MÉDICATION ASTRINGENTE
Les agents toniques n'ont généralement pas d'action immédiate apparente; ils agissent lentement, graduellement, à la suite d'un usage quotidien régulier, et leur emploi peut être prolongé sans inconvénient.
On les emploie, non pas indistinctement, mais les uns de préférence aux autres, d'après des règles que la clinique a établies, dans la convalescence des maladies aiguës, dans l'anémie hémorrhagique et dansi la chlorose, dans les cachexies, dans les flux atoniques, tels que la diarrhée, la leucorrhée, etc.; dans les dyspepsies nerveuses et dans les névralgies, dans le lymphatisme et dans le scrofulisme ; généralement entin dans tous les cas où il y a pâleur et mollesse des tissus, atonie des fonctions et diminution de l'élément globulaire du sang.
Une chose qu'il faut connaître, et sur laquelle j'aurai occasion de revenir, c'est que les toniques, à part leur effet matériel, immédiat, n'ont pas nécessairement l'action tonique qu'on leur suppose. En effet, les propriétés des médicaments ne sont pas dans les médicaments ce que nous croyons les voir; elles sont la mise en œuvre de leurs propriétés spéciales aux prises avec la nature vivante de chaque individu. Or,, bien que cette nature soit semblable au général, elle diffère au particulier, d'où il suit qu'un médicament, toujours un dans sa nature, se rencontre fréquemment avec des organismes de réaction différente^ et fournit une réaction curative différente, d'où il suit encore que les^ médicaments n'ont pas toujours les mêmes effets, et ce qui est tonique chez un individu peut bien ne pas être tonique chez un autre.
D'une autre part, un remède que nous considérons comme doué de propriétés toniques parce qu'il relève la force et le ton d'organes affaiblis peut cesser d'être tonique en très-peu de temps et devenir, au contraire, un débilitant, par suite de l'excès d'action imprimé à l'activité vitale. — Après un déploiement de force exagéré survient une fatigue réelle qui peut faire comprendre ce qui arrive après l'emploi trop prolongé des toniques. Après l'ivresse et sa force, l'abattement. Comme l'a dit Giacomini, qui range le quinquina dans les hypothénisants, les toniques prolongés produisent l'inertie des tissus et des organes. Cela est très-vrai, et il faut savoir exciter les organes d'une façon modérée^ si on ne veut dépasser le but qu'on se propose d'atteiadre.
3° Mcdiciition nslringentc.
La médication astringente se rapproche un peu delà médication tonique par ses effets secondaires et indirects, mais les impressions qu'elle fait naître sont suivies d'une réaction différente. Ici l'action
csl momentanée, passagère, appréciable et caractérisée par le resserrement du calibre des vaisseaux, la diminution des sécrétions et la dureté plus grande de la fibre vivante. On ne peut rien déterminer de semblable dans l'action des toniques.
Beaucoup d'astringents agissent d'une manière cbimique par les acides et le tannin qu'ils renferment, mais il faut que cette action soit bien faible pour ne pas empêcher la réaction vitale de se produire, et pour ne pas déterminer la crispation et la destruction des tissus.
Certains flux de la peau ou de la muqueuse digestive, les écoulements muqueux, quelques hémorrhagies, tiennent à la faiblesse de la constitution et à la mollesse ou laxité des tissus. C'est alors que les astringents administrés à l'extérieur ou à l'intérieur, concurremment avec les toniques, sont infiniment utiles au soulagement et à la guérison des malades.
Les astringents le plus en usage sont : l'eau froide et la glace, les fruits acides et ceux qui contiennent du tannin, tels que citrons, groseilles, coings, sorbes, nèfles, etc.; les acides minéraux étendus, l'eau de Rabel, la limonade hydrochlorique, citrique, etc.; l'alun, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre et le sulfate de zinc; l'acétate de plomb; le borax, l'eau de chaux, le tannin, le cachou, la monésia, la ratanhia, le sang-dragon, l'écorce de chêne, l'écorce de grenade, les roses rouges, la bistorte, la tormentille, la consoude, la noix de galle, l'eau distillée de pin gemmé, etc. , etc.
