DES MOYENS PHARMACEUTIQUES
Les médicaments liquides sont le résultat de l'expression des sucs d'une plante, ou de la solution des agents pharmaceutiques dans l'eau, l'huile, l'éther, le vin, etc. etc. ; selon que la solution est faite à froid, par macération, à la température ordinaire, ou par digestion à une température de soixante degrés, ou par infusion dans l'eau bouillante qu'on laisse refroidir, ou enfin par décoction lorsqu'on entretient l'ébullition de l'eau, ou à des produits connus sous les noms des macérés, des digestes, des infusés et des décoctés. Lorsqu'on recueille la vapeur qui s'élève du hquide renfermant le corps à dissoudre et que cette vapeur condensée forme un médicament, on dit qu'il a été obtenu par distillation.
Les médicaments liquides sont formés par des solutions aqueuses obtenues par les moyens que je viens d'indiquer, par des solutions alcooligues, vineuses^ acétiques, éthérées, huileuses ou ammoniacales.
Les médicaments gazeux se préparent sous forme de gaz ou de vapeurs. On a employé le gaz oxygène et le chlore, on emploie journellement les fumigations mercurielles, soufrées, les bains de vapeur, etc., etc.
C'est à tort que l'on cherche à séparer le médicament des aliments et du poison, caries différents objets de la nature, quelle que soit leur destination ordinaire , deviennent des médicaments dès qu'on y découvre une propriété dynamique curative. Le lait est un aliment qui devient un remède dès qu'on le donne d'une manière exclusive, à des doses considérables et à un âge où il a ordinairement disparu de l'alimentation, lien est de môme quand on l'emploie en topique pour guérir l'impétigo et certaines maladies cutanées. Le vin, administré dans le cours d'une fièvre grave adynamique ou à la surface d'une plaie atonique, est un médicament. C'est un poison, au contraire, quand on le prend à hautes doses. Le raisin en grande quantité dans quelques maladies chroniques, les épinards à dose laxative, la fécule comme topique, etc., etc., sont à volonté des aliments ou des remèdes.
Il en est de même des poisons. L'émétique, l'iode, la morphine, la strychnine, etc., etc., sont de violents poisons qui deviennent des remèdes dès que, par une étude attentive, on a pu déterminer la dose à employer pour en faire des agents curatifs au lieu de substances toxiques. Une erreur de posologie transforme donc un remède en poison, ce qui prouve qu'en fait de médicament il faut tenir compte de l'intention curative, de l'effet produit et de la dose employée.
liCS médicaments, ai-jc dit, sont des substances solides, liquides ou gazeuses, employées dans l'intention de produire une impression organique qui se transforme en action curative. Medicamentum non agit
in cadaver : cela est vrai; car, si, après la mort, quelques substances peuvent encore agir sur la peau, elle n'exercent qu'une action mécanique ou chimique, mais l'impression vitale et sa transformation curative ont disparu. On peut, avec un fer chaud, décoller l'épiderme d'un cadavre et faire une ampoule séreuse semblable à celle d'unvésicatoire, cela est facile ; mais peut-on comparer les effets de cette ampoule cadavérique à ceux des ampoules qu'on observe sur un malade? Sans doute il y a eu production du même phénomène physique , mais on cherche vainement les traces de l'action stimulante ou révulsive qui précèdel'effet curatif. L'action des médicaments est moins une chose locale qu'une impression organique, véritable, f/6*/io7i réflexe, dont le résultat est une réaction curative. Toute la thérapeutique est dans cette étude. Le médicament, voilà le moyen, et l'herboriste ou le pharmacien, naturalistes, commerçants, en connaissent la couleur, le goût, la préparation et la valeur vénale; mais le but et l'action physiologique ou curative, la nature des impressions qu'il produit, c'est là le domaine du médecin et celui que nous allons rapidement parcourir.
Les médicaments n'agissent sur l'organisme malade que d'une manière réflexe, en y déterminant des impressions suivies de réactions curatives. Simples modificateurs de VimpressUnlité des rmiqiieuses et de la peau^ ou, au contraire, pénétrant par absorption dans le sang, qui les dirige sur les centres intérieurs de Vimpressibilité organique, ils produisent toujours une réaction qui se traduit dans un tissu, dans un organe ou dans un appareil d'organes, par certains phénomènes physiologiques ou par la guérison d'une maladie ancienne. En cas d'absorption^ ils pénètrent par des voies très-différentes, indispensables à connaître. Ce sont :
1"* Veines. Peu encouragés par l'insuccès des premières tentatives de transfusion faites au dix-septième siècle, les médecins restèrent longtemps sans y revenir. C'est de nos jours qu'on a de nouveau essayé cette voie d'introduction de substances médicamenteuses. Percy et Laurent sauvèrent trois tétaniques sur sept, en injectant de l'opium dans leurs veines *; Magendie essaya d'y injecter de l'eau dans l'hydrophobie; mais toutes ces tentatives sont restées stériles, et la porte d'entrée des médicaments par les veines est aujourd'hui abandonnée.
2° Membranes muqueuses. C'est la voie ordinairement usitée pour l'introduction des médicaments dans l'organisme. L'absorption se fait dans les voies digestives, par la bouclie, à la surface de la muqueuse, dans le pharynx, dans l'estomac, dans l'intestin grèlc et dans le gros intestin ; dans les voies respiratoires, au moyen de la respiration buc-
' Die t. des sciences mcdic., l. XXV.