‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 92 sur 212 · DIÉTÉTIQUE DES MALADIES AIGLES · texte numérisé non relu

DIÉTÉTIQUE DES MALADIES AIGLES

ployer celles dont l'intlLience est salutaire. Il y a des impressions morales curatives comme il y a des impressions morales morbitiqiies, et ce qu'on appelle le traitement moral est, à mes yeux, une des plus ijrandes ressources de la médecine. C'est là que brille et réussit le médecin enthousiaste, vraiment'amoureux de son art, lorsqu'il a foi dans les remèdes qu'il ordonne. Combien de maladies morales ou physiques que des influences morales ont fait disparaître! — Heureux, mille fois heureux le médecin doué de cette puissance. Un mot de lui, un regard, le moindre attouchement, suftisent quelquefois pour opérer des prodiges. Il sait inspirer la confiance, et, pour l'homme qui souffre, il n'est pas de disposition plus favorable. La foi se commLuiique aux malades, et c'est ainsi que des maux réputés incurables guérissent à son ordre, par l'accomplissement de pratiques vénérées ou par le contact de quelque objet surnaturel. — Née d'un vif sentiment de confiance inspiré par le médecin, ou de l'exaltation religieuse, la foi y chez les malades, décuple la puissance des moyens thérapeutiqLies, et il n'est pas d'effet qu'elle ne puisse produire. Des pilules de gluten ou de mie de pain données comme purgatives ont produit, chez certains malades, des évacuations abondantes.

— La seule présence du médecin peut calmer des douleurs trés-vives, comme l'arrivée chez un dentiste fait souvent disparaître l'odontalgie.

La foi, la terreur, la colère, le fanatisme, excités à propos chez les malades par le médecin, ou par des personnes étrangères à la médecine, disposent l'organisme aux réactions curatives les plus extraordinaires et démontrent bien toute l'influence que peut avoir le moral sur le physique. Le médecin néghge un peu trop cette phase de la science, et, en ne s'occupant que des phénomènes matériels, il se prive volontairement de ressources importantes pour les cas difficiles.

— Je ne puis citer avec détails tous les cas particuliers dans lesquels on doit avoir recours à cette espèce de moyens, car mon but est seulement de démontrer leur puissance. Quelques exemples doivent suffire.

J'ai cité, à propos de l'étiologie, le fait d'une enfant devenue sourde, muette et paralytique, à la suite d'une tentative de viol, et qu'on amena de province à l'Hôtel-Dieu de Paris^ seul endroit où l'on devait rencontrer un médecin d'assez grand talent pour la guérir. Le voyage s'accomplit sans difficulté, et elle entra à l'hôpital. Dès le lendeuiain, elle put parler et marcher; au bout de trente-six heures, elle était guérie : sa foi l'avait sauvée.

Une femme de soixante-douze ans, paralysée depuis quarante ans

du bras droit, eut, devant le docteur Plubing, de Berlin, un si violent accès de colère, qu'elle voulut donner un soufflet àsonlils, qui l'insultait, et elle se mit à remuer le bras depuis longtemps immobile. La liberté des mouvements a persisté jusqu'à la mort.

Que de paralytiques ont été guéris par la frayeur d'un incendie développé dans leur voisinage, assez près d'eux pour leur faire craindre la mort, et donner à leurs jambes le mouvement nécessaire à une fuite rapide!

Dans une circonstance mémorable, à l'une des ambulances de l'armée de Crimée, le choléra sévissant sur les troupes, des soldats malades, affectés de coliques et de diarrhée, vinrent demander place à l'hôpital. Malgré leur état de souffrance et d'accablement, le major les rudoie et les brutalise en les traitant de lâches, désertant le danger. Étourdis de l'apostrophe, ils se réveillent, se raniment, leur organisation prend le dessus et ils retournent au camp.

