‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 96 sur 212 · DE LA RÉVULSION · texte numérisé non relu

DE LA RÉVULSION

(l'en nier l'existence. La révulsion et la dérivation nous viennent d'Hippocrate, comme des choses dont il suffît de faire l'énoncé pour être compris de ceux à qui on s'adresse. — C'est Galien qui a développé la doctrine, telle qu'elle est arrivée jusqu'à nous, dans ses œuvres et dans les livres d'Oribase, de Fernel, de Sennert, de Barthez, de Sabatier, etc., etc.

Aujourd'hui la révulsion et la dérivation sont deux mots qui sont presque synonymes. En effet, on n'établit pas de différence entre les agents révulsifs et les agents dérivatifs. Déplus, révulser une maladie ou la dériver, c'est toujours la même chose relativement à l'organe engagé que l'on veut guérir, et il n'y a pas lieu de faire une différence entre ces mots, à moins d'en revenir aux idées d'Hippocrate.

Ce qui établit d'une manière péremptoire la possibilité d'une révulsion curative provoquée par le médecin, c'est l'observation journahère de la révulsion spontanée. — L'existence de l'une est une première preuve de la réalité de l'autre. — Les phénomènes sympathiques des organes entre eux, les crises des maladies, les antagonismes morbides, sont autant de motifs qui plaident en faveur de l'idée du déplacement des maladies d'un organe important snr un organe qui 1 est moins. Quand on voit l'acte physiologique de la grossesse, et l'afflux de sang qu'il amène dans l'utérus suspendre momentanément la marche de la phthisie pulmonaire, qui reprend son cours après la délivrance, on doit croire aux effets de la révulsion. Le fait n'est pas constant, maisil existe; je l'ai observé plusieurs fois, et cela suffit comme preuve de ce que j'avance. — Une maladie aiguë, développée chez un individu qui porte une suppuration d'ulcère ou de vésication. arrête momentanément la suppuration, qui revient dès que la phlegmasie tend à disparaître. Un grand écoidement d'urine a quelquefois guéri l'ascite. Il en est de même de la diarrhée. Un érysipèle fait souvent disparaître une bronchite, etc., etc.

Chez les animaux, le fait de la révulsion est plus facile à démontrer, car on peut multiplier les expériences d'une façon qu'il serait impossible d'imiter chez l'homme. — Des sétons de cinquante centimètres, appliqués à des chevaux, peuvent donner, d'après M. Bouley, quarante-huit grammes de pus en vingt-quatre heures. On en met, suivant les cas, cinq ou six à la fois pendant six jours, ce qui fait une spoliation de près de deux mille grammes de liquide en un assez court espace de temps. — De pareils moyens ne peuvent être sans énergie, et en réalité leur puissance curative est très-grande.

La révulsion a été, delà part des médecins modernes, l'objet de recherches sérieuses. Baglivi, Fouquet, Barthez, Goupil, Ilufeland, Sa-

balier, Cazenavc, Trousseau et Fidoux, Gintrac, Bouvier, se sont particulièrement distingués sous ce rapport, et, parmi eux, je signalerai surtout les considérations élevées de MM. Trousseau et Fidoux, dans leur article intitulé Médecine transpositive, et de M. Gintrac (de Bordeaux), dans sa Patlioloyie interne.

Les agents révulsifs sont des moyens susceptibles de développer dans les parties une activité fonctionnelle plus grande ou une fluxion sanguine et humorale très-considérables. — Ces agents sont hygiéniques, chirurgicaux et pharmaceutiques.

Le calorique extérieur, les frictions de toute nature, les bains chauds et froids, l'hydrothérapie, de petites saignées du pied et du bras, suivant la circonstance, les sangsues en petit nombre, les ventouses sèches et scarifiées, le séton, le cautère actuel, le moxa, les irritants de la peau, tels que les sinapismes, les vésicants, les cautères, etc.; les sudorifiques, les stimulants de la muqueuse gastro-intestinale et les stimulants spéciaux de quelques organes, tels que les vomitifs, les purgatifs, les diurétiques, les sialogogues, etc., sont des agents de révulsion très-communément employés.

Les uns attirent, détournent ou enlèvent une certaine quantité de sang; les autres opèrent des congestions plus ou moins étendues, des plilegmasies cutanées plus ou moins profondes, depuis Férythème jusqu'à la vésication; des corrosions du derme, suivies de suppuration ; des hypersécrétions cutanées, rénales ou gastriques. Mais ces procédés divers, tous évidemment dans la mesure de leur activité propre et de leur dose, stimulent les tissus de manière à y déterminer une réaction vitale, vasculaire ou nerveuse, plus ou moins intense, et c'est cette réaction qui doit produire l'effet révulsif. — Malheureusement cela ne réussit pas toujours , la médication n'a point d'effets constants; mais il suffit de les avoir observés plusieurs fois pour être autorisé à les considérer comme vrais.

Leur action est innnédiate ou lente. Le sinapisme, le vésicatoire ammoniacal, le vésicatoire aux cantharides, agissent rapidement, et quelques lieiues ou un jour suffisent pour qu'on puisse en apprécier Feffet. Il est d'autant i)lus imj)ortant de le connaître, disent MM. Trousseau et Pidoux, « que l'on aggrave ordinairement FétatMu malade, si l'on insiste sur les révulsifs douloureux, alors qu'au bout de douze ou vingt-quatre heures ils n'ont amené aucun bon résultat; dans ce cas, ils excitent au lieu de transposer. » La révulsion lente, faite au moyen des cautèies et de la stibiation , s'emploie de préférence dans les maladies chroniques, et principalement dans les maladies qui sont Fexpression d'une diathèse, comme la scrofule.

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