DES MOYENS PHARMACEUTIQUES
cale ou de l'aspiration par les narines ; dans les organes génitaux, à la surface du vagin et du col de l'utérus ; sur toutes les autres muqueuses, enfin, lorsqu'on juge nécessaire de les mettre au contact des médicaments.
o" Peau. C'est par exception qu'on fait pénétrer les médicaments dans l'organisme par la peau; cependant il y a un grand nombre de circonstances dans lesquelles on se sert de cette voie d'introduction. — Les bains et les fumigations médicamenteuses, les lotions minérales, les frictions avec des pommades mercurielles ou autres en sont la preuve.
Quand on veut faire absorber un médicament par la peau, il faut choisir une région du corps où l'épiderme est trés-mince, comme à l'aisselle, dans la partie interne des cuisses, au creux du jarret, dans l'intervalle des orteils, etc., etc.
Un procédé qui facilite beaucoup l'absorption cutanée, c'est la destruction rapide de l'épiderme par l'eau bouillante ou l'ammoniaque. Une fois que le derme est mis à nu, les médicaments sont absorbés avec une rapidité merveilleuse, et c'est là ce qu'on appelle la méthode endermique^ imaginée par Bally et reproduite un peu plus tard par Guérin,de Bordeaux, Lembert et Lesieur. — Malheureusement la surface dépouillée d'épiderme se ferme promptement par une fausse membrane, qui empêche l'absorption de se faire, et il faut tous les jours dépouiller une nouvelle surface cutanée si l'on tient à faire pénétrer des médicaments par cette voie. Malgré cet inconvénient, la méthode est bonne, et il y a des circonstances où elle est très-utile pour calmer rapidement par la morphine des douleurs devenues intolérables.
4" Tissu cellulaire sous-cutané. — On a proposé d'inoculer dans la peau, à la manière de la vaccination, des préparations narcotiques du tartre stibié, etc. Il en est d'autres qui ont imaginé d'inciser la peau pour y mettre le médicament à faire absorber. Quelques-uns enfin ont fait des injections dans le tissu cellulaire à l'aide d'un petit appareil; mais toutes ces méthodes sont à peu près abandonnées, et il n'en est plus question que dans l'histoire.
La nature et la forme des impressions physiologiques et curatives produites par les médicaments conduit instinctivement à en faire une classification naturelle où le médecin doit puiser lorsqu'il cherche les moyens d'obéir à l'indication qui se présente.
Ces impressions sont en effet d'un ordre différent, suivant la nature et le mode d'action de l'agent mis en usage. Elles sont rnatériellesj c'est-îi-dire d'ordre physique ou mécanique , — ou vitales, directes et réflexes.
L'action des poudres absorbantes, comme l'amidon et le lycopode,
o98 DELA THÉRAPEUTIQUE EN GÉNÉRAL.
qui prennent l'iiumidité de la peau, celle de la poudre dentifrice acide contre le tartre déposé sur les dents, celle des injections vésicales alcalines contre la pierre, celle des caustiques., qui détruisent les tissus en se combinant avec eux, sont la mise en œuvre des propriétés de la matière brute ; ce sont des actions chimiques et physiques toutes différentes de l'action dynamique des remèdes, qui provoquent dans les fonctions des tissus ou des organes des modilications toutes vitales.
Les impressions médicamenteuses sont directes quand elles provoquent la réaction physiologique ou curative à l'endroit directement soumis à l'action du médicament, comme on le voit dans l'action émolliente d'un cataplasme, d'un emplâtre résolutif ou vésicant, d'une onction, ou d'une lotion irritante ou astringente, etc., etc. Elles sont, au contraire, réflexes quand la réaction curative se produit loin de l'organe ou du tissu mis en contact avec le remède. Ainsi les convulsions et la guérison d'une paralysie par la strychnine sont des réactions physiologiques ou curatives réflexes. Il en est de même de l'angine produite par les solanées, de la stomatite mercurielle, de la congestion rectale occasionnée par l'aloès, de la résolution d'une pneumonie par le tartre stibié, de la guérison des fièvres par le quinquina , de la guérison des ophthalmies par la vésication mastoïdienne, etc., etc. Dans ce cas, l'action réflexe du médicament peut être le résultat de V absorption de la substance, comme on le voit pour l'opium, la strychnine, le mercure, etc., etc.; ou bien elle est l'effet de la sympatJùe, ce qu'on observe dans la cautérisation du lobule de l'oreille pour la guérison de la sciatique , dans la réfrigération des mamelles contre la métrorrhagie, dans l'impression des odeurs ammoniacales sur l'état de syncope, etc., etc.