4' Médication stimulante.
La médication stimulante a pour but de produire des impressions suivies d'une augmentation de l'activité vitale de certains tissus, de certains organes et quelquefois môme de l'économie entière. Elle a pour moyens ce qu'on appelle les stimulants, les excitants et les irritants. Elle comprend enfin la doctrine de la révulsion et de la substitution thérapeutiques.
Les impressions stimulantes sont extérieures ou intérieures, ijénéraies, localisées ou spéciales. Ainsi les frictions, la vésication et le massage sont des impressions stimulantes extérieures, différentes de l'impression intérieure produite par l'alcool et les boissons aromatiques. L'action de ces dernières ne ressemble en rien à la stimulation spéciale de l'utérus par le seigle ergoté, de la vessie par les cantharidcs, des nerfs par la strychnine, des reins par le vin blanc et le nitrate dépotasse, etc., ctc
Los impressions stimulantes générales, violentes, sont dangereuses
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et produisent la fièvre; aussi 3131. Trousseau et Pidoux ont-ils pu appeler la médication stimulante une médication pyrétogénetique. En effet, sous leur influence, la circulation est accélérée, la chaleur accrue, la coloration animée, la sensibilité plus \ive, et il se produit une sorte de mouvement fébrile local et général. Par le fait des impressions stimulantes partielles et spéciales, la réaction physiologique est plus bornée, et il se fait, dans les tissus ou dans l'appareil stimulé, une congestion inflammatoire qui peut aller jusqu'à la plilcgmasie et à la gangrène, exemple : la stimulation des \ésicants, des caustiques, etc., etc.
D'après la durée de la réaction produite par les impressions des stimulants, on a distingué ces remèdes en permanents et en diffusibles. L'ammoniaque, l'alcool, les boissons aromatiques, sont des stimulants diffusibles, tandis que l'or, le phosphore, l'iode, etc., sont rangés dans la classe des stimulants permanents.
Les stimulants généraux de l'organisme sont tirés de la matière de l'hygiène ou de la pharmacie. Les premiers sont : le calorique, la lumière, Vair chaud et sec, le galvanisme, les frictions sèche's ou aromatiques, les hains chauds, \ alimentation succulente, les vins généreux, le thé, le café, les passions expansives, etc. Dans la matière médicale on trouve, les boissons aromatiques et fermentées, le vin, l'alcool, etc.; les huiles volatiles tirées de l'orange, du citron, de la vanille, de la cannelle, de la muscade, du raifort, du cresson, du cochléaria; les balsamiques, tels que la térébenthine, le copahu, le storax, le benjoin, le baume du Pérou, le baume de Tolu, etc.; le soufre et ses composés dans les eaux minérales; certaines préparalix)ns d'antimoine, etc.
Parmi les stimulants locaux partiels, qui produisent dans les tissus ime impression locale suivie de douleur, de congestion, de tuméfaction et de chaleur, de papules, de vésicules et de bulles, je citerai le calorique accumulé dans le marteau chauffé à l'eau bou liante; le chlore,V ammoniaque, la chaux, le nitrate d' argent khoiuie dose; V huile de croton en frictions; la 7noutarde en sinapismes prolongés, le garoii, les renoncules, V ortie piquante , la clématite, les cantharides en vésicatoires, la processionnaire, etc.
A ces stimulants, dont l'action estboniéeà une surface circonscrite, il faut ajouter les stimulants corrosifs, dont l'impression est si profonde, qu'elle dépasse l'épiderme et qu'elle atteint la peau pour la- désorganiser chimiquement. Ce ne sont plus là des irritants, ni des stimulants, ce sont des corrosifs qui détruisent la vie dans un tissu, et la stimulation ne commence, à vrai dire, que plus tard, lorsque le travail de ré-
paration s'accomplit, pour éliminer les parties corrodées. Ces stimulants indirects ont une puissance très-grande et sont fréquemment employés comme méthode révulsive. Ce sont les caustiques; le nitrate <ïar(fent, la potasse à l'alcool, \di poudre de Vienne, le chlorure de zinc, le chlorure d'antimoine, Vacide sulfiirique, Vacide nitrique, le nitrate acide de mercure, le cautère actuel, les moxas^ etc.
