre sur l'existence desquelles on est parfaitement d'accord. J'y reviendrai avec détails à l'occasion des moyens pharmaceutiques.

§ 1 . SlOYEiNS HYGIÉNIQUES OU DIÉTÉTIQUES.

Ce qui conserve la santé peut la rétablir, et l'observance rigoureuse des préceptes de l'hygiène, déjà si utile à l'homme bien portant, l'est encore bien davantage lorsqu'il vient à être frappé par la maladie. Il y a tant d'exemples de personnes malades par leur faute et à la suite d'écarts de régime, de veilles, d'excès de travail, d'abus de forces en tout genre, ou d'impressions morbifiques produites par les clioses qui nous entament, que, dans beaucoup de cas, il suffît d'éloigner ces impressions morbifiques pour faire disparaître une maladie développée sous leur influence. — Un homme est constamment malade dans un appartement exposé au nord ; il le quitte pour habiter au midi, et sa broncliite disparaît; voilà l'effet d'un moyen hygiénique.

De toute antiquité , ces moyens ont été appréciés à leur juste valeur et considérés par tous les médecins comme étant de la plus haute importance. Hippocrate, Galien et leurs successeurs les ont toujours placés en première ligne dans le traitement des maladies, et il n'en pouvait être différemment. Ceux qui ont jeté les bases de la science et qui ont institué le principe de la nature médicatrice devaient, par cela même, attendre ses ordres avant d'agir d'une manière active, et placer leurs malades dans les conditions les plus avantageuses. Après avoir vu que la plupart des maladies guérissaient par le repos, le régime elles bains, ces moyens sont devenus la base de leur traitement, et on n'en sortait qu'en présence d'une indication formelle. Nature médicatrice et diététique, indication et pharmaceutique, tout cela se tient et s'enchaîne dans un ordre logique admirable. En effet, connaissant la marclie naturelle heureuse d'une maladie, on ne lui opposait que des moyens hygiéniques; au contraire, lorsqu'on avait à redouter qu(ilque chose, et (piand le travail de la nature avait besoin d'assis-

tance, c'est aux moyens chirurgicaux et pharmaceutiques qu'on s'adressait de préférence. Dans ce cas môme, cela \asans dire, les moyens hygiéniques venaient encore prendre place à côté d'eux à titre d'auxiliaire indispensable.

1" De la diététique des maladies aiguës.

La diététique des maladies aiguës proprement dites diffère notablement de la diététique des maladies chroniques. Les préceptes d'hygiène nécessaires et applicables dans un cas ne le sont pas toujours dans l'autre , et il est indispensable de savoir les varier suivant la forme aiguë ou chronique des maladies. — C'est encore dans les ouvrages d'Hippocrate que se trouvent les principes les plus complets qui aient jamais été formulés sur cette matière, et ce qui nous leste de lui est certainement ce qu'il y a de plus utile à connaître. Il suffit de lire le Traité du réfjime dans les maladies aiguës et son Appendice, pour apprécier l'importance qu'Hippocrate accordait à l'hygiène dans le traitement des maladies aiguës. Il ne voulait pas qu'on fît aucune thérapeutique active au début des maladies, à cause de V humeur intempérée dont il fallait attendre le mouvement, et il n'agissait qu'à certains jours, considérés par lui comme indicateurs en raison du développement des phénomènes critiques. C'est en cherchant à deviner la crise, qu'il s'appliquait à en diriger l'explosion. Quo natura vergit, eo ducendum. Tout l'esprit de la médecine d'Hippocrate est dans ce précepte.

Après avoir étabH en divers endroits que la privation de nourriture est aussi nuisible que son excès, et que la rigueur du médecin ne réussit qu'à compromettre sa réputation et l'avenir des malades, il ajoute : « Si un autre médecin, ou même un homme étranger à la médecine, venant auprès du malade et apprenant ce qui s est passé, recommande de boire et de manger ce que le médecin ordinaire aura défendu, il paraîtra avoir procuré un soidagement manifeste. Ce sont surtout ces cas qui, dans le public, font honte aux praticiens; car il semble que le nouveau venu, médecin ou étranger à la médecine, a, pour ainsi dire, ressuscité un mort\ » Comme cela est vrai! Ne dirait-on pas que ces paroles sont écrites d'hier, tant les applications en sont nondjreusesV Cha([ue jour, rabstincnce et une médecine troj) active réduisent au marasme des malades (|ui se raniment et guérissent quelquefois sous l'inlluence de moyens contraires. C'est là, pour le

* lli|i|»0(r;itp, Œiirrcf;, Irad. [Kir Littré, t. il, \k 7)1.

DIKTÉTIQIE 1»ES MALADIES AlGl'ES. 7)87)

dire en passaiiL la raison du succès des lioinœopathes ou des cliarlatans. dont le sys-ième consiste à simuler remploi de drogues mensongères ou à nourrir les malades confiés à leurs soins après avoir été exténués par d'autres médecins.