Généralement les effets physiologiques sont immédiats et suivent de près l'impression des remèdes, exemples : le vomissement après le tartre stibié, la diarrhée après un purgatif, le soulèvement de l'épiderme par un vésicatoire, etc.; mais l'action curative se fait plus longtemps attendre, et c'est presque toujours un effet consécutif. Un collyre au nitrate d'argent irrih) violemment la conjonctive au moment où on l'emploie, c'est l'effet immédiat; mais, le lendemain, l'oplithalmie est guérie par suite de l'effet consécutif.
Dans quelques cas, les impressions médicamenteuses sont latentes, et la réaction cuiative se produit sans être précédée d'effets immédiats bien manifestes, à moins (fu'on n'ait fait prendre une dose trop considérable. C'est le fait du mercure, de la quinine, du fer et des spé('iliqu(is, (pii guérissent une maladie par des procédés insensibles et inconnus.
DES MOYEiNS PHARMACEUTIQUES. 599
Ces impressions varient beaucoup d'ailleurs suivant l'idiosyncrasie ou l'assuétude, et selon la dose ou le mode d'administration du médicament. Les substances les plus violentes, prises d'abord à faible dose, puis à des doses graduellement plus élevées, ne produisent pas d'effet comparable à ceux qui résulteraient de l'emploi immédiat d'une même forte dose chez un individu non accoutumé au remède. Une petite quantité de vin produit aujourd'hui l'ivresse chez une personne qui, deux ans plus tard, pourra en prendre impunément dix fois plus, si elle en a continué l'usage. — La morphine, la belladone, la noix vomique, l'émétique, etc., déterminent, à la même dose, des effets trèsdifférents chez des personnes de même âge et de sexe semblable, et, chez toutes, \ assuétude permet d'élever la dose à des chiffres extraordinaires. J'ai connu un médecin fort distingué, gastralgique, qui ne vivait tranquille, et sans éprouver d'accidents, que par le moyen de laudanum bu à la cuiller, comme d'autres feraient avec du sirop de gomme. Il en prenait des quantités énormes. M. Trousseau a longtemps soigné un goutteux qui buvait un demi-litre de teinture de Rousseau par jour. J'ai vu entîn une fille de douze ans, affectée d'incontinence nocturne des urines, et qui était arrivée à prendre, sans aucun effet physiologique, un gramme et demi d'extrait de belladone dans les vingt-quatre heures.
Tous ces faits, et bien d'autres encore, établissent d'une façon positive l'influence de l'idiosyncrasie et de l'assuétude sur l'action différente des remèdes employés.
La dose et le mode d'administration produisent des effets analogues parfaitement connus, et qu'il suffit de rappeler. — Une petite quantité de noix vomique ou d'arsenic métallique facilite la digestion sans produire d'autre effet appréciable, tandis qu'à plus haute dose il en peut résulter des accidents graves et même un empoisonnement. A la même dose de cinq centigrammes, le tartre stibié, dans une petite tasse d'eau, fait vomir; au contraire, donné en lavage dans un litre d'eau, il a des propriétés purgatives, etc., etc.