Un médecin anglais donnait des soins à un homme atteint depuis longtemps d'une paralysie de la langue, et que nul traitement n'avait pu guérir. 11 voulut essayer sur ce malade un traitement de son invention, dont il se promettait un résultat excellent. Avant de procéder à l'opération, il lui introduit dans la bouclie un thermomètre de poche. Le malade s'imagine que c'est là l'instrument sauveur; au bout de quelques minutes il s'écrie, plein de joie, qu'il peut remuer hbrement la langue \

Tout le monde connaît l'histoire de Boerhaave, à l'hôpital de Harlem, qui, pour calmer des attaques d'hystérie développées par imitation sur la population féminine de la salle, lit chauffer des fers dans un brasier et promit de brûler au fer rouge la première personne qui tomberait sans connaissance. La menace produisit son effet, et, sous l'influence morale de cette terreur salutaire, l'épidémie de convulsions cessa pour ne plus revenir.

Ces exemples et tant d'autres que je pourrais reproduire montrent toute rinllucnce (|ue le moral peut avoir sur le physique et le parti qu'un médecin habile peut tirer de cette disposition pour la thérapeutique. Inspirer la confiance dans l'avenir, et soutenir un courage abattu; ranimer l'espérance prête à s'éteindre, et provoquer le sourire au milieu des larmes, en voilà plus qu'il n'en faut à un homme de cœur pour le pénétrer de la mission ingrate et charitable qu'il est appelé à remplir auprès de ses semblables; mais ce n'est pas tout, son rôle s'élève au sublime lorsque, par la force de sa volonté et sans le

• Hygiène de Vàme, p. 35.

DIÉTÉTIQUE DES MALADIES CHR0:NIQUES. o9 l

secours d'aucun agent de la nature, il donne par ses conseils, à Fàme abattue d'un corps mourant, l'énergie morale dont elle a besoin pour se relever et ranimer son enveloppe corporelle.

Le médecin est la personnification de deux idées appartenant, l'une à l'ordre abstrait et moral, et l'autre à l'ordre matériel. Partout où il se présente, ces deux idées sont en présence, parce que devant lui se trouve la nature corporelle, dynamique et morale de l'homme. Comme philosophe et comme médecin , il les oppose constamment l'une à l'autre dans l'intérêt de l'humanité, et celui qui ne songe qu'aux effets matériels supprime l'àme de son œuvre et ce qui l'élève au-dessus de toutes les sciences rivales.

2" De la diététique des maladies chroniques.

Dans les maladies chroniques, l'emploi des moyens généraux hygiéniques constituant la diététique ne rend pas moins de services que dans les maladies aiguës. — Partout la puissance de la nature se révèle par le bien-être dont elle entoure celui qui souffre. Le changement d'air et le séjour à la campagne, le déplacement vers un climat doux et agréable, l'alimentation végétale et lactée, le séjour au bord de la mer et les bains qu'on y prend, les bains de rivière, la promenade à chevalet en voiture, l'exercice à pied, la gymnastique, le repos de l'esprit, le calme de la pensée, raniment les forces, rendent l'appétit plus vif, l'hématose plus complète, et tout le corps se ressent bientôt de ce changement. Qaales aiUem spiritus, talis sanguis, dit Hippocrate. En effet, sous l'influence des forces et du sang régénéré, l'embonpoint reparait même chez les personnes assez gravement malades.

Toutes les maladies chroniques de l'appareil vocal et respiratoire se trouvent parfaitement bien des climats chauds de l'Algérie, de l'Italie et de la Sicile, et il y a des malades ainsi affectés qui ne vivent qu'à la condition de cet exil de tous les hivers.

Les dyspepsies et toutes les affections chroniques des voies digestives, indépendantes de lésions somatiques, cèdeut comme par enchantement à la vie de campagne, l'appétit et l'embonpoint reviennent avec uin' étonnante rapidité.

11 en est de même des névroses, et particulièrement de l'hystérie et de l'hypocondrie, qui s'améliorent par la satisfaction qu'éprouvent généralement les malades lorsqu'ils sont excités par la distraction des voyages.

