DE LA RÉVULSION
Les agents révulsifs ont une action différente plus ou moins favorable, d'après un certain nombre de circonstances que M. Gintrac, en médecin expérimenté, rapporte à l'organe malade, à l'état général de l'organisme, au révulsif employé et au lieu d'application du révulsif. Les propositions qui suivent sont empruntées à cet auteur.
Conditions relatives à l organe malade. « Quand un organe est trèsvivement iri'ité, les révulsifs employés seuls risquent d'agir sympathiquement et d'augmenter la maladie. » C'est ce que M. Guérin, de 31amers, a formulé en disant : Toute révulsion dont se ressent l'organe malade est mauvaise.
« Une irritation commençante, ou encore faible, peut être arrêtée ou détruite par les révulsifs.
« Quand une affection a perdu de son intensité, mais paraît résister encore ou estdevenue chronique, les révulsifs sont d'une grande utilité. »
Conditions relatives à l'état (jénéral de l'organisme. « Un état général de vive excitation dénoté par la force, la dureté, la fréquence du pouls, une haute température et une coloration animée de la peau, exclut l'emploi des révulsifs énergiques.
'< Plus les forces paraissent amoindries dans l'ensemble de l'économie, plus la révulsion doit être active.
« Une vive sensibilité, une grande irritabilité organique, réclament des ménagements dans l'emploi des révulsifs. »
Conditions relatives aux agents révulsifs eux-mêmes. « Il faut préférer l'agent révulsif dont l'effet immédiat a le plus de rapport avec le mode pathologique qu'il s'agit de combattre. La congestion sera traitée par les révulsifs qui soustraient ce sang, et un flux par l'augmentation des sécrétions antagonistes.
« 11 faut proportionner l'activité des révulsifs à l'intensité de la maladie.
« Si l'action du révulsif doit être assez énergique pour dominer l'irritation qu'il s'agit de détruire, il ne faut pas cependant qu'elle soit assez forte pour provoquer dans l'économie une réaction nuisible ou de dangereuses sympathies.
« Un révulsif n'a pas toujours besoin de faire, sur la partie qui en reçoit le contact, une altération auss-i grande que celle à laquelle on l'oppose.
« La persistance de l'action des révulsifs est une condition de leur eflicacité.
« Les révulsifs destinés à produire une hypersécrétion ou une sécrétion anomale doivent, pour être cflicaces, donner des produits suflisants et de qualité convenable. »
Conditions relatives aux surfaces sur lesquelles on applique les révulsifs. « Il faut que la partie qui reçoit l'application d'un révulsif jouisse d'une vitalité suffisante.
« Les révulsifs ne doivent être appliqués que sur des parties saines et exemptes d'irritation antérieure.
« Quand on a le choix des parties sur lesquelles doivent être appliqués les révulsifs, on doit en général préférer celles qui remplissent les fonctions les moins importantes.
« Plus la vitalité d'une partie est élevée, plus la révulsion que son excitement détermine est puissante.
« Quand on veut rappeler une maladie extérieure dont la suppression donne lieu à des accidents graves, c'est sur le siège primitif de l'affection que le révulsif doit être appliqué.
« Quand une affection est récente, très-intense, étendue et disposée à se propager, à provoquer des réactions ou à se reproduire, les révulsifs doivent être appliqués à une grande distance du lieu malade. » C'est aussi l'opinion de Baglivi, et de Barthez dans son Traité des fluxions.
« Lorsqu'une affection est légère, circonscrite, sans réaction générale, ou qu'elle est chronique, opiniâtre, fixe; qu'elle menace de désorganiser les tissus, et qu'elle a résisté aux révulsifs éloignés, c'est près du siège même de l'affection locale qu'il faut agir. »
Toutes ces propositions expriment des vérités cliniques générales, basées sur l'observation des faits ordinaires, et elles constituent, si l'on peut ainsi dire, les lois delà révulsion. — Depuis Barthez, Sabatier et Guérin, on ne les avait jamais formulées d'une manière aussi complètement satisfaisante pour ceux qui ont la connaissance des malades. Il reste encore beaucoup à faire sur ce point, ne serait-ce que de reprendre la question et les différents problèmes qu'elle soulève au point de vue de la science moderne, afin de déterminer les cas où la révulsion est applicable et ceux où il ne faut pas l'employer. Comme l'a fait comprendre M. Malgaigne dans une discussion récente ^ il serait important de faire cette détermination d'une manière rigoureuse, afin que le médecin sache ce qu'il fait, pourquoi il le fait, et comment il le doit faire. Malheureusement le problème des impressions révulsives, dans leur rapport avec l'acte curatif, est aussi obscur que tous les autres problèmes thérapeutiques relatifs aux impressions curatives. Entre les moyens et l'effet, bon ou mauvais, qu'ils détermineut, il y a pour iiit(^rmédiaire l'économie vivante, c'est-à-dire la vie, qui engen-
* Bulletin de V Académie de médecine, t. XXI, pages GG et suiv.