La nature des impressions physiologiques et curatives produites par les médicaments est la base de leur classification. On trouve alors, à côté des antiphlogistiques, des fébrifuges, etc., les évacuants, les diurétiques, les sialagogues, les stimulants, etc. Il vaudrait mieux sans doute, pour l'honneur de la médecine et l'avantage de l'humanité, une classiiication exclusive basée sur les réactions curatives, de manière à compléter le tableau des antiphlogistiques, des anthelmenthiques, des fébrifuges, des anlisyphililicpies, etc. Mais ce résultat, purement idéal, est impossible. La science n'est pas assez avancée pour y pré-
tendre. Dans un essai de ce genre, pour quelques classes bien faites, il y en aurait un plus grand nombre établi sur des bases chimériques inacceptables. — Il n'y a qu'une manière d'y réussir artificiellement, c'est de dichotomiser la thérapeutique, comme cela s'est fait, au moment du triomphe des systèmes de Thémison, de Brown, de Broussais, etc. On avait alors deux classes fie malades, exigeant deux classes de remèdes sthéniques ou asthéniques, toniques ou débilitants, etc. Cette manière de faire la médecine a paru trop simple pour être vraie, et elle n'a pu prévaloir.
Dans l'impossibilité où l'on s'est trouvé pour classer exclusivement les remèdes par leur réaction curative, on a eu recours à un système mixte, et on a eu raison. Après avoir établi certaines classes de médicaments d'après l'effet curatif, on a rangé les autres d'après leurs effets physiologiques; on ne pouvait mieux faire pour graver dans l'esprit du médecin les moyens de satisfaire aux indications fournies par le malade.
Les classifications des remèdes et des médications sont assez nombreuses et laissent toutes à désirer. Elles comprennent des classes dont le nombre est différent, parce que l'un réunit ce qu'un autre sépare, et qu'un troisième rapproche ce que son prédécesseur avait séparé — Le fond de la thérapeutique ne change pas plus que les propriétés des médicaments. Ceux-ci sont ce qu'ils ont toujours été, il n'y a que la manière de raconter leur action qui soit différente.
Pour M. Chomel, il y a sept classes de médicaments : les toniques^ les débiUtants, les calmants, les stimulants, les évacuants, les astrin- (jents et les spécifiques. — Pour Giacomini, il y en a quatre : les lujpersthénisants et les hyposthénisants, dont il a étudié l'action dans chaque appareil organique; les médicaments spécifiques et les moyens mécaniques. Cette division est très-séduisante, mais elle a l'inconvénient de résoudre d'emblée un grand nombre de problèmes thérapeuti(jues qui ne peuvent l'être dans l'état actuel de la science. — D'après 31M. Trousseau et Pidoux, dont l'enseignement a eu un si légitime succès, il y aurait, au contraire, treize classes de médicaments et autant de médications : 1° médication ^oni(/u^; 2"* médication astringente; 5" méchcation altérante; 4'' médication irritante; b"" médication antiphlogisticpje ; 6" médication évacuante; 7*" médication excitatrice; 8*" médication stupéfiante; U"" médication antispasmodicjue; 10° médication névrosthénique, 11° médication excitante; 12° médication contre-slimnlante ; lo" médication anthelmintliique. — MM. Hardy et Behier n'en admettent que cinq, qni comprennent tout ce que les autres auteurs ont indi(iué. Ce sont les médications tonique^ atoniquey calmante, évacuante et spécifique.
MÉDICATIOÎV ANTIPHLOGISTIQUE. 401
Je ne pousserai pas plus loin cette énumération, suffisante pour établir la manière dont on envisage la thérapeutique à notre époque. Pour moi, tousles médicaments peuvent, d'après les impressions qu'ils produisent, être rangés en neuf classes, formant un nombre égal de médications particulières. Ce sont les antiphlogistujues^ les toniques, les stimulants, les conlr o -stimulant s , les astringents, les stupéfiants^ les antispasmodiques, les évacuants et les spécifiques.
i" Médication antiphlogistique.
La médication antiphlogistique a pour but de diminuer les forces, dont l'augmentation générale et locale produit Tinflammation. Elle détermine une impression dont le résultat est l'affaiblissement universel des mouvements organiques. Elle emploie dans ce but : la diète ou le régime végétal, albumineux et lacté; les viandes blanches, gélatineuses; le repos: l'air humide; les bains chauds; les eaux thermales salines de Plombières, d'Ussat, de Bagnères-de-Bigorre, etc.; les boissons délayantes ou acidulés; les tisanes; les injections; les fomentations et les cataplasmes avec l'amidon, l'orge, la graine de lin, la mauve et la guimauve, les amandes douces, l'huile, la gélatine, l'axonge, etc., etc.; les ventouses sèches et scarifiées; les sangsues: les saignées, etc.