Parmi les stimulants intérieurs, il y en a un certain nombre dont l'impression se traduit par un effet réflexe très-marqué sur les fonctions d'un tissu ou d'un appareil organique. Ce sont les stimulants spéciaux des organes, infiniment utiles à connaître, et dont Faction merveilleuse aide puissamment la thérapeutique.
Stimulants du cerveau : le café, le vin, l'alcool, le thé, l'arnica, le iiaschich, le phosphore, l'ammoniaque, etc., excitent les fonctions de l'encéphale de la manière la plus active.
Stimulants de la moelle épinière : la noix vomique, la fève de Saintïgnace, la strychnine, la brucine, etc., exercent sur la moelle une impression toute spéciale, dont l'effet réflexe est caractérisé par les convulsions les plus violentes.
Stinmlants sudorifiques : la grande chaleur, les boissons chaudes, les bains de vapeur, le bain russe, l'ammoniaque, le gayac, la salsepareille, la squine, le sassafras, la douce-amére, le sureau, etc., déterminent souvent une perspiration cutanée abondante.
Stimulants sternutatoires : la poudre de tabac, d'hellébore, d'iris, les fleurs de marjolaine, de lavande, le sucre en poudre, sont employés comme sternutatoires et rendent quelquefois de réels services à la médecine.
Stimulants sialagogues : le cresson de para, la racine de pyrèthre, l'acide acétique, le mercure, exercent sur les glandes salivaires une action spéciale incontestable et indépendante de l'action irritante produite par ces médicaments. C'est une propriété dont on peut tirer profit en bien des circonstances.
Stimidant du rectum : l'aloès a une action réflexe toute particulière sur l'extrémité inférieure de l'intestin. 11 y fait naître la congestion et la fluxion hémorrhoïdaires.
Stimulants diurétiques : le nitrate et l'acétate dépotasse, la scille,les asperges, la pariétaire, la digitale, le vin blanc, les eaux minérales acidulés, exercent sui* le rein une stimulation spéciale, d'où résulte une sécrétion abondante d'urine, souvent utilisée dans un effet curatif.
Stimulants emménaqoques et utérins : la sabine, la rue odorante, le safran, l'armoise, l'absinthe, le fer, le sulfuic de carbone et le seigle ergoté sont des stimulants spéciaux dont l'effet s'adresse particulière-
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ment à l'utérus et qu'on utilise dans l'aménorrhée, dans l'hémorrhagie utérine et dans l'accouchenient.
Stimulaïits aphrodisiaqiies : la vanille, le phosphore, les cantharides, se trouvent dans cette catégorie.
Comme on a pu le voir par ce tableau général des différentes espèces de stimulants, la médication stimulante générale ou localisée est une de celles qui offrent le plus de ressources à la tliérapeutique. La spécialité d'action des substances qu'elle met en œuvre la rend extrêmement précieuse, car elle fournit un assez grand nombre de moyens spécifiques, les plus utiles de tous les médicaments.
Cette médication doit être employée, 1*" dans toutes les maladies où, les forces étant déprimées ou diminuées, il y a lieu de produire une impression intérieure suivie d'une réaction du mouvement vital de tous les appareils organiques, exemples : les phlegmasies et les lièvres de forme adynamique, le choléra, les maladies gangreneuses, scorbutiques, et certaines maladies chroniques, produisant l'anémie et le relâchement des tissus; alors ce sont les stimidants intérieurs qui sont mis en usage ; 2° dans les maladies aiguës et chroniques des appareils fonctionnels, lorsqu'on veut les guérir au moyen d'une révulsion sur une partie éloignée de l'économie, mais dans ce cas, c'est aux stimulants locaux qu'il faut avoir recours, exemples : les sinapismes et les vésicatoires aux jambes dans la congestion cérébrale ; le cautère au cou dans les maladies de l'œil et du cerveau ; le cautère actuel et les nioxas dans les maladies de la colonne vertébrale, etc.; 5° dans les maladies atoniques d'un organe ou d'un appareil, lorsqu'on peut en relever les forces au moyen d'impressions produites par un stimulant spécial, exemples : les cantharides dans certaines incontinences nocturnes de l'urine ; l'aloès dans la constipation par atonie du gros intestin ; la strychnine dans la paralysie, etc., etc.
Mais il ne faudrait pas croire qu'on peut employer indéfiniment les stimulants réflexes chez l'homme : la capacité des organes pour la stinmlation a un terme qu'on ne peut dépasser sans produire un effet diiïérent et opposé. A l'action vitale exagérée qui résulte des impressions stimulantes intérieures succède une débihté d'autant plus grande que la stimulation a été plus vive. Ainsi les boissons aromatiques et alcooliques, qui produisent une assez grande excitation du système nerveux, linissent par en amener la sédation et quelquefois la paralysie. A la stimulation prolongée du calorique succède un affaiblissement considérable; la strychnine, qui excite si facilement la moelle épinière, en épuise rapidementl'actioii, et, doimée à haiite dose, peut faire périr par suite de répuisement nerveux, etc., etc.
Dans son action rétlexe, la médication stimulante intérieure substitue à un état adynamique général ou local un autre état momentanément différent qui forme une réaction curative. On n'en saisit pas plus le mécanisme qu'on ne sait pourquoi la substitution d'une phlegmasie oculaire causée par le collyre au nitrate d'argent fait disparaître une phlegmasie antérieure de nature différente. Mais tel est le fait comme il se montre à l'observation clinique ; c'est encore d'une façon analogue, sinon semblable, qu'une stimulation corrosive extérieiu'e substitue quelquefois, au point où on la fait naître, une maladie de nature connue à une maladie éloignée de nature différente, ou ayant pour siège un organe important. Ainsi fait-on à volonté, ou selon l'indication curative, par la médication stimulante, une révulsion et une substitution tliérapeutiques. Ce sont deux opérations importantes à connaître dans leur mécanisme et dans la manière de les utiliser.
5" De la révulsion.
Dès les premiers temps de la médecine on avait constaté, dans l'évolution des maladies et de leurs complications, des phénomènes singuliers formant des antagonismes physiologiques ou morbides, produits par l'augmentation de l'activité vitale d'une partie au détriment de celle d'une région plus ou moins éloignée. C'est ce qui a permis à l'immortel législateur de la pathologie, à Hippocrate enfin, de dire dans un aphorisme célèbre : aOo ttôv&jv à,t/a ytvo/i/évwv y.h •jicc'à. Tôv aùTov TôTTov ô (jfo§p6Ts.poq cx.u(x.\>poi t6v g'rspov*, que je traduirai librement par ces mots : Lorsque deux élaborations morbides s'accomplissent simultanément sur des parties éloignées, la plus considérable étouffe l'autre. Il considère ce travail comme révulsif, avTt(T7rao-tç, lorsqu'il a lieu dans des parties éloignées du corps, et dérivatif, 7rapo/.eTsuo-tç, au contraire, lorsqu'il se produit dans une région voisine du siège du
premier mal : Avrio-Traon; nzt iQirjvj avw, /.(ZT&j, avw, ztvi iokjvj /a-rw. La révill'
sion a lieu dans les affections du haut vers le bas, et dans les affections
du bas vers le haut*. napoz-STSuo-tç n zc, t/jv xsipa^/jv, -c zq Ta TrXayta, vj iiodi-
(j-za. pzTzzL. La dérivation^ ou sur la tête ou sur les côtés, là où les humeurs tendent le plus.
Sur ces aphorismes repose la doctrine de la révulsion d 'Hippocrate vivifiée par le génie de Galien, et venue jusqu'à nous malgré les modifications dont elle a été l'objet.
On pourra discuter sur l'importance du fait, mais il est impossible
* ili|)|i0(rate, Œuvres, «'ditiou Littir, t. IV, ji. 485. ' Loco citato, t. V, [>. 477.