DIÉTÉTIQUE DES MALADIES AIGUËS
pied, selon la mesure des forces. Il est toujours nuisible de condamner ces malades au repos.
Le sommeil des maladies aiguës est une chose tellement rare, et par conséquent si précieuse, qu'il faut le respecter avec scrupule. Il n'y a pas à l'interrompre sous aucun prétexte, pas même pour faire prendre les remèdes opposés à la maladie; à moins que, par sa durée, il n'offre un caractère inquiétant et ne soit l'indication de recourir à des moyens particuliers. Dans ce cas, ce n'est plus du sommed, c'est un état comateux qui doit être interrompu par des moyens stimulants révulsifs.
La liberté du ventre doit être entretenue avec le plus grand soin dans toute la durée des maladies, et, s'il y a de la constipation, il faut recourir à l'emploi de lavements émollients ou purgatifs.
On s'effraye quelquefois à tort des soins de propreté à donner aux malades. Il ne devrait cependant exister aucune crainte à cet égard. La barbe, les cheveux, la bouche, les mains, doivent être entretenus chez un malade comme chez une personne en bonne santé, à moins que l'affaiblissement des forces ne s'y oppose, et que les malades s'y refusent. Mais c'est une permission qu'on peut accorder à qui la demande Il en est de même du linge de corps, qu'il ne faut pas laisser trop longtemps sur les malades, et qu'on peut changer avec précaution en ayant soin de le chauffer et de le pétrir sous les mains pour en faire disparaître la dureté. Un malade affecté de lièvre éruptive et un malade qui transpire peuvent ainsi changer de linge sans inconvénient, lorsqu'on s'y prend de façon à éviter l'impression du froid. Les bains ne doivent pas être défendus, au contraire, chez les personnes qui en ont l'habitude; ce moyen affaiblit la fièvre et pousse la maladie vers une terminaison favorable. Tous ceux qui ont la force de les supporter s'en trouvent bien.
Les malades doivent enfin être maintenus à l'abri des impressions désagréables ou douloureuses qui agissent profondément sur les sens. Autour d'eux, point de bruit, point de vive lumière, point d'odeurs fortes de nature à agirsympathiquement sur le cerveau. Point de longues conversations, de préoccupations d'affaires ni de travail intellectuel susceptible de fatiguer la pensée; aucune forte émotion de nature à bouleverser la sensibilité, sous peine de voir se produire un redoublement fébrile, l'aggravation des symptômes locaux et peut-être la mort.
En abordant un malade, le médecin, toujours plein d'affabilité, doit déterminer avec exactitude l'étendue des désordres locaux, sans négliger d'approfondir les troubles de l'état général et inoi'al. La bien-
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veillance et la bonté ne lui sont pas moins nécessaires que la science. Il doit écouter les malades avec attention, afm de pouvoir profiter de tous leurs renseignements, et, lors même qu'il y a dans ces commémoratifs des choses évidemment erronées, son devoir est de discuter sérieusement, avec patience et sans raillerie.
Une fois l'examen terminé et le diagnostic établi, le médecin doit annoncer, en termes un peu vagues, la nature du mal dont il a reconnu l'existence, afm de ne pas impressionner le malade d'une manière fâcheuse. Cette précaution est indispensable lorsqu'on a affaire à une de ces maladies graves dont le danger est bien connu des gens du monde et dont le nom est un effroi pour la société. Le choléra, la fièvre typhoïde, etc., sont des affections dont le nom ne doit jamais être prononcé devant ceux qui en sont pris. On ne doit cette confidence qu'aux plus proches parents, et encore lorsqu'ils sont en état de l'entendre.
Sans déguiser complètement la vérité sur l'issue probable des maladies, le médecin ne doit jamais attrister un malade par l'expression trop peu mesurée d'un pronostic défavorable. — Ceux mêmes qui sollicitent le plus pour savoir la vérité se trompent souvent eux-mêmes sur leur force d'ame et s'irritent de ce qu'on leur a dit. Ou ils n'y croient pas, et le médecin perd leur confiance, ou ils sont moralement anéantis par ce qu'on leur a fait connaître. Dans l'un et l'autre cas, cet excès de franchise est nuisible. Il y a peu d'hommes capables d'entendre les vérités de cette espèce. Cependant il y a des circonstances dans lesquelles on ne peut se dispenser de répondre; c'est lorsque celui qui interroge veut connaître la gravité de son état pour accomplir des devoirs religieux ou certaines dispositions temporelles. Alors, ma réponse au malade est invariable : « Oui, votre état est (( grave et toute espérance n'est pas perdue; mais, à votre place, et « bien qu'il n'y ait pas lieu de craindre pour votre vie, je ferais ce qu'un « homme sage et un chrétien doivent faire de sang-froid, en parfaite « santé et sans y être contraint par la maladie; je réglerais ma fortune (( et ma conscience selon mes affections et d'après ma foi. Ce sont des (( choses qu'il faut faire souvent, dans la crainte d'être surpris par la «. mort. »
De cette façon, le médecin forcé de répondre au malade lui laisse <'ntrevoir le danger qu'il y a de retarder ce dont il parle, sans l'accahier d'une condamnation anticipée qu'un apôtre du catholicisme a seul jnission de faire connaître.
Mais , si le médecin doit écarter de ses malades toute impression morale susceptible d'aggraver leur état, c'est un devoir pour lui d'em-