Les effets de cette médication, employée avec vigueur, sont trèsmarqués et souvent immédiats ; mais la réaction curative provoquée par elle peut se faire attendre. Au moment même, elle diminue l'état inflammatoire général, que caractérisent la rougeur de la peau, sa chaleur, la force du pouls, etc. Elle amoindrit la congestion et le travail inflammatoire des tissus; mais ce n'est qu'un peu phistard, lorsque l'organisme, privé de l'excès de forces qui le surchargeait, peut réagir, que la guérison s'accomplit.
Les impressions de la médication émolliente, antiphlogistique ou débilitante, sont utiles à provoquer dans l'hypersthénie franche, dans le cas d'oppression des forces el dans la pléthore. Elles conviennent dans les phlegmasies aiguës franches et dans le rhumatisme, au début de quelques pyrexies, dans les hémorrhagies actives, dans l'anasarque produite par un obstacle à la circulation, dans toutes les inflammations locales, et enfin toutes les fois que la maladie est accompagnée d'une altération du sang, caractérisée par son abondance ou par l'augmentation de la fibrine et des globules.
Cette médication est contre-indiquée dans les maladies adynami- <iues, asthéni(|ues, dans les maladies chroniques en général, à moins
B. l'ATIIOL. GÉS. 26
de complications phlegmasiques dangereuses. — Il faut bien peser ce qu'on fait avant d'y soumettre les enfants, les femmes, et tous les sujets lymphatiques ou atteints de maladies diathésiques. Les impressions débilitantes produites par elle sont alors plus dangereuses qu'utiles.
2° Médication tonique.
La médication tonique a pour but de produire, au sein du corps vivant, des impressions de nature a provoquer, dans les tissus et dans l'ensemble de la constitution, une force plus grande, permanente et durable. On la désigne aussi sous le nom de médication corroborante.
Il est aussi impossible d'expliquer le pourquoi de cette réaction curative que de rendre compte de tous les effets physiologiques obtenus par les médicaments. L'action réflexe du fer et du quinquina, comme celle de l'opium et de la noix vomique, sont des faits d'observation qu'il est possible d'utiliser dans des circonstances spéciales, mais dont le mécanisme nous échappe entièrement. — Le résultat de l'impression des toniques est d'augmenter la somme des forces qui préside à la nutrition des tissus, de manière à leur communiquer une vigueur, une tension, une fermeté, une couleur, une contractilité organique plus grandes. — Chez un individu sain, ces impressions répétées conduisent à la pléthore; chez un convalescent, ou chez un sujet lymphatique, au contraire, leur effet curatif est de rétablir la santé et de guérir le lymphatisme.
Les agents de la médication tonique sont très-variés, de nature trèsdifférente, et ils convergent tous au même but par divers moyens. — Chacun, dans son action matérielle, produit un effet particulier, et tous rendent l'effet spécial. — Les impressions du fer, du quinquina, du vin et delà viande grillée, ne sont pas les mêmes; mais, lentement transformées par les forces de la vie, elles produisent un effet semblable, qui est la tonicité. — Ces agents ont une double origine, et on les prend dans la matière de l'hygiène ou dans la matière médicale. Le vin, Y alimentation abondante et succulente, Yinsolation , Vair pur,
Y exercice, les frictions, la (jymnastiqne, le massaye, les bains d'air et de rivière] les bains de mer, etc., sont fournis par l'hygiène. — De la matière médicale viennent le fer et tous ses composés, les eaux minérales ferrugineuses de Spa, de Forfjes, de Passy, de Contrexevilley de Pyrmontj etc.; le manganèse, le quinquina et ses dérivés, la gentiane, \g Colombo, le quassia-amara, le lichen, le houblon^ h patieiice, la saponaire, la fumelerre, lu pensée sauvage, \ii chicorée, \g pissenlit ^
Y année, la petite centaurée, la rhubarbe, etc., etc.