La nature guérit les blessures ({u'clle fait, et c'est dans son sein qu'il faut chercher les remèdes des maux qu'elle a produits. Cepen-

09^ DE LA THÉRAPEÎ TIQUE Ey GÉ.NÉRAL.

dant, si les influences hygiéniques et morales remportent sur la thérapeutique, qui ne \ient qu'en seconde ligne, celle-ci se manifeste d'une façon assez brillante pour se faire estimer après d'incontestables succès.

§ 2. Des moyeins CHniuRGiCAix.

Dans un grand nombre de circonstances l'intervention thérapeutique du médecin ne consiste plus à entourer le malade d'influences hygiéniques favorables, ou à le soumettre à l'usage des moyens pharmaceutiques ; elle est toute physique ou mécanique, et elle s'accomplit à l'aide de la main. C'est ce qu'on appelle la chirurgie. Comme ces opérations exigent souvent une habitude et une dextérité particuhères que tout le monde ne peut avoir, il y a des gens qui en font une spécialité, de manière à prêter leur concours au médecin lorsque cela est nécessaire. Heureux celui qui peut se suffire à lui-même et connaître également bien les principes généraux de la médecine et les procédés manuels de la pratique journalière. Malheureusement cet assemblage est rare, et le temps consacré au perfectionnement de la main est perdu pour l'étude de l'étiologie, du diagnostic et du traitement des maladies internes ou réflexes. Le chirurgien ne connaît généralement pas plus la médecine que le médecin n'entend les choses de la chirurgie. A mesure que s'étend la science, il devient impossible de la connaître dans son entier, et l'esprit humain, qui a ses bornes, est obligé, après une étude générale nécessairement superlicielle, de l'envisager par une de ses faces, afin d'en approfondir une partie. C'est ainsi que se créent les véritables supériorités. Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe ; cela est vrai, et ceux qui, en médecine, s'appliquent à tout savoir, linissent par connaître un peu de tout, sans avoir de fonds sur rien. Il faut savoir se borner. Ainsi se forment les vrais chirurgiens, obligés d'abandonner l'étude des lois de l'organisation et de leurs effets dans les réactions morbides, pour s'appliquer à la perfection des manœuvres de la main, afin de leur donner la sûreté et la dextérité qu'cHcs doivent avoir.

Les moyens cliirurgicaux sont tous pliysiques ou mécaniques, et le but qu'on se propose dans leur emploi est d'extraire, de redresser, de maintenir ou de détruire ce qui peut faire obstacle à l'exercice de la vie normale des tissus.

On a partagé ces moyens en plusieurs classes, selon le but qu'ils remplissent, et chacune d'elles a reçu un nom particulier. Les moyens destinés à réunir les parties divisées ou à remettre en place des organes déplacés sont désignés sous le nom générique de synthèse. Tels

DES MOYENS CHIRURGICAUX. 59o

sont les bandelettes agglutinatives des plaies, la suture, les bandages de hernie, de luxation, etc., etc. On donne le nom de diérèse, au contraire, à ceux qui séparent des parties réunies naturellement ou d'une façon accidentelle ; exemples : l'incision d'un abcès, la séparation de deux doigts réunis par une brûlure, etc. Ceux que l'on met en usage pour extraire quelque chose, solide ou liquide, placé dans la^rofondeur des tissus, sont compris sous la dénomination d'exérèse. Ainsi l'extraction d'un projectile, l'évacuation d'une hydrocéle ou d'une ascite, l'ablation d'une tumeur, sont des procédés appartenant à l'exérèse. Il y a enfin une dernière classe de moyens chirurgicaux, dans laquelle se trouvent les procédés divers à l'aide desquels on restaure des parties mal faites ou absentes. C'est ce qu'on appelle la prothèse; exemples : poser une dent artificielle, faire un râtelier, pratiquer l'autoplastie, etc.

Toutes ces divisions, bonnes au point de vue de la méthode, sont abandonnées aujourd'hui, car elles ne conduisent à aucun résultat pratique. En effet, on combine souvent dans une même opération des procédés appartenant à chacune de ces classes. On ouvre un abcès et on en rapproche les parois. Dans une ablation de tumeur, on divise, on extrait et on réunit, selon l'indication, sans se préoccuper de savoir si l'on agit par diérèse, exérèse et synthèse. Ce ne sont plus que des mots dont l'importance est singulièrement tombée.