Voici maintenant quelques apliorismes d Ilippocrate sur ce sujet :

4. Une diète tenue et stricte est dangereuse dans les maladies longues toujours, et. parmi les maladies aiguës, dans celles qui ne s'en accommodent pas. D'un autre côté, la diète, poussée jusqu'à la dernière limite deratténuation, est pénible, car les réparations àlextreme limite sont pénibles.

5. Dans une diète tenue, les malades commettent des écarts, et ils en souffrent davantage; car tout écart, ([uel qu'il soit, est proportionnellement plus grand que dans les diètes un peu plus nourrissantes. Aussi, même en état de santé, les diètes très-tenues, réglées et strictes, sont peu sûres , parce qu'on supporte les écarts avec plus de peine. Donc, en général, les diètes tenues et strictes sont moins sûres que les diètes un peu plus nourrissantes.

7. Quand la maladie est très -aiguë, aussitôt elle offre les souffrances extrêmes et aussitôt il est urgent de prescrire l'extrême diète; s'il n'en est pas ainsi, mais qu'il soit loisible d'alimenter plus copieusement, on se relâchera de la sévérité du régime, d'autant plus que la maladie s'éloignera davantage de l'extrémité.

8. Quand la maladie est dans toute sa force, la diète la plus sévère est alors de rigueur.

9. Il faut examiner le malade pour estimer s'il supportera le régime jusqu'au plus haut période de la maladie, et laquelle des deux alternatives arrivera, ou que le malade s'affaiblisse le piemier et ne supporte pas le régime, ou que la maladie cède la première et s'ainor-

10. Quand donc la maladie ariive tout d'abord à son summum, on prescrira tout d'abord aussi un régime tenu; quand ce moment tarde davantage, il faut, à l'époque du summum, et un peu avant cette époque, retranchei' de la nourriture; auparavant, l'alimentation sera plus abondante, afin (pie le malade puisse résister.

il. Il faut suspendre les aliments pendant les redoublements, cai' en donner est nuisible : en généial, pendant les accès de toutes les aflections qui ont des retours péiiodiques, il faut suspendre les ali ments.

\7). Les vieillards supportent le plu.^ aisément le jeûne, puis bis lionunes faits, et ensuite les jeunes gens; les eidants le supporh'ul le plu^ difticilemenl, surtout lenx qiû oui le plus de vivacité.

IG. Les régimes humides convicmient à tous les fébricilants, surtout aux enfants et à ceux qui sont habitués à un tel genre d'alimentation.

17. Il faut considérer à qui il convient de donner de la nourriture une ou deux fois par jour, en plus grande quantité, en moins grande quantité et par petites portions : on doit accorder quelque chose à l'habitude, à la saison, au pays et à l'âge.

Ce qu'Hippocrate donnait aux malades, dans le cours des maladies aiguës, c'était une boisson et une bouillie féculentes désignées sous le nom de ptisane et distinctes de ce qu'on désigne aujourd'hui sous le nom semblable de tisane.

La ptisane était une préparation faite avec de Forge gonflée dans l'eau, séchée au soleil, battue pour en chasser l'écorce et réduite en farine. On en fabriquait aussi avec du froment, du riz, des lentilles; mais le mot ptisane, sans épitliète, s'appliquait à la ptisane d'orge.

Après avoir fait bouillir une partie de cette farine avec douze à quinze parties d'eau, l'on y ajoutait un pieu de vinaigre, d'huile et de sel. Cette décoction pouvait être plus ou moins épaisse, mais on la faisait prendre d'autant plus claire que la maladie était à sa période la plus élevée. Alors même, lorsque les accidents étaient très-intenses, on supprimait complètement la ptisane pour ne donner que de la ptisane passée au liltre, c'est-à-dire de l'eau d'orge.

On ne donnait de ptisane que deux à trois fois par jour, selon l'habitude antérieure du malade de faire deux ou trois repas, et, dans l'intervalle, de l'eau miellée ou hydromel servait de boisson. Souvent il faisait ajouter quelques gouttes de vhiaigre à l'eau miellée, et ce qu'il désignait sous le nom d'oxymel.

Tous ces préceptes sont excellents à mettre en pratique aujourd'hui, et, sauf la période la plus grave des maladies aiguës, il est toujours bon de donner aux malades des boissons féculentes, de l'eau panée, des bouillons légers, des gelées de viande, etc. Vient un moment, au commencement de la période de déclin, où ce régime est indispensable, car pour les malades dont le pouls reste fréquent malgré l'amélioration de l'état général et local, c'est le seul moyen de les guérir. En vingt-(|uatre heures, sous l'influence de l'alimentation, le pouls revient quehjuefois à son état naturel. Soutenir les forces dans le cours des maladies aiguës et nourrir proinptenient les malades à la convalescence, voilà le principe thérapeutique à l'aide duquel on peut avoir beaucoup de succès et peu de revers.

Les boissons doivent être abondantes, en cas de réaction fébrile,

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