A côté de cette chirurgie qui réclame une étude particulière, il y en a une autre plus inférieure et qu'on désigne sous le nom de chirurgie ministrante ou de petite chirurgie. Chacun peut la faire, mais cependant il y a encore ici des personnes qui s'y consacrent d'une manière particulière et en qui font une spécialité.

Cette petite chirurgie, fort utile et d'un usage journalier dans la pratique de la médecine, consiste dans l'emploi des moyens suivants :

1^ La saitfnée des artères, tombée en désuétude; celle des veines au bras, au pied, à la base delà langue, connue sous le nom de pklébotomie; celle des capillaires de la peau au moyen de ventouses scarifiées, et pour laquelle, à Paris, par exemple, on trouve des ventouseurs, profession assez lucrative ;

2® Le calorique en excès accumulé dans l'eau bouillante, le fer chaud, le moxa, etc.

3*" Le froid^ provo(iué par l'eau froide, par la glace, le mélange de glace et de sel, etc.

4° h' électricité iip[)\k[u(ie au moyen de l'ancienne machine électrique et de kl bouteille de Leyde, la pile voUaïque aujourd'hui abandonnée,

o94 DE LA THÉRAPEUTIQUE EN GÉNÉRAL.

et les appareils électro-magnétiques de toute sorte, si répandus maintenant par les soins très-intéressés des électriseurs.

5*" h'électro-puncture, assez rarement mise en usage;

6° Uacupimcture, trop peu connue, malgré ses avantages, très-complètement exposés dans le travail de J. Cloquet;

y he perkinisme ;

8" La compression permanente sur un organe, comme la mamelle, sur un vaisseau affecté d'anévrisme ou sur un membre variqueux ;

9*" La soustraction du poids atmosphériqae sur une grande partie du eorps, à l'aide des grandes ventouses imaginées par M. Junod.

10° La compression de l'atmosphère appliquée aux maladies de l'appareil respiratoire, et principalement à la phthisie, au moyen d'appareils particuliers et de machines spéciales inventées par MM. Pravaz, Eertin, etc.

§ 5. Des moyens pharmaceutiques.

Les moyens pharmaceutiques sont tirés de la matière médicale et constituent la pharmacologie^ ce sont des médicaments. Leur emploi est réglé, comme nature et comme doses, par une foule de conditions particulières, telles que l'âge, le sexe, le tempérament, Thabitude, et ce qu'on appelle l'action physiologique. Il n'y a pas d'étude plus importante pour le médecin , et elle doit marcher de pair avec celle des autres branches de la science, car c'est en définitive au choix et au mode d'administration des médicaments qu'aboutissent les études médicales. 11 n'y a pas de bonne pratique sans une connaissance approfondie de la matière médicale et de la pharmacologie. La première fait connaître l'histoire naturelle des médicaments, traite de leurs propriétés physiques et chimiques et de leurs diverses préparations ou compositions. La seconde en indique les doses et les propriétés physiologiques.

Les médicaments sont des substances solides, liquides ou gazeuses que l'on administre dans l'intention de produire une impression curative.

Les premiers sont en poudre obtenue par la porphyrisation ou la vapeur : c'est le moyen de faire prendre les substances insolubles, exemple : le calomélas à la vapeur, le fer réduit par l'hydrogène, les racines pulvérisées, etc.; ou bien ils sont en consistance molle: tels sont les pulpes de fruits, les sucs végétaux épaissis, les extraits aqueux ou gommeux, alcooliques ou résineux, de plantes actives; les mélanges de divers extraits connus sous le nom d'électuaires, les pâtes, les cntaplasmcis, les pommades et les onguents, les emplâtres, etc.; ou bien, enfin, ils sont à l'état solide dans des pilules, des bols, des dragées et des pastilles.

